CONSIDÉRATIONS GENERALES SUR L’APPAREIL PINEAL
dans tous les pays, on enregistra et on vulgarisa la découverte d’un troisième œil des Vertébrés (1).
La signification de l’appareil pinéal n’était cependant pas une question aussi simple qu’on le crut tout d’abord et ne pouvait être alors considérée comme définitivement tranchée.
Plusieurs difficultés surgirent en effet de différents côtés.
A. — Au point de vue physiologique, la plupart des auteurs, voyant chez les Sauriens et les Gyclostomes une formation très semblable à un œil, avec sa rétine, son cristallin, sa cornée, son pigment, son nerf, recevant au besoin la lumière par un trou creusé dans l’épaisseur du crâne, n’ont pu se défendre de l’idée qu’il s’agissait d’un véritable œil, fonctionnant actuellement, ou bien encore d’un appareil calorimétrique destiné à renseigner l’animal, le Lézard, sur l’intensité des rayons calorifiques. Wiedersheim entre autres soutint avec conviction l’idée d’un rôle visuel joué à présent encore par l’œil pinéal. Cette manière de voir a rencontré cependant et rencontre encore certaines difficultés d’ordre physiologique. Il fut un temps, en effet, où l’on ignorait l’existence du nerf pariétal ; il fallait bien alors refuser toute fonction sensible à un organe privé de nerf. Quand ensuite on eut constaté l’existence d’un nerf pariétal chez les embryons des Lacertiens, on s’aperçut que ce nerf manquait à l’organe bien constitué chez des animaux adultes tels que les Orvets. D’autre part, l’œil pinéal offrait chez nombre de Sauriens des stigmates d’atrophie et des signes de dégénérescence si évidents qu’il devenait difficile (de l’aveu de l’auteur même, Leydig, qui a découvert cet œil, et de celui de l’auteur, Spencer, qui l’a étudié chez le plus grand nombre d’espèces) de lui conserver le rôle qu’il avait sans doute rempli autrefois, mais qu’il avait depuis longtemps perdu. Le processus de pigmentation de l’œil pinéal, par exemple, aurait bien plutôt l’air d’une dégénérescence organique s’effectuant
un produit dérivé du neuropore antérieur. Mais ni Gœtte chez les Amphibiens, ni van Wijhe sur les Sélaciens, n’ont réussi à constater cette transformation, et van Wijhe appuyait son hypothèse sur ce seul fait (qu’il reconnut lui-même plus tard comme inexact) que c’était au point même où le neuropore antérieur avait disparu qu’apparaissait plus tard l’épiphyse (voir page 345 la question du neuropore antérieur).
(1) Consulter à cet égard les ouvrages de vulgarisation de Korschelt, de Varigny, Flesch, Granel, Kupffer, Ostroumoff, Spronck, Baudoin, Peytoureau, Duval, Born, etc.
au cours du développement ontogénique, que d’un perfectionnement fonctionnel (Francotte). La question de la signification physiologique de l’organe pinéal paraît donc devoir être réservée, même là où cet organe est le plus caractérisé, comme chez les Sauriens et les Cyclostomes, et revenant sur l’enthousiasme qui succède aux grandes découvertes, on doit se borner à supposer en cet organe un œil ayant autrefois fonctionné.
B. — Au point de vue embryologique, l’organe pariétal des Reptiles et des Cyclostomes se comporte-t-il comme un œil? Comme l’ont fait ressortir surtout Kôlliker et Duval, le fait que l’organe pariétal dérive tout entier du cerveau, et qu’il ne ressemble pas sous ce rapport embryologique à l’œil pair des Vertébrés qui emprunte son cristallin à l’épiderme et tiré sa rétine du cerveau, ce fait n’est pas une contre-indication à l’interprétation de cet organe comme un véritable œil. L’œil pair des Vertébrés n’est pas à cet égard une règle, et il y a de vrais yeux qui se forment d’une autre manière que lui. On peut en effet distinguer avec Kôlliker parmi les formations oculaires en général : 1° de vrais yeux cérébraux, qui ne dérivent que de la plaque médullaire et produisent eux-mêmes leur cristallin (œil des larves de Tuniciers, œil pinéal des Vertébrés) ; — 2° des yeux ectodermiques ou épidermiques, qui proviennent entièrement de l’épiderme (œil des Mollusques et d’autres Invertébrés) ; — 3° des yeux qui se forment à la fois aux dépens de l’ectoderme (cristallin) et de la plaque médullaire (rétine) (yeux pairs des Vertébrés, yeux des Crustacés). Le fait que dans l’œil pinéal les bâtonnets sont situés vers la face interne de la rétine, tandis que dans l’œil pair des Vertébrés ils appartiennent à la face rétinienne externe, n’est pas non plus une difficulté; car il se retrouve par exemple chez les Mollusques, dont les bâtonnets limitent aussi la cavité oculaire. Il n’y a aucune différence essentielle à établir entre les yeux dont la rétine, de par la situation des bâtonnets, peut être dite inversée, et celle où cette inversion n’a pas lieu, comme dans l’œil pinéal (Duval). Tous les yeux, quelle que soit leur origine, ont ceci de commun, que la couche sensible à la lumière, la couche des bâtonnets, est située sur la face de la rétine, qui correspond à la face primitivement libre de cette rétine et de la membrane épidermique ou cérébrale