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DE L’ASSOCIATION

éléments généraux de la production : capital, travail, talent, peuvent s’associer utilement, il ne peut y avoir qu’avantage à développer toutes les puissances impulsives, intellectuelles, artistiques du travailleur, l’un de ces trois facteurs essentiels.

Enfin, l’association, le mécanisme digne de ce nom , ne peut , ne doit laisser aucune force quelconque en dehors de son économie, puisque ce qui n’est pas rallié, utilisé, en pareil cas, devient inévitablement une gêne, une cause de trouble, d’arrêt.

S’il existe une science de l’association, et en douter est à la fois condamner la bonté de Dieu, le génie humain, s’il existe une science sociale , aucun ressort ni dans les forces brutes de la nature, ni dans les puissances de l’âme et de l’esprit, ne saurait être négligé, sans qu’il en résultât une imperfection, un dommage dans la double éco-

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ii !

nornie de notre espèce et de Tastre qui lui a été affecté pour demeure.

Il est indispensable que les philosophes , politiques, économistes qui se préoccupent du présent et de l’avenir du monde, redoublent d’efforts pour seconder l’instinct populaire qui, plein de foi dans le pressentiment ou les intuitions savantes du génie , s’opiniâtre avec raison à poursuivre l’établissement d’une société industrieuse, pacifique, solidaire.

Les travaux de cet ordre embrassent tout ce qui concerne le service intérieur de la maison : rangement des chambres, soins des meubles , réparation et entretien des vêtements, du linge, aide des personnes, garde des choses, nettoyage de l’habitation, commissions, courses, etc.

Les préparations culinaires, les conserves, le pansement , l’attelage , la conduite des chevaux, l’élève, le dressement des animaux

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utiles, la veille et la direction des malades sont des arts, des professions, non de la domesticité proprement dite, laquelle sort des spécialités pour s’appliquer à des actes divers infiniment variés.

Cette dernière fonction devient de plus en plus difiScile à remplir, surtout dans les grandes cités, auprès de la moyenne et petite bourgeoisie. Aussi, entend-on dire de toutes parts que la domesticité est aujourd’hui une des plaies de l’époque.

En effet , les familles peu fortunées qui ne peuvent suffire par elles-mêmes au train complet du ménage trouvent rarement et conservent plus rarement encore des domestiques convenables.

Est-ce à l’esprit d’indépendance, à l’affaiblissement de toute discipline, aux passions, aux exigences des sujets ‘de cette condition qu’il faut attribuer cet état de choses ? Peut-

être en partie, mais c’est surtout, d’un côté, aux changements survenus dans la vie sociale, et, de l’autre, à ceux qui sont survenus dans les mœurs de nos femmes principalement. Ces dernières veulent , avec des ressources insuffisantes, dans un esprit de coquetterie, de vanité, mal placé, afin de donner plus de temps au monde, se faire néanmoins servir comme autrefois les châtelaines et grandes dames. Payant médiocrement, se montrant exigeantes, ne prêchant guère d’exemple et de bons conseils , il en résulte ces conflits, ce va-et-vient, ces irritations, ces rancunes qui faussent la conscience, corrompent les cœurs, font enfin, à fort peu d’exceptions près, des maîtres et des serviteurs d’irréconciliables ennemis (1).

(1) Ces inconvénients étaient déjà signalés il y a plus de vingt-deux siècles par Aristote, qui disait dans sa Politique : « Parmi nos domestiques, n’a-

Dans de pareilles conditions, au milieu des courants politiques qui affolent de liberté , d’égalité toutes les âmes , il est certain que la domesticité ne devient plus seulement difficile, mais calamiteuse, dangereuse, impossible dans les villes. Et cependant pour le commerçant, pour le petit rentier, pour l’employé astreint à une certaine représentation, quel moyen de s’en passer?

Cet état des choses aurait dû ouvrir les yeux depuis longtemps, porter à sentir combien est défectueux un système social qui repose principalement sur le ménage par familles isolées, système dans lequel l’aisance ne peut se généraliser, les individus s’élever, sortir de la foule sans qu’il surgisse par ailleurs mille complications imprévues plus

vons-nous pas surtout de l’irritation contre ceux dont le service est personnel et de tous les instants? »

fâcheuses que celles auxquelles donnait lieu la situation antérieure. Et cette constatation eût dû amener, ce semble, d’abord à suspecter de cercle vicieux une société qui ne peut s’améliorer d’un côté sans se détériorer de l’autre, puis à chercher si les travaux domestiques, divisés, comme ceux de l’industrie, par spécialités, n’inclineraient pas par là même au régime de l’association dans lequel disparaîtrait le caractère servile de la fonction domestique et avec lui tous les inconvénients qui rendent insupportables les rapports de maîtres à serviteurs.

Il est bien évident, pour ce qui est du présent, que les travaux dits de domesticité ne s’accomplissent pour la plupart dans les grands centres que d’une façon extrêmement précaire et désagréable pour ceux qui les commandent et pour ceux qui les exécutent, développant le mépris chez les pre-

miers^ la haine chez les seconds, laissant en définitive un résida menaçant de gens de

service repoussés, venant se fondre dans les

classes dangereuses.

« L’état de domesticité, suivant la définition usuelle, est la condition d’une personne qui loue à prix d’argent son temps, ses facultés et ses services à une autre personne, qui passe dans sa maison, qui s’incorpore, en quelque sorte, à sa famille (1). »

Ce lien d'adoption réciproque qui devrait exister entre celui qui ouvre son intimité et la personne qu’il y introduit, laquelle l’oblige par là même à respecter son autorité, son foyer, ce lien est-il même soupçonné de nos jours, et peut-il l’être, lorsqu’on se prend sans se connaître et sans aucune intention de s’attacher? Le service domestique est dé-

fi) Dictionnaire de la conversation, — Bescherelle.

venu , grâce aux causes que nous venons d’indiquer : la pullulation des petites fortunes qui en font usage et l’exagération naïve ou calculée des sentiments politiques de liberté, d’égalité, de dignité civique, le service domestique, grâce à ces causes, est devenu souverainement répugnant et instable. Le serviteur changeant indéfiniment de condition, n’ayant plus guère de garantie contre le chômage plus ou moins réitéré et contre la misère finale qui en sera l’inévitable conséquence, cède parfois à l’improbité ou cherche à s’étourdir dans les plus mauvaises habitudes. Sous l’infiuence de ces causes, aggravées par le contraste des mœurs de ses maîtres et par les fréquentations équivoques qu’il contracte dans sa caste, on peut affirmer que la corruption se développe bien plus rapidement et profondément chez

lui que chez l’ouvrier.

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-•iCONOMlQUE PUOGRESSIVE.

Et cependant, si l’on veut y réfléchir, on reconnaîtra que la domesticité, au sein des familles de situation moyenne , comporte bien plus d’aptitudes, de qualités, que nombre de fonctions industrielles. .Si, dans les grandes maisons , les spécialités intimes abondent, telles que celles d’huissiers, de suisses, de valets de pied, de grooms, etc., dans les modestes intérieurs, ce sont des gens propres à tout qu’il faut, et doués, de plus, de dispositions intellectuelles et morales qui constituent une réelle sociabilité. C’est bien des gens de cette zone intermédiaire que l’on peut dire a^ec Beaumarchais ;

« Aux vertus qu’on exige des domestiques, combien de maîtres seraient dignes d’être valets? »

En effet, que doit réunir un bon serviteur, dans une maison où on l’emploie à tout? Pour ainsi dire, et dans un équilibre

satisfaisant, toutes les facultés de divers ordres, depuis la sympathie pour les enfants jusqu’aux impulsions réflectives qui lui font raisonner et accepter sa position, en passant par les hauts sentiments de la bienveillance, de la conscience, de la vénération .

Le domestique a besoin d’ordre, d’adresse des mains, d’esprit de conservation, de discrétion, de prudence, d’attachement aux personnes et à la maison ; mais il faut encore qu’il soit éducable, égal d’humeur, gai, sociable. Assurément, ce ne sont pas des qualités que puissent acquérir tous les sujets, et c’est ce qui explique, dans les milieux où l’on sait choisir, former, conserver ces précieux agents, la juste et légitime influence qu’ils exercent sur leurs maîtres, dont ils sont, après tout, les vrais et estimables amis.

C’est ce point de vue, du reste, que la domesticité était considérée autrefois dans

tiques fait moins disparate avec celle des propriétaires ou fermiers. Ceux-ci, en effet, prennent souvent une part directe aux travaux de culture, d’élevage, dans une large mesure, surveillent tout avec compétence, s’écartent peu d’ailleurs des mœurs, coutumes et régime alimentaire de la population laborieuse. La domesticité est là plutôt une fonction auxiliaire qu’un service personnel ; et le mouvement en plein air, au milieu des champs, des animaux, lui crée une variété, un exercice si favorable à la santé et à la bonne humeur, qu’elle serait presque attrayante, si son salaire était moins bas, moins insuffisant. Aussi la transformera-t-on sans inconvénient, dès qu’on le voudra sérieusement, en participation, en attendant le mode supérieur de l’association. C’est donc surtout de la domesticité des villes qu’il y a lieu de se préoccuper.

les cours et dans les vieilles familles aristocratiques où régnaient l’honneur, la noblesse d’âme, ainsi que les vrais principes de religion et de politique.

Aujourd’hui que les fausses idées d’égalité ont détruit toute intelligence des avantages de la hiérarchie, tout respect, non pas seulement mutuel, mais à l’égard des supérieurs légitimes, comment admettrait-on que l’estime fût conciliable avec les fonctions de la domesticité ? Elles blessent, dit-on, la dignité humaine en soumettant le serviteur aux volontés capricieuses du maître, comme s’il n’était pas toujours à même de s’y dérober. Elles révoltent, assure-t-on encore, les plus légitimes susceptibilités en privant ceux qui les acceptent du domicile personnel et en les reléguant à l’office où on les nourrit des restes de la table.

A la campagne, la situation des dômes-

Sans doute, ces différences d’occupations, de rang, d’usages, d’habitudes marquent une scission dans la nature humaine, que l’on aime à envisager idéalement comme une seule et même famille ; mais de ce que la providence nous fait naître dans des conditions diverses et que chacun de ceux qui n’apportent que leurs aptitudes et leurs bras en ce monde, va où les circonstances le poussent, vit comme il peut de son activité s’ensuit-il qu’une situation imposée d’abord parla nécessité, acceptée ensuite librement, puisse jamais être méprisable en elle-même quand elle est honnêtement soutenue ?

On a beau s’arrêter à ces grands mots que les défenseurs d’office de la dignité humaine nous donnent comme l’expression des sentiments essentiels de la morale, on ne voit pas que celui qui a le goût des travaux domestiques ou que le sort y a enchaîné, soit

moins honorable que tel artisan, parce qu’il est convenu, en toute liberté, d’exécuter les ordres de celui dont il accepte, en échange, un prix quelconque stipulé d’un commun accord. Gomme le dit justement le proverbe ; il y a de sottes gens, il n’y a point de sots métiers, et vivre en honnête homme, comme l’on veut, ou comme on peut, n’est nullement forfaire au respect de soi-même.

Maintenant, il est vrai que celui que le mauvais hasard de sa naissance a privé d’une profession plus relevée, ou dont celle qu’il exerce dépasse les forces ou ne suffit pas à ses besoins, et qui se trouve contraint par là d’embrasser une domesticité qui lui répugne, souffre dans ses instincts et dans ses sentiments ; mais, avec de l’ordre, de l’économie, une volonté persévérante, surtout avec quelques aptitudes spéciales, qui l’empêchera d’en sortir ?

Et si cette fonction qui a succédé au servage, comme celui-ci avait succédé à l’esclavage, s’en va vraiment, comme on l’assure, n’est-ce pas l’indice qu’il faut chercher un mode nouveau de ce travail aussi indispensable, après tout, que n’importe quel autre de ceux sans lesquels ne saurait exister toute société civilisée ? Il en est de la domesticité

comme de l’industrie dont les conditions d’exercice et de rapports économiques doivent s’élever, se transformer pour le plus grand affranchissement des spontanéités humaines, ce qui revient à dire, non-seulement qu’elle se pratiquera librement, qu’elle obtiendra la juste rémunération qui lui appartient, qu’elle jouira comme toute autre fonction de première nécessité de la considération qui lui est due, mais qu’elle pourra surtout s’accomplir dans des conditions mécaniques et organiques qui détermineront les voca-

lions comme dans toutes les autres branches

industrielles.

C’est dans l’association appliquée à la vie domestique par grands ménages sociétaires de trois ou quatre cents familles, que les services d’intérieur, non plus vis-à-vis d’un ou de quelques individus, mais de la masse, pourront s’élever à de telles conditions d’organisation, qu’ils attireront, seront recherchés avec empressement, honorés en raison de leur importance, au lieu de repousser, d’être avilis comme aujourd’hui. Déjà, dans le familistère de Guise, qui réunit douze à quinze cents personnes, hommes, femmes, enfants, dans un édifice unitaire, il y aurait lieu de tenter, et certainement avec succès, une expérience de ce genre.

En attendant, comme les villes seront naturellement les dernières à entrer en association, c’est dans les combinaisons mécani-

ques, circulation hydraulique et calorifique, qu’il faut chercher pour elles, ainsi qu’on le fait en Amérique, en Angleterre et même dans quelques grands quartiers de Paris, les moyens de simplifier le plus possible la domesticité. En diminuant la dépense de force et de temps pour ses agents, en réduisant surtout les soins concernant les personnes, lesquels ne se rendent bien qu’au point de vue sympathique, affectueux, la domesticité devenant moins lourde, moins humiliante, si l’on veut absolument qu’un travail utile quelconque puisse avoir jamais ce caractère^ on y introduira une concurrence qui adoucira les vicissitudes inséparables de toute transformation d’une institution fondamentale.

Mais ce qui modifierait puissamment le mouvement, ce serait que les maîtresses de maison revinssent de bonne volonté à l’administration, à la surveillance du ménage, comme

cela a lieu forcément en Amérique, à l’ouest du Mississipi, où la faiblesse numérique du sexe ne laisse place à aucune servante (1), qu’elles formassent ainsi, comme cela se passe en Allemagne, des sujets capables, dociles, qu’elles fissent respecter l’autorité du chef de la communauté en la respectant elles-mêmes, l’obligeant par là à donner sans cesse l’exemple de la justice et de la bienveillance. Le service domestique importe d’autant plus à la famille, qu’il a sur les enfants une influence permanente, souvent beaucoup plus considérable que celle des parents mêmes.

(1) Dixon, la Nouvelle Amérique^ p. 22G.

DE l’habitation.

L’habitation a, sur l’être humain, une immense influence sous le triple rapport physique, intellectuel et moral, moyennant qu’elle réponde, dans ses dispositions extérieures et intérieures, aux exigences du corps, de l’esprit et du cœur ; de l’un, par l’exposition, l’aération, la lumière, la gaieté, la salubrité ; de l’autre, par son ordre, sa distribution commode et symétrique ; enfin du troisième, par l’agencement de son mo-

bilier, l’intérêt de sa décoration, le classement des objets utiles ou agréables.

Si l’habitation n’est qu’un abri, un toit, comme on disait anciennement, elle n’est digne que d’un animal et n’attirera ni ne retiendra l’homme. La femme y sera triste et l’enfant ennuyé. Il faut, au contraire, que tous les membres de la famille s’y trouvent* bien, s’y plaisent, y attachent leurs souvenirs et une partie d’eux-mêmes.

C’est dans un logement propre, riant, soigneusement rangé, orné avec un certain goût que ses habitants aiment à se réunir, à passer leur temps ensemble, s’habituent aux soins, au respect, comme les enfants s’y forment à la régularité, à l’ordre. Placez une génération grossière, brute, dans une habitation convenable, avec la certitude qu’elle y sera désormais fixée, et si ses progrès laissent encore à désirer à la fin de son existence.

DE L’HABITATION. Jb3

celle qui lui succédera sera complètement transformée.

Ces choses-là se sentent sans qu’il soit nécessaire de les prouver, et les faits d’ailleurs surabondent à la connaissance de chacun.

L’habitation, partie essentielle du bien-être, a une telle importance , surtout si elle appartient à celui qui l’occupe ou que la jouissance lui en soit assurée, qu’une politique intelligente aurait dû tout faire pour l’installer dans ces conditions, surtout dans les villes où le cabaret et les fréquentations ont une si puissante attraction sur les ouvriers plus ou moins rebutés par la monotonie de leurs travaux. Supposez que sous l’empire de cette juste préoccupation et avec un certain esprit de prévoyance, on se fût entendu pour loger sainement et agréablement les classes laborieuses, les enchevêtrant avec les autres catégories sociales, leur ouvrant, au moyen de

i3i ÉCONOMIQUE PUOGUESSIVE.

combinaisons financières fort simples et trèsréalisables, la perspective de s’élever à la propriété de leurs demeures par sections indivises, par exemple, pense-t-on que l’on aurait jamais eu à redouter le pillage et l’incendie ? Or, que fallait-il pour cela? Uniquement un peu de bonne volonté.

Sans doute, il est dilficile de rectifier du tout au tout une grande cité. Les riches quartiers, offrant aux propriétaires les chances de gros revenus, par suite du mouvement considérable des affaires, resteront évidemment inaccessibles aux petites bourses et continueront de trancher aristocratiquement, mais cela cesserait d’être un inconvénient si la population tout entière était au moins convenablement logée.

Au surplus, cette grave question a provoqué dans maintes localités, principalement dans les villes manufacturières, les spécula-

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