‹ Elements d'electrochimie appliquee aux sciences naturelles et aux artsChapitre 21 sur 111 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Si l’oD opère avec le nitrate d’ammoniaque , il y a fusion aqueuse, évaporation sans production d’électricité, puis décrépitation et dégagement d’électricité. Dans les expériences de M. Peltier, il y a production d’électricité lors de la séparation des molécules d’eau combinées; elle s’est donc manifestée pendant la décomposition chimique. Cette observation rentre à la vérité jusqu’à un certain point dans la manière de voir de M. Pouillet , puisqu’il n’y a pas émission d’électricité pendant l’évaporation de l’eau distillée dans un vase parfaitement décapé.

Nous sommes naturellement amené à parler du dégagement de l'électricité dans l’expansion de la vapeur des chaudières des locomotives.

Du dégagement de réleetricité dans ^expansion de la vapeur des chaudières à vapeur.

On a observé, récemment, un dégagement considérable d’électricité dans le jet de vapeur d’une chaudière ; fait remarquable en raison de l’intensité de ses effets et des circonstances dans lesquelles il est produit, et qui, observé la première fois par M. H. K. Armstrong {Philos. Mng., nov. 1840 ), dans l’usine de Sighilles, prés de New-Castle , a été depuis l'objet d’investigations de la part de plusieurs physiciens. La chaudière à vapeur qui a servi à l’observation n’offrait rien de particulier dans sa construction ; seulement, à la partie inférieure de la soupape se trouvait une rondelle Axée par des boulons. Cette soupape était séparée de la paroi de la chaudière par un ciment composé de craie, d’huile et d’étoupes, afin qu’elle joignit aussi bien que possible. Une fissure s’étant faite dans ce ciment, un jet de vapeur s’en échappa, tellement électrisé, qu’en plongeant une des mains dedans et appuyant l’autre sur le levier de la soupape, on voyait passer une étincelle brillante chaque fois que l’on interrompait la communication et l’on ressentait une violente commotion dans le bras. Ces effets étaient les mêmes , quel que fût le point de la chaudière que l’on touchât. Celle-ci ayant été nettoyée quelque temps après, l’on trouva une forte incrustation de calcaire, qui fut enlevée ; on fit fonctionner la chaudière, et les effets électriques furent moins marqués, quoique encore assez sensibles pour produire une étincelle distincte et un choc dans le bras , ce qui a prouvé que la présence de l’incrustation était une des eauses , non pas peut-être indispensable à la production do phénomène , mais du moins nécessaire pour en augmenter l'intensité.

78 ELEMENTS d’ÉLECTBO-CHIMIE.

Continuons à exposer les faits. En se plaçant sur un tabouret isolant, les étincelles acquéraient , ainsi que la commotion, une plus forte intensité. La vapeur était positive; la chaudière retenait donc l’électricité négative. On chargea une bouteille de Leyde, qui donna de fortes secousses à plusieurs personnes formant chaîne. La quantité d’électricité émise par le jet de vapeur augmentait ou diminuait avec la charge de la soupape.

L’expérience ayant été répétée avec le jet de vapeur d’une chaudière d’une machine à haute pression et alimentée par de l’eau pure , les effets furent nuis ; d’après cela, la formation ou la présence d’une incrustation dans la chaudière paraissait une condition indispensable à la production du phénomène. Dans une autre expérience faite dans la nuit , M. Armstrong obtint des étincelles d’un pouce anglais de longueur ; en élevant la tige au-dessus de la soupape, mais la laissant toujours dans la vapeur , il arrivait un point où les étincelles avaient deux pouces de longueur. L’effet lui parut proportionnel à la quantité de vapeur qui s’échappait par la soupape. Il n’avait cependant encore fait aucune expérience rigoureuse pour s’assurer jusqu’à quel point cette loi était exacte. La soupape ayant été ouverte brusquement , les bords du levier et de la rondelle devinrent lumineux.

Voici les résultats d’une autre série d’expériences :

Un robinet adapté à la chaudière ayant été surmonté d’un tube de verre , on aperçut des étincelles briller le long du tube quand on ouvrait le robinet; elles se remarquaient depuis le nuage formé par la vapeur en dehors jusqu’au robinet, et cela que la chaudière fût isolée ou non. Les parois du tube n’étaient pas humides.

M. Armstrong tira la conséquence de la transmission de l’électricité du jet au robinet , que l’électricité positive de la vapeur ne se développe que lorsque celle-ci devient visible. Il nous semble que cette conséquence ne s’accorde pas avec le fait précédemment rapporté, savoir, que la lueur électrique est visible autour de la soupape. Il est certain que si les étincelles commencent à se montrer dans le tube, à partir du bout supérieur, en se succédant jusqu’au robinet, le fait est à prendre en considération dans l’explication du phénomène ; mais, pour l’instant, ne nous en occupons pas.

M. Schafthœutl a ftiit des recherches sur le même sujet [Phil. Mag., févr. 1841), mais en se servant d'un appareil à la portée de tous les physiciens. 11 prit une sphère en fer creux , de cinq pouces anglais de diamètre, contenant du mercure dans lequel plongeait un

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tube servant de manomètre, et au-dessus de l’eau distillée. Dans l'intérieur de cette sphère plongeait un thermomètre dont la tige traversait la surface de la sphère. La couche d’eau distillée qui se trouvait sur le mercure avait un pouce un quart d’épaisseur (mesure anglaise).

Dans la direction du jet de la vapeur, aune distance de neuf pouces environ de l’orifice du robinet , se trouvait une cloche en verre , de neuf pouces de diamètre et de cinq pouces de hauteur, dans laquelle aboutissaient les extrémités de deux fils de cuivre communiquant avec un fll unique du même métal. Quand l’eau fut entrée en ébullition, et que le manomètre indiqua un excès de pression de trente et un pouce anglais , le robinet fut ouvert : la vapeur se précipita dans la cloche , s’y condensa, et fournit assez d’électricité en quelques secondes pour faire diverger les feuilles d’or d’un électroscope condensateur, en relation avec un fil de cuivre. Il en fut de même quand la pression était de vingt-trois pouces. L’eau distillée qui avait servi à « l’expérience avait pris une teinte rougeâtre due à la présence du peroxyde de fer; elle fut remplacée par une dissolution de sel marin , puis ensuite par de l’eau distillée , et alors on ne recueillit point d’électricité. Cette expérience fut répétée plusieurs fois avec de l’eau distillée, en nettoyant bien la surface intérieure, et toujours les effets furent négatifs; on n’en obtint que lorsque l’on mit exactement dans la sphère la même quantité d’eau qui avait servi dans la première expérience. M. Schafthœutl crut devoir en tirer la conséquence que l’effet devait être attribué à l’eau très^Jivisée que la vapeur entretenait avec elle et qui se condensait sur les parois de la cloche de verre.

Un bruit particulier produit par le jet de vapeur était l’indice du phénomène.

Cet observateur alla plus loin : il avança qu’il ne suffisait pas, pour que l’effet eût lieu, que la vapeur se condensât sous forme de brouillard , mais qu’il était nécessaire qu’elle devint liquide. L’expérience , suivant lui , réussit également bien quand l’eau renfermait du sel marin ou du sulfate de chaux , pourvu que la quantité de liquide fût convenable. 11 attribua uniquement l’électricité dégagée à la condensation soudaine de la vapeur et à la séparation de l’eau formée, la vapeur condensée prenant l’électricité positive, et la négative restant à la chaudière. A quelques modifications près , c’est la manière de voir de piusieurs physiciens anglais.

M. Armstrong fit encoi'c de nouvelles expériences pour essayer de trouver la cause du phénomène.

Il condensa de l’air , sous une pression de huit atmosphères , dans

ÉLÉMENTS d’ÉLECTEO-CHIMIE.

un vase à parois très-résistantes, de la contenance d'un peu moins de sept litres , et muni d’un tube de verre par lequel l'air devait s’échapper : le vase fut placé sur un isoloir. Ayant tourné le robinet pour laisser échapper l’air, il n’obtint, la première fois, aucun résultat. Dans une seconde expérience, le verre devint si fortement négatif, qu’il put en tirer des étincelles d’un quart de pouce de long. Cette expérience fut répétée souvent avec le même succès. L’électricité du vase, quoique ordinairement négative, comme la vapeur, était cependant quelquefois positive; aussi devait-il se présenter des cas où il n’y avait aucun dégagement d’électricité , quand le vase passait de l’état négatif à l’état positif. L’expérience réussissait mieux par un temps fi'oid et légèrement humide, que lorsqu’il était sec et chaud. Cette circonstance est à noter, car elle semblerait faire croire que la présence de l’eau dans l’air soit une des causes de la production du phénomène ; aussi cette conjecture n’a-t-elle pas échappé à M. Armstrong.

Dans cette expérience , il paraîtrait que l’influence de la présence de l’eau en vapeur est telle, que lorsque le récipient est parfaitement sec, et échauffé jusqu’à cc qu’on ne puisse y tenir la main, la sortie de l’air ne produit pas d’électricité. Si l’intérieur du récipient est humide , on ne peut faire disparaître les signes d’électricité qu’en élevant davantage la température; quand celle-ci est basse, la présence de l’eau contribue peu aux effets électriques. En effet, M. Armstrong ayant desséché complètement l’intérieur d’un récipient , y introduisit une certaine quantité de potasse pour enlever à l’air condensé l’eau qu’il contenait; puis il comprima de nouveau de l’air , et plaça l’appareil dans un endroit froid pendant douze heures , afin que la potasse eût le temps de produire son effet. L’expérience ayant été faite ensuite, les effets furent les mêmes, comme si l’on n'avait pris aucune précaution pour enlever l’humidité.

Les expériences furent recommencées avec une chaudière de trente pouces de long et quatre pouces de large (mesure anglaise), le couvercle ayant une soupape de sûreté graduée. Le fourneau était porté sur quatre pieds de verre ; un tube de cuivre partait du couvercle de la chaudière, entrait dans le fourneau, y serpentait plusieurs fois, en sortant latéralement, et son extrémité était terminée par un robinet au moyen duquel on donnait issue à la vapeur qui se desséchait en passant dans le tube chaud. Cet appareil a donné des effets assez marqués, et a permis de reconnaître les

CBAPILUE II.

circonstances dans lesquelles la chaudière était tantôt positive, tanhU négative.

Les expériences faites à cet égard portent à croire que l’état calorifique de la portion de la chaudière eu contact avec la vapeur, est probablement une des causes des effets produits; car, suivant M. Armstrong , la construction de son fourneau permettait, en fermant sa porte latérale, d’opérer un grand accroissement de température au haut de la chaudière où se trouvait la vapeur ; et alors , presque toujours , l’électricité négative de la chaudière , et la positive de la vapeur, diminuaient et disparaissaient entièrement; puis la positive paraissait dans la chaudière , et la négative dans le jet de vapeur. La diminution de i’eau favorisait aussi l’accumulation de la chaleur dans le haut de la chaudière , et cette circonstance est trèspropre aux changements des électricités. Nous croyons cependant qu’il y a d’autres causes qui déterminent les variations des signes électriques, entre autres l’état électrique du tube, qui, étant le même que celui de la chaudière , doit produire des recompositions contit nuelles d’électricité.

Nous signalerons encore quelques-uns des principaux faits observés.

1” Une augmentation considérable de pression produit toujours dans la chaudière, qui est d’abord positive, un retour temporaire à l'électricité négative , lequel dure une ou deux minutes, puis la chaudière reprend ensuite son état positif.

2° Lorsque la pression est considérable , la tendance négative du jet de vapeur est fortement augmentée par le passage de la vapeur à travers un tube de cuivre, à tel point que l’on peut obtenir souvent du tube un jet de vapeur négatif, tandis qu’on en reçoit un autre positif de la soupape. A de basses pressions , le passage de la vapeur à travers le tulie produit plutôt un effet inverse.

3° Les effets les plus énergiques sont produits lorsqu’on décharge la vapeur à travers un tube de verre court fixé à la chaudière; si le tube est long, il yadiminulion dans les effets. L’électricité est , en général , plus faible quand la chaudière est positive et le jet négatif que lorsque l’une et l'autre sont dans un état contraire.

4” L’expansion de la vapeur ne paraît pas être une cause du dégagement de l’électricité.

6" L’électricité produite dans le vase évaporatoire par l’émission de la vapeur est indépendaule de l’évaporation concomitante. Dans çe cas, l’eau avait été chassée de la chaudière, et cependant cette

ÉLÉMENTS d’ÉLKCTBO-CHIMIE.

électricité était toujours positive. Les circonstances suivantes devront être appréciées clans la théorie que l’on essayera de donner du phénomène.

Il parait que la tendance du nuage de vapeur é donner de l’électricité négative au lieu d’électricité positive, augmente à mesure que l’on' se sert plus longtemps de l’appareil , jusqu’à ce qu’enfln l’électricité positive ne paraisse plus que rarement dans le jet.

Pensant que l’état négatif du nuage provenait de l’oxydation du métal, on examina l'intérieur de la chaudière, et on trouva la paroi intacte. L’état négatif fut le même après qu’on l’eut lavée avec dé l’eau ; mais avec une solution de potasse , le jet devint positif.

Dans les expériences subséquentes , ayant ajouté une petite quantité de potasse à l’eau cpii engendrait la vapeur, l’intensité de l’électrleité augmenta à un point tel qu’on obtint plus de trente étincelles d’un demi-pouce de longueur pendant une minute ; avec la soude , l’e^et fut semblable , mais à un degré moindre. En y substituant une petite quantité d’acide nitrique , la vapeur devint négative ; les acides sulfurique et hydrochlorique ne parurent pas exercer une grande influence , même lorsque la chaudière renfermait de la limaille de fer, sur laquelle ces acides devaient agir. La chaux rendit la vapeur positive ; le nitrate de cuivre agit à peu près comme l’acide nitrique. Enfin, les effets puissants obtenus quand l’eau contenait de la potasse , ont fait penser que l’on pourrait remplacer les machines électriques ordinaires par des appareils vaporo-électriques.

Tels sont les faits observés jusqu’ici relativement à l’électricité produite dans les chaudières des machines à vapeur quand il sort un jet , soit par la soupape , soit par un robinet disposé à cet effet.

Quand on songe aux effets nombreux et souvent contradictoires, au peu d’expériences rigoureusement exactes, pour étudier le phénomène, de manière à en saisir les lois, on éprouve de grandes difficultés à expliquer d’une manière satisfaisante les nombreux effets observés. Nous allons cependant essayer de les rapporter aux causes connues du dégagement de l’électricité ; car s'il existe une cause non encore étudiée , il faut avouer que la question n’est pas assez éclairée pour que l’on puisse, dans l’état actuel des choses, reconnaître quelle est réellement cette cause. Nous avons vu qu’il y avait dégagement d'électricité dans ies actions chimiques, calorifiques, moléculaires et magnétiques ; tels sont les jalons sur lesquels nous devons nous appuyer pour expliquer le phénomène de M. Armstrong. Le dégagement de rélectricité dans la formation de la v apeur a été longtemps un sn-

CHAPITBE II.

jet de discussion entre les physiciens , attendu que l’expérience don> naitdes résultats tantôt dans un sens, tantôt dans un autre.En montrant que lorsqu'on faisait évaporer de l’eau distillée dans un vase de platine, et qu’on remplaçait cette eau successivement par de l’eau acidulée ou alcalisée, on avait des effets nuis ou des effets électriques dans deux sens différents , M. Pouillet a résolu la question ; et il fut prouvé par là que le changement d’état de l’eau ne produisait pas d’électricité ; que dans le deuxième cas la vapeur étant négative, et dans le troisième positive , ces effets devaient être attribués à une décomposition chimique, c’est-à-dire, à la séparation de l’eau d’avec l’acidè ou l’alcali.

Pour réussir dans l’expérience de la chaudière à vapeur, il faut que l’eau renferme un sel quelconque et qu’il se forme un encroûtement; car l’effet est d’autant plus fort que celui-ci est plus considérable. Mais ee qui complique le phénomène , ce sont, i° les effets électriques complexes résultant d’abord de l’action chimique du liquide sur la fonte ou le métal dont se compose la chaudière; 2° de la séparation de l’eau des substances qu’elle tient en dissolution, et auxquelles 11 faut rattacher les effets qui accompagnent la décrépitation ; 3" de l’électricité due à des phénomènes thermo-électriques dont la cause n’est pas encore bien connue, et qui , d’après les observations de M. Armstrong, interviennent pour faire changer de signe la chaudière qui . étant ordinairement négative, devient, dans quelques cas, positive. D’un autre côté, l’expérience qui a été faite avec de l’air comprimé humide vient compliquer singulièrement la question ; car, dans ce cas , on ne peut admettre une action chimique , puisque les effets électriques sont dus uniquement à l’air comprimé par une ouverture étroite. Peut-être le frottement de l’air contre les parois métalliques est-il pour quelque' chose dans la production du phciiomèiKf

D’après cela , il n’est pas étounaut que l’on n’ait pas encore donné une explication satisfaisante des effets électriques produits lors de l’émission de la vapeur dans les chaudières des machines à haute et basse pression, lorsqu’on voit qu’il y a peut être quatre causes connues qui concourent à l’effet général ; on ne pourra avoir une explication complète que lorsqu'on connaîtra la part d’action de chacûné d’elles. Noos avons présenté avec d’assez grands développements les phénomènes électriques qui accompagnent l’émission de la vapeur des chsradlères, en raison de la similitude de ces pBénomènès avec d’autres effets analogues piwinits dans l’atmosphère.

£LÉME^TS d'ÉLECTBO-CHIMIE.

Des effets électriques produits dans te contact des gaz et des métaux non oxydables.

Lorsqu'une lame de métal plonge dans un liquide capable de réagir chimiquement sur elle, il y a un dégagement d'électricité dont on a donné les lois : ce dégagement est nul si la lame n'est pas attaquée , à moins qu’elle ne soit recouverte de substances solides ou gazeuses capables de réagir chimiquement sur le liquide. Nous avons étudié ce qui arrivait avec des substances solides; il nous reste à montrer comment se comportent les gaz.

Quand on décompose de l’eau distillée avec deux lames de platine plongeant dedans et communiquant avec une pile voltaïque, que l’on interrompt la communication au bout de quelques instants , et qu’ayant détaché les deux lames des extrémités de la pile on les réunit avec un ûl en relation avec un multiplicateur, on a un courant dirigé en sens inverse du premier, c’est-à-dire que la lame qui primitivement était le pôle positif devient le pôle négatif, et réciproquement ; cet effet se reproduit encore en opérant avec un seul couple. Voici l’explication que nous avons donnée depuis longtemps de ce phénomène :

Quaud deux lames de platine plongeant dans une solution saline font partie d’un circuit voltaïque, la surface de la lame positive se recouvre d’éléments acides et d’oxygène, et la surface de la lame négative d’éléments alcalins et d’hydrogène. Les deux lames se trouvent donc dans le même état que si la première avait été mise en contact avec une solution acide , et que l'autre plongeât dans une solution alcaline; dans les deux cas, les effets sont les mêmes. Nous avions fait l’expérience en mettant une lame dans une solution de potasse, et l’autre daps de l’acide nitrique ; M. Matteucci l’a faite également en mettant en contact pendant quelque temps les lames avec du gaz hydrogène et du gaz oxygène; puis, les plongeant dans de l’eau distillée, il a obtenu des déviations considérables; la lame recouverte d’oxygène a pris à l’eau l’électricité positive et celle recouverte d’oxygène l’électricité négative; ces deux gaz, en réagissant sur l’eau, ont donc donné lieu à des effets électriques semblables à ceux que l’on aurait obtenus directement dans la combinaison de l’oxygène avec l'hydrogène. Les lames ont conservé pendant longtemps cette propriété.dl est nécessaire , pour la leur enlever au bout de plusieurs heures , de les faire rougir. L’azote se comporte, quaud il adhère à une lame de platine , à l’égard de l’oxygène comme l'hydrogène , et re-

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lativement à celui-ci comme l’oxygène. Lorsque les lames d’or ou de platine produisent des effets secondaires tels que ceux dont il s’agit, on dit que les lames sont polarisées. On doit se mettre en garde dans les expériences délicates contre cette polarisation , quand des lames sont restées longtemps en contact avec l’air , sans quoi on attribue à d’autres causes les effets dont il est question. Nous renvoyons pour plus amples renseignements à notre Traité d’électricité , t. V, deuxième partie , p. 12.

Des effets électriques produits dans l’action chimique de la lumière solaire.

On doit retrouver dans les phénomènes chimiques produits sous l’influence de la lumière solaire les mêmes effets électriques qui accompagnent les actions chimiques en générai. Les premières recherches pour observer ces effets sont dues à M. Edm. Becquerel , qui en a publié les résultats en juillet i839. Il avait remarqué qu’en faisant agir un faisceau de rayons solaires sur deux liquides superposés avec soin et agissant chimiquement l’un sur l’autre, il se développait un courant accusé par un multiplicateur très sensible , dont les deux extrémités étaient en relation avec deux lames de platine plongeant dans les dissolutions. Le phénomène observé était complexe, attendu qu’il se compliquait de l’action de la lumière sur les lames de platine; M. Edm. Becquerel fut conduit ainsi à faire une série d’expériences touchant l’action des rayons solaires sur les lames de métaux inoxydables.

Quand deux lames de platine , communiquant avec un galvanomètre, plongent dans un liquide conducteur, il n’y a aucun effet électrique produit toutes les fois que les lames sont très -propres et qu’elles ont la même température; mais pour peu qu’il y ait entre elles une différence de température, il se produit un courant dont l’intensité et la direction dépendent de la nature du liquide. Or, comme le phénomène se reproduit quand on expose inégalement aux rayons solaires deux lames de platine ou d’or plongeant dans une solution acide, neutre ou alcaline, il s’agit de voir jusqu’à quel point la radiation calorifique intervient dans la production du phénomène. Pour cela, il ne faut pas perdre de vue qu’une lame chaude est négative par rapport à une lame froide, lorsqu’on plonge l’une et l’autre dans l’eau ou une solution alealine, ees deux lames communiquant métulliquemeut ensemble , tandis que le contraire a

ÉLÉMENTS d’ÉLECTBO-CHIMIE.

lieu dans un acide. Les effets étant les mêmes par le contact }(' quide froid avec un liquide chaud , on peut en conclure que l’imm^* sion d’une lame chaude de métal dans un liquide échauffe la coucjhe liquide qui entoure cette lame : d'où résulte un courant électrique dù à la réaction de la couche chaude sur le liquide environnant.

Pour observer les effet de la radiation solaire, on se ser^ de l’ap> pareil suivant ( pl. I, fig. 12 ùi.<), qui est composé d’une boite en bois, noircie intérieurement et partagée, par une membrane très-qiince, en deux compartiments que l’on remplit de la solution d’essai ; dans chacun d’eux plonge une lame de platine ou d’or, dont la surface a été chauffée préalablement au rouge; ces lames sont mises en relation avec un multiplicateur à fil long, et placées horizontalement pour être mieux influencées par la radiation solaire. Chaque compartiment est recouvert d’une planchette mobile formant couvercle, et qu’on enlève quand ou veut opérer. Lorsque les compartiments renferment une solution alcaline, on trouve que la lame exposée aux rayons solaires prend au liquide l’électricité négative; c’est l'inverse avec une solution acide. Dans le premier cas , la déviation est de 2 à 3° ; dans le deuxième, de G à 7". On pourrait croire que ces effets sont dus à l’action calorifique des rayons solaires ; mais il n’en est pas ainsi, comme on peut le voir en comparant, sous le rapport des effets électriques, l’ordre des écrans de verre coloré placés successivement sur l’appareil, avec l’ordre de ces mêmes écrans placés sur les deux pôles d’une pile thermo-électrique, car on trouve alors que l’effet n’est pas dù au rayonnement calorifique.

Pour reconnaître comment les diverses parties du spectre agissaient sur les lames de platine, une de ces lames fut placée verticalement; on fit tomber dessus les rayons colorés du spectre formé en réfractant les rayons directs du soleil. Les deux compartiments étaient remplis d’eau acidulée; dans celui caché à la lumière se trouvait une lame de platine en relation , comme l’autre; avec un multiplicateur.

Voici les effets obtenus :

Aucune action dans les rayons..

Faillie action dans les rayons. . .

Action inai'(|uée dans les rayons

rouges, orangés, jaunes, verts, i bleus, i indigo, violets.

On peut conclure de ces résultats que les rayons qui agissent sur les lames de platine ou d’or plongées dans des dissolutions , étant plus réfraugibles que les rayons calorifiques , ne sauraient produire

CHAPITBE II.

des effets de chaleur. Mais quel est le mode d’action de ces rayons 7 Quoiqu’on ne puisse répondre catégoriquement à cette question , cependant , comme les effets sont presque nuis quand les surfaces sont très-nettes, il est probable qu’ils sont dos à l’action des rayons chimiques sur les corpuscules adhérant alix surfaces. Ponr voir jusqu’à quel point cette conjecture est fondée, il faut examiner l’influence qu’exercent le charbon et divers oxydes placés en couches très-minces sur les lames; dans ce cas, on trouve que les effets, au lieu d’étre plus considérables, sont au contraire moindres ; d’un autre cèté, si ie phénomène est calorifique , la présence de ces corps devrait augmenter le pouvoir absorbant du platine.

On ignore si l’altération excessivement faible du platine n’interviendrait pas dans la production du phénomène ; ce qui est certain , c’est qu’en opérant avec une lame en cnntac^ depuis plusieurs jours avec l’eau , le courant est moins fort que lorsqu’on vient de faire rougir la lame.

Voyons maintenant ce qui se passe en opérant avec des lames de métal oxydable. On s’est servi d’abord de lames de laiton , et pour liquide, de l’eau acidulée par quelques gouttes d’acide nitrique. Les lames ont constamment donné un courant de 4“ à 5*, dont la direction était telle, que la lame exposée au rayonnement prenait au liquide l'électricité positive, effet inverse de celui qui aurait eu lieu si la lame eût été attaquée par l’eau acidulée.

Deux lames qui avaient déjà servi furent employées comme électrodes à l’égard d’une pile de trente éléments : la lame positive s’est oxydée, tandis que l’autre est restée brillante; alors on l(sa exposées successivement aux rayons solaires. La lame brillante s’est comportée comme auparavant, c’est-à-dire qu’elle a pris l’électricité positive t la déviation de i'aiguille fut de 3° à 4°; tandis que la lame oxydée devint fortement négative, à tel point que l’aiguille du galvanomètre fut chassée violemment à 00°. Cette action énergique n’est produite que lorsque la lame est fortement couverte d’oxyde. L’ordre des lames étant interverti , les effets furent les mômes; nous devons faire remarquer qu’elles n’éta|ent mises en expérience qu’après avoir perdu la polarité qu’elles acquièrent quand elles servent d’électrodes. En employant comme écrans les différents verres colorés ci-dessus mentionnés , on a obtenu les résultats suivants, en exposant la lame oxydée aux rayons solaires :

ELEUENTS 1> ELECTBO-CHIHIE.

Écrans.

Intensité du courant.

Sans écran 35,5

Verre violet.

— bleu . .

— vert ..

— jaune .

— ronge .

Rapport des effets produits , 100 représentant l’action exercée sans l’interposition d’aucun écran.

La lame étant exposée aux diverses parties du spectre solaire , on a eu :

Spectre Intensité du cooranti

Dans les rayons ronges 1

— orangés » i

— jaunes 2

— verts 4

— bleus 2

— indigo »

— violets 0

En opérant avec la lame de laiton décapée et les écrans colorés , on a obtenu un courant en sens inverse do précédent, dont l’intensité varie , comme on le voit dans le tableau suivant :

Écrans. Intensité. Rapports des effets produits.

Sans écran 4*,5 loo

Verre violet 2° 44,5

— bleu 1°,5 27

— jaune 0 0

Il y a deux effets inverses bien distincts produits lors de Tac* tion des rayons solaires sur les lames de laiton : d’abord celui qui s’opère lorsque la lame est brillante et nette , et le second qui a lieu lorsque la lame est oxydée; on voit, de plus, que les écrans se comportent différemment par rapport aux rayons qui opèrent ces actions.

Avec des lames d’argent et de l’eau acidulée par l’acide sulfurique, on a eu un courant de 1° à 3° , dans une direction telle , que la lame exposée était négative. Avec les lames qui avaient servi d’électrodes, les effets ne furent pas plus marqués. Cette faible action pouvant être négligée, on déposa sur leur surface des vapeurs d’iode et de brôrae , afln de voir jusqu’à quel point l’on pourrait observer les effets électriques produits par la réaction de ces deux corps sur l’argent , sous

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