TT TT MT
Il n’y avait de bien déchiffré alors que trois lettres, U R D; la
(1) Conf. Zend-Avesta, Vend. Sadé Izesch., 1°*. Ia.—A, Charma, Lecons de philosophie orientale professées à la Faculté des lettres de Caen, en 1840-1841, p. 440.
première et la dernière avaient été découvertes par Münter ; Grotefend traduisit ce mot par Oromasdis cultor. Il identifiait ainsi seulement la première partie de ce nom avec le zend d’Anquetil Ehoré, et en le traduisant, sans chercher à le lire, il s'enleva le moyen de reconnaître la terminaison mazda, qui ne fut découverte que long-temps après. Nous suivrons, du reste, les différents progrès qui ont abouti à la lecture de ce mot, dont le sens a été compris long-temps avant que l'articulation phonétique en ait été déterminée.
Il y avait quelque chose de si heureux et de si effrayant dans l'hypothèse de Grotefend, qu’il eût fallu pour la soutenir avoir tout deviné ; et les travaux ultérieurs du professeur de Hanovre , il faut bien le reconnaître, ne furent pas de nature à engager les savants à le suivre dans ses recherches, malgré les encouragements de M. de Sacy qui le premier rendit hommage à cet heureux hasard, si l’on ne veut point appeler cela du génie.
Quoi qu’il en soit, on comprenait déjà l'importance de la langue du Zend-Avesta pour arriver à ces résultats. Un seul homme alors, Anquetil-Duperron, pouvait apprécier à ce point de vue la découverte de Grotefend ; son approbation ne lui fit pas défaut : il La lui donna sans réserve et l'intérêt en rejaillit sur ses propres études. On le pressa, en effet, de mettre la dernière main aux travaux qu’il avait commencés sur le zend, et qui depuis trente ans restaient interrompus. Cette sollicitude tardive fit briller une lueur de courage dans ce savant vieillard ; mais elle s’éteignit bientôt avec lui. Ce n’est que trente ans plus tard que l’œuvre d’Anquetil fut reprise et achevée par Eugène Burnouf, qui livra au monde savant ses magnifiques travaux sur les livres de Zoroastre.
Il est surprenant de voir, sur ce point, le scepticisme de
Volney : il prétendit, en effet, que tout le système de Grotefend devait s'écrouler, parce qu'il reposait sur une orthographe vicieuse des mots Xerxès et Darius (1). Sa parole faisait alors autorité dans le monde savant et devait retarder la démonstration scientifique des résultats de Grotefend : aussi la solution du problème resta longtemps indécise. Le premier exposé des idées de Grotefend eut lieu en 1802, et ce n’est qu’en 1824 que son travail réfléchi parut dans la seconde édition de l’ouvrage de Heeren sur la politique des anciens peuples (2). Ce travail, du reste, ne contient rien de plus que sa première inspiration, si l’on en excepte des remarques plus développées sur les différences que présentent les trois genres d’écritures.
De nouveaux textes étaient en effet arrivés en Europe dans lintervallé , et jetaient de l’incertitude sur les bases que l’on devait adopter pour appuyer les premiers travaux. Ce n'étaient plus seulement quelques signes sur des briques, sur des pierres gravées qui présentaient de nouvelles combinaisons de l'élément primitif, et qui semblaient annoncer, pour ainsi dire, autant d’alphabets spéciaux que l’on comptait de monuments. Sir Hartford Jones venait de découvrir à Babylone une longue inscription, dont les caractères cunéiformes avaient une grande ressemblance avec ceux des briques. La Compagnie des Indes la fit graver avec beaucoup de soin et la livra aux observations des savants. Bellino rapporta un cylindre en terre cuite, couvert d’une petite écriture serrée dont le clou était encore l’élément radical, mais qui, au
premier aspect, semblait former une nouvelle variété d'écriture.
(4) Nouvelles recherches sur l’histoire ancienne, t. I, p. 493, dans les OEuvres complètes.
(2j Ideen ueber die Politik und den Handel der vornehmsten Voelker der alten Wele, t. Ier, 47e, partie, édit, de 1805 et de 1824.
Enfin Ouseley, Ker-Porter, Rich, ete., firent connaître non-seulement tous les textes de Persépolis, mais encore de nouvelles inscriptions, et tous ces textes, pendant vingt ans, ne provoquèrent que des méditations infructueuses.
Nous ne reviendrons plus sur les autres systèmes d'écriture cunéiforme avant que nous ayons achevé d'exposer les progrès des travaux qui ont abouti au déchiffrement du premier système. A partir de Grotefend , les trois divisions des écritures persépolitaines ont été de plus en plus sanctionnées. Rich et les voyageurs qui depuis ont exploré les ruines n’ont pu que rendre hommage
à la justesse de ses conjectures. Poursuivons.
Vers 1820, Saint-Martin , profondément versé dans la connaissance des langues orientales, reprit l’œuvre de Grotefend. I s’attach& particulièrement à soumettre les découvertes de son devancier à l'épreuve des faits et de la langue. Le résultat de son travail fut de constater , entre la langue exprimée par ces signes et celle du Zend-Avesia, une assimilation de plus en plus grande qui toutefois n'allait pas jusqu'à une identité parfaite. Son premier mémoire fut lu le 20 décembre 1822 , devant l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1). Cependant ses opinions réfléchies, celles qu'il regardait comme à l'abri de la critique, ne furent publiées qu'en 4832, dans l'ouvrage de Klaproth, sur les écritures des peuples de l’ancien monde (2), au moment même où une mort prématurée l’enleva à la science. Les opinions réfléchies de l’illustre savant , il faut bien le reconnaitre ici, n’ont pas dépassé, malgré
dix ans de veilles, l'inspiration du Hanovrien, et toutes ses recher-
(4) Conf. Mémoires de l'Académie des Inscriptions, T°. série, t,. XIT, 2°. partie, p. 4113 et suiv. — Journal asiatique, t. IT, p. 59.
(2) Klaproth, Apercu de l'origine des diverses écritures des peuples de l’ancien monde , p. 65. Paris, 1832,
ches ne consacrèrent que les découvertes de 1802. Toutefois , si Saint-Martin n’a pu dépasser Grotefend , il a étayé les découvertes de son prédécesseur de tout le poids de son savoir, et il demeura
dès-lors acquis que le sillon était ouvert.
Le professeur Rask fut plus heureux que Saint-Martin. Ce n’est pourtant qu'accidentellement qu’il s’occupa de l'écriture de Persépolis. Les livres de Zoroastre intéressaient alors vivement les savants, et dans un article sur l'authenticité de la langue zend (1), Rask eut occasion de critiquer les valeurs attribuées par Grotefend à deux signes mal déchiffrés : critique féconde qui amena la connaissance de deux lettres nouvelles, dont allait s'enrichir l'alphabet persépolitain.
Ces deux lettres n’ont pas été obtenues par les mêmes procédés que ceux qui avaient été employés jusqu'alors. Chacune de ces premières découvertes appartient en propre à celui qui le premier a marqué ce sol antique de son empreinte. Pour Rask, il n’est plus question de déductions philologiques de la nature de celles que Münter avait tentées en observant isolément les lettres; ni de problèmes historiques à résoudre, comme ceux qui avaient été si heureusement agités par Grotefend. C’est l'observation des formes erammaticales qui a guidé Rask dans sa découverte. Les deux mots qui contenaient le titre de roi des rois devaient nécessairement renfermer une forme grammaticale en rapport avec celles qui caractérisent les idiomes de la grande famille à laquelle on rattachait la langue de Darius. Le sanserit et le zend autorisaient le soupçon d'un génitif pluriel en anam bien caractéristique et qui
pouvait se retrouver dans la terminaison du second titre royal. Or,
(4) Ueber das Alter und Echtheit der Zendsprache und des Zend-Avesta, ete. Traduct. all, Berlin, 1826.
en donnant au signe et valeur de N, et au signe —\1\
la valeur de M, il lut ces deux mots {Æhsäyathiya Khsäyathiyanam), avec une forme parfaitement en rapport avec tous les idiomes indo-germaniques, bien que la valeur de toutes les lettres ne fût pas alors définitivement déterminée.
En effet, les valeurs déjà acquises par ses prédécesseurs aux
caractères qui composaient ces deux mots donnaient, pour le
CRM TT
KH CH A NJeLTEERET H,
premier :
et pour le second :
QIT& & ME il ÉGAL
H A Nina A M.
Mais ce n’est pas tout : après avoir ainsi obtenu la valeur de ces deux lettres, par nécessité philologique, Rask ne tarda pas à en avoir la contre-épreuve dans la lecture d’un nom propre encore mal déchiffré. Les lettres M et N y sont juxtàposées, et ont donné la confirmation l’une de l’autre; on le
ae] MEME Te
C'est le nom patronymique des rois perses fils d'Achéménés ; le changement de la voyelle longue & en aï dans la transcription
grecque ’Ayamuéves lui à donné une apparence hellénique qui s’évanouit devant la transcription véritable, conservée par l’écriture cunéiforme. Enfin nous devons encore remarquer que le M
de Rask se retrouve dans le nom d'Ormusd
ME ET m
R M LME ne
Il ne reste donc plus qu’une lettre à découvrir pour que ce
nom soit complet.
Mais, avant d'aller plus loin, nous ne pouvons passer sous silence les progrès qui s’accomplissaient dans les études philologiques. La langue sacrée des anciens Perses, dont Anquetil- Duperron avait fait connaître les monuments, était enfin étudiée avec une sagacité qui en avait révélé toutes les nuances. E. Burnouf, après avoir reproduit avec le plus grand soin le texte de l’un des livres de Zoroastre (1), venait de publier son Commentaire sur le Yagna (2). Jamais monument philologique n’a reçu une consécration plus imposante : il nous suffit de dire que le texte de Burnouf est devenu le texte officiel auquel les descendants de Zoroastre ont recours, et que les Commentaires du philologue français ont l'autorité d'une décision qui fixe parmi eux l’orthodoxie incertaine. Enfin on sait que les Parses viennent encore
aujourd’hui en Europe demander aux rares disciples de Burnouf
(4) Vendidad Sadé, publié d'après le manuscrit zend de la Bibliothèque impériale, Iu-folio. Paris, 1832.
(2) Commentaire sur le Yagna, l'un des livres religieux des Perses, ouvrage contenant le texte zend expliqué pour la première fois, les variantes des quatre manuscrits de la Bibliothèque royale, et la version sanscrite inédite de Neriosengh, par E. Burnouf, Paris, M.DCCC.XXXIII.
l’explication de leurs livres et des renseignements sur l'origine de leur religion (1).
La langue sacrée de la Perse, ainsi connue et approfondie, devint le contrôle nécessaire des études qui allaient s’accomplir sur la langue monumentale des Achéménides. Aucun progrès sérieux n'a été tenté, par la suite, sans qu'on n’ait cherché à s'appuyer plus ou moins directement sur le Commentaire de l’Yagçna.
Nous voici maintenant à un point important. Dans le courant de l’année 1836, trois savants, par des travaux simultanés, peuvent revendiquer l'honneur d’avoir complété l'alphabet commencé par Münter. Si nous voulions examiner leurs droits à la priorité, il faudrait non-seulement rechercher les moyens dont chacun s’est servi pour arriver à son but, mais encore faire la part de ce qu’ils doivent à leurs devanciers ; car leurs moyens reposent sur tout cet entourage qui presse les intelligences à un moment donné, lorsque l'attention , depuis long-temps éveillée sur le même objet, va enfin formuler le résultat des méditations individuelles ou collectives. Cette simultanéité, c’est le produit de l'incubation nécessaire des germes qui doivent éclore au moment où les découvertes commencent à perdre leur caractère personnel. Lorsque Münter vit un À et un B dans ces signes inconnus sur lesquels il fixait sa pensée , son intuition ne puisa qu’en lui-même le motif de sa découverte; aussi elle resta indécise en attendant une sanction ultérieure. 11 en fut de même lorsque Grotefend vit tout d’un coup et en bloc, dans des groupes qu'il désigna, les noms de quelques rois achéménides. Pour rendre sa découverte féconde, il lui fallut aussi la sanction du temps ; mais, à mesure que les décou-
vertes avancèrent , elles répondirent à une disposition plus géné-
(4) Voyez, entr'autres, le livre remarquable du Parse Dosabhoy Framjee : The
Parsees, their history, manners , customs and religion, London, 1858,
rale des esprits, et furent dès-lors plus tôt comprises et plus vite acceptées. Voici, du reste, les dates des travaux que l’on vit éclore, à ce moment, sur des points différents.
En mai 1836, M. Lassen publiait, à Bonn, son travail sur les inscriptions cunélformes (1), et donnait à chaque caractère une valeur avec laquelle il pouvait lire et comprendre les textes de la première colonne qu’il avait sous les yeux.
En juin 1836, E. Burnouf publiait son Mémoire sur les inscriptions de Hamadan (2), et donnait également à chaque lettre une valeur qui lui permettait de faire l’application de son alphabet à tous les textes jusqu'alors connus.
À la même époque, sir El. Rawlinson (3) était en Perse; il avait, dès 1835, entrepris des études sur les inscriptions cunéiformes, et, par des procédés analogues à ceux que Grotefend avait employés , il se trouvait, en 1836, assez avancé pour avoir formé
un alphabet complet, indépendant des alphabets de l’Europe.
Reprenons maintenant l'analyse de ces différents travaux. Les recherches de Lassen ont pour objet la traduction des inscriptions de Xerxès et de Darius publiées par Niebuhr. Le point de départ de sa traduction se trouve naturellement dans les noms propres que l’on avait déchiffrés avant lui, et qui donnaient un certain nombre de lettres dont il fit l'application aux textes connus, en cherchant à déterminer de nouvelles lettres par suite de l’in-
fluence des flexions grammaticales que les mots devaient néces-
(4) Die Altpersischen Keil-Inschriften von Persepolis. Ent zifferung des alphabets und Erklarung des Inhalts. Bonn, mai 1836.
(2) Mémoire sur deux inscriptions cunéiformes trouvées près de Hamadan. Paris, juin 1836.
(3) The persian cunciform inscription at Behistun, decyphered and translated ; with a Memoir on persian cuneiform inscription in general, and on that of Behistun in
particular.
sairement représenter ; il a ainsi composé un alphabet qui lui a permis de lire deux inscriptions de vingt-cinq lignes chacune, et d’en déterminer le sens général. Beaucoup de ces valeurs ont été confirmées par l'application qu'on à pu en faire aux nouveaux textes que l’on soumit ultérieurement à l'analyse. Cependant M. Lassen a été violemment attaqué en Allemagne : on lui a contesté l'originalité de ses découvertes ; il n’a jamais répondu à ces attaques ; mais 1l a poursuivi son œuvre en corrigeant ses premières lectures et en les appuyant, dans ses écrits ultérieurs (1), de tous les documents qui pouvaient assurer l'indépendance de ses
recherches. Certaines lettres lui appartiennent évidemment en
> propre, le 1 était encore lu G par Burnouf, lorsque Lassen lui
assigna la valeur de V. Mais il est inutile de multiplier les citations de cette nature qui ressortent de la comparaison des alpha-
bets, tels que chacun de ces savants a pu les établir.
Voici maintenant les procédés de Burnouf (2). I prend pour sujet de traduction deux inscriptions copiées par Schulz, dans les rochers de Hamadan, et qui reproduisent le même texte que les inscriptions copiées par Niebuhr et Lebrun, sur les murs de Persépolis. Pourquoi ces inscriptions se retrouvent-elles si loin de Persépolis? C’est ce qu'il est inutile d'examiner ici : il nous suffit de dire que la comparaison de ce texte et des copies antérieures a suffi à Burnouf pour fixer toutes les incertitudes que des erreurs
de transcription auraient pu produire. Lorsque la forme des
(1) Voyez, dans le journal intitulé : Zeitschrift für die Kunde des Morgenlandes , t. VI, les derniers travaux de Lassen sur l'écriture cunéiforme ; voyez aussi l’article Persépous dans l'Encyclopédie d'Evsch et Gruber.
(2) Mémoire sur deux inscriptions , passim.
signes fut ainsi bien fixée , il appliqua à chacun d’eux le procédé suivant (1) : « [ ne peut, dit-il, exister qu'un moyen scientifique pour la détermination d’un signe inconnu : il faut réunir tous les mots où il se trouve, les comparer entre eux, et essayer d’appliquer au signe inconnu les valeurs de l’alphahet pour lesquelles on ne possède pas encore de caractère propre et rigoureusement déterminé. Si le déchiffrement de l'alphabet est commencé, s’il repose sur quelques bases certaines, l'examen des diverses positions du signe dont on cherche le sens devra en donner la véritable valeur. » F
Or, Burnouf à ainsi analysé les quarante-deux signes de Niebuhr, et a étudié les combinaisons que chaque caractère peut faire dans chaque mot. C’est ce travail de patience qui lui a fait rejeter quelques-unes des valeurs de ses devanciers , pour en adopter d’autres qui lui parurent plus rigoureuses.
Ainsi, par exemple, il remarqua que le signe que Grotefend lisait V et que Saint-Martin lisait R se trouvait dans seize mots, dans les inscriptions qu'il avait sous les yeux. Dans ces seize mots, les valeurs qui étaient attribuées par Grotefend et Saint-Martin donnaient des noms dont la physionomie iranienne n’offrait rien de séduisant. Si, au contraire, on accordait à ce caractère la valeur de B, alors ces mots prenaient un tout autre aspect; leur structure devenait très-satisfaisante et, de plus, l'un d’eux , qu’on lisait Vakhtris ou Rakhiris, recevait par cette nouvelle valeur une forme / Bakhtris) dans laquelle il était facile de reconnaître l’antique Bactra où la Bactriane. Burnouf fut ainsi sur la voie de l’énumération des satrapies créées par Darius, et il ne tarda pas à
se trouver devant une série de noms propres dont les caractères
(1) Mémoire sur deux inscriptions, p. 23.
devaient se contrôler les uns par les autres , et qui lui permirent de compléter son alphahet.
- Cette découverte est bien propre à Burnouf, et on comprend tout le parti que put en tirer l'auteur même du Commentaire sur
le Fagna. Nous ne terminerons pas toutefois ce qui a trait à ses travaux sans nous arrêter sur un nom, que le signe F- |; qu'il
lut Z, comme Lassen, lui permit de compléter, et qui donna défi-
nitivement en ancien perse le nom d'Ormusd, qu'on put lire
HÉROS RTAI
ainsi :
En résumé, ce nom se compose de sept caractères représentant six valeurs différentes : la première lettre (A), qui est aussi la dernière, a été déterminée par Münter ; trois autres (U, D, R) ont été déterminées par Grotefend ; une (M), par Rask; enfin une (Z), par Lassen et Burnouf.
Ce nom, qui a coûté tant de peine à lire , a suggéré une remarque importante : l'orthographe cunéiforme n’est pas en rapport avec celle des textes zends. En effet, les deux inscriptions analysées par Burnouf font usage de ce mot sans l'accompagner d'aucune désinence ; de plus, elles omettent deux fois la voyelle A et une fois l’aspirée H. Il suit de là de deux choses l’une : ou que cette voyelle ainsi que l'aspiration n’existaient pas dans ce mot, ou bien qu'elles ont été supprimées. « Or, comme ces lettres sont étymologiquement nécessaires dans le mot Ahura-Mazda, je crois,
dit Burnouf (1), pouvoir avancer que, si elles manquent dans le
(1) Mémoire sur deux inscriptions cunéiformes, p. AA et suiv,
Aurmzdä de nos inscriptions, c’est par suite d'une suppression et non en vertu de l'application d’une règle étymologique. Nous admettons donc que le Aurmzdä de l'inscription de Darius a dû être primitivement Ahura-Mazda, et que si ce titre a perdu trois de ses lettres, c’est sous l'influence d’une cause étrangère à la langue à laquelle il appartient par son origine. Cette cause me paraît ne pouvoir être autre que l'écriture. C’est parce que le système d'écriture qui a été appliqué à la gravure de ces inscriptions n'était pas, quant à la représentation des voyelles, aussi rigoureux que le système des écritures zend et sanscrite, qu’une voyelle, d’une prononciation très-brève , a pu disparaître de ce mot; et, quant à la suppression de l’aspirée, lettre nécessaire dans Ahura, on comprend également qu’une écriture, qui considérait chaque voyelle comme essentiellement accompagnée d’une aspiration faible, pouvait se passer de l’exprimer dans la transcription de ce mot. Il y a donc un désaccord évident entre la langue de nos inscriptions et le caractère avec lequel elles sont écrites; et ce désaccord se remarque non-seulement dans les noms propres,
mais encore dans un assez grand nombre de termes, »
Nous arrivons maintenant aux travaux du colonel sir Henry Rawlinson. Voici, en résumé , comment il explique l’origine de ses études et ses propres progrès.
Ce fut, d’après lui (1), dans le cours de l’année 1835 qu'il entreprit des recherches sur les écritures cunéiformes , il savait seulement alors que le professeur Grotefend avait déchiffré les noms de quelques souverains achéménides. Mais dans sa position,
à Kermanschah , sur la frontière ouest de la Perse , il ne pouvait
4) The Persian , ete,, Preliminary remarks , p. 4. > ; y
obtenir une copie de son alphabet, ni se procurer les inscriptions qu'on avait étudiées avant lui. Les premiers matériaux qu'il soumit à l'analyse furent les tables de Hamadan , dont il prit luimême la copie avec beaucoup de soin. Ce sont précisément ces tables dont Burnouf avait donné l’analyse et la traduction. Par des procédés analogues à ceux de Grotefend, sir H. Rawlinson parvint à lire sur ces tables les noms de Darius, Xeræès, Hystaspe, et il fit bientôt des progrès rapides. Une circonstance particulière lui donna , du reste, tout d’un coup un vaste champ d'étude : il se trouvait à peu de distance de Bisitoun, il en profita pour copier la belle page d'histoire que les Achéménides ont laissée sur ces rochers. La comparaison des deux premiers paragraphes de cette longue inscription, avec les tables de l’Elvend, lui permit d'ajouter aux noms déjà connus ceux d'Arsamès, d’Ariamnés , de Tispès, d’Achéménés , et de déterminer ainsi la valeur de dix-huit caractères avant qu'il eût eu connaissance des travaux qui s’accomplissaient en Europe. Ce fut en 1836, pendant sa résidence à Téhéran, qu'il eut connaissance des travaux de Grotefend et de Saint-Martin; il était déjà en avance sur ces découvertes, par l'étendue des matériaux qu’il avait eus à sa disposition. Dans le courant de 1837, il copia les autres paragraphes de la grande inscription de Bisitoun , et pendant l'hiver de cette même année, croyant que la lecture de ces textes n'avait fait aucun progrès depuis Saint-Martin , il envoya à la Société asiatique de Londres la traduction des deux premiers paragraphes de cette inscription, qui rappelaient les titres et la généalogie de Darius , fils d'Hystaspe.
Bien que sur les lieux mêmes où les textes étaient écrits, ses moyens d'investigation étaient très-restreints. Il avait, sans doute, à sa disposition, comme moyens d'étude des textes, des inscrip-
tions plus complètes; mais il n'en était pas ainsi des moyens d'analyse grammaticale : il ne possédait que les recherches d'Anquetil sur la langue de l’Avesta, quelques manuscrits zends qu'il s'était procurés en Perse, et pour interprète un mobed ignorant, d’Yezd, qui pouvait à peine lire l’ancienne langue de son pays.
Lorsque le Mémoire de sir H. Rawlinson arriva en Europe, le savant anglais avait été devancé ; il reçut, en échange, les Mémoires de Lassen et de Burnouf qui lui arrivèrent à Téhéran, avec le Commentaire du Yaçna, dans le courant de l’année 1838. Comment douter de l’indépendance des travaux de sir HE. Rawlinson, lorsqu'il reconnaît que son premier Mémoire contenait un grand nombre d'erreurs , et que c’est à partir de cette époque qu'il fit les progrès les plus sûrs , et qu’il en attribue la cause aux connaissances qu’il a puisées dans le Commentaire sur le Fagna? — Quoi qu’il en soit, en 4839, la longue inscription de Bisitoun était transcrite et traduite. Ce ne fut, toutefois, qu’en 1843 qu'il adressa ses travaux en Europe. Des difficultés matérielles survinrent pour arrêter la publication de cette grande page d'histoire. Le texte ne parut dans le Journal de la Société asiatique de Londres que dans le courant de l’année 1846, et la publication de l'Analyse et des Com-
mentaires du colonel anglais ne fut terminée qu’en 1849.
L'importance de cette belle inscription nous oblige à la faire connaître d’une manière plus détaillée. Les renseignements historiques qu'elle nous fournit sont du plus haut intérêt, et les moyens d'investigation qu'elle a apportés pour arriver à l’interprétation des autres inscriptions en caractères cunéiformes en ont fait le point de départ et la base des recherches et des progrès qui
ont été accomplis Jusqu'ici.
Ainsi que nous l'avons dit, cette inscription est gravée autour d’un bas-relief sculpté sur un rocher escarpé qui se dresse à une lieue au nord de Kirmanschah.
Ce bas-relief représente Darius, la taille haute, la tête ceinte de la couronne royale , la main gauche appuyée sur un arc, la droite étendue vers neuf personnages enchaînés par le cou et les mains liées derrière le dos. Il foule à ses pieds le corps d’un ennemi vaincu qui semble implorer sa grâce. On voit derrière lui deux, officiers de son palais, armés de l'arc et de la lance; enfin, audessus de cette scène plane, comme sur tous les monuments de
cette époque, la grande figure d’'Ormusd.
KA
PA { An \ \ 4 \ \ l ni LG in MR « \\\ { AE SS NX INT \
Ru Aa our n