PLAN GÉNÉRAL D’ORGANISATION DU VERTÉBRÉ
avec les mêmes caractères et qui sont produits par les mêmes phénomènes (de bourgeonnement, de cloisonnement par exemple) dans le corps d’un même animal. Sont homodynames les extrémités antérieure et postérieure du Vertébré, les protovertèbres chez l’embryon, les vertèbres de l’adulte, etc...
Il s’en faut que l’homologie soit toujours aussi frappante que dans l’exemple du poumon et de la vessie natatoire que nous avons rapporté plus haut. Que le rudiment du poumon, au lieu d’être un tube, soit un bourgeon plein, et déjà l’homologie n’est plus évidente à première vue; que lebauche soit paire au lieu d’être simple, et l’homologie sera moins évidente encore. On comprend que les ressemblances morphologiques deviennent très peu apparentes entre organes cependant homologues de Vertébrés différents. Cela tient à ce que l’adaptation aux conditions extérieures de milieu a déformé chez l’embryon des Vertébrés supérieurs la pureté du type qui existait dans les groupes plus primitifs.
« L’ontogénie dans ses diverses étapes, dit Wiedersheim, peut bien représenter une répétition chez l’individu de l’histoire de la souche. Ace sujet cependant il ne faut pas perdre de vue que cette répétition ( Palingenèse ) ne doit pas dans beaucoup de cas être regardée comme pure, mais qu’assez souvent il s’y introduit des falsifications ( Cœnogenèse ) produites par l'adaptation, qui ne montrent plus les dispositions primitives ou ne les offrent que plus ou moins effacées (1). Deux facteurs jouent ici le rôle principal : Yhérédité et la variabilité. Le premier représente le principe conservateur, tendant à maintenir le statu quo; le second a pour résultat de modifier, sous l'influence des changements produits dans le monde extérieur, le corps de l’animal. Le corps animal ne
(1) Cette distinction des processus palingénétiques et cœnogénétiques, que l’on doit à Haeckel, n’a qu’une valeur relative à une certaine époque de l’évolution des Vertébrés. Quand nous retrouvons dans le développement de tel organe du Mammifère le même processus qui a donné naissance à l’organe homologue de l’Amphioxus, nous appelons ce processus palingénétique parce qu’il n’est que la répétition héréditaire de celui de l’Amphioxus. Mais si nous comparons à son tour l’Amphioxus à un type plus ancien, le processus que nous venons de qualifier de palingénétique deviendra cœnogénétique, parce que selon toute apparence il n’a été créé, ou n’a pris sa forme actuelle que sous l’influence des conditions extérieures de milieu. L’expression de palingénétique ne fait que contenir l’aveu de l’impuissance où nous sommes de trouver la cause déterminante de l'apparition des phénomènes.
PRINCIPES DE l’ORGANOGENESE
doit donc pas être considéré comme fixé et immuable, mais comme en voie de fluctuation incessante. »
On conçoit que les manifestations de la variabilité doivent être multiples, et que les phénomènes cœnogénétiques qui en sont l’expression soient des plus divers, étant sous la dépendance de l’état éminemment variable du milieu ambiant. On comprend tout aussi bien que les processus palingénétiques par lesquels s’affirme l’influence de l’hérédité, tendant à reproduire un type ancestral déterminé, soient au contraire régis par uneloi commune et assujettis au plan général d’organisation de l’ancêtre, du Protovertébré.
Les Vertébrés en effet descendent d’ancêtres dont l’organisation était bien caractérisée, chez lesquels le corps était partagé en segments ou anneaux homodynames, placés les uns derrière les autres, qu’on appelle des métamères. Chaque métamère comprenait un tronçon de tube nerveux, de tube digestif, decœlome, etc., pareil à ceux que renfermaient les métamères précédent et suivant ; les différents organes étaient donc à l’intérieur d’un métamère, eux aussi, partagés en segments homodynames, eux aussi métamérisés.
Il est vrai qu’à la longue l’influence de l’hérédité s’est beaucoup affaiblie, de telle sorte que les Vertébrés les plus élevés en organisation, les plus éloignés de la souche, lui échappent presque, tandis que les Vertébrés inférieurs en ressentent encore directement les effets. Par suite, dans le corps des Vertébrés supérieurs nombre d’organes ont pu finir par se soustraire à l’arrangement métamérique qui leur était héréditairement imposé. Il reste cependant encore dans plusieurs parties du corps des dispositions, qui témoignent de toute évidence que dans le développement des organes les processus de l’ontogenèse sont souvent d’ordre palingénétique et obéissent à la loi phylogénétique qui prescrit la métamérie de l’organisme. C’est ainsi que nous avons dans la segmentation du cœlome un exemple frappant de disposition métamérique. Le cloisonnement qui atteint le tube nerveux dans la région de l’arrière-cerveau, le bourgeonnement des nerfs le long de l’axe médullaire, celui qui donne naissance aux invaginations ecto et entodermiques desquelles dérivent les fentes bran-