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RAPPORTS DU CHORION TOUFFU AVEC LA CADUQUE PLACENTAIRE

eaux. Les villosités, dont le caractère richement rameux a déjà été signalé, consistent : d’abord, en troncs qui se dirigent en ligne droite du chorion au tissu utérin, où ils s’enfoncent par l’une de leurs extrémités en s’y attachant solidement, comme nous allons le voir; secondement, en nombreuses branches latérales qui naissent à angle droit ou aigu des branches principales et se ramifient à leur tour. Parmi les branches latérales, il en est un certain nombre qui se comportent comme les troncs principaux, se fixant aussi au tissu décidual, tandis que les autres se terminent librement, en plongeant dans les espaces où circule le sang maternel. Kolliker a donné aux premières le nom de crampons et a appelé les autres prolongements libres (voy. pl. IV, fig. 3, v).

Il est intéressant de connaître de quelle façon les villosités, et plus particulièrement les crampons, se fixent au tissu utérin.

Tout d'abord quels sont les éléments par T intermédiaire desquels la fixation des villosités est établie ; quel est, en d’autres termes, le moyen de fixation ? Des manières de voir différentes ont été émises à ce sujet par les auteurs, sous l’empire de l’idée qu’ils se faisaient du rôle général joué par les tissus fœtaux ou maternels dans l’édification du placenta.

Les uns en effet, comme Langhans, Turner, ont pensé que l’adhérence des villosités à la caduque se faisait grâce à des végétations de cette dernière. Langhans décrivit des bourgeons insulaires du tissu utérin se produisant au niveau des extrémités des villosités et de leurs branches. Turner a observé des tractus filamenteux et nucléés, attachés d’une part à la pointe des villosités, de l’autre au tissu utérin, et figurant de véritables racines adhésives ou crampons; il en fait des dérivés de la caduque (voy. pl. III, fig. 6, E).

Pour d’autres, c’est l’épithélium des villosités qui prolifère pour fournir le moyen de fixation à la sérotine. Ainsi Langhans, après avoir soutenu l’opinion qui précède, admit que la couche cellulaire de l’épithélium végète en des points localisés aux extrémités des villosités, en donnant naissance à des boutons qui, une fois la couche superficielle de l’épithélium (épithélium proprement dit de Langhans) détruite, se mettent en rapport intime avec le tissu décidual correspondant ; sur tous les autres points du chorion touffu, la couche cellulaire disparaît. Pour Kastschenko, les boutons cellulaires que l’on trouve à l’extrémité des villosités viennent non pas de la couche cellulaire, mais de l’épithélium du chorion ; celui-ci servirait ainsi à constituer une formation qui par sa situation semble appartenir au tissu utérin.

Dans une troisième opinion, défendue par exemple par Léopold, Gottchalk, l’union chorio-utérine est établie concurremment par les villosités

ANNEXES EMBRYONNAIRES CHEZ L’HOMME

et le tissu utérin, qui, suivant la comparaison de Léopold, se pénètrent réciproquement comme les doigts des deux mains enlacées. Soit une villosité bifurquée ; la sérotine en proliférant, remplit l’espace compris entre les branches de bifurcation de la villosité. On trouve, d’après Gottschalk, dans le tissu décidual, à l’extrémité des villosités, de nombreuses cellules géantes, qui paraissent jouer un rôle dans la fixation de ces dernières. Quant aux villosités, leurs extrémités sont élargies et constituent des bourgeons riches en noyaux, ce qui montre que l’épithélium chorial, loin de s’atrophier, est en voie de prolifération active à ce niveau. Des extrémités dilatées des villosités partiraient des bandes plasmatiques fixées directement à la sérotine.

Enfin, d’autres observateurs, tels que Heinz, admettent que la villosité plonge directement dans le tissu décidual, et qu’elle perd même son épithélium à mesure qu’elle s’enfonce dans ce tissu, avec lequel son axe connectif et ses vaisseaux sont en contact direct.

Quant au mode de fixation, il paraît pouvoir se faire de différentes façons. Ainsi Rüge a constaté que les villosités ou bien s’attachent simplement à la surface de la caduque, ou bien pénètrent dans son épaisseur pour s’y terminer rapidement en massue, ou enfin s’y enfoncent profondément. Pour Gottschalk, les villosités pénètrent dans les orifices glandulaires, se logent dans des dépressions delamuqueuse autres queles glandes, et enfin se fixent à l’extrémité de végétations papillaires de la caduque. L’épithélium glandulaire se détruirait à mesure que la villosité s’enfonce dans la lumière glandulaire; là où les villosités n’ont pas encore pénétré, l’épithélium se multiplierait, et émettrait des bourgeons comme pour aller au-devant des villosités. Heinz, qui a également observé la pénétration de villosités dans les glandes, dit que les villosités, une fois l’épithélium glandulaire tombé, perforent la paroi glandulaire pour se souder au tissu décidual ambiant, de la même façon qu’elles le font ailleurs.

Dans chaque arbuscule chorial rampe une puissante branche d’une artère ombilicale qui se. ramifie parallèlement à la villosité. Les capillaires formés par ces rameaux artificiels sont absolument superficiels, sous-jacents à l’épithélium et à la couche cellulaire. Le sang est recueilli par des veines qui se réunissent dans le tronc de la villosité en une veine unique plus grosse. Le système vasculaire du placenta fœtal, c’est-à-dire des villosités choriales, est ainsi complètement clos ; il en résulte qu’il ne peut se faire de mélange du sang fœtal avec le sang maternel, comme on l’avait cru autrefois, mais qu’en raison de la situation superficielle des vaisseaux fœtaux dans les villosités et de la proximité

DÉVELOPPEMENT DU PLACENTA

très grande des vaisseaux maternels, l’osmose liquide et gazeuse est des plus faciles.

A propos de la structure des villosités choriales une question importante doit encore être soulevée. Persiste-t-il à la surface de Paxe connectif de la villosité, dans le placenta complètement développé, et tout au moins dans toute l’étendue de la villosité qui n’est pas entourée par le tissu décidual, une assise épithéliale, que celle-ci soit formée par la couche cellulaire ou par la couche plasmodiale de la villosité? Ercolani, Turner, Romiti ont répondu négativement. Kolliker, Langhans, Léopold, Kastschenko et la plupart des auteurs après eux admettent au contraire la persistance d’un revêtement cellulaire d’origine fœtale à la surface des villosités.

Ayant acquis ces notions sur la structure et les rapports, primitivement simples, des villosités, et munis d’autre part des renseignements que nous a donnés l’étude des transformations dont la caduque sérotine est le siège (voy. p. 432 et suiv.), nous pouvons aborder l’examen des relations beaucoup plus complexes qui s’établissent plus tard entre ces deux formations.

Il est très généralement reconnu qu’il existe entre le chorion touffu et la caduque placentaire, de même qu’entre le chorion lisse et la caduque réfléchie, une fente. Il est évident alors que, les villosités venant plonger dans cette fente, et la traversant pour s’accoler au tissu utérin, il doit exister dans l’intervalle des villosités entre elles, la membrane du chorion et la surface de la muqueuse, des espaces, si minimes soient-ils, que nous pourrons appeler espaces intervilleux (« espaces intra-placentaires » de Kolliker), absolument vides, au niveau desquels le tissu décidual et les villosités ne sont pas en contact, et qu’une formation quelconque pourra par conséquent remplir ultérieurement (fig. 224, 1).

Gela étant, deux processus peuvent être admis, qui nous conduiront tous deux aux dispositions définitives que présente le placenta. Ces deux processus ont été tour à tour invoqués pour expliquer la formation de cet organe (1).

(1) Ces processus sont en partie hypothétiques. Car la science ne possède pas d’observations, formant une série ininterrompue et sans lacunes, sur la question du développement du placenta.

ANNEXES EMBRYONNAIRES CHEZ L’HOMME

1° On peut penser d’abord que les rapports étroits choriomaternels qui caractérisent le placenta se peuvent établir de telle sorte que « les villosités et le tissu de la caduque se pénètrent réciproquement comme les doigts étendus des deux mains enlacées » (Léopold). A cet effet, non seulement les villosités vont audevant du tissu décidual et se confondent avec lui ; mais encore, comme nous l’a appris l’étude des modifications que subit la caduque utérine suivant Léopold, celle-ci envoie entre les villosités des bourgeonnements.

Dans la figure 224, les bourgeons du tissu utérin s’avancent

FiG.i224. — Figures schématiques du développement du placenta (faites'en partie d’après les données de

Léopold) (1).

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