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CHAPITRE V

Des oxydes , sulfures , chlorures , etc. , et autres composés métalliques.

Dans le chapitre précédent , il n'a été question que des propriétés physiques et des propriétés électro-chimiques des corps simples, et de quelques composés métalloidiques, ainsi que des moyens de les obtenir au moyen des forces électriques. Il s’agit de résoudre la même question à l'égard des composés métalliques. Nous croyons devoir auparavant nous arrêter quelques instants sur deux points que nous n’avons point encore traités, afin de faire connaître une cause qui peut arrêter une action électro chimique.

Duprétendu pouvoir conducteur différent de certains corps pour chacun des deux fluides électriques.

On a cherché à expliquer tous les phénomènes électriques observés jusqu'ici en admettant l’existence de deux lluidcs doués de propriétés contraires, et dont la réunion constitue ce qu’on appelle le fluide naturel, tluides qui n’existent peut-être pas, attendu i(uc si les deux électricités ne sont autres que des mouvements oscillatoires particuliers de l’éther, ce qu’on nomme formation de fluide neutre ne serait que le résultat de la destruction de deux ondulations opposées. Quoi (|u’il en soit, nous conserverons la dénomination de fluide donnée à chacune des deux électricités, parce qu’elle simiililie beaucoup l’explication des phénomènes; souvent même nous supprimerons l’épithète de fluide, pour éviter toute équivoque. Les physiciens ayant reconnu que chacune des deux électricités jouissait de propriétés électro-chimiques différentes, durent rechercher si chacune d’elles ne tendrait pas également à produire, dans certaines circonstances, des effets physiques différents.

Les premières recherches de ce genre furent faites par Porclt. Il

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prit un vase en verre qu’il partagea en deux compartiments au moj en d’un diaphragme de vessie ; puis chaque cellule fut remplie d’eau ordinaire , sans addition d’aucun sel ; il plaça ensuite dans chacun d’eux une lame de platine en communication avec l’un des pôles d’une pile de 80 éléments. L’eau fut décomposée comme à l’ordinaire ; mais le dégagement du gaz ne fut pas aussi rapide que si l’eau eût tenu eu dissolution un sel ou un acide. Mais une grande partie de l’eau contenue dans le compartiment où se trouvait la lame positive fut chassée pur une force d'impulsion dans le compartiment négatif, où ie niveau de l’eau s’éleva. On voit donc que le courant électrique , quand il traverse un liquide mauvais conducteur, tend à lui imprimer une impulsion dans le sens de la direction que suit l’électricité pour se rendre du pôle positif au pôle négatif. Cet exemple caractéristique montre que le fluide positif exerce une influence mécanique que ne possède pas l’électricité négative. Cette expérience, nous le répétons, ne réussit qu’autant que l’eau est presque entièrement pure.

Erman , qui a étudié celte question , a cherché à prouver que certains corps ne possèdent pas le même pouvoir conducteur pour chacune des deux électricités. Mais les effets qu’il a observés sont dus a d’autres causes que celles qu’il a admises. (Voir Traité d'électricité , tome V, deuxième partie, pag. 277.) Il adonné le nom d’unipolaires aux corps qui jouissent de cette propriété, et a nommé phénomènes unipolaires les effets qu’ils présentent.

Supposons que l’on prenne deux morceaux de savon parfaitement égaux , réunis ei^mble au moyen d’un fil métallique , et qu’on enfonce dans les faces opposées deux autres fils, en communication avec les deux pôles d’une pile, on observe les effets suivants. Touche-t-on avec le doigt le fil négatif ou le morceau de savon situé de son côté , le pôle négatif perd toute sa tension , tandis que le pôle positif atteint sa tension maximum. Cette expérience montre que dans la partie située entre le fil métallique qui joint les deux morceaux de savon, et le pôle positif, il y a des points qui ne laissent pas passer le courant; Or, si l'on touche le fil intermédiaire entre les deux morceaux de savon , les pôles conservent leur tension , comme si le circuit était ouvert. En touchant le fil positif ou le morceau de savon situé de son côté, le pôle positif perd toute sa force, et le pôle négatif acquiert sa plus grande tension. Ces effets sont dus simplement à la présence d’un acide gras sur le pôle positif, provenant de la décomposition du savon par faction du courant, et qui , en raison de son pouvoir non conducteur, s’oppose au passage du courant.

CHAPITBB IV.

On doit ajouter que ces phénomènes n'ont lieu qu’après un certain temps nécessaire pour que le dépôt de l'acide gras puisse s'effectuer. Ainsi les propriétés unipolaires annoncées par Ermaii tiennent à des produits secondaires déposés sur les lames décomposantes , et non conducteurs de l’électricité. On a rapporté ici ces expériences , pour prémunir les personnes qui cherchent à employer les forces électriques comme force chimique, contre une cause qui peut arrêter le passage du couraut dans les circuits. Bien qne ces expériences tendent à prouver que >es phénomènes unipolaires peuvent, dans les décompositions électro-chimiques , dépendre de la présence de corps isolants sur l'une des lames décomposantes , cependant il existe des faits qui paraissent montrer , de même que le fait observé par M. Porett , que l'une et l’autre espèce d’électricité peuvent avoir un pouvoir d’action inégal.

De l'emploi des phénomènes électro-chimiques pour reconnaître les altérations qu'éprouvent certaines dissolutions au contact de Pair atmosphérique.

Toutes les fois qu'une solution dont les éléments sont capables de prendre de l’oxygène à l’air est placée dans un vase découvert, elle éprouve une altération dont on ne peut connaître la nature que lorsqu'il s’est formé des composés que le chimiste peut saisir ; mais l’électro-chimiste a un moyen très^imple de constater immédiatement les altérations qu’elle est susceptible d’éprouver.

Supposons , par exemple , qu’on ait dissous du fer dans de l’acide nitrique jusqu’à saturation et qu’on plonge dans la solution deux lames de platine parfaitement décapées , chacune en communication avec une des extrémités du fil d’un multiplicateur, il ne se produira aucun effet. Laissons une des lames dans la solution, retirons l'autre, et replongeons-la immédiatement, on n’observe encore aucun effet; mais si , avant l’immersion, on la laisse quelques instants en contact avec l’air, Use produit un courant électrique, dont la direction indique que la lame retirée et plongée de nouveau prend à la solution l’électricité positive. Cet effet ne peut provenir uniquement que de ce que la solution et la partie de cette solution qui mouille la lame de platine ne sont pas dans le même état, celle qui mouille se comportant comme un acide par rapport au reste de la solution.

Or, que se passe-t-il quand on prépare du nitrate de fer? Il va dégagement de deutoxyde d’azote, de gaz nitreux, et formation de protonitrate et de deutonitrate de fer. Lorsque la solution se trouve ex-

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jwsée au contact de l’air, le deutoxyde d’azote passe peu à peu à l'état d’acide nitreux , et le protonitrate à celui de deutoiiitrate. Ces transformations , lentes dans une solution contenue dans un vase , deviennent très-promptes dans la solution adhérente à la lame de platine. Dès lors, cette partie de solution se trouve saturée d’oxygène , et sa réaction sur la solution qui est dans le vase doit produire les mêmes effets électriques que ceux qui ont lieu dans l’actiou d’un acide sur un alcali. Ces effets ne sont produits qu’avec la solution de protonitrate nouvellement préparée, attendu que lorsque la préparation est faite depuis longtemps, et qu’elle est restée au contact de l’air, le protonitrate est changé entièrement en deutonitrate.

Le zinc en dissolution dans l’acide nitrique ne donne lieu , ainsi que l’argent dans le même acide , à aucun effet de ce genre. Il est probable que le protosulfate de fer et celui de manganèse se comportent comme le protonitrate de fer. Le procédé électro-chimique que l’on vient d'indiquer est donc le plus sensible que l’on puisse imaginer pour reconnaître les plus faibles altérations qu’éprouve une solution au contact de l’air.

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