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Cette première partie du bas-relief est placée sur une espèce de table, ornée d’une rangée d’oves et terminée par le double corps de ce monstre qui réunit la nature du lion à celle de l’aigle. Quatorze figures, sur deux rangs, de physionomie et de costume différents, semblent supporter cette espèce d’estrade. D’autres figures sont placées de chaque côté : parmi elles il y en a dont le geste et l'attitude semblent indiquer qu'elles versent des larmes.
L'intérieur du tombeau est d’une grande simplicité. On y pénétrait par une porte placée entre les colonnes ; la chambre
souterraine se divise en deux compartiments, qui n’en consti-
tuent pas moins un seul caveau au centre duquel on voit un sarcophage taillé et creusé dans Île roc.
Telle est, aussi sommairement que nous avons pu le faire, la description de ces belles ruines; mais ce ne sont pas les seuls débris de la grandeur de ces souverains qui soient parvenus
jusqu’à nous.
En quittant Tchilminar, les premières ruines que le voyageur rencontre sur la route de Schiraz à Hispahan sont celles de Nack-i-Roustam : après les ruines des palais, les ruines des tombeaux. Ces monuments forment quatre caveaux funéraires, taillés dans un rocher à pic; l'entrée des caveaux est ornée de bas-reliefs, de chapiteaux, de colonnes dans le genre des monuments de Persépolis ; l’un d’eux, seulement, est décoré d’inscriptions en caractères cunéiformes, épitaphe, ou testament du roi qui devait reposer dans cette dernière demeure. On sait aujourd'hui qu’il fut creusé pour recevoir les restes mortels de Darius.
On trouve encore des inscriptions en caractères cunéiformes sur différents points de la Perse : d’abord à Suze, puis sur quelques piliers qui s'élèvent dans la plaine de Mourgab, sur l’emplacement de l'antique Pasargade fondée par Cyrus. D'un autre côté, en allant de Kirmanschah à Bagdad, on rencontre encore sur cette route, qui a été suivie de tout temps par les armées qui voulaient sortir de la Perse pour aller à la conquête de la Mésopotamie ou de l’Asie-Mineure, une belle page de cette nature : elle est écrite, à une lieue au nord de la ville, sur un rocher escarpé dont le sommet est quelquefois couvert de neige au mois de mai; c'est le mont Bizitoun, un des sommets les plus élevés de la
chaîne qui, de ce point, se prolonge vers les monts Zargos.
Il ne faut pas s'arrêter aux sculptures ni aux inscriptions qui ornent le pied du rocher, elles sont de l’époque des Sassanides ; mais dans un angle rentrant de la montagne, à une hauteur qui l’a mis à l'abri des injures des hommes, on trouve un bas-relief entouré dé longues inscriptions en caractères cunéiformes ; l’escarpement du rocher, qui en a rendu l'accès pour ainsi dire impossible, les a préservées de la destruction.
En sortant de la Perse proprement dite, non loin de Hamadan, au fond d’une gorge de l’Elvend, l’ancien Oronte, on trouve encore des inscriptions en caractères cunéiformes ; puis, plus au nord, sur les rochers de Vân, en Arménie, et enfin çà et là sur
les différents points où les Achéménides ont porté leur puissance.
Tels sont les principaux monuments de la Perse proprement dite. A l’ouest, les documents sont très-rares : pas une inscription, pas un bas-relief ne nous est parvenu des bords de l’Oxus ou de la Bactriane. Mais les monuments de Suze, de même que ceux de Vân, méritent une attention toute particulière, ainsi que ceux de l'Occident , où les ruines sont plus nombreuses, ou du moins plus connues. Dans certains endroits, les briques surgissent du sol, pour ainsi dire, sous chaque coup de pioche, et chaque brique porte avec elle des caractères cunéiformes. Mais nous étudierons ces nouveaux textes à leur tour, lorsque nous arriverons à l'examen
des ruines de Babylone et de Ninive.
Maintenant que nous connaissons les différents points de la Perse sur lesquels nous aurons à porter nos regards, voyons comment les connaissances que nous avons acquises sur le contenu de ces inscriptions nous ont été successivement révélées.
L'Europe avait grandi dans une salutaire et vigoureuse igno-
rance ; elle était arrivée à cette époque féconde qu'on a si justement appelée la Renaissance : c'était l’époque illustrée par les Michel-Ange, les Cellini, les Léonard de Vinci, et par tant d’autres qui portèrent si haut les règnes de François I”. et de Léon X. On commençait à tourner les yeux vers l'Orient; mais les regards ne pénétraient pas plus loin que la Grèce. C'était déjà beaucoup, car on commençait à soupçonner que, si l’Europe était sortie de la civilisation romaine, la civilisation romaine avait été ellemême précédée par une autre. Cependant la Grèce passait alors pour le berceau des sciences, des lettres et des arts; on ne voyait rien au-delà.
Les premiers voyageurs qui pénétrèrent en Perse furent des missionnaires français, des marchands anglais et hollandais, puis des moines portugais et italiens qui s’établirent à Hispahan, sous le règne des Sophis. Mais , à la suite des conquêtes de Mahmoud Afohan , ils quittèrent un pays où les schismes mahométans faisaient seuls des progrès.
Cependant quelques pélerins revenaient de temps à autre en Europe, et racontaient ce qu'ils avaient vu. Ils parlaient de ruines superbes; celles de Persépolis avaient attiré leur attention. Malgré leurs récits, l'architecte bolonais Sébastien Serlio s’était cru assez bien renseigné, vers la fin du XV. siècle, pour rêver et pour donner, non-seulement le plan, mais encore l'élévation de ces ruines (4). Il donnait , il est vrai, ce plan et cette élévation, pour prouver que les Grecs et les Romains étaient les premiers inventeurs de la bonne architecture; aussi son imagination, venant à
l'appui de son système, n’avait pu inventer autre chose que des
(4) 1] terzo libro di Sebastiano Serlio Bolognese, nel qual si figurano e descrivano le Antiquita di Roma, e le altre que sono in Italia e fuori d'Italia. Impresso in Venetia M.D.XXXX. De le Antiquita libro terzo, p. xcix.
colonnes ornées de chapiteaux corinthiens, et surmontées d’un fronton qui rappelait les plus mauvais monuments de l’architecture grecque et romaine.
Nous reproduisons ici le dessin de Serlio, comme un exemple de la témérité des théories préconçues qui reposent sur des synthèses incomplètes ; car on ne saurait trop se prémunir, dès le début de ces études , contre le danger de fermer les oreilles aux récits de
ceux qui apportent des faits nouveaux à l’histoire.
PÉCTIIE