DENTS MAXILLAIRES DES SELACIENS
Le processus formateur des dents est d’ailleurs le même, s’opérant sur le bourrelet dentaire, que nous l’avons trouvé à la surface libre de la peau.
A. Dents maxillaires des* Sélaciens. — Chez les Sélaciens, les dents maxillaires se forment en effet comme il suit :
A la face externe de la lame dentaire (fig. 92, Id), se développent de nombreuses papilles connectives juxtaposées (pd) qui, de même que les papilles dentaires cutanées s’enfonçaient tout à l’heure dans l’épiderme, pénètrent ici dans la masse épithéliale invaginée du bourrelet dentaire.
De la sorte, prennent naissance dans la profondeur de la muqueuse plusieurs rangées superposées de dents, dont les plus
Fig. 92. — Coupe transversale de la mâchoire inférieure d'un embryon de Sélacien avec ébauches dentaires
(d'après O. Hertwig).
ca, cartilage de la mâchoire inférieure. — Id, lame dentaire. — pd, papille dentaire. — i, ivoire. — e, émail. — me," membrane de l’émail. — co, derme conjonctif de la muqueuse.
superficielles sont plus développées que celles qui occupent une situation plus profonde ; elles perforent les premières la muqueuse, pour fonctionner aussitôt ; et une fois usées, elles tombent, repoussées par les dents de remplacement placées derrière et plus jeunes qu’elles.
Chez les Sélaciens, ainsi que chez les Vertébrés inférieurs en général, le remplacement des dents est absolument illimité, et se prolonge pendant toute la durée de la vie. Aussi ces animaux ont-ils pu être appelés, en raison de la production dentaire incessante qu’ils présentent, polyphyodontes. Au contraire, les Verté-
APPAREIL DENTAIRE
brés supérieurs, les Mammifères, l’Homme en particulier, ont vu le remplacement dentaire se limiter ; chez eux, en effet, les dents ne se remplacent, dans l’immense majorité des cas et normalement tout au moins, qu’une seule fois.
On peut donc les nommer diphyodontes , puisqu’ils ne présentent durant tout le cours de leur existence, en un même point de la mâchoire, que deux dents, l’une dent de lait ou temporaire, l’autre dent permanente. Il est d’autres Mammifères chez lesquels, en dépit de l’existence d’une lame dentaire capable de faire deux fois les frais d’une production dentaire, la dent persiste toute la vie. On peut appeler ces Mammifères monophyodontes (la plupart des Edentés, les Cétacés pourvus de dents, certains Rongeurs). Enfin, il est des Mammifères, les Cétacés porte-fanons, (Baleines) chez lesquels les productions de la lame dentaire sont rudimentaires et même disparaissent, si bien qu’à l’état adulte ces Mammifères sont véritablement édentés. Nous reviendrons plus loin sur cette question du remplacement des dents, nous bornant à présent à avancer que, vraisemblablement, les différents types édenté, monophyodonte, diphyodonte, sont dérivés successivement les uns des autres et du type polyphyodonte, le plus ancien de tous.
B. Dents des Mammifères. — A présent que nous connaissons dans quelles limites la lame dentaire manifeste son activité adamantogène chez les Mammifères comparés aux Sélaciens, il nous faut voir de plus près quels sont les processus delà formation dentaire chez les Mammifères, encore qu’ils y soient essentiellement pareils à ceux que nous avons trouvés chez les Sélaciens (1).
a) Lame dentaire . — - Chez l’embryon humain de la 6e semaine (Kolliker, Rose) et chez des embryons de Mammifère qui sont à un degré de développement correspondant, on voit que l’épithélium buccal qui recouvre le futur bord alvéolaire du maxillaire supérieur et du maxillaire inférieur est fortement épaissi, saillant d’une part dans l’intérieur de la cavité buccale sous forme de bour-
(1) Nous devons beaucoup pour la rédaction de cet article à l’Anatomie dentaire de Ch. Tomes, à la « Contribution à l’odontogénie )) de Debierre etPravaz, auxquelles nous avons emprunté des descriptions entières.
DENTS DES MAMMIFERES
relet gingival (P ou ch et et Chabry) (fig. 93, bg), proéminant d’autre part dans l’épaisseur de la future mâchoire sous forme d’une lame épithéliale continue et régnant sur toute la longueur de la mâchoire (Id), à laquelle les auteurs ont donné différents noms :
Fig. 93. — Coupes de la région dentaire incisive chez l'embryon de Veau.
A. Section passant par la lame dentaire, mais n’intéressant pas de germe dentaire, chez un embryon de 7 cent.
B. Section chez un embryon du même âge à travers un germe dentaire.