‹ Eléments d'embryologie de l'homme et des vertébrésChapitre 136 sur 159 · RÉGIONS NUTRITIVE ET RESPIRATOIRE DU PLACENTA · texte numérisé non relu

RÉGIONS NUTRITIVE ET RESPIRATOIRE DU PLACENTA

nombreux types étudiés par lui, et a pu distinguer à cet égard dans tout placenta deux régions dissemblables par leur structure, qui remplissent des rôles différents, Tune étant spécialement respiratoire, l’autre nutritive. C’est ainsi que dans le placenta du Porc, il reconnaît dans les régions depuis longtemps connues sous le nom de «champs d’Eschricht» les dispositions caractéristiques d’un organe de nutrition, tandis que le reste de la surface choriale pourvue de villosités (voy. fig. 1, pl. IV) garde la fonction respiratoire. Dans le territoire des champs d’Eschricht, la muqueuse utérine est lisse, recouverte d’épithélium cubique et très pauvrement vascularisée (fig. 196) ; en outre là se trouve l’embouchure d’une glande utérine. Dans l’espace ménagé au niveau du champ d’Eschricht entre le chorion et la muqueuse plongent des villosités choriales, qui rappellent complètement par leur structure les villosités intestinales, et qui diffèrent des villosités de la portion respiratoire du placenta (comp. fig. 1, pl. IV et fig. 196). Dans les placentas cotylédonés des Ruminants, les cotylédons correspondent à la partie respiratoire, les espaces lisses intercotylédonaires aux champs d’Eschricht. Dans le placenta zonaire, les extrémités des villosités choriales, qui se sont enfoncées profondément dans les cavités glandulaires (voy. fig. 195, III, w) présentent un épithélium à cellules hautes, semblables à celles des villosités de l’intestin, servant à la résorption du lait utérin produit dans les glandes utérines de la façon qui a été indiquée plus haut. Chez les Chéiroptères, le lait utérin est formé aussi dans les premiers temps par les glandes utérines, mais sa formation cesse bientôt.

Il convient de rapprocher du lait utérin et du territoire nutritif du placenta un produit et une région dont l’étude a été faite sur plusieurs animaux, particulièrement sur les Carnivores. A la périphérie du placenta zonaire, l’ectoblaste fœtal et la surface utérine, au lieu de s’accoler, demeurent écartés l’un de l’autre. Dans l’espace qui résulte de leur écartement s’accumule du sang maternel, qui forme une masse où plongent les villosités choriales de la région correspondante; cet espace rempli de sang peut être appelé « sinus latéral ». Au sang se mélange une matière verte, qui vraisemblablement est un produit de transformation de l’hé-

ANNEXES EMBRYONNAIRES CHEZ L’HOMME

moglobine ; il résulte de là l’aspect d’une « bande verte » régnant tout autour du placenta.il est à peu près certain que l’épithélium des villosités choriales absorbe le contenu du sinus latéral, ainsi que cela résulte des observations de Lieberkühn, Strahl, Heinricius sur le Chien. Chez la Loutre, la Fouine, la Martre et la Belette, Bischoff a signalé une poche sanguine, qui, bien qu’elle ait une situation différente, a la même origine et le même sort que le sinus latéral du Chien ; Strahl a retrouvé chez le Furet une disposition semblable.

En résumé, il paraît établi que les villosités choriales, ou tout au moins la surface ectoblastique de la vésicule séreuse, peuvent absorber directement des produits fournis par la mère, sous la forme soit d’une sécrétion lactéiforme des glandes de l’utérus, soit d’un extravasat sanguin. Il est probable cependant que ce mode de nutrition ne s’exerce que pendant les tout premiers stades de la vieembryonnaire. C’est ce qui résulte, de l’aveu même de Bonnet, de ce que, pour étudier le lait utérin, il faut s’adressera des stades jeunes du développement. Il est probable aussi que ce mode de nutrition diminue d’importance au fur et à mesure que les rapports placentaires se compliquent et se perfectionnent, et qu’il n’est bien représenté que dans les formes imparfaites (diffuse et cotylédonée) des placentas, tandis qu’il se réduit beaucoup ou même fait défaut dans les formes plus différenciées (zonaire et discoïde), pour faire place à des relations vasculaires intimes établissant entre la mère et le fœtus un échange nutritif actif et facile.

Page 1