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On y voit du grec , de l’ancien syriaque et de l’ancien arabe, qui sont les seuls caractères communs aux diverses nations qui ont conquis la province de Perse : l’ancien syriaque aux Parthes et aux Mèdes; le grec aux Grecs avant et après J.-C.; l’ancien arabe aux Arabes et aux Tartares. Pour ce qui est des Romains, ils n'ont jamais pénétré jusqu’à Persépolis. Je donne des ectypes de tous ces caractères : celle qui est marquée S est proprement l’écriture de cet édifice, et cette écriture est celle qui était commune et en usage au temps de sa construction. La plupart des inscriptions sont de ce caractère , et pour celles qui n’en sont pas, vous les trouverez toutes si mal formées et si mal taillées, qu'on n'a pas de peine à reconnaître qu’elles sont d’un autre temps et d’une autre main ; le ciseau est entré rude et peu ferme. En un mot, ces méchantes lettres ne sont que des traits effleurés et tremblants, au lieu que cet ancien caractère est admirablement formé. On y voit de petites et de grandes lettres : il y en a qui ont bien 3 pouces de grandeur. On dirait que ces lettres auraient été dorées; car il y en a plusieurs, et surtout les majuscules, où il paraît encore de l'or... [1 n’y a que deux sortes de figures dans cette écriture des anciens Perses : l’une ressemble à une équerre ; mais on ne saurait proprement dire à quoi l’autre ressemble, si ce n’est pourtant qu'on veuille qu'elle ressemble à la figure pyramidale. L'une et l’autre figure ne sont pas toujours posées du même sens, comme nos lettres. La première est posée de deux sens : étant droite, elle a la pointe angulaire ou en bas ou en travers. La seconde est posée de six sens : lorsqu'elle est perpendiculaire , elle a la pointe en haut ou en bas; étant collatérale, elle a la tête à gauche ou à droite ; quand elle est inclinée, elle l’a ou en-dedans ou en-dehors. Ce sont là les lettres simples, dont la forme ressemble, comme j'ai
dit, à un triangle oblique ou à la figure pyramidale. Les lettres
composées paraissent en grand nombre. J’appelle lettres simples celles qui sont faites d’une seule figure, comme nos lettres françaises l’I et le C, et j'appelle lettres composées celles qui sont faites de l’addition et de l'adjonction des mêmes figures , comme notre M et notre H qui sont formés de l’addition de plusieurs I ensemble. Ces figures paraissent jointes ou combinées en tant de diverses sortes, qu’on peut compter plus de cinquante lettres de cette ectype. Des gens s’étonnent que deux figures puissent faire tant de lettres; mais pour moi je ne vois pas de quoi s’étonner si fort, puisque les lettres de notre alphabet, qui sont au nombre de vingt-trois, ne sont pourtant composées que de deux figures , la droite et la courbe, c’est-à-dire qu'avec un € et un I on fait toutes les lettres qui composent nos mots. D’autres croient cette écriture de purs hiéroglyphes ; mais il n’y a pas d'apparence qu’il en soit ainsi, et Je tiens pour certain que c’est une véritable écriture comme la nôtre : d'autant plus qu’il y à une quantité de points dont on sait que les caractères hiéroglyphiques n’ont pas besoin. C'est là tout ce que l’on peut savoir de cette écriture; il faut en ignorer pour Jamais le reste : comme, par exemple, si elle avait des voyelles, si elle était aisée à déchiffrer, et ainsi des autres particularités. Figuëroa (1) se peine fort à chercher si elle se faisait de gauche à droite, comme la nôtre, ou de droite à gauche, comme l'écriture orientale; et il conclut qu’elle se faisait de gauche à droite. J’ajouterai qu’elle se faisait aussi de haut en bas,
comme l'écriture chinoise, ainsi qu'il paraît en cette ectype (2)
(1) Il y a là une erreur de nom. S. de Sacy (Mémoire sur diverses antiquités de la Perse, note 11) a déjà fait remarquer que cette observation n’a point été consignée dans le récit de l'ambassade de Figuëroa ; elle a été faite, pour la première fois, par Pietro della Valle, qui voyageait en Perse à peu près à la même époque que Figuëroa et avec lequel Chardin, qui citait de mémoire, a pu le confondre.
(2j PI LXIX de l’Atlas de la nouvelle édition publiée par Langlès, Paris, 1811,
eten cent endroits de ce monument. J'ajoute encore que ce caractère paraît fort beau et qu'il n’a rien de confus ni de barbare. Du reste, ce n’est pas merveille qu'aucun de tous les savants du monde n'ait jamais rien entendu dans cette écriture , puisqu'elle n’approche d'aucune écriture qui soit venue à notre connaissance , au lieu que toutes les écritures qui sont aujourd'hui en usage dans les parties du monde ancien, si l’on en excepte l'écriture chinoise, ont beaucoup d’affinités entre elles et paraissent comme sorties d’une même source. Ce qu’il y a en ceci de plus merveilleux, c’est que les Guëbres, qui sont les restes des Perses, et qui en conservent et en perpétuent la religion en divers endroits de la Perse ; non-seulement ne connaissent pas mieux ces caractères que nous, mais qu’ils aient eux-mêmes des caractères qui n’y ressemblent pas plus que les nôtres. »
Nous avons reproduit la dissertation de Chardin à peu près dans son entier. C’est le premier voyageur qui se soit étendu sur ces inscriptions, et il est facile de comprendre dès lors que la plupart des vérités ou des erreurs qu’il fallait découvrir ou éviter ont été formulées dès l’origine. On ne s’est avancé dans la voie du progrès que lentement et péniblement, après avoir expérimenté chacun des éléments dont la connaissance était nécessaire à la solution de cet intéressant problème.
L’ectype que donne Chardin n’est autre chose que l'inscription en caractères cludiformes qui entoure les fenêtres du palais de Darius. Sans la reproduire en entier , nous pouvons parfaitement en figurer ici la disposition par trois mots empruntés aux textes qu’il cite et sur lesquels nous aurons occasion de revenir.
Ces trois mots se présentent sur le monument , de même que sur la planche de Chardin , avec la disposition A. B. C. que nous
figurons à la page suivante.
Une série de caractères accompagne chacun de ces mots et
forme un encadrement qui se répète autour de la plupart des fenêtres du Palais.