SINUS TERMINAL
Remy l'a vu formé, chez les Mammifères adultes, de plusieurs couches de cellules, d’où il a pu conclure que l’épithélium épendvmaire avait conservé dans cette région des caractères embryonnaires. L’examen microscopique de la moelle au niveau du cône médullaire et autour du ventricule terminal a conduit Braeutigam à un résultat analogue non seulement pour l’épendyme, mais encore pour la paroi médullaire tout entière, qui, d’après lui, serait demeurée dans le cône médullaire en un état fœtal.
Existe-il ailleurs que chez les Mammifères un sinus terminal ? Nous avons dit que Krause, se fondant sur certaines observations faites avant lui, lavait supposé, tandis que Saint- Remy a nié ensuite l’existence chez les Vertébrés autres que les Mammifères d’une formation entièrement comparable au sinus terminal de ces derniers.
Pour cette question encore controversée, nous ne saurions mieux faire que de présenter les principaux faits déjà recueillis.
Chez les Oiseaux, il n’existe pas de sinus terminal, sauf chez le Canard où à l’extrémité du fil terminal le canal central s’élargit d’une façon assez notable (Saint-Remy).
Chez certains Reptiles fossiles (Stegosauriens),Wiedersheim avait décrit une dilatation du canal vertébral dans la région sacrée, à laquelle devait correspondre un « cerveau sacré », par conséquent une région dilatée du canal épendymaire, que W. Krause assimila au ventricule terminal de l’Homme.
Les travaux de Reissner, Stieda, Saint-Remy ont établi que chez les Batraciens, dans la partie terminale de la moelle, le canal central se déplace vers la périphérie ventrale de l’organe. Krause avait supposé qu’il devait exister en cet endroit une dilatation comparable à celle du sinus terminal des Mammifères, mais cette supposition n’a pas été vérifiée par les recherches de Saint-Remy.
Nous avons déjà parlé plus haut (voy. p. 406) de renflements de la moelle découverts par E.-H. Weber, qui terminent l’organe ou bien qui précèdent immédiatement le fil terminal. Weber et Stilling ont fait de la région élargie de la moelle un « cerveau caudal ». Chez le Barbeau par exemple, au niveau du renflement, qui est situé dans la dernière vertèbre caudale, la moelle s’entr’ouvrirait par l’écartement des cordons blancs et se remplirait d’une substance gélatineuse (Stilling). Le renflement caudal de la moelle des Poissons osseux a été étudié plus tard par Rauber, et un peu par Saint-Remy. C’est, selon Rauber, une masse bilobée, appendue à la face ventrale de la moelle, d’aspect gélatineux ; elle est formée d’un tissu réticulé, riche en vaisseaux, sans éléments nerveux. L’organe caudal n’est ni le reste d’un organe électrique, ni une sorte de glande coccygienne, ni le résultat de l’accroissement et de la transformation gélatineuse de la
DÉVELOPPEMENT DE LA MOELLE
substance grise de la moelle. Le renflement caudal doit se former assez tardivement ; Rauber ne l’a pas trouvé chez l’alevin de Truite de 2 centim., fait que nous pouvons absolument confirmer.
Enfin, chez l’Amphioxus, la moelle ne se termine jamais en pointe, d’après Retzius, mais bien par un renflement parfois considérable.
Sinus rhomboïdal des Oiseaux. — L’autre disposition particulière, sur laquelle nous désirons attirer l’attention, se rencontre chez les Oiseaux sous le nom de sinus rhomboïdal au niveau de la région lombo-sacrée de la moelle. 11 a été question déjà de cette formation dans le chapitre précédent, où elle a été considérée comme le résultat d’une augmentation considérable dans la production de la substance gélatineuse.
On avait cru d’abord que le sinus rhomboïdal était dû à l’ouverture et à l’évasement du sillon postérieur de la moelle dans la région lombaire; autrement dit, et d’une façon plus conforme à l’embryologie, le sinus rhomboïdal définitif des Oiseaux serait le sinus rhomboïdal embryonnaire que l’on observe chez tous les Vertébrés (voir la première page de ce chapitre), arrêté dans son développement ultérieur : manière de voir qui n’est plus aujourd’hui soutenable, l’un et l’autre étant distinctement deux formations différentes. D’ailleurs, comme Stieda l’a montré le premier, le canal central de la moelle ne demeure pas ouvert à ce niveau, pas plus qu’en tout autre endroit; le sinus rhomboïdal résulte simplement de la dilatation du sillon médian postérieur, sans communication du sillon élargi avec le canal central.
Quant à la structure histologique du sinus rhomboïdal, il est rempli d’une masse molle, gélatineuse, dont la nature a été très discutée. Considérée généralement comme de nature conjonctive et comme produite par la transformation d’un prolongement piemérien enfoui dans le sillon postérieur, la masse de tissu qui remplit le sinus rhomboïdal a paru à Stilling « le résultat d’une substance gélatineuse centrale ayant subi un grand développement mais identique aux autres parties gélatineuses de la moelle, c’està-dire que ses cellules sont des cellules nerveuses ».
L’étude que Duval a faite (reprise plus tard par Gadow) du développement du sinus rhomboïdal a confirmé le fait anatomique de la non-persistance de l’ouverture du canal central à ce niveau