DIFFÉRENCIATION HISTOLOGIQUE DES ORGANES
chiales, le bourgeonnement des rayons de nageoires chez les Raies et bien d’autres phénomènes encore sont là pour attester la métamérisation du corps des Vertébrés.
Toutefois, comme l’observe Wiedersheim, il ne faut pas oublier que la segmentation qui frappe la plupart des organes du Vertébré ne se fait dans l’ontogenèse que relativement tard, ce qui n’autorise pas précisément des considérations phylogénétiques. Il en est tout autrement de la segmentation toute primitive du mésoderme et du cœlome, qui est la preuve d’une forme segmentée très ancienne.
Dans la tête même des Vertébrés, qui au premier abord parait être construite sur un plan spécial et échapper à la loi de la métamérisation, on retrouve la disposition métamérique. La « métamérie céphalique », bien que défigurée par suite de nombreuses et très diverses adaptations des organes de la tête à des fonctions toutes spéciales, est parfaitement reconnaissable et aujourd’hui indiscutable.
Rappelons-nous maintenant que les processus organogéniques que nous venons d’indiquer se compliquent de différenciations histologiques des organes, de différenciations organiques en un mot, assurant la division du travail, et reconnaissant pour causes des adaptations à des fonctions différentes. L’adage « la fonction fait l’organe » ne signifie pas seulement qu’un organe est créé quand paraît une fonction, mais encore que cet organe se modifie quand la fonction subit elle-même des modifications, qu’il se complique et se perfectionne à mesure que la fonction devient, elle aussi, plus complexe et plus parfaite.
Les modifications fonctionnelles de l’organisme se reflètent dans les différenciations histologiques des organes, grâce auxquelles un organe primitif peut en différents points de son étendue donner des formations toutes différentes, aux attributions les plus diverses, qui deviennent chez l’adulte autant d’organes définitifs absolument distincts. C’est ainsi que le processus de cloisonnement dorsoventral que nous avons observé dans le cœlome se complique d’une différenciation histologique profonde de l’épithélium cœlomique.
PRINCIPES DE l’oRGANOGENESE
L’épithélium de la partie ventrale du cœlome, c’est-à-dire du métacœlome, devient un revêtement pur et simple pour la cavité pleuro-péritonéale. L’épithélium de la région plus voisine de la face dorsale de l’embryon, c’est-à-dire du mésocœlome, fournit d’une part l’ébauche des reins et des organes génitaux, et d’autre part une masse conjonctive embryonnaire, un mésenchyme secondaire. Celui qui tapisse enfin la région dorsale du cœlome, ou épicœlome, se différencie principalement en muscles et accessoirement en tissu conjonctif mésenchymateux. En raison de la disposition métamérique de ces ébauches dues àdes processus divers et surtout aux différenciations histologiques profondes d’un seul et même organe primordial, l’épithélium du cœlome, on leur a donné des noms qui rappellent leur caractère segmentaire; c’est ainsi que la région productrice de l’ébauche des reins et des glandes sexuelles a été nommée « gononephrotome » (segment génito-rénal), celle qui donne la masse mésenchymateuse « sclérotorqe » (segment conjonctif), celle qui fournit les muscles « myotome )> (segment musculaire). Ainsi les productions de l’épithélium du cœlome, formées par bourgeonnementet par cloisonnement, et métamériquement disposées, subissent des différenciations histologiques variées qui mènent à la formation d’organes différents. L’examen de la destinée de l’épithélium du cœlome nous montre cet organe primitif de l’embryon subissant des processus ontogénétiques divers, régis par la loi phylogénétique de la métamérisation, et compliqués plus tard par la différenciation histologique.
C’est encore la différenciation histologique qui, agissant sur deux formations identiques au début, deux invaginations glandulaires du tube digestif par exemple, peut faire de celles-ci deux organes, le foie et le poumon, qui chez l’adulte seront essentiellement différents par leur constitution et par leurs attributions.
Remarquons enfin que la différenciation histologique s’exerce dans des limites très étendues, et que, par exemple dans le cas d’invaginations glandulaires, elle peut paraître à peine appréciable, l’épithélium des glandes de Lieberkühn différant, au premier abord du moins, à peine de celui de l’intestin qui l’a produit ; ou bien au contraire, comme on le voit pour la glande hépatique, elle
PRINCIPES DE TERATOGENESE
peut modifier profondément la constitution de l’organe qu’elle atteint. Elle donne la mesure du perfectionnement d’un organe.
Nous avons supposé jusqu’ici que le développement s’opérait d’une façon normale. Mais nous verrons dans le cours de cet ouvrage qu’il ri’en est pas toujours ainsi, et que les anomalies décrites chez l’adulte suivant le degré de leur importance, soit dans les traités d’anatomie, soit dans les livres de pathologie, ne sont que des anomalies du développement onto génétique ou phylogénétique. « L’ontogénie et la phylogénie viennent encore à notre aide, dit Testut , pour l'interprétation scientifique des anomalies, que l’on rencontre, à la fois si fréquentes et si variées, dans tous les systèmes organiques, depuis le système squelettique jusqu’aux organes génito-urinaires. On a considéré longtemps ces formes aberrantes comme de simples jeux de la nature ou comme des produits d’ordre pathologique, indignes d’occuper les loisirs des morphologistes. Nous savons aujourd’hui, grâce aux sciences précitées, qu’un certain nombre d’entre elles relèvent d’un arrêt de développement et représentent des dispositions embryonnaires qui .ont persisté chez l’adulte. Quant aux autres elles sont bel et bien des organes typiques, apparaissant chez l'homme d'une façon accidentelle, mais existant normalement chez les animaux. Elles sont, en d’autres termes, la reproduction plus ou moins complète, mais toujours significative, d’un type qui est constant dans la série zoologique. »
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE fi)
Ontogénie et phylogénie. Principes généraux du développement. —
Serres. Principes d'organogénie , Paris, 1842. — Haeckel. Die Gastraeatheorie,
(1) L’index bibliographique de ce chapitre, comme celui de chacun des chapitres suivants, est avant tout une liste des ouvrages cités dans le texte. Il ne contient donc que les mémoires les plus importants, soit à cause de la nouveauté des faits et des vues qu’ils apportent, soit pour la quantité des faits et des considérations qui y sont exposés. Nous y joignons cependant les travaux d’ordre didactique dont la lecture est tout à la fois particulièrement facile et rémunératrice. Les publications déjà citées dans le même chapitre mais à propos d'une autre question, ou dans l’index du chapitre précédent, ne sont indiquées de rechef que par le nom de leur auteur.
PRINCIPES DE L’ORGANOGENÈSE
die phylogenetische Classification des Thierreichs und die Homologie der Keimblatter. J'enaisclie Zeitschrift, 1874, Bd VIII. — Id. Anthropo génie humaine. Trad. franç. du D1' Letourneau, édit., Paris, 1889. — Balfour. Traité d’embryologie et d'organogénie comparées. Trad. franç. de A. Bobin et Mocquard, Paris, 1884. — Koelliker Embryologie de l'homme et des animaux supérieurs. Trad. franç. de A. Schneider, Paris, 1882. — O. Hertwig. Traité d' embryologie de l'homme et des vertébrés, 3e édit. Trad. franç. du prof. Julin, Paris, 1891. — Wiedersheim. Lehrbuch der vergleiclienden Anatomie der Wirbelthiere, 1886. — Hatschek. Lehrbuch der Zoologie. lre et 2e livr., Jena, 1889.
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