‹ Éléments d'épigraphie assyrienneChapitre 28 sur 58 · ENT ENT · texte numérisé non relu

ENT ENT

et qui est encore indiqué, du reste, par la présence du clou vertical. D'ailleurs, ces deux noms Xhsayarsa et Daryavahus sont essentiellement perses : quelle que soit la langue qui les reçoive pour les

transcrire, elle ne peut leur imposer la même terminaison. Le

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dernier signe des lignes {1 et 3 est donc indépendant des noms propres. Enfin la dernière ligne, qui commence par le clou vertical, renferme le dernier nom propre de l'inscription , et ce nom

correspond au perse Hakhamanisiya ; il faut donc chercher dans le groupe

la transcription du nom perse Achéménides.

En dehors de ces noms propres, que reste-t-il dans notre i À “ texte ? un signe > à la fin de la première et de la troisième

ligne. Ce signe est de plus répété deux fois dans la seconde ligne , et la seconde fois il est suivi d’une terminaison particulière ; il correspond au mot perse Æhsäyathiya de la première et de la troisième ligne, et aux mots Æhsâyathiya Khsayathiyanam de la se-

conde. Ce signe a donc à lui seul la valeur de roi, et le groupe

=. >>> {€ , celle de roi des rois.

Il nous reste encore les deux premiers signes de la seconde ligne

E| ras ss pour correspondre au perse Vazarka, grand ; etenfin B—

: , Y : ON un signe unique } pour correspondre au mot Putra, fils. Nous

avons donc ainsi la valeur de tous les groupes de notre inscription, et la certitude qu'elle contient bien la traduction du texte perse, avant même que nous puissions en lire la première lettre, avant que nous puissions en comprendre le premier mot.

En répétant cette opération sur les autres inscriptions achéménides , on peut s'assurer que les mêmes signes correspondent toujours aux mêmes mots : roi, grand, fils, et que les mêmes

groupes correspondent toujours aux mêmes noms propres. On

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peut donc chercher, dans ces noms propres , des signes qui correspondront aux lettres et qui aideront à lire les autres mots. Enfin on acquit ainsi la certitude que les mots se terminaient toujours avec les lignes , et que cette manière d'écrire était tellement rigoureuse, que e’était la cause pour laquelle les signes étaient plus lâches ou plus serrés à la fin des lignes, suivant l’espace à remplir.

Cette première opération, si simple qu’elle soit, exige cependant une grande patience ; car la détermination des valeurs que l'on parvient à isoler ainsi est d'autant plus certaine que le nombre des pièces de comparaison est plus grand. Il ne faut donc pas reculer devant ce travail fastidieux , que la nature du sujet imposera long-temps encore à ceux qui se livreront à ces études, parce qu'il est le plus sûr contrôle des découvertes accomplies et le plus puissant moyen d'investigations nouvelles.

Nous avons vu que certains signes restaient isolés, par l’opération à laquelle nous nous sommes livré, pour exprimer à eux seuls un mot tout entier. Cette circonstance avait été entrevue peut-être par Tyschen et Münter, et la brièveté du texte, le nombre considérable des caractères leur avaient fait croire à une écriture monogrammatique. Grotefend ne s’appesantit point assez sur cette idée , qui aurait pu le conduire à de nouveaux progrès ; il crut seulement que ces signes représentaient l’abrégé du mot exprimé. Mais eût-on trouvé les articulations nécessaires pour exprimer les noms propres, il fallait toujours rechercher quelle devait être l'articulation de ces monogrammes où de ces mots écrits en abrégé. Dans tous les cas, ces mots étaient à déchiffrer, et bien qu’il fût évident que ce texte ne pût dire autre chose que celui dont on avait la transcription, on fut encore long-temps

sans pouvoir le lire ni le traduire.

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Pour ceux qui ne sont pas initiés à ces travaux, l'interprétation de ces mystérieuses légendes apparaît toujours comme un problème que l’on nomme en algèbre une indéterminée, c’est-à-dire une seule équation contenant deux inconnues, et qui admet un nombre indéfini de solutions. Étant donné le langage, il est aisé , dit-on, de voir comment le caractère peut être découvert, ou, si le caractère est donné, on peut arriver à connaître la langue; mais quand on ignore le caractère et la langue, quels sont les moyens de solution , quelle est la limite imposée aux conjectures? — Cette objection toute spécieuse ne peut venir que de ceux qui sont complètement étrangers, non-seulement à la lecture des textes assyriens, mais encore aux travaux entrepris sur toutes ces langues dont on retrouve les caractères et l'expression. Il y a soixante ans, on pouvait l’adresser à Grotefend, lorsqu'il était en présence d'un texte inconnu, sans point d'appui philologique; mais ce qu'on ne saurait trop dire, c’est que les découvertes de Grotefend ont fait connaître un texte perse traduit en assyrien, bien autrement important, bien autrement étendu que le texte grec de l'inscription de Rosette, et qu'il a fourni le nombre considérable de quatre-vingt-dix noms propres avec lesquels on a pu déterminer la valeur des caractères assyriens. Ces caractères ont permis de lire des textes dont on pouvait contrôler la traduction, et de reconstituer un idiome dont l’expression écrite recouvre et les monuments de la Perse, et ceux de l’Assyrie. Or, ce qu’on ne saurait trop dire, c’est qu’il n’y a pas un signe qui n’ait été analysé, dont la valeur n’ait été discutée, et qui n’ait subi le contrôle de tous les savants qui se sont occupés de ces textes. Il n’y a pas un fait qui ait été accepté sur la parole d’autrui, et ce n’est qu'après une rigoureuse épreuve qu’on a pu en déduire des principes de lecture et d'interprétation.

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Le véritable caractère de cette écriture est aujourd’hui parfaitement déterminé. Elle est à la fois syllabique et monogrammatique ; elle procède d'une origine hiéroglyphique qui a pu être constatée. Ces monogrammes, images dégénérées des objets dont le nom et le type primitifs avaient disparu, constituaient une difficulté sérieuse dont on peut aisément se rendre compte en comparant les travaux des assyriologues à ceux des égyptologues. Les savants se trouvaient, en effet, en présence de ces différents hiéroglyphes, dans des conditions qui ont quelque analogie.

Le texte grec de Rosette est très-succinct; il offre un point de départ très-restreint; mais, d’un autre côté, il fournit promptement la certitude que le son initial du nom de l’objet représenté donne la valeur phonétique du signe hiéroglyphique. Or, l'objet est reproduit par le dessin avec une exactitude merveilleuse, et son nom se trouve fidèlement conservé dans la langue copte. Il n’en est pas ainsi de l'écriture assyrienne. |

Les textes perses des inscriptions trilingues sont, il est vrai, très-nombreux; ils permettent d’asseoir les premiers travaux de : déchiffrement sur une large base ; mais les hiéroglyphes assyriens ont tellement dénaturé l’image primitive, qu'il est à peu près impossible de la reconnaître ; d’un autre côté, connût-on l’objet représenté, on en ignore le nom dans la langue à laquelle on a emprunté les caractères, et dès lors les difficultés les plus ardues se dressent devant l'interprète abandonné à lui-même.

En sortant des textes dont on avait la traduction en regard, les égyptologues avaient, pour se guider dans leurs recherches sur ces longues inscriptions qui décorent les palais des bords du Nil, Plutarque et son Panthéon égyptien, Ératosthène et Manéthon avec leurs dynasties où les noms des rois se comptent par centaines,

tandis que les assyriologues se trouvèrent en présence des nom-

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breux documents exhumés de Ninive, sans guide, sans contrôle ; en présence de divinités dont le nom avait disparu, de rois dont aucun autre texte n’avait conservé le souvenir.

Enfin l'écriture égyptienne, dans sa longue vie, offre sans doute des altérations plus ou moins prononcées ; mais elles ont toujours servi à exprimer la même langue, tandis que l'écriture assyrienne présente les mêmes altérations graphiques, deux styles différents , et s’est ainsi prêtée à exprimer d’autres langues inconnues dont il fallait , au moins , constater l’existence et signaler les caractères qui devaient les séparer de l’assyrien pour ne point établir de confusion dans ces études.

Les difficultés sont donc immenses : elles ont grandi avec les découvertes. On pouvait à peine les soupçonner ;'il y a vingt ans, lorsque l'attention se porta plus vivement sur les ruines des empires de la Haute-Asie. Mais il est indispensable, avant d'aller plus loin, de constater l’état dans lequel se trouvaient alors nos connaissances sur ces anciens empires , et le résultat des fouilles qui ont fait tout à coup surgir de ses ruines l’Assyrie, oubliée depuis plus de 2500 ans.

Quand on parlait autrefois de l'empire d’Assyrie, on évoquait un vague souvenir de grandeur et de décadence qui laissait, dans les annales les plus accréditées de l’histoire , un vide que l’imagination seule pouvait combler. Babylone, il est vrai, marquait encore sa place sur le sol de la Mésopotamie par des monceaux de ruines; mais Ninive avait disparu complètement. On savait cepen-

dant que cette ville avait été détruite, dans le VF, siècle avant

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J.-C., par les efforts d’une invasion puissante ; mais l’histoire de ses développements , de sa grandeur et de son agonie n'était point parvenue jusqu’à nous, et son nom seul retentissait de temps à autre dans la chaire sacrée toutes les fois qu’on voulait rappeler l'exemple d’une grande faute, d’un grand repentir, d’un grand pardon ; c'était le seul enseignement que les sociétés modernes tirassent de l'existence de cette antique cité.

Il y a vingt-cinq ans à peine , l’attention se trouva tout à coup vivement préoccupée des choses de l'Orient. On avait signalé depuis long-temps, en face de Mossoul , dans cette plaine aride où des mouvements de terrain réguliers semblaient indiquer la trace des remparts d’une grande cité, l'existence d'un petit village qui avait perpétué le nom de Ninive dans cette contrée. Le Gouvernement créa un consulat à Mossoul, et nomma à ce poste, dont l’intérêt scientifique faisait toute l'importance , M. Botta, déjà connu par ses travaux archéologiques et ses connaissances orientales. On lui donnait la mission de rechercher et de constater la place où s'était élevée la ville de Ninus.

Mossoul est située sur la rive droite du Tigre et paraît occuper une partie de l'emplacement de l'antique Ninive. La ville actuelle n’est pas très-ancienne. Mossoul existait cependant, comme ville importante , lors de la construction du nouveau Bagdad (1). Abulfarage dit, en effet, que le khalife Al-Mansour choisit Bagdad pour siége du khalifat, parce que cette ville se trouvait entre Barsa et Mossoul. Mossoul doit son importance au grand prince des Seldjouks, Malek-Schah, qui y établit, vers la fin du X{°. siècle, la base de ses opérations contre Bagdad, alors soumise au sceptre des Abassides. En 1182 et 1185, elle résista deux fois à

(1) Mossoul compte aujourd’hui 70,000 habitants, parmi lesquels on trouve 15,000 chrétiens et 10 ou 42,000 juifs.

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Saladin ; mais, au XIII. siècle, elle fut renversée par les hordes mongoles, et le terrible Houlaghou-Khan s’en empara et lui fit subir le sort de la guerre; elle fut alors pillée, incendiée, et resta sous le pouvoir des princes mongols jusqu’au XVF. siècle, où elle passa sous la domination des empereurs de Constantinople. Sa position la rendait un point très-désirable pour la domination iranienne. Aussi, au X VIF. siècle, elle se trouva pendant quelque temps au pouvoir de la Perse ; mais depuis les victoires de Mourad IV, le Conquérant de Bagdad, elle est restée soumise à la Turquie.

Si, en quittant Mossoul, on franchit le Tigre sur le pont de bateaux qui réunit les deux rives, on se trouve alors en présence d’un terrain aride sur lequel s'élèvent deux collines artificielles couvertes d'habitations. Du reste, pas une colonne, pas un pan de raur ne révèle les traces de ces palais splendides dont la tradition nous a conservé le souvenir. Les ruines de la Mésopotamie ne ressemblent point à celles de l’Asie-Mineure ou de l'Iran : Palmyre, Balbec, Persépolis offrent des débris qui sont encore debout: on peut les voir et on les admire; mais ici rien ne paraît au-dessus des sables du désert, et c’est une pioche à la main qu’il faut interroger la terre pour savoir ce que les couches successives des générations qui, depuis bientôt trois mille ans, se sont succédé sur les bords du Tigre, peuvent cacher au monde d’un empire qui compte au moins quinze siècles de splendeur.

Cependant des mouvements de terrain réguliers semblent indiquer l'emplacement des remparts, qui formaient une vaste enceinte pentagonale d'environ 3 kilomètres de longueur, dans laquelle se trouvent les deux tumulus que nous avons indiqués : au nord, le monticule de Koyoundjik; au sud, celui de Nebbi-Younès. — Koyoundijik {le petit agneau) est le nom du village bâti sur la col-

line du nord, qui s'élève à 60 pieds environ au-dessus du niveau du Tigre; elle présente une forme ovale, aplatie vers l’orient, d’une étendue de 800 mètres environ. — Nebbi-Younès est un peu moins grand. Depuis des siècles, ce dernier endroit a été pris pour le théâtre des prédictions de Jonas : les Musulmans le nomment la colline du repentir ( Tel et Toubeh), et cette tradition a été la cause de l'établissement d’une mosquée auprès de laquelle des maisons ont été bâties; de sorte que le tumulus porte sur lui un village et une grande quantité de tombeaux qui en rendent l’exploration difficile. Aussi M. Botta s’attaqua tout d’abord à la pointe méridionale du tumulus de Koyoundjik et aux mouvements de terrain qui semblaient dessiner l’enceinte de Ninive. Ces premières recherches ne firent connaître que des débris de brique et d’albâtre sur lesquels on voyait des caractères cunéiformes ; mais rien n’annonçait un gisement considérable de constructions. Cependant M. Botta ne fut pas découragé par la pauvreté de ces découvertes, et une partie des ouvriers avait déjà attaqué plus sérieusement l’exploration du monticule de Koyoundjik, quand un paysan de Khorsabad s'arrêta sur le lieu des fouilles, et voyant avec quelle attention on recueillait les moindres débris qui sortaient du sol, il en demanda le motif. Les ouvriers le lui expliquèrent tant bien que mal, et cet homme leur fit connaître alors que, chez lui, ces débris étaient plus communs, et qu’on ne pouvait creuser les fondations d’une nouvelle maison sans en rencontrer en abondance. M. Botta avait déjà été trompé plusieurs fois dans son attente par de semblables révélations, toutefois il ne voulut négliger aucun indice, et il envoya quelques ouvriers pour vérifier les renseignements donnés par cet inconnu.

Le village de Khorsabad est situé à 16 kilomètres au nord de

Mossoul, sur la rive gauche d’une petite rivière, nommée le

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Khausser, qui vient se Jeter dansle Tigre, en face de Mossoul, après avoir traversé l'enceinte dont nous avons parlé. Il est bâti sur une éminence qui s'étend de l’est à l’ouest ; l'extrémité orientale se relève et forme un cône artificiel , tandis que l’extrémité occidentale se bifurque. C’est sur la pointe occidentale de cette bifurcation que les ouvriers de M. Botta firent leurs premières découvertes. Ils revinrent bientôt confirmer la sincérité des récits du paysan de Khorsabad. Ils avaient appris que cet homme était teinturier, et qu’il construisait son four avec des briques couvertes d'inscriptions. D’un autre côté, ils n’avaient pas tardé à rencontrer, à une petite distance du sol, le sommet d’un mur; et, en creusant plus avant, ils s'étaient aperçus que ce mur était orné de sculptures. Les travaux furent abandonnés à Koyoundjik et entrepris avec ardeur sur ce nouveau point. Quelques embarras surgirent alors et interrompirent les fouilles. Mais M. Botta avait déjà la certitude d’être sur les traces d’une construction importante; il n'en eut que plus de courage pour combattre ces nouvelles difficultés, et lorsque tous les obstacles furent aplanis, il se trouva en présence des ruines d’un palais assyrien couvert de basreliefs et d'inscriptions. Un monde inconnu surgissait devant lui sous la pioche des ouvriers, comme sous la baguette magique d’une fée : à mesure qu'ils ouvraient la terre, de belles figures immobiles, alignées dans les grandes salles, le long des corridors ou sous les portiques, semblaient attendre un signal pour reprendre la vie et lui raconter les événements dont jadis ils avaient été les témoins.

Le fléau destructeur qui a passé sur ces monuments s'était heureusement pressé dans son œuvre et n’en avait accompli que la moitié ; il n’avait touché que la tête de l'édifice : le palais n'avait été détruit que dans sa partie supérieure ; de sorte que les bas-

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reliefs inférieurs étaient respectés. Ils se composent généralement d'un rang de figures, de 3 pieds de hauteur, surmontées d'une inscription ; au-dessus du tableau, l’histoire ; au-dessus de l’histoire, un nouveau bas-relief plus ou moins endommagé. Quelquefois on ne voit plus que les pieds des personnages qui touchent aux inscriptions. Çà et là de gigantesques figures, qui devaient s'élever de toute la hauteur des salles, sont souvent coupées au niveau des hanches. Puis, comme si le vainqueur avait voulu faire servir tous ces débris à élever un monument à sa haine, il en a comblé les salles , et 1l les a ensevelis sous une couche de terre; au lieu d’un palais, il a élevé une montagne de ruines. Pendant long-temps, sans doute, la colline a conservé le souvenir du monument qu'elle devait cacher; mais peu à peu le souvenir même a disparu, et de nouveaux habitants ont construit des chaumières sur la tombe d’un palais.

La première salle dans laquelle nous pénétrons avec les ouvriers de M. Botta nous fait assister à quelque grand fait d'armes, qui n’est pourtant qu'un épisode du poème qui va se dérouler devant nous. C’est d’abord un guerrier vêtu d’une cotte de mailles, coiffé d’un casque tombant en arrière; il est percé d’une lance; derrière lui, deux archers tirent des flèches dans la direction du guerrier qui porte le coup de lance à leur compagnon. Plus loin, c’est une forteresse flanquée de deux tours crénelées qui va bientôt tomber au pouvoir des assiégeants. Sur le sommet des tours on voit deux personnages : l’un se défend encore, il lance un javelot; mais l’autre lève les bras au ciel , en signe de désespoir. Parmi les assiégeants, on voit au premier rang deux archers , le genou en terre; ils sont coiffés d’un casque pointu, et revêtus d’une cotte de mailles ; le premier décoche un trait dans la direction de la forte-

resse, tandis que son compagnon se couvre d’un grand bouclier

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circulaire orné de dessins; derrière eux, d'autres assiégeants debout tirent des flèches contre la forteresse. Tout ce tableau est surmonté d'inscriptions. En sortant de cette salle, on se trouve dans une galerie sur les parois de laquelle on voit la partie inférieure d’un grand personnage ; c'était un roi : on le devine à sa pose et au riche costume dont il est revêtu. Puis on entre dans une autre salle où l’on assiste à une scène d’un autre genre. Cinq individus, simplement vêtus, sont conduits par un personnage dont l’accoutrement étrange semble révéler des aïles; puis un homme portant une épée au côté, et tenant à la main un bâton, pousse devant lui des femmes captives; l’une d'elles porte une bourse, l’autre un sac sur ses épaules; une troisième conduit par la main un enfant nu; ce sont évidemment les prisonniers faits dans l’expédition retracée sur l’autre partie de l’édifice.

Le passage qui communique à ces deux salles est pavé d’une large pierre, qui en occupe toute l'étendue et qui est couverte d’une inscription. En continuant les recherches, on déblaya un second , puis un troisième passage, pavé comme le premier d’une large pierre portant également une inscription qui paraît avoir été incrustée de cuivre. Le métal, en s’oxydant, a coloré d’une teinte verdâtre la surface de la pierre.

Si nous essayons de mettre de l’ordre dans les tableaux que ces bas-reliefs vont maintenant nous faire connaître, nous reconstruirons sans peine le grand poème militaire dont les inscriptions nous feront le récit. Le personnage le plus remarquable que nous retrouvons çà et là au milieu des événements principaux, c’est le roi ; sa belle figure est toujours très-reconnaissable dans les différents groupes où il prend part à l’action. Dans l’angle d’une des salles, il se dresse de profil en face d’un de ses généraux auquel il

paraît donner des ordres. Il est coiffé d’une tiare pointue au sommet

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et ornée de bandes rouges; les cheveux et la barbe sont peints en noir et curieusement tressés ; il porte un pendant d'oreille en forme de croix ansée; de sa main droite il tient un long sceptre peint en rouge. Il a de riches bracelets au bras et au poignet ; sa tunique est ornée de franges et de rosaces ; une sorte de pallium sacerdotal

tombe sur son épaule et passe sur une épée courte ou parazonium.

| Use

= | Ur \

ivre MA

{ Sarcon. }

Le personnage qui est devant lui a la tête nue, ceinte d’une bandelette rouge qui retombe sur son dos; sa chevelure et sa barbe sont peintes et tressées de la même manière ; il porte également des bracelets et des boucles d'oreilles; sa main gauche repose sur le pommeau d’une épée. Nous savons aujourd’hui que ce roi est Sargon , le vainqueur d’Azdod et de Samarie.

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Nous placerons ici une scène purement religieuse qui décore la paroi occidentale du deuxième passage : nous y voyons deux figures colossales, de 3 mètres de haut; l’une d’elles représente un personnage ailé qui, sur un corps humain, porte une tête d'oiseau ; il tient à la main une corbeille ; il est vêtu d’une courte tunique , et sa ceinture est richement ornée. Après lui marche un homme barbu, vêtu d’une tunique courte que recouvre un long vêtement à frange ouvert par devant ; il a le bras droit élevé, en signe d’adoration ; de la main gauche il tient un objet dont la base triangulaire peinte en rouge, et seule conservée, semble indiquer un instrument qui devait servir à quelque pieux sacrifice.

Maintenant, l’armée va se mettre en marche. Sur la même muraille, en retour à l’ouest, on voit deux cavaliers courant à toute bride, puis un autre marchant au pas. Plus à l’est, ce sont encore des cavaliers qui se suivent au galop; au-dessus d’eux règne la bande d'inscriptions accoutumée; hommes et chevaux offrent partout des traces évidentes de couleur. En tournant au nord, on voit apparaître un char traîné par deux chevaux ; il est monté par trois personnages : l’un est un guerrier à la barbe épaisse, les cheveux ramenés en touffe derrière la tête et coiffé d’une tiare peinte en rouge ; il lève la main droite, il tient un arc de la main gauche; derrière lui, un serviteur imberbe porte un parasol à frange ; à sa gauche est l’aurige , tenant les rênes et un fouet. Les chevaux ont le caractère du pur sang arabe; leur harnais est richement orné et présente çà et là des traces de couleur très-visibles. Derrière ce char vient un guerrier à cheval, tenant une lance à la main, ayant une épée à la ceinture et le carquois à l'épaule ; plus loin, deux cavaliers marchent au pas; ils sont armés d’épées ; ils portent un arc passé au bras gauche et sous l’aisselle un

long carquois ; leurs jambes sont couvertes de bas à larges mailles

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et retenus, au-dessous du genou, par un anneau ou une Jarretière.

Après ce bas-relief, et sur la même façade, un char porte le roi et son cocher; les chevaux sont lancés au galop vers une forteresse ; l’action est déjà engagée aux alentours de la place; les chevaux foulent aux pieds un soldat étendu par terre; devant eux s'enfuit un guerrier. Quatre autres chars se dirigent, à la suite du premier, vers le même but ; chacun d’eux est traîné par deux chevaux et porte quatre personnages. Le principal personnage, coiffé d’une tiare pointue, lance des flèches ; à son côté est l’aurige , et derrière lui des guerriers armés de dards et portant des boucliers. Sous les roues du char, on voit toujours un cadavre , et les chevaux vont passer sur un cheval abattu portant un cavalier blessé. La scène est très-animée : les coursiers sont pleins d’ardeur, et les têtes encore conservées de quelques-uns des vainqueurs sont empreintes d’un air de supériorité satisfaite très-bien rendu.

Mais ce n’est pas tout ; nous allons assister à la prise de la forteresse : un magnifique bas-relief représente l'assaut d’une ville défendue par une enceinte crénelée, garnie de tours un peu plus hautes que la muraille, et toutes à égale distance ; au centre de la fortification s’élève un tertre sur lequel on voit un arbre et une citadelle qui devient la proie des flammes. A droite de l’enceinte principale, au pied de laquelle coule un fleuve, des guerriers, armés de casques, de piques et de grands boucliers ronds, montent à l’assaut ; quelques-uns sont déjà parvenus au sommet des tours, et des soldats se présentent sur des échelles le long des remparts. Des guerriers escaladent aussi le côté gauche ; mais cette partie du bas-relief est très-endommagée. On distingue toutefois un des assiégeants qui frappe de son épée un défenseur de la place, puis un homme percé d’une flèche qui tombe du sommet

de l’une des tours.

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Ce grand combat a, comme l'épisode que nous avons déjà raconté, sa contre-partie. Sur les parois de la salle opposée, on voit une figure colossale portant une inscription au bas de sa robe, et plus loin une suite de personnages simplement vêtus : ce sont les prisonniers ; quelques-uns sont chargés de fers aux pieds et aux mains; devant eux marchent trois eunuques. Dans cette nouvelle salle on retrouve encore la figure du roi, qui se reconnaît à son riche costume ; il est vêtu d’une robe longue à frange, recouverte en partie d’une double stola parsemée de rosaces et bordée d'une large frange ; il est accompagné d’un serviteur qui porte le chasse-mouches ; au bas de la robe royale court une inscription. A ses pieds, deux captifs, agenouillés, ayant une barbe épaisse, vêtus de peaux, sont suivis par deux autres prisonniers debout, conduits par un garde, sur le vêtement duquel on distingue une inscription.

Quel sera le sort de ces prisonniers ? Le plus grand nombre des vaincus était transporté violemment loin de la mère-patrie pour peupler quelque ville nouvelle fondée par le vainqueur ; mais ils n'avaient pas tous la même destinée : quelques-uns expiraient dans des supplices atroces : ainsi , par exemple, au bas des remparts de la ville assiégée, on aperçoit une rangée de malheureux empalés par la poitrine. Du reste, nous aurons une idée de la barbarie des mœurs de cet âge en jetant les yeux sur un groupe dans lequel on distingue un personnage nouveau, qui remplit un emploi sinistre : il écorche un prisonnier, attaché fortement par les quatre membres pour maintenir les convulsions de sa cruelle agonie. Plus loin, nous assistons à une scène d’un autre genre : un scribe enregistre, devant le char du roi, ce qu'on livre à son maître comme le plus précieux butin de la victoire : des têtes humaines

empilées devant lui.

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En sortant par le quatrième passage, et en tournant à droite, on remarque un bas-relief d’une autre nature : il représente une haute montagne escarpée, couverte d'arbres, au sommet de laquelle on voit un château crénelé. Au-dessous du château, une source donne naissance à un cours d’eau limpide qui roule en cascade jusqu'au-dessous d’une ville, indiquée par des murailles garnies de tourelles très-rapprochées. Cette ville est bâtie sur une éminence entourée d’une terrasse, où croissent des arbres soutenus

par un mur percé de quatre portes.

| TAUREXU DE KNHORA484D.)

Nous avons pénétré dans ce palais en suivant le caprice des fouilles ; mais nous pouvons en sortir par la porte véritable; elle était digne d’un tel palais. De colossales figures de taureaux à face humaine, à demi engagées dans les pieds-droits des portiques, décorent une entrée d’une grande magnificence; chacun d'eux,

haut de 5 mètres environ, envoie dans l’intérieur du péristyle une

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aile qui en tapisse les parois; des écailles symétriquement striées indiquent les plumes; le visage, d’une grande régularité et d’un aspect sévère , se termine par une barbe soigneusement tressée. Tout l'édifice est bâti sur un plancher formé d’un seul rang de briques cuites et portant des inscriptions. Au-dessous de cette aire il y a une couche de sable fin, de 10 pouces d'épaisseur, étendue sur plusieurs rangées de briques superposées et fortement cimentées avec du bitume ; enfin, les murailles sont formées de grandes et minces plaques de gypse marmoriforme , appuyées sur

des massifs de terre argileuse mêlée de chaux.

Tels sont, aussi sommairement que possible, les résultats des fouilles de Khorsabad ; mais, hélas! la plupart de ces débris ne devaient voir le jour que pour achever leur ruine; les édifices avaient péri par suite d’un incendie, et la violence du feu , en calcinant les dalles de gypse, en avait fait une chaux fragile, que la pluie et l'humidité de l’air ne tardèrent pas à détruire. C'est en vain qu’on envoya auprès de M. Botta un artiste habile pour dessiner ces bas-reliefs. Quand il arriva à Mossoul, une partie de ces richesses , réduite en poussière, était perdue pour jamais. Les inscriptions cependant étaient sauvées. M. Botta, avec une admirable patience et une rare sagacité, les avait copiées à mesure qu’elles apparaissaient ; et comme il devait les reproduire un jour, il y avait mis cette attention scrupuleuse que l'on apporte à recueillir, au chevet d’un mourant, les dernières paroles qu'il prononce pour les redire à ceux qu'il laisse après lui.

Cependant, quelques parties de l’édifice, plus éloignées du foyer de l'incendie, ne subirent pas l’altération de l’air ; les fragments qu’on en put détacher furent soigneusement envoyés en France, et nous pouvons les étudier dans les galeries du Louvre, où ces

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débris de l’art assyrien figurent aujourd’hui. Tels sont les gigantesques taureaux des portes de Khorsabad et les grands bas-reliefs qui complétaient la décoration du péristyle; puis ces grandes figures d'hommes aux ailes déployées ; et cette autre qui , sur un corps humain, porte une tête d’aigle, très-reconnaissable à la crête de plumes qui la surmonte et aux caroncules dont le bec est recouvert à sa naissance; puis, enfin, d’autres figures colossales semblables à celles que nous avons décrites dans les différentes parties du palais. Les figures royales ont été également conservées et transportées en Europe, de sorte que ce roi assyrien revit, aujourd’hui comme jadis, dans un palais bâti pour sa gloire, entouré des serviteurs et des guerriers au milieu desquels il a combattu; et les guerriers vaincus et les captifs tributaires se retrouvent encore auprès de lui pour compléter son triomphe et nous donner de curieux échantillons de l’art, des mœurs et de la

civilisation de son empire.

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