MODE DE FORMATION DU PEDONCULE VENTRAL
en connexion avec l’enveloppe externe de l’œuf. V. Preuschen fait dériver le pédicule cutané du repli postérieur de l’amnios, dont la lame cutanée est la seule connexion que l’on trouve dès le début et qui ne soit jamais interrompue entre l’embryon et la surface de l’œuf. L’auteur appuie sa description d’un historique, où il relate 17 ou 18 cas plus ou moins authentiques d’allantoïde libre chez l’Homme. Malgré tout, il faut dire que les idées de v. Preuschen sur la nature de l’allantoïde chez l’Homme n’ont pas été accueillies sans défiance. Janosik a fait connaître depuis un cas où l’allantoïde n’était nullement libre, mais se présentait comme un pédicule allant de l’extrémité postérieure du corps de l’embryon à l’enveloppe choriale.
Tandis que Kôlliker a fait jouer à l’allantoïde un rôle dans la formation du pédoncule ventral, His, pour expliquer ce pédoncule, fait appel à un autre mécanisme que celui de la soudure primaire de l’allantoïde au chorion. Pour His, en effet, il n’est pas permis de soutenir «que l’embryon humain se sépare d’abord de la partie de la vésicule ovulaire employée à la formation du chorion et s’y unit consécutivement à nouveau par l’intermédiaire de l’ébauche allantoïdienne ». Pour lui, l’ébauche embryonnaire ne se sépare jamais complètement du chorion, comme cela a lieu chez les autres Mammifères; mais le pédoncule ventral représente la « pièce d’union jamais interrompue entre l’ébauche embryonnaire et la partie choriale de la vésicule germinale primitive ». L’allantoïde n’aurait rien à faire avec la formation du pédoncule ventral, et n’entrerait dans sa constitution que d’une façon secondaire et accessoire.
Les idées de Kôlliker et de His sur la signification du pédoncule ventral peuvent être conciliées et le mode de formation de ce pédoncule expliqué à l’aide des considérations suivantes que nous devons à O. Hertwig. Comme paraît le montrer l’embryon de Coste, dit Hertwig, le développement du pédoncule ventral est lié en première ligne à la formation aberrante de l’amnios. De ce fait que l’amnios s’allonge postérieurement en une pointe, et atteint le chorion par sa pointe, il résulte que l’occlusion de l’amnios se fait chez l’Homme tout à fait à l’extrémité postérieure du corps de l’embryon, et qu’en même temps il demeure uni, au niveau de son point de fermeture, avec le chorion. L’ébauche embryonnaire n'est donc pas directement en connexion avec le chorion, ainsi que le pense His, mais ne l’est qu’indirectement, par l’intermédiaire de l’amnios. L’allantoïde contribue à la formation du pédoncule ventral, allantoïde dont le développement quelque peu aberrant chez l’Homme est peut-être en relation avec les particularités qui distinguent le développement de l’amnios. Pour expliquer comment ces parties (qui constituent le pédoncule ventral) se sont produites, l’interprétation naturelle me parait être, dit Hertwig, celle qui permet de rattacher ces dispositions à celles qui sont connues chez les autres Mammifères.
C’est chose possible, si l’on admet ce qui suit : De très bonne heure,
ANNEXES EMBRYONNAIRES CHEZ L’HOMME
alors que l’intestin terminal commence à se former, prend naissance à sa face ventrale une saillie riche en cellules qui est l’ébauche de l’allautoïde et contient un petit diverticule du feuillet glandulo-intestinal. La proéminence allantoïdienne ne s’accroît pas librement, comme chez les autres Mammifères, dans la cavité générale, mais végète le long de la paroi ventrale du bassin ; à partir du point où celle-ci s’infléchit pour se continuer avec l’amnios, elle s’avance le long de la paroi ventrale de ce dernier, jusqu’à son point d’attache au chorion. Pendant ce temps, le diverticule intestinal s’allonge et devient un étroit conduit allantoïdien ; la puissante végétation connective conduit les vaisseaux ombilicaux jusqu’au chorion, à la face interne duquel elle s’étale, comme on le sait, pour pénétrer ensuite dans les villosités de l'enveloppe séreuse. Ainsi l’allantoïde, au lieu de se développer d’une façon indépendante et d’aborder librement l’enveloppe séreuse, utilise la connexion préétablie entre la vésicule séreuse et l’embryon au moyen de l’amnios prolongé en pointe. Ce mode de développement peut tenir à ce que l’extrémité postérieure de l’embryon chez l’Homme est fixée solidement par la suture amniotique à la vésicule séreuse; de la sorte l’allantoïde n'a jusqu’à ce point que peu de distance à parcourir » (1).
Hubrecht a pris pour point de départ d’une interprétation du pédoncule ventral chez l’embryon humain une disposition qu’il a observée chez le Hérisson et qn’il admet devoir exister aussi chez l’Homme ; son interprétation procède en partie cependant de celles de His et de Hertwig. Nous avons vu que pourHubrecht l’épiblaste embryonnaire, après achèvement de l’aire germinative, demeure attaché chez le Hérisson à l’enveloppe épiblastique de l’œuf, que l’auteur appelle trophoblaste, suivant une ligne d’insertion circulaire. Alors que se forme l’amnios, cette ligne d’insertion est reportée par en haut, en même temps que la circonférence qu’elle décrit devient de plus en plus petite, jusqu’à ce qu’enfin, l’amnios une fois formé, toute connexion de l’épiblaste embryonnaire avec le trophoblaste disparaisse. Hubrecht rappelle qu’il en est de même chez la Taupe (Heape), chez les Rongeurs à feuillets invertis (Selenka) et même chez le Murin (vanBeneden). Nous n’avons qu’à supposer chez l’Homme l’existence d’une semblable disposition pour comprendre que la persistance de la connexion épiblastiquc entre la région embryonnaire et le trophoblaste en un point expliquerait suffisamment l’existence d’un pédicule tel que le pédoncule ventral de l’embryon humain. Ce pédoncule peut être ainsi considéré comme ayant existé dès le début, la forme pédiculisée de la connexion chorio-embryonnaire s’étant substituée à la connexion circulaire primitive par suite du dévelop-
(1) Nous pouvons ajouter que ce fait, que l’allantoïde utilise pour se développer l’amnios le long duquel elle s’accroît, n’est pas absolument particulier à l’Homme ; il se rencontre aussi chez les Rongeurs à feuillets invertis ( Selenka), chez le Hérisson, où d'après Keibel l’allantoïde est dès le début une saillie mésodermique pleine confondue avec la couche mésodermique épaissie de la gaine caudale de l’amnios, et sans doute ailleurs encore .