CHANGEMENTS DANS LA CONFORMATION INTERIEURE
2° Des parties fibrillaires; ce sont les racines antérieures issues de la corne motrice, les premières ébauches des cordons antérieurs et de la commissure antérieure, les racines postérieures et l’ébauche des cordons postérieurs (faisceau ovale) , les premières traces d’une ébauche des cordons latéraux et la couche arquée.
A cette époque, la forme du canal central est celle qui est représentée (fig. 184, A) ; deux saillies de la paroi, l’une antérieure large, l’autre postérieure moins étendue, s’avancent de chaque côté dans la lumière du canal. Cette disposition du canal central et la configuration du contour extérieur de la moelle permettent de partager la moelle en un « cylindre médullaire antérieur » et un « prisme médullaire postérieur», celui-ci de forme d’abord trapézoïdale, puis triangulaire (fig. 184, A et B). Entre les deux se trouve la « portion intermédiaire », réduite à la plaque interne, à la couche arquée et à une mince zone de myelosponge au début dépourvue de fibres.
Telles sont la nomenclature et la disposition des parties primitives dont est constituée la moelle.
Il y a des moelles de Vertébrés dont la constitution demeure à peu près dans l’état de simplicité où nous venons de trouver la moelle embryonnaire de l’Homme et des autres Mammifères. Chez le Protée, par exemple, Klaussner a trouvé la moelle formée par les parties suivantes : une assise de 5-6 couches de cellules épithéliales bordant le canal central, qui correspond évidemment à la plaque interne épithéliale de l’embryon humain, avant toute différenciation de l’épendyme aux dépens de cette dernière; une couche fibreuse ; puis une zone cellulaire épaisse représentant la couche engainante de l’embryon humain. La moelle du Triton est également constituée d’une façon très simple, d’après les recherches de Bürckhardt. Dans la moelle des Cyclostomes, la substance grise demeure confondue en une masse unique que l’on ne peut distinguer en cornes antérieure et postérieure, ainsi qu’on le sait par les recherches d’Owsjannikow etdeReissner et depuis par celles d’une série d’auteurs plus récents; la division de la substance fibreuse en cordons distincts n’y est pas davantage apparente. Très simple aussi est la constitution de'la moelle de l’Amphioxus, étudiée entre autres par Rohde.
Ces moelles ne se présentent avec une apparence de simplicité qu’examinées à l’aide des méthodes ordinaires d’investigation. Étudiées à l’aide des procédés chromo-argentiques et au bleu de méthylène, elles fournissent des détails histologiques qui permettent de leur attribuer une complication structurale comparable à celle des Vertébrés supérieurs, ainsi que cela
DEVELOPPEMENT DE LA MOELLE
résulte des recherches de Retzius. Ramôn y Cajal, Cl. Sala pour les Amphibiens, de celles de Retzius pour les Cyclostomes et l’Amphioxus.
D’autre part, les moelles des animaux en question ne sont pas seulement la reproduction schématique et simplifiée de celles des Vertébrés supérieurs, parce qu'il s’y ajoute des particularités de structure qui attestent l’évolution du tube médullaire dans un autre sens que celui qui est suivi par la moelle des autres Vertébrés. Il sera brièvement question plus loin de ces particularités.
§ 3. — Changements ultérieurs dans la conformation intérieure de la moelle. — Les transformations ultérieures dont la moelle est le siège sont moins bien connues que les premières phases de son développement, et l’on discute encore sur le mécanisme de certains processus organogéniques secondaires de la moelle. Les points qui sont encore en litige sont les suivants : la façon dont se font les changements de forme du canal central, le mode de formation de la substance gélatineuse, l’origine des cordons de Goll. Tous ces points sont d’ailleurs connexes ; ils ont trait à des parties de la moelle voisines l’une de l'autre, si bien que les transformations de Tune amènent des modifications de l’autre (1).
Chez l’embryon humain on voit, d’après His, les changemonts suivants du côté du cylindre médullaire ou zone ventrale de la moelle. Les cornes motrices éprouvent un mouvement de torsion tel, que les points d’émergence des racines antérieures, de latéraux qu'ils étaient, deviennent antéro-latéraux (cela ne ressort pas nettement des figures de His). En même temps, la partie postérieure de la corne motrice s’individualise pour former la corne latérale (fig. 184, G et D, Cl).
Dans le prisme médullaire ou zone dorsale de la moelle, on cons-
(1) Le champ où se passent les faits organogéniques encore mal connus a la forme de deux triangles avant un côté commun représenté par la ligne médiane et un angle postéro-externe correspondant à l'entrée des racines postérieures. H est à noter que c’est aussi dans cette aire triangulaire que les connexions des éléments histologiques sont le plus obscures, surtout chez certains Vertébrés où il y a là des éléments spéciaux, de signification encore énigmatique. Cela est dû sans doute à ce que cette région représente le trait d’union entre l’ectoderme épidermique et l’ectoderme nerveux, entre le système nerveux périphérique ou ganglionnaire et le système nerveux central, et que ces traits d’union sont toujours le point faible dans nos connaissances anatomiques.