‹ Éléments d'épigraphie assyrienneChapitre 14 sur 58 · NIEBUHR, T. 15, PL, XXXIV, INS. G · texte numérisé non relu

NIEBUHR, T. 15, PL, XXXIV, INS. G

différentes de celles des deux premiers : le clou diagonal a disparu

comme dans le second système; et comme dans ce second sys-

tème , le clou perpendiculaire isolé apparaît de temps à autre, ainsi que les clous à deux têtes et quelques combinaisons semblables à celles de ce système ; cependant on découvre bientôt des combinaisons bien caractéristiques; quelques signes paraissent beaucoup plus compliqués encore; leur nombre est plus considérable que dans le premier et le second système; les clous se eroisent fréquemment et prennent des directions convergentes et même opposées au sens général de la flèche, qui est toujours de gauche à droite. Des formes bien remarquables caractérisent cette écriture et empêchent de la confondre avec celle des deux autres systèmes. Nous avons reproduit ci-dessus l'inscription de la 3°. table, marquée G dans les planches de Niebuhr.

En comparant ces trois inscriptions, on peut reconnaître déjà ce qu'il y a de vrai et de faux dans les observations antérieures. Les caractères publiés par Pietro della Valle appartiennent au premier système, et ses remarques sont pleinement justifiées. — Les caractères qui ont été publiés depuis avaient été pris dans différents genres d'inscriptions, et présentaient une diversité qui pouvait égarer Ilyde et ceux qui ne voyaient pas les monuments. — Enfin l'inscription de Kæœmpfer appartient au troisième système : c'est l'inscription K de’ Niebuhr, et la complication des caractères de ce système ne laissait aucune prise alors pour asseoir les recherches sur une base sérieuse. Mais au point où Niebuhr en était arrivé, les observations pouvaient prendre une autre direction. Ainsi on ne tarda pas à remarquer que ces trois genres se trouvaient partout où il y avait des inscriptions, que l'ordre dans lequel elles se présentaient n’était pas indifférent et qu'il était constamment le même. Lorsque les trois tablettes sont sur la même ligne , le texte le plus simple est à droite, puis un

autre plus compliqué, puis enfin le plus compliqué à l'extrême

gauche. Si les inscriptions se développent en hauteur, le système le moins compliqué est au sommet , le plus compliqué à la partie inférieure. Enfin, pour n’avoir plus à revenir sur ce point, qui naturellement n’a pas été considéré comme constant dès l'origine par tout le monde, on retrouva encore ces trois genres d’inscriptions autour des fenêtres des palais de Persépolis dans les inscriptions, dont Chardin avait précisément donné la copie. Ouseley constata définitivement ce fait (1), en relevant avec beaucoup de soin ces mêmes inscriptions ; il y retrouva les trois genres d’écriture que Niebuhr avait constatés, et il rectifia ainsi ce qu’il y avait d’erroné dans la conjecture de Chardin, qui avait voulu lire de haut en bas ces inscriptions, sans songer à les développer , pour ainsi dire, comme la légende d’une médaille. En effet, quand les inscriptions ont cette disposition, ainsi que Rich le fait remarquer (2), le style le moins compliqué est toujours au sommet, le

plus compliqué à droite, l'intermédiaire à gauche. Si nous redres- =— — ee — y D— /D— B—; D UN CEE

BEN VEN METEoN

FL Y 4 mA B— C 4] —Y( == |Y 44 T4 ee sons maintenant l'inscription de Chardin pour lui donner le véri-

(4) Ouseley, Travels in various countryes of the east more particularly Persia. Vol. IT, pl. XLI, fig. 21.

(2) When an inscription is round a door or a window, the first species is on the top, the second on left hand running up , the third on the right running down. 1 speak as looking at the door. Ricw, Journey to Persepolis , p. 251. Édit. de Londres, 4829,

table sens qu’elle doit avoir, nous retrouvons alors les trois genres d'écriture signalés dans les autres inscriptions , et les mots que nous avions pris pour exemple {supra , page 55) se lisent comme nous l'avons figuré ci-dessus. Ces inscriptions étant ainsi redressées, rien ne s'oppose à ce que, généralisant les observations antérieures à Chardin même, nous ne puissions déjà avoir la certitude que toutes ces écritures doivent se lire dans le même sens. Les signes reprennent en effet leur position véritable, et n’ont plus rien dans leurs éléments qui contrarie la direction constante des pointes de flèches. Mais, avant d’en arriver à ce résultat, toutes les

combinaisons devaient être épuisées.

Wahl (1), en 1784, avait annoncé qu’il s'était occupé avec succès de l'étude des anciens caractères de Persépolis, et qu’il espérait pouvoir pousser ses découvertes plus loin. Il n’a point, il est vrai, fait part au public de ses recherches; mais, quant au sens de l'écriture , il va tout concilier : ceux qui veulent qu’elle se lise de droite à gauche et ceux qui veulent qu’elle se lise de gauche à droite. Il déclare en effet que la direction de cette écriture n’est pas uniforme, et qu’elle présente la marche nommée

par les Grecs Bouorpogndiv (2).

Il ne faut pas croire cependant qu'il n’y eût point place à de nouvelles hypothèses, et qu’elles n'aient point été émises ni discutées : rien n’est fertile en erreurs comme une première erreur. Du reste, si Chardin avait pu se tromper «en présence des monu-

(4) Allegemeine Geschichte des Morgen landischen sprachen und literatur. Leipzig, 4784, p. 618.

(2) En revenant comme les bœufs qui labourent, c’est-à-dire en écrivant de droite à gauche, puis de gauche à droite, et ainsi de suite alternativement,

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ments qui semblaient par eux-mêmes limiter les hypothèses probables , le nombre en devenait plus grand lorsque l’on se trouvait en présence du dessin d’une inscription, d’un fragment, ou d’une inscription nouvelle dont les caractères, bien que formés avec les mêmes éléments radicaux, semblaient ne se rapporter à aucun des spécimens que les murs de Persépolis pouvaient offrir. Les lignes d'écriture étaient bien dans tous les cas séparées par des traits, mais rien n’indiquait la position primitive de l’objet. C’étaient des briques exhumées des ruines de Babylone, et des cylindres gravés dont on°possédait déjà quelques rares échantillons. La Croze (1), admettant l'hypothèse de Chardin , qui pensait que cette écriture pouvait se lire de haut en bas, avança que ces caractères devaient avoir un certain rapport avec l'écriture des Chinois ; mais il n’y avait là rien de sérieux, et cette supposition , comme toutes celles que nous avons indiquées , ne pouvait plus se reproduire avec fruit. Cependant, pour les épuiser, on soutint même que cette écriture pouvait se lire non-seulement de haut en bas, mais encore de bas en haut (2).

Différentes écritures semblaient encore avoir une analogie plus ou moins grande avec les signes qui nous occupent. « Beaucoup de caractères runiques, dit Vallancey (3), paraissaient avoir été formés des mêmes éléments, et on a été frappé de la ressemblance des caractères de Persépolis et des caractères de l’ancien Ogham.» Mais cette ressemblance, qui a été également remarquée par W. Jones (4), était purement fortuite. Aujourd’hui ce point est par-

(4) Thesaur, Epistol. Lacrozian., t. III, p. 83.

(2) Voyez, sur ces différentes hypothèses, l’article d'Hager dans le Monthly Magazine, vol, XXII, p. 2.

(3) À Grammar of the Iberno-Celtic or Irish language; by Major Charles Vallancey. Dublin, M.DGC.LXXITI. In-4°.

(4) The works of sir William Jones, London, 4807, vol, III, p. 428,

faitement établi; nous verrons plus tard que la forme du clou ou du coin n’est que le résultat de l'instrument qui a tracé les caractères, et ne peut servir d'indice pour établir un système de lecture basé sur les rapports qu’une langue ainsi écrite pourrait avoir avec tout autre idiome dont les lettres auraient avec celle qui nous occupe des ressemblances plus ou moins éloignées.

Cependant, en attendant ces éclaircissements, on se demandait encore si ces caractères, quelle que soit la langue exprimée, représentaient des lettres comme les alphabets ordinaires, ainsi que l'avait pensé Leibnitz (1), des syllabes comme le dévanagari, ou des hiéroglyphes plus ou moins altérés qui tiendraient le milieu entre les caractères des Égyptiens et des Chinois? Enfin on n’abandonnait pas encore complètement la pensée que cette écriture pouvait représenter des signes talismaniques, ou au moins la transcription des secrets sacerdotaux , dont les prêtres seuls auraient eu la clef et que le vulgaire n'aurait pu comprendre. Il fallait donc faire de nouveaux efforts, et les nouveaux textes qui arrivaient en Europe étaient loin d'apporter des moyens de solution à ces questions ; ces textes semblaient ne se produire, avec des formes et des combinaisons différentes de l'élément radical, que pour égarer les recherches qu'il était important de concentrer

sur les inscriptions de Persépolis.

Toutes les hypothèses sur le sens de l'écriture ont donc été formulées, examinées, discutées. Il est constant qu’on n’a pu faire de nouveaux progrès qu’en suivant la direction qui avait été indiquée

par Niebuhr.

(1) Exstant antiquæ litteræ in ruinis Persepolitanis, quæ non hieroglyphæ esse, sed alphabetum aliquod constituere videntur. Leibnitz, Opera omnia , édit. Dutens. T. VI, are, partie, p. 204. — Voyez aussi Hager, supra, loc. cit,

en

Cependant le savant danois supposa d’abord que ces trois inscriptions représentaient non-seulement le même texte et la même langue, mais encore qu’elles étaient écrites avec trois alphabets différents. C'était une erreur. Toutefois, sous l'impression de cette idée, il concentra naturellement ses recherches sur le système le plus simple, et il dressa une table des différentes combinaisons que les éléments de l'écriture formaient dans ce premier système. Îl s’assura, ainsi que nous l’avons dit, que ce nombre ne dépassait pas quarante-deux. Il pouvait y avoir, sans doute, dans cette liste quelques erreurs de transcription ; quelques caractères indécis sur les monuments que Niebuhr avait copiés ont pu être rectifiés par la suite ; mais, dans tous les cas, il a été reconnu que ces caractères représentaient non-seulement les combinaisons des inscriptions sur lesquelles Niebuhr les avait étudiés, mais encore celles que l’on retrouva plus tard sur des monuments analogues beaucoup plus étendus.

Niebuhr venait donc de faire faire un pas immense à l’étude de cette écriture. Il parut démontré que, pour aller plus loin , il fallait s'attaquer au système le plus simple. Les quarante-deux caractères pouvaient bien, après tout , représenter les lettres d’un alphabet. Mais quel était cet alphabet ? quelle était cette langue?

Si cette langue avait pu être connue d’avance, il ne serait plus resté qu'un travail facile pour substituer un alphabet à un autre. Mais, à cette époque, non-seulement la langue était complètement ignorée, mais encore les dialectes qui s’en rapprochaient le plus n'étaient pas alors assez connus pour qu’on pût les prendre pour base de travaux sérieux. Tout était donc à apprendre, puisque tout était inconnu. La lumière ne pouvait venir que de quelquesunes de ces mystérieuses intuitions qui illuminent de temps à

autre les hommes de génie dans leurs découvertes.

Tyschen, de Rostock, en 1798, ajouta, le premier, une remarque importante aux observations de Niebubr (1) : il comprit que le clou en diagonale, qui apparaissait dans le texte de la première espèce, pouvait servir à séparer les mots : les caractères compris entre deux de ces signes ne dépassent jamais le nombre de dix. Ces groupes pouvaient donc former des mots, et les carac-

tères qui les composaient représenter des lettres.

Münter, de Copenhague, deux ans après, adopta et confirma cette observation, qui établissait déjà une présomption de ressemblance entre cette écriture et le zend des livres de Zoroastre : il suivit ces données. L’Essai de Münter parut d’abord en danois dans les Mémoires de l’Académie royale de Copenhague; il a été traduit en allemand (2), et de Sacy en a donné une analyse dans le Magasin encyclopédique de Millin, en 1803. Voici, en résumé , le résultat des recherches de Münter. |

Münter s'explique d’abord sur les différentes sortes d’écritures cunéiformes , telles que Niebuhr les a constatées, et il estime que la première espèce est alphabétique, la seconde syllabique et la troisième monogrammatique. Nous n’examinerons point les raisons qu'il apporte à l'appui de son opinion sur les deux derniers systèmes, quant à présent du moins, pour concentrer de plus en plus nos recherches sur le premier.

« Deux moyens, dit-il, peuvent être employés pour tenter le déchiffrement. Le premier, commun à toute écriture alphabétique, est de tâcher de distinguer les figures qui expriment les

voyelles de celles qui expriment les consonnes, et de parvenir

(1) De cuncatis inscriptionibus Persepolitanis lucubratio. Rostock, 1798. (2) Versuch über die keilformigen inschriften zu Persepolis, von D’, Frederich Münter, mit Kupferm. Copenhagen, 1802.

ainsi à obtenir la valeur de quelques lettres dont la découverte peut faire deviner un petit nombre de mots. Le second est de comparer les caractères de l'écriture inconnue avec d’autres alphabets connus qui puissent offrir quelques analogies. »

Les alphabets zend et pelhvi sont ici les principaux que Münter a consultés; cependant il y a joint les alphabets arménien et géorgien. Parmi les lettres des inscriptions, il en signale trois que leur retour fréquent lui fait considérer comme des voyelles, et elles reviennent assez souvent pour qu'il en tire l'induction d’une grande conformité entre la langue de ces inseriptions et le zend, dont le principal caractère est d’exprimer toutes les voyelles et même d'en être surchargé outre mesure. Münter va plus loin : il se hasarde à déterminer la valeur de ces trois voyelles, en partie d’après l’analogie qu’il croit observer entre leurs formes et les formes dè certaines lettres des alphabets qui lui servent de pièces de comparaison, et en partie d’après la prédilection de la langue zend pour certains sons.

Du reste, Münter est convaincu que cette écriture se lit de gauche à droite, et que les mots sont séparés par un signe de ponctuation qui n’est autre que le clou diagonal signalé par Tyschen. Enfin il remarque que l’on trouve, entre ces clous en diagonale, non-seulement la répétition des mêmes groupes, mais encore que ces groupes se reproduisent avec des variations dans les terminaisons qui semblent indiquer les flexions grammaticales. C’est dans ces terminaisons qu’il cherche à découvrir la valeur de certains caractères, en leur appliquant les différentes flexions grammaticales des langues plus ou moins rapprochées de celle que l’on supposait écrite avec ces caractères. Münter a essayé l'application de ces principes, signe par signe, sur les inscriptions qu'il avait à sa disposition ; il en est résulté un tableau

dans lequel il a cru pouvoir faire figurer la valeur de douze caractères. Quelque téméraire que soit ce premier essai, il est facile de comprendre que Münter a cherché à enlever aux valeurs qu'il attribue à certains signes toute application arbitraire. Son travail est sérieux; nous devons donc noter ici ce que les travaux ultérieurs en ont confirmé.

Parmi les six caractères que Münter regarde comme des voyelles, il ne s’est pas trompé sur la valeur de l'A , sauf peut-être la quantité. Il a confondu l'O et l’T comme on l’a fait, du reste, pendant long-temps encore après lui. Ces trois caractères, toutefois, sont des voyelles ; les autres sont des consonnes. Parmi les six consonnes qu'il a désignées, la valeur du B fut la seule heureuse, bien que les autres caractères fussent également des consonnes. Münter avait donc déchiffré deux lettres (l’A et le B) de cette antique écriture. Mais, à cette époque, nul n’avait encore le droit de considérer ces valeurs comme définitives, ou les autres comme erronées. Comment, en effet, arriver à les contrôler, bien qu'il fût

prouvé désormais que ces signes étaient les éléments d’une langue?

Au milieu des difficultés inouïes que présentait un travail de cette nature, les plus graves, les plus sérieuses ne vinrent pas toujours du sujet lui-même. Tandis que, dès l’origine des découvertes , il s’est trouvé des hommes patients et modestes qui consacrèrent leurs réflexions les plus müries et toutes les lumières de leur savoir à faire faire un pas à la science, il s’en est trouvé d’autres quisemblent n'avoir apporté leur attention sur ces matières que pour obseureir la voie ouverte par les premières données, et retarder les découvertes naissantes. On doit être sévère pour Hyde; un homme de son mérite devait avoir le courage d’avouer son

ignorance sur des points que tout le monde ignorait alors. — II

faut être indulgent pour Chardin; car ceux qui, comme lui, se trompent de bonne foi servent quelquefois la science à leur insu, et puis il est si facile de s’égarer sur ces terres inexplorées! — Enfin on peut passer sous silence le nom de celui qui ne voyait dans ces inscriptions que le travail fortuit de vers rongeurs qui auraient attaqué la pierre. — Mais que dire de ceux qui, spéculant sur la nouveauté des découvertes, inventèrent des fables pour s’attribuer un mérite mensonger? Avant d'aller plus loin, nous croyons devoir faire justice des prétendues traductions de Lichtenstein (1). Ses travaux ne s'appuient sur aucune observation antérieure, et ils n’ont conduit à aucune découverte ; mais nous les relevons iei pour montrer qu’il est désormais plus facile de se tromper soi-même que de se laisser égarer par autrui. Lichtenstein aborde ces textes sans autre préambule que des plaisanteries à l'adresse de ceux qui douteraient de ses procédés, ou qui ont été assez aveugles pour n'avoir pu découvrir avant lui quelque chose d’aussi simple. Ces distinctions en trois écritures, en trois langues, sont insignifiantes : c’est toujours le même alphabet, plus ou moins orné. Il y a plus, le caractère le plus compliqué est précisément, pour lui, le plus facile à traduire et à comprendre. Dans le mois d'août 1801, le D'. Hager avait publié l'inscription d’une brique de Babylone ; mais il s'était abstenu de tout essai de lecture. Lichtenstein ne voit aucune difficulté dans ce texte : il fixe d’abord l’âge de ces briques au VIF. ou VII. siècle de notre ère, et la vue seule des caractères lui révèle que c’est de l’ancien

arabe , des caractères connus sous le nom de coufiques, qui

(4) Les principaux résultats des premiers essais de Lichtenstein ont paru dans le Braunschweigesches Magazin,en 1800.On peut voir surtout son essaiintitulé ; Tentamen Paleographiæ assyrio-persicæ. Auctore D, Anton. Avgvst. Henric. Lichtenstein. — Helmestad, 4803,

dérivent de l'écriture syriaque nommée estrangelo, et qui se retrouvent encore, avec un peu d’altération, dans le caractère des Arabes d'Afrique et surtout de ceux de l'empire du Maroc. Il lit sur-le-champ cette inscription, qui lui paraît former une sentence tirée ou imitée du Æoran et il en donne ainsi la traduction : « Nous « bâtissons sur toi (c’est-à-dire nous mettons notre confiance en « toi); car c’est toi qui nous as tous créés, Ô Dieu le très-saint, « le très-véridique; sois-nous favorable ; car sur toi repose la « sécurité; restaure-nous, nourris-nous; car c'est toi qui nous as « tous créés. »

Lichtenstein ne donne pas la transcription arabe sur laquelle il s'appuie; il avertit seulement qu’il lit de droite à gauche, et sa méthode lui paraît tellement simple qu’il s'étonne beaucoup que M. Hager ne l’ait pas trouvée avant lui, en dessinant sa brique ; car la ressemblance des caractères saute aux yeux : « mais, ajoute Lichtenstein, il (M. Hager) s'était mis dans la tête que ces briques avaient été faites et gravées par l’ordre de Bélus et de Sémiramis et il ne pouvait lui venir en pensée d'y lire, en prenant pour guide la simple analogie du caractère coufique, de pieuses sentences d’un dévot musulman. »

La longue inscription qui recouvre le Caïllou de Michaux, dont nous nous entretiendrons par la suite, est aussi facile à traduire. Ce n’est qu'un jeu pour Lichtenstein; il lui suffit de quelques instants pour en donner une traduction complète. « C’est « de l’araméen, du chaldaïque, qui renferme un discours que « le prêtre du temple du Dieu de la mort adresse aux femmes « revêtues d’habits de deuil et assemblées, au jour de la Commé- « moration de toutes les âmes, auprès des tombeaux de leurs « parents défunts pour s’y livrer aux transports de leur dou-

« leur. » Puis il donne, pour la traduction d’un texte dont il ne

lit pas le premier mot, la plus incroyable harangue que l’on puisse inventer, pour la mettre en harmonie avec un pareil préambule.

Enfin Lichtenstein applique son système aux inscriptions de Persépolis, et particulièrement aux inscriptions de la pl. XXIV de Niebuhr dont nous avons donné la copie page 64. On sait aujourd'hui ce que ces inscriptions renferment ; il les lit encore de droite à gauche et les traduit ainsi : « Le roi, le prince « souverain de tous les princes, le seigneur Saleh, Jinghis, fils « d'Armérib, gouverneur général pour l’empereur de la Chine « Orkhan-Saheb. »

Nous verrons , plus tard, quelles sont les lectures véritables de tous ces textes auxquelles on n'est arrivé qu’à la suite des plus pénibles efforts; mais alors Lichtenstein pouvait impunément jeter à la face du monde savant ce pastiche du Æoran qu'il fait remonter à Genghizkhan ou à Tamerlan, parce que personne ne pouvait alors le contredire.

Le tour était hardi, et Lichtenstein a dû être satisfait de voir qu'un homme de la valeur de M. de Sacy examinait son travail, et que l’opinion publique pouvait hésiter entre ses rêveries et les travaux les plus consciencieux et les plus opiniâtres qui devaient s’accomplir pour arriver à un résultat véritable. L'Europe du XIX°. siècle ne devait retrouver la langue des Perses et des Assyriens qu’au prix des dévouements les plus désintéressés : une vie

d'homme pour chaque lettre de cet antique alphabet !

Revenons donc aux travaux sérieux qui continuaient de s’accomplir sur ce sujet. Les savants de l’Europe ne pouvaient plus ne pas se préoccuper des découvertes de Niebuhr. L'Orient appelait de plus en plus l’attention des philologues : déjà les hiéroglyphes

égyptiens ne passaient plus pour des ornements frivoles; on avait

fait justice des hypothèses de l'abbé Tandeau , qui renouvelait, à propos de ces images, le système de Hyde sur les écritures cunéiformes (1). Les recherches philologiques acquéraient chaque jour de plus en plus d’impor'ance. Les ruines de Persépolis, définitivement étudiées dans leur ensemble, dans leurs détails, étaient considérées comme les ruines des palais construits par les rois Achéménides, et on ne doutait pas queles inscriptions qui en recouvraient les murs n’appartinssent à l’époque de leur construction; l’archéologie regardait ces points comme constants , et c’était sur ces données qu'il fallait désormais établir ses recherches; l’indécision du comte de Caylus avait été tranchée par M. de Sacy : il venait de lire sur ces ruines les inscriptions pehlvies que les rois Sassanides y avaient tracées , en effleurant le marbre, à côté des caractères

profondément gravés par leurs prédécesseurs.

Le moment était venu où la lecture des inscriptions qui nous occupent allait faire de nouveaux progrès. Le 4 septembre 1802, Georges-Frédéric Grotefend exposa, devant la Société académique de Goëttingue, ses premières découvertes (2), précisément dans cette même séance où Heyne rendait compte des premiers travaux sur les hiéroglyphes égyptiens. Les observations de Grotefend procèdent d’un principe tout autre que celui qui avait servi de point de départ à Tyschen et à Münter. Grotefend était peu versé dans la connaissance des langues orientales , et les procédés philologiques dont ses prédécesseurs avaient développé, toute la puissance

ne lui furent que d’un faible secours. Il aborda les inscriptions de

(4) Voyez la Dissertation sur les hiéroglyphes de l'abbé TanDeau. Paris, 4762. In-12. Voyez aussi le Journal des Savants, du mois de mai de la même année.

(2) Prævia de cuneatis quas vocant inscriptionibus Persepolitanis legendis et explicandis relatio. Goëttingen , 1802.

Persépolis à l’aide de l'archéologie et de l’histoire , et il y trouva des données suffisantes pour résoudre cet intéressant problème. Il arriva ainsi à formuler une traduction que le temps a consacrée et à lire, en un mot, ce qui était resté indéchiffrable jusqu'alors. Voici, du reste , les moyens qui l’ont conduit à ce résultat :

Les inscriptions de Persépolis, ainsi que nous l'avons dit, offrent des groupes qui présentent trois genres d'écriture. Grotefend admit que chaque inscription, dans ces groupes respectifs, était transcrite , non-seulement dans un alphabet différent, mais encore dans une langue différente, et que, si l’on connaissait le sens de l’une, on connaîtrait par cela même le sens des deux autres qui devaient lui correspondre. Il posa ainsi le premier l’'hypothèse d’inscriptions trilingues. 11 distingua provisoirement ces trois systèmes par cette désignation générale , suivant le degré de complication des caractères du plus simple au plus composé : le premier , le deuxième, le troisième, et il prit le premier système comme base de ses recherches. Il regarda d’abord comme constant le fait observé par Tyschen et Münter , à savoir que dans ce premier système les mots sont séparés par un clou en diagonale. Enfin, guidé par l’analogie des inscriptions sassanides que de Sacy avait traduites, il supposa que le mot que Tyschen et Münter avaient déjà signalé comme devant contenir le titre royal le contenait réellement. Ce mot est composé de sept caractères qui présen-

tent l’aspect suivant :

IR MTIERT IE

Il apparaît çà et là dans le courant du texte, et de plus il est répété deux fois consécutives après les premiers mots dans la plu-

part de toutes les inscriptions, et la seconde fois il est suivi d’une

terminaison qui pouvait être considérée comme la terminaison

d’un génitif pluriel.

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