‹ Eléments d'embryologie de l'homme et des vertébrés (volume 2)Chapitre 255 sur 284 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Appareil dentaire.

Il est peu de sujets qui, dans ces derniers temps, aient donné lieu à autant de travaux que l'appareil dentaire. De nombreuses contributions ont été apportées par différents auteurs, qui sont venues enrichir le trésor de nos connaissances sur cette question. Parmi ces auteurs, Rose etLeche ont pris la plus grande part à cet enrichi ssement en étudiant tour à tour le développement dentaire chez une foule d’animaux.

En outre, non content d’accumuler des faits d’odontogénie normale, on les a fait servir, ainsi d’ailleurs que des observations de cas anormaux, à l’établissement de théories de la dentition qu’il est très important de connaître. L’importance qu’il y a à posséder une bonne théorie de la dentition consiste, comme l’a dit Leche, en ce que l’appareil dentaire est, avec le squelette, la seule partie du corps des Vertébrés sur laquelle il soit possible de comparer directement l’ontogenèse, réalisée dans le développement de la dentition de lait, avec la phylogenèse étudiée avec le secours des données anatomo-comparatives et paléontologiques.

Les rapports que présente ontogénétiquement la dentition temporaire avec la dentition permanente sont capables de nous éclairer sur l’évolution phylogénétique de l’appareil dentaire et par suite sur le développement historique des Vertébrés.

I. — Exposé des faits d’odontogénie. — Nous commencerons par l’exposé succinct des faits concernant le développement des dents, en utilisant les données acquises chez les différents Vertébrés.

1° Premiers développements. Crête dentaire. — Le premier problème qui s’offre à nous est de connaître le mode exact du premier développement des dents.

APPAREIL DENTAIRE

L’épithélium buccal peut donner lieu à une ébauche dentaire de deux façons différentes. Ou bien il se fait pour les dents, comme Ta montré O. Hertwig pour les écailles placoïdes des Sélaciens, une saillie papilliforme. Ou bien, au contraire, l’ébauche dentaire est une invagination de l’épithélium dans la profondeur des tissus. Le premier cas est exceptionnel. Le second se rencontre chez la majorité des Vertébrés.

Le premier est réalisé, d’après Rose, chez les Poissons osseux et les Ganoïdes. Les dents de ces animaux seraient, d'après Rcise, ébauchées sous forme de papilles saillantes qui s’élèvent au-dessus du niveau de la muqueuse. C’est là ce que Rose appelle le « stade papillaire libre » ou encore « stade placoïde » du développement dentaire, dans lequel les ébauches dentaires proéminent au-dessus de la couche la plus profonde de l’épithélium, comme le font les ébauches des écailles placoïdes des Sélaciens et les papilles cutanées des Mammifères (fig. 357, d), Du reste, il n’y a que la première série dentaire, chez ces animaux soumis au remplacement, c’est-à-dire la plus ancienne, qui offre ce stade placoïde; les autres naissent à la façon habituelle. Il résulte de là, observe Rose avec raison, un rapprochement naturel et direct des dents maxillaires avec les papilles cutanées ossifiées, avec les écailles placoïdes, rapprochement sur lequel O. Hertwig le premier a insisté.

Chez les Téléostéens et Ganoïdes, les premières dents de remplacement ne peuvent déjà plus, selon Rose, se former superficiellement, par le processus décrit ci-dessus, parce qu’elles risqueraient d’ètre endommagées par les aliments. Elles se forment pour cette raison profondément. Deux processus différents peuvent alors intervenir. Ou bien les dents de remplacement se formeront comme autant de bourgeons épithéliaux isolés les uns

Fig. 357. — Ebauche dentaire de la mâchoire inférieure d'un jeune Lépidostèe (cl’après Rose).

d, ébauche dentaire naissant suivant le mode papilliforme (stade placoïde). — e , épithélium buccal. — od, os dental . — cm, cartilage de Meckel.

APPENDICE AU TUBE DIGESTIF

des autres, à la manière des rudiments pileux (« stade des bourgeons dentaires ») ; ou bien il se constitue une crête dentaire saillante dans la profondeur, qui accapare toute la production dentaire, le reste de la muqueuse maxillaire perdant le pouvoir odontogène ( « stade de la crête dentaire ») : ce dernier mode est considéré par Rose comme le plus parfait; il est le plus répandu et il existe à l’exclusion des autres chez les Vertébrés supérieurs (1). Le stade placoïde a été méconnu chez les Poissons osseux et les Ganoïdes par Boas, Heincke, Huxley, Tomes, et il a été nié récemment par Carlsson. Cet auteur n admet pas que, chez les Poissons osseux, les dents se forment autrement que dans le reste des Vertébrés.

Un état plus primitif encore que l’état placoïde a été découvert par Rose chez les Dipnoï. C’est ici l’épithélium, qui recouvre le maxillaire etles plaques dentaires ptérygo; palatines, qui fonctionne directement comme couche adamantogène; ses cellules deviennent plus hautes et sécrètent l’émail, sans qu’il se forme de crête dentaire. Puis l’épithélium se prolonge profondément autour de la base de la dent en une gaine épithéliale (gaine externe et gaine interne (fig. 358, ge , gi), tandis que sa portion superficielle s’atrophie et n’est plus représentée que par une mince couche cornée qui disparaît peu à peu [ré). Il en est de même lors du remplacement dentaire, qui s’effectue aussi sans le concours d’une crête dentaire et directement aux dépens de la muqueuse buccale. Il doit donc se faire ici une véritable éruption dentaire, la dent devant percer, ainsi que W. N. Parker l’a reconnu, l’épithélium buccal aux dépens et au-dessous duquel elle s’est formée.

Chez les Vertébrés supérieurs il y a toujours un organe particulier, intermédiaire entre l’ébauche adamantine de la dent et l’épithélium buccal. Cet organe est, comme nous le savons déjà, la crête dentaire (« bourrelet épithélial » de Legros et Magitot, « germe adamantin », crête ou rempart épithélial de Kolliker, Hertz, Waldeyer, « pli primitif» de Baume, « lame dentaire » de Pouchet et Chabry, « mur adamantogénique » de Debierre et

(lj Nous verrons un peu plus loin quelle restriction Rose lui-même apporte à cette donnée.

Page 1