VESTIGES DE LÀ CRETE DENTAIRE
Pouchet et Chabry l’ont constatée chez l’Écureuil dans la région intermaxillaire, au niveau des canaux de Stenson, et Freund l’a vue s’étendre même un peu au delà de ces canaux. D’autre part, il peut arriver que la lacune soit le résultat d’une destruction partielle de la crête dentaire, s'effectuant sur une plus ou moins grande étendue et rendant ainsi cette crête discontinue; c’est ce que Rose a observé chez la Vipère.
Chez les Vertébrés inférieurs et en général dans tous les cas où il se fait un remplacement dentaire continuel, la crête dentaire se
Fig. 359. — Modèle montrant les relations de là lame dentaire, de la deuxième prémolaire temporaire et de la première molaire permanente chez un fœtus humain à terme (d’après Rose).
Id, lame dentaire, ici végétante, la perforée et en voie d’atropliie. — rm , réseau de Malpighi dont elle dérive. — m}, première molaire permanente. — pm2, deuxième prémolaire temporaire, avec le pédicule dentaire pd qui la rattache à la lame dentaire.
conserve toute la vie, par exemple chez les Poissons osseux (Carlsson). Chez les Mammifères, au contraire, elle disparaît en donnant lieu à des formations résiduales que nous avons déjà signalées, que Rose a surtout bien vues chez l’Homme, mais qui se retrouvent aussi chez la Vipère et le Crocodile. La crête dentaire, en effet, d’après les observations de cet auteur, se résorbe vers la vingt-qualrième semaine de la vie fœtale chez l’Homme en certains endroits, végète en d’autres, d’où résultent des trous et des nodosités de forme très variée et en définitive une formation des plus irrégulières, alvéolaire ou même fenêtrée (fig. 359 id). Les trans-
APPENDICE AU TUBE DIGESTIF
formations de la lame dentaire débutent par la région antérieure des mâchoires; la lame dentaire se montre déjà profondément modifiée dans cet endroit, alors que dans la région molaire elle est encore tout à fait lisse.
2° Organe de l'émail. — L'organe de V émail ou « germe adamantin », comme nous l’avons vu (p. 185 et suiv.), passe par une série de formes successives que Leche a soigneusement distinguées: 1° forme en bourgeon ou en massue (simple épaississement claviforme de l’épithélium) ; 2° forme en capuchon (avec cellules épithéliales non encore différenciées) ; 3° forme en cloche (avec différenciation des cellules en épithélium interne et externe de l’émail). Ces stades successifs ne s’observeraient pas chez les Téléostéens, d’après Carlsson ; la phase claviforme ferait particulièrement défaut.
Une fois constitués, les germes adamantins tendent à se détacher de la crête dentaire qui leur a donné naissance. Ils s’en séparent de très bonne heure chez les Mammifères (Leche, Rose) ; chez les Sauriens et les Téléostéens au contraire, la séparation peut être très tardive (Leche, Carlsson).
Nous avons déjà attiré l’attention (p. 193) sur ce fait intéressant, mis en lumière pour la première fois par Brunn, que l'organe de l’émail est avant tout pour la dent une gaine épithéliale qui protège la papille dentaire et assure sa forme. Rose et Ballowitz ont développé plus encore cette manière de voir. Ils ont montré que dans le développement des dents recouvertes d’émail le bord inférieur du germe adamantin s’étend toujours au delà de la région adamantine et végète en formant une « gaine épithéliale » dont la forme est celle que la racine aura plus tard. Bans les dents à croissance continue des Rongeurs et des Édentés la gaine épithéliale ne disparaît pas, mais se conserve pendant toute la vie à la base de la papilledentaire; c’est là le point à partir duquel la dent continuera à croître (fig. 360).
De ses recherches sur l’odontogenèse des Édentés, dont les dents sont dépourvues d’émail et qui cependant possèdent un organe de l’émail bien développé, Ballowitz a pu conclure ce qui suit La seule fonction de l’organe de l’émail est ici une fonction plastique et régulatrice de la croissance de la dent. La formation
ORGANES DE l’ÉMAIL ET DE L’iVOIRE
et l'arrangement des odontoblastes ne se font jamais qu’à la face interne de l’organe de l'émail et jusqu’à un certain point sous Tinfluence de l’irritation apportée par la prolifération épithéliale. Tandis que la partie supérieure de l’organe de l’émail, sitôt sa fonction remplie, c’est-à-dire dès que les premières couches de dentine se sont déposées, s’atrophie et disparaît immédiatement, sa partie inférieure persiste à la base de la papille dentaire, parce que c’est de ce point que la dent poursuit son développement et que là l’organe de l’émail doit continuer à agir sur les odontoblastes pour déterminer par leur irritation la production continue de la dentine. Comme Brunn, comme Rose, l’auteur conclutque la fonction adamantogène de l’organe de l’émail, par comparaison avec ce rôle si important, n’est qu accessoire.
L’organe de l’émail n’est pas toujours représenté d’une façon complète et dans toutes ses parties. La pulpe de l’émail par exemple peut faire défaut d’emblée; c’est ce qui arrive chez les Lacerliens, tandis que chez la Vipère, le Crocodile et le Caméléon la pulpe existe (Rose). D’autre part, la couche d’émail formée
peut être très mince et incomplète, comme chez les Serpents, où elle se continue dans la profondeur par une cuticule de l’émail (Tomes, Rose).
3° Organe de Vivoire. — Sur l’organe de l’ivoire ou papille dentaire, il y a peu de faits nouveaux à enregistrer.
Rose et Carlsson ont détruit, l’un pour les Urodèles, l’autre
Fig. 360. — Coupe frontale du maxillaire inférieur et d'une dent de Dasypus novemcinctu adulte (d’après Ballowitz).
La figure, un peu schématisée, est destinée à montrer le cc fiord germinatif » de la gaine épithéliale adamantine ( ge ). — d, dentine. — p, pulpe dentaire. — c, cément. — ep, épithélium buccal. — o, alvéole osseux
APPENDICE AU TUBE DIGESTIF
pour les Téléostéens, l’opinion soutenue plus anciennement par Leydig, Gegenbaur, Santi Sirena, Tauber, qui croyaient la papille de l’ivoire formée uniquement au début, chez ces Vertébrés inférieurs, par une seule grosse cellule conjonctive (1).
4° Rapports et moyens de fixation des dents . — Les rapports qu’affectent entre elles les dents correspondantes appartenant à des dentitions différentes sont habituellement tels que la dent de remplacement est dans le même plan transversal que la dent fonctionnante. Mais il n’en est pas toujours ainsi. Nous n’en citerons que deux exemples, l’un emprunté au type polyphyodonte, l’autre au type mono-diphyodonte. Chez les Amphibiens, il résulte des recherches déjà anciennes de O. Hertwig et de celles récentes de Rose que les dents de remplacement successives forment avec la dent fonctionnante correspondante une rangée oblique en dedans et en arrière, de sorte que, si l’on considère l’ensemble des séries parallèles de dents des diverses dentitions, ces dents sont rangées en quinconce. Chez les Mammifères, il peut arriver qu’une dent de remplacement se montre entre deux éléments de la dentition précédente; c’est par exemple le cas, ainsique nous le retrouverons plus loin, pour Tunique dent prémolaire de remplacement qu’offrent les Marsupiaux.
Les processus par lesquels les dents se fixent ont été étudiés avec détails par Rose chez différents Vertébrés inférieurs. Col auteur nous montre, pour les Amphibiens, que, comme Hertwig l’avait soutenu, le « socle de la dent » y correspond au cément des Mammifères. Il a en outre fait voir, après Hertwig aussi, que les « plaques dentaires » des Urodèles résultent de la fusion des socles dentaires de plusieurs dents d’abord indépendantes. Ainsi se forment des os de revêtement, comme Toperculaire de la mâchoire inférieure, qui sont garnis de dents (Siren). Les dents chez Ranimai adulte peuvent s’atrophier, si bien que l’os denté devient alors un os de revêtement dépourvu de dents. Rose a retrouvé chez un Sélacien, le Cklamydoselachus angilineus , le
(1) Pour le développement ultérieur des tissus dentaires, qui a été exposé avec des détails suffisants (p. 192 et suiv.), consulter encore Mummery, Demontporcelet et Rousseau (v. Index).