‹ Éléments d'épigraphie assyrienneChapitre 34 sur 58 · NT · texte numérisé non relu

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(sTèLE DE SALMANASSAR ).

tish Museum , et la stèle que Sargon fit ériger dans l’île de Chypre après la conquête de cette île. Cette stèle mutilée est conservée au musée de Berlin ; il en existe une copie au musée du Louvre. L'écriture, comme on le voit, avait tout envahi : les Assyriens écrivaient jusque sur les statues de leurs rois. Je ne saurais

résister au plaisir de reproduire ici la belle statue de Sardana-

200 ÉCRITURES ANARIENNES.

pale TTL. Elle porte sur sa poitrine la légende qui nous a révélé le

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Horn ®

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De Louire-TEcf TEE Ut)

Mit it (1

(SARDANAPALF ur. )

nom du souverain que l'artiste avait voulu représenter.

Aujourd’hui que nous commençons à connaître toute cette série de princes que les inscriptions nous montrent si grands, si terribles, nous pouvons nous demander avec quelque étonnement comment il se fait que le nom d’un Sardanapale se trouve le synonyme de la volupté et de l’indolence ? N'y a-t-il pas à une de ces

erreurs historiques dont le travestissement de Nabuchodonosor

nous offrel’inexplicable exemple ?-—L’Amour n’a point laissé sur les murs de Ninive des traces de ses faiblesses ou de ses égarements ; il n’y a rien qui nous rappelle , dans ces antiques sculptures , la tendresse ou la grâce des artistes de la Grèce; mais aussi il n’y a rien non plus qui puisse nous faire soupçonner les saturnales des derniers jours de la civilisation romaine. On n’a point encore exhumé des collines de Nimroud, de Khorsabad ou de Koyoundjik, des tableaux analogues à ceux que l’on exhume d’Herculanum et de Pompéï pour y jeter aussitôt un voile : il n’y a pas une sculpture, pas un bas-relief qui ne soit empreint de la plus austère

sévérité.

Pour bien comprendre la place que l’Assyrie doit désormais occuper dans l’histoire , il faudrait sans doute avoir sous les yeux le résultat complet des fouilles de l'Angleterre et de la France ; et pourtant il est déjà facile d’en saisir les principaux caractères. La civilisation assyrienne se développait à une époque où elle représentait, avec l'Inde et l'Égypte, la civilisation du monde. Au nord, les innombrables tribus des Scythes s’agitaient peut-être comme les débris d’une grande nation ; mais les monuments de cette civilisation ne sont pas encore parvenus à notre connaissance. L'Inde ne paraît pas avoir eu d'influence sur l’Assyrie ; d’ailleurs , à cette époque, elle n’avait aucun point de contact avec l'Asie occidentale : les sectateurs de Brahma avaient sans doute déjà creusé les grottes de Salcette ou d'Éléphanta; mais ces peuples ne se mêlaient pas au mouvement qui s’accomplissait sur les rives du Tigre et de l’Euphrate, et le Bouddhisme naissant étendait ses conquêtes vers l’extrême Orient. Dès la plus haute antiquité, l'Égypte , au contraire , s’est trouvée mêlée à la vie de l’Assyrie; les communications étaient fréquentes, et cependant on est

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surtout frappé du contraste qui se manifeste entre les monuments de ces deux peuples. À Thèbes et à Memphis, l'immobilité des images révèle l’immobilité des types et des institutions ; tandis qu'à Babylone et à Ninive on sent que le mouvemert et la vie pénètrent toute cette civilisation, jusque dans les produits les plus capricieux de son génie. Les sphinx de l'Égypte sont accroupis au seuil des portiques ; ceux de l’Assyrie sont debout, prêts à marcher : on dirait que les artistes égyptiens ornaient des tombeaux,

tandis que les artistes assyriens décoraient des palais.

Lorsque l'empire d’Assyrie se fut écroulé, à Ninive d’abord, à Babylone ensuite, nous trouvons en Asie un principe nouveau qui étendit ses développements et ses conquêtes depuis les bouches du Gange jusqu'aux rives de Carthage. La Perse conquit à son tour le sceptre du monde, elle s’empara de l’Assyrie et de l'Égypte ; l'Égypte immobile n’en reçut pas l'empreinte et ne lui imposa point ses symboles ; mais l’Assyrie, au contraire, en disparaissant sous sa puissante domination, a laissé des traces profondes de sa vitalité dans les monuments de ses vainqueurs. L’architecture, la sculpture, tout ce qui tient à la décoration des monuments, sont des arts qu’on n’improvise pas, et la Perse avait grandi trop vite pour préparer ses artistes de longue main : aussi ont-ils emprunté aux Assyriens les formes les plus caractéristiques de leur génie, et les ont-ils appropriées aux idées de l'Iran. Les taureaux de Persépolis ont été copiés sur les taureaux de Khorsabad. Si les dieux de l’Assyrie se présentent en foule avec des formes étranges et laissent entrevoir un Panthéon inconnu dont il faut découvrir le principe et reconstruire la hiérarchie ; si l’un des plus vénérés , Bel-Dagon , nous offre le bizarre assemblage

des attributs de l'oiseau et du poisson sur les monuments de

ÉCRITURES ANARIENNES. 203

Babylone et de Ninive , le Dieu suprême n’en est pas moins tou-

jours exprimé par un symbole que nous avons signalé sur les

RAA €

(B&L-n4con.)

monuments de l’fran /supra, p. 37), et qu'on retrouve encore

sur tous les monuments de la Haute-Asie,

Aujourd'hui les fouilles sont suspendues, le sable du désert recouvre de nouveau les ruines des palais assyriens. Aussi ce n’est plus sur les bords du Tigre ou de l’Euphrate, maïs bien sur les bords de la Seine et de la Tamise qu'il faut aller désormais étudier les ruines de cette antique civilisation.

Le musée du Louvre, qui a le premier recueilli les sculpture; du palais de Khorsabad, a pris tout d’abord un développement

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qui devait frapper l'attention des archéologues et des artistes. Si les derniers envois qui lui étaient destinés étaient arrivés en Europe, nous aurions peu de chose, au point de vue de l'art, à envier à nos voisins ; mais il n’en a pas été ainsi; et, de plus, le hasard des fouilles a mieux favorisé l'Angleterre. Aussi c’est au British Museum que se trouvent les plus nombreux documents.

En 1855, M. Oppert sollicita et obtint de Son Excellence M. le Ministre de l’Instruction publique une mission pour étudier à Londres les inscriptions du British Museum, et c'est là que ses travaux ont été poussés avec Le plus grand fruit. C'est là qu'il compléta ses recherches commencées avec tant de bonheur au milieu des ruines de Babylone , et qui l’ont mis à même de donner plus tard les plus nombreuses et les plus consciencieuses traductions.

Je ne pouvais pas négliger un voisinage si profitable pour les études assyriennes : aussi deux fois j'ai sollicité et j'ai obtenu de Son Excellence M. le Ministre d’État l'autorisation de consulter, sous ses auspices, ces riches collections. L'étude des monuments assyriens reçoit, du reste, au British Museum, les encouragements les plus sympathiques de la part de tous ceux dont l'autorité ou l'influence peut s'exercer légitimement sur ce magnifique établissement.

Quand on entre sous le péristyle du British Museum, on trouve à gauche le vestibule gréco-romain ; il s'ouvre sur la grande galerie de sculptures qui occupe le rez-de-chaussée de l’aîle occidentale ; les bas-reliefs sont disposés principalement dans trois longues salles qui renferment les collections des sculptures découvertes par M. Layard, pendant les années 1847 et 1850, soit à Ninive même, soit dans les environs. Les monuments découverts

par MM. Loftus et Rassam, sont encore disposés dans des salles

ÉCRITURES ANARIENNES. . 205

provisoires construites dans les soubassements du British Museum, et la plus grande partie des nombreuses inscriptions exhumées du palais de Sardanapale à Koyoundjik attendent encore l’espace pour les recueillir et le temps pour les classer.

Quand on considère la rareté dés monuments assyro-chaldéens qui étaient connus en Europe il y a vingt-cinq ans, et qu’on voit aujourd’hui les richesses qui s'accumulent chaque jour dans les musées de Londres et de Paris, on comprend la modification profonde que ces documents doivent faire éprouver aux idées qu’on s'était formées jadis des peuples de la Haute-Asie. Lorsque l'architecte Serlio dessinait un temple grec pour nous donner l’aspect des ruines de Persépolis, on acceptait son idée; on croyait alors que la civilisation du monde avait commencé avec la civilisation grecque ; on ne connaissait rien au-delà. Les recherches modernes sur l'Orient ont fait reculer les horizons de l’histoire bien au-delà de la Grèce. On n’a pas tardé, en effet, à découvrir dans l'Orient plusieurs couches successives, et immédiatement avant la civilisation arienne, une civilisation différente qui devait même succéder à des civilisations antérieures dont on -entrevoit déjà les nuances. L’Assyrie nous apparaît comme un grand empire qui a duré quinze siècles, du XX°. au VE. avant notre ère, et qui a eu ses lois, ses arts,ses mœurs et ses croyances essentiellement différents de la civilisation arienne, et on se demande aujourd’hui quel en est le caractère? Cet empire, sémitique par son origine, n’a-t-il pas donné à la race sémitique un de ses plus imposants développements ? Il y a là tout un passé mystérieux qui s’éveille. C’est une vie nouvelle qui s’ébauche , une civilisation engourdie qui va renaître. Nous ne sommes plus au temps où il était permis de dire que la langue de Ninive et de Ba-

bylone était à jamais perdue. Aujourd'hui, ces hardis fils de Sem

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se font comprendre et réclament leur place dans l'influence des peuples sémitiques sur les destinées de la Haute-Asie.

Lorsque l’Assyrie était ignorée , on n'avait comme représentant du monde sémitique qu’un groupe de peuples fort restreint, dont les monuments étaient bien connus, dont l’histoire avait été com- . prise et étudiée sous toutes ses faces, et dont le peuple juif perpétuait, à côté du prodigieux développement de l’islamisme, la personnification vivante ; et dès lors il semblait qu'il ne s'agissait plus que de généraliser les données qu'on pouvait exprimer de ces documents pour en déterminer le véritable caractère.

C'était ainsi qu’on comprenait les Sémites naguère encore, lorsque M. Renan publia pour la première fois, en 1847, son grand travail sur l’histoire des langues sémitiques. L'auteur s'était entouré de tous les documents qu'il avait à sa disposition, et son esprit si fortement compréhensif et généralisateur avait créé des Sémites qui semblaient devoir représenter tous les caractères de la race, mais qui, en réalité, ne représentaient qu’un des côtés, qu’une des phases du développement sémitique. Aussi M. Renan a bien compris tout ce qu’il y avait de conventionnel dans sa théorie. Il était trop bon investigateur pour ne pas sentir le grand vide qui se faisait dans un système où il ne pouvait comprendre les fils d’Assour. Si les rares inscriptions phéniciennes suffisaient pour pressentir au moins le caractère de la langue de ces hardis navigateurs, qui s’éloignaient déjà par leur origine du type que leur langue semblait réclamer , les Assyriens paraissaient alors devoir être exclus du groupe des Sémites proprement dits, parce que les textes n'étaient pas encore déchiffrés. Mais depuis la science a marché ; et aujourd’hui, ces documents sont compris dans leur ensemble; les plus importants sont traduits, eom-

mentés et expliqués.

ÉCRITURES ANARIENNES. 207

Les difficultés qui embrassaient la lecture des textes assyriens - étaient sans doute sérieuses; elles n'étaient point insurmontables. On peut être surpris de voir que les Assyriens avaient une écriture qui s’écarte si étrangement des procédés que nous étions habitués à considérer comme l’apanage des Sémites ; mais c’est en vain que l’on prétend que la raison se refuse à admettre que jamais un peuple aussi civilisé que l'ont été les Chaldéens et les Assyriens ait pu recevoir et garder une écriture aussi incommode : le fait est là avec sa brutale évidence; et, pour donner raison à la critique, on ne peut pas fermer les yeux sur ces milliers d'inscriptions, qui ne sont pas l’œuvre du hasard.

Cette écriture, si embarrassante qu'elle soit, pour nous bien entendu , ne l'était pas sans doute autant pour les Assyriens, et, l'eût-elle été, l'objection n’en serait pas moins frivole ; car nous savons, par exemple, que l’inextricable complication de l'écriture chinoise n’empêche pas les habitants du Céleste-Empire de s’en servir depuis plus de quarante siècles, et on comprendrait difficilement comment les Japonais l’ont adoptée, si ce n’est qu'il est impossible d'imaginer tout ce à quoi les hommes se sont soumis : pour exprimer leur pensée, et combien lhabitude leur à rendu facile ce qui, au premier aspect, paraîtrait intolérable.

Au surplus, l'écriture anarienne n’est point une écriture sacerdotale, réservée à une classe privilégiée qui aurait eu seule l'avantage de la comprendre. C'était l'écriture commune à l'usage de tout le monde : celle qui servait aux rois pour écrire leurs annales sur les murs de leurs palais et sur des stèles aux frontières de leurs États; celle qui servait aux prêtres pour écrire des prières et des invocations aux divinités de l’Assyrie; celle qui servait aux savants pour écrire des observations sur l’astro-

nomie, l'histoire naturelle, le droit et les coutumes ; celle enfin

qui servait au peuple pour rédiger les actes de la vie privée et qu'il retrouvait sur les monuments de ses savants, de ses prêtres et de ses rois. On est étonné, sans doute, de voir comment toutes ces connaissances nous ont été si rapidement révélées ; l’étonnement cesse à mesure qu'on examine les travaux accomplis, et c'est par leur analyse que nous allons essayer de faire comprendre

comment on est arrivé à ces heureux résultats.

Nous sommes en 1845, c'est-à-dire au moment de l'arrivée des premières lettres que M. Botta adressa en Europe sur ses découvertes , et les savants ne possèdent pas encore le premier mot des inscriptions qui leur étaient annoncées ; on comprend seulement la nécessité de se livrer avec ardeur à l'étude de l’assyrien des trilingues. Deux textes nous en donnaient, il est vrai, la traduction ; mais tout était encore à découvrir et à apprendre, et nous avons déjà laissé entrevoir les difficultés qui devaient surgir devant les recherches. Faudra-t-il encore attendre, tous les vingt ans , la découverte d’une lettre nouvelle pour arriver à déchiffrer

* ce nouvel alphabet où les signes vont se compter par centaines ?

Il faut bien se résigner à commencer l'attaque ; les têtes de colonnes paient toujours de leur vie la victoire que leurs efforts ont rendue facile à ceux qui les suivent ; aussi ce n’est pas sans une émotion profonde que nous avons parcouru chez un libraire les manuscrits dans lesquels sont consignés les premiers travaux de Lüwenstern. La science n’a rien à en apprendre aujourd’hui ; mais les savants qui voudront les consulter pourront se con-

vaincre des efforts qu’il a fallu déployer pour vaincre les premières

ÉCRITURES ANARIENNES. 209

difficultés, et de la conscience avec laquelle ces premiers travaux ont été accomplis (1).

Le Suédois Lôwenstern commença en effet le premier à agiter toutes ces questions ; et, on doit le reconnaître, il y avait du courage à aborder ainsi une discussion sans précédents , lorsque le champ de l'erreur était si vaste. Dès que M. Mohl eut publié les lettres de M. Botta , qui annonçaient les précieuses découvertes de Khorsabad, Lôwenstern se mit à l’œuvre, et il entreprit de déterminer quelques lettres dans le texte assyrien des inscriptions trilingues , et d’en faire l'application au déchiffrement des inscriptions ninivites (2); il essaya de lire le nom que le fondateur du palais avait inscrit sur les marbres. — Une rectification de M. Botta a prouvé que le nom qui avait servi de base aux travaux de Lôwenstern était mal transcrit, et dès lors qu'il s'était trompé. Toutefois, ce premier travail contient de bonnes observations à recueillir : ainsi, Lüwenstern comprit que la langue assyrienne devait être sémitique ; mais il a été moins heureux en cherchant à déterminer la valeur des caractères qui l’exprimaient, au moyen de l’hébreu ou de l’égyptien. Voici, du reste, son procédé.

Nous savons, par exemple, que la légende quadrilingue du vase dont le comte de Caylus a fait connaître les inscriptions contient un cartouche hiéroglyphique dans lequel on pouvait lire le nom de Xerxès. Lôwenstern vit dans le signe A le représentant du w hébraïque, que l’hiéroglyphe égyptien traduisait par un jardin, et le copte par le signe qui rappelle à la fois la lettre hébraïque et l’hiéroglyphe égyptien. Il chercha, dans la forme

(4) Recueil de documents, de notes, d'articles, de comptes-rendus, etc., relatifs au déchiffrement de l'écriture cunéiforme. — Supplément à la 4°, partie du Catalogue des livres de MM, Maisonneuve et Cie., n°. 6922. Paris, 1863.

(2) Essai de déchiffrement de l'écriture assyrienne, pour servir à l'explication du monument de Khorsabad, Paris, 1845.

210 ÉCRITURES ANARIENNES.

des caractères, à établir une ressemblance dont le résultat eût été

de déterminer ainsi la valeur du signe assyrien,

Guy A = um

Des observations analogues avaient présidé aux premiers travaux de Münter, et il avait eu le bonheur de rencontrer deux lettres dont on ne lui a point tenu compte. Les observations de Lôwenstern ne le conduisirent à aucun résultat. Il n’y a, en effet, aucun rapport graphique entre ces lettres et celles des autres alphabets. |

C'est sur ces entrefaites que sir H. Rawlinson publia le texte perse de l'inscription de Bisitoun , dont nous avons déjà parlé; il l’'accompagna d’un mémoire sur les écritures cunéiformes en général, et consacra le second chapitre à l'examen de toutes les variétés d’écritures que les inscriptions nouvellement découvertes pouvaient offrir. Il ressort de ce mémoire une classification ingénieuse des différentes sortes d'’écritures, groupées suivant les caractères extérieurs qu’elles pouvaient présenter, sans rien préjuger sur le contenu des inscriptions ou même sur la valeur des signes. On voit, par le travail du colonel anglais, qu’il possédait, dès cette époque, une grande quantité de matériaux ; il les étudie avec une rare sagacité; mais il n’ouvre point la main pour faire connaître la base sur laquelle reposent ses premières découvertes. Cependant, malgré les courtes inscriptions que les savants d’Europe avaient à leur disposition, l’année suivante (1847), Lüwens-

tern publia un second mémoire (1) plus précis que le premier : il

(1) Exposé des éléments constitutifs du système de la troisième écriture de Persépolis, Paris, 4847,

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comprit que le point de départ du déchiffrement devait se trouver dans la transcription des noms propres perses des inscriptions trilingues, dont le texte assyrien donnait la traduction,

Il transcrivit ainsi les noms propres que Grotefend avait déjà déterminés dans les inscriptions trilingues; et, en se guidant sur la nature sémitique de l’idiome qui devait être exprimé par ces caractères, il ne donna aux signes qui formaient ces noms que la valeur des consonnes nécessaires à l’articulation des mots.

Toutefois, en dépouillant les vingt noms propres qu'il avait alors seulement à sa disposition, Lüwenstern détermina rigoureusement l'articulation de certaines consonnes qui devaient être transcrites dans le texte assyrien. Mais il s’aperçut que les groupes qui représentaient des noms propres, et dont l’identité était incontestable dans les différentes inscriptions où ils étaient répétés plusieurs fois , présentaient des variations dans la forme des caractères qui les composaient; il réunit ces différentes variantes des noms propres et il en conclut que les signes qui s’échangeaient ainsi, sans altérer le nom qu'ils exprimaient , avaient toujours le même son ; il fut conduit ainsi à l’hypothèse des homophones.

Les homophones sont des signes bien connus des égyptologues, Ce sont des caractères distinets qui n’ont aucun rapport entre eux, qui procèdent d’une origine hiéroglyphique différente, et qui cependant expriment le même son au choix du lapicide. En présence de ces permutations , et du nombre considérable des signes qu'il paraissait important de ramener dans les limites de lalphabet sémitique, Lüwenstern a conelu trop prématurément que certaines particularités du système graphique des écritures cunéiformes, qu’il nomme araméennes, étaient identiques ou analogues à celles qu’on rencontre dans le système des hiéroglyphes phonétiques de l’ancienne Égypte.

212 ÉCRITURES ANARIENNES.

Dans la même année (1847), M. de Saulcy fit paraître plusieurs brochures sur les écritures cunéiformes; elles ne témoignent que de son empressement à arriver à un résultat, et nous ne les mentionnerions pas ici, si M. de Saulcy lui-même ne les avait trop sévèrement jugées. Nous verrons bientôt, du reste, qu’il avait seul le droit de les juger ainsi.

M. de Longpérier ne pouvait classer les richesses qui arrivaient dans nos musées sans essayer de les comprendre : il publia le résultat de ses recherches dans plusieurs articles qui parurent, en

1847, dans la Revue archéologique. C’est lui qui, le premier,

. B— , 7 , signala le groupe = PT comme devant contenir l’équi-

valent du mot grand : il répondait au perse Vazarka, que Lüwenstern avait articulé Rabou. M. de Longpérier confirma cette lecture dans les inscriptions de Ninive, et de plus il a, le premier, déchiffré la légende royale, qui se répétait sur plusieurs monuments de Khorsabad, dans l’inscription dite des Taureaux, sur un

autel , sur des briques, etc.

ET BETA T sue:

LETTRE KG ae VE

(aniQues DE «nonsaran.

Ï1 la traduisit ainsi : Palais de Sargon (1), roi grand, roi puissant, roi des bataillons, roi du pays d’Assour.

Cette traduction est restée acquise à la science, et de bonnes lectures sont sorties des travaux de M. de Longpérier.

(1) C'est le Sargon mentionné dans la Bible, une fois seulement, il est vrai, par Isaie, XX, 1

ÉCRITURES ANARIENNES. 213

M. Botta ne devait pas tarder à faire connaître, à son tour, le résultat de ses observations (1). Ce n'était pas sans fruit qu’il avait copié, ligne par ligne, plus de deux cents inscriptions. Il s'agissait d’abord de mettre de l’ordre dans ces signes si nombreux et si variés : il en compta six cent quarante-deux différents dans les inscriptions de Khorsabad, et il en dressa le catalogue en les classant suivant le nombre des éléments qui les composent. Quelques-uns de ces signes ne diffèrent , il est vrai, que par des nuances graphiques faciles à apercevoir; toutefois, ce catalogue renfermait encore plus de signes qu'il n’en fallait pour défrayer les alphabets les plus exigeants. Afin d’en réduire le nombre, M. Botta supprima ceux qui ne présentaient que des variétés graphiques évidentes. Puis, en comparant ces nombreuses inscriptions qu'il lisait si bien des yeux, il s’aperçut que souvent le même texte était répété plusieurs fois, et que ces répétitions du même texte offraient des variétés faciles à constater. Les plus fréquentes roulaient sur la composition des mots. On peut facilement se convaincre de la justesse de cette observation, en transcrivant sur une seule ligne les inscriptions qui commencent par les mêmes caractères, en plaçant les différents textes les uns sous les autres, de manière à faire correspondre les signes semblables dans une colonne perpendiculaire ; on voit alors parfaitement les ressemblances et les différences du texte. L'ensemble étant évidemment le même , M. Botta admit que les différences de signes qui se remarquaient dans les groupes qui devaient former les mots étaient des signes de même valeur, en un mot, des homophones , tels que Lôvenstern les avait signalés. Les conséquences de ce principe , dans le déchiffrement d’une langue inconnue , condui-

(4) Le monument de Ninive, découvert et décrit par M. P.-E, Botla, mesuré et dessiné par M. E, Flandin, Texte, p. 203 et suiv.

214 ÉCRITURES ANARIENNES.

raient promptement à identifier tous les sons et à rendre toute lecture impossible. Malgré cela , M. Botta en restreignit l’application dans des limites telles que le tableau des variantes (1), qu'il a dressé, est encore aujourd’hui d’un puissant secours pour se guider dans les premières investigations que l’on veut tenter à travers tous ces signes, si nombreux et si différents.

Le résultat le plus sérieux des travaux de M. Botta fut la démonstration de l'identité des écritures de Vân, Khorsabad et Persépolis. Il y est arrivé en appliquant, sur une plus grande échelle, le procédé qui avait conduit Grotefend à reconnaître l'identité des écritures de Persépolis et de Babylone.

M. Botta a été plus loin : cette comparaison des textes lui donna également la certitude que les formes grammaticales étaient les mêmes à Khorsabad et à Persépolis; formes grammaticales d’une langue encore inconnue, mais bien caractérisées par des différences graphiques saisissables pour l'œil, et dont on pouvait se convaincre en comparant les inflexions des groupes qui formaient des mots avant même que la bouche eût pu les articuler. Mais si la langue de Khorsabad, de Persépolis et de Babylone était la même , les mêmes désinences dans les mots ne se voyaient plus dans les inscriptions de Vân, bien qu’elles procédassent d’un même principe graphique.

Il serait difficile de résumer ici l'analyse de toutes les observations que M. Botta a consignées dans son Mémoire ; elles reposent sur la comparaison la plus minutieuse des textes. Nous ne pouvons qu’en signaler quelques-unes , à titre d'exemple.

Le signe | €€< indique la terminaison du pluriel ; quelquefois

le monogramme qui précède est répété deux fois.

(4) Mémoire sur l'écriture cunéiforme assyrienne. Paris, 4848. Extrait du Journal

ÉCRITURES ANARIENNES. 215

Le monogramme > , Toi et toutes ses variétés, donnera :

> > = : roi des rois.

Le monogramme KA ou >} , peuple, donnera :

FRENS et ST CCC , peuples (au pluriel ).

Ces noms donnent des dérivés dans lesquels M. Botta a reconnu

le suffixe de la première personne.

A, > WY s .

ses = |Y , mon royaume (Sarroutiya ).

IQ TE | , mes peuples (Mattiya).

>—YY EU £ = Z\} est le suffixe de la première personne.

Ces formes se voient à Persépolis, dans des textes dont on a la traduction perse. Faudrait-il croire qu’elles changent de signification dans des textes dont on n’a pas la traduction sur le monument même? Évidemment, non. Elles conserveront done leur valeur bien déterminée quand on les retrouvera à Khorsabad.

On les retrouve, en effet, à Khorsabad et à Babylone ; mais à quelle langue appartiennent ces articulations grammaticales ? C’est, en effet, par les désinences qui caractérisent la grammaire que l’on peut apprécier le caractère d’un idiome, avant même d’en connaître tous les mots. Or, ces désinences se voient, se saisissent, et dès lors, il faut bien le reconnaître, on peut déjà les apprécier, et elles ont une apparence sémitique incontestable. Aussi M. Botta, en comparant les mêmes mots, qui se représentaient dans le cours des textes avec des formes différentes, se prononça pour le sémitisme de la langue ainsi exprimée à Babylone, à Persépolis et à Ninive; un mot surtout le frappa,

asiatique, cahiers de mai, juin, août, septembre, octobre, novembre, décembre 1847 et mars 1848.

216 ÉCRITURES ANARIENNES:

c'est le groupe qui renferme le pronom de la première personne. Il était parfaitement désigné par la structure des inscriptions trilingues. Après l’invocation ordinaire, à Persépolis, Darius parle toujours à la première personne. Or, à la place où l’on doit trouver la traduction du pronom azem, je ou moi, le texte

assyrien présente le groupe

je De,

Les valeurs déterminées par les quelques noms propres dont on disposait alors, permettaient déjà d’articuler le mot ANK; et, dès lors, on fut bien tenté de l’assimiler à l’hébreu *5iN, et d'y trouver une preuve de plus du sémitisme de la langue qui se cachait encore sous des caractères inconnus.

Nous avons déterminé le signe royal sur les inscriptions trilingues et sur les briques de Babylone. Les recherches de M. Botta l'ont conduit à constater que ce signe était remplacé par des signes correspondants qui nous permettent de voir le même mot

écrit indifféremment :

> à Persépolis ; NP sur les briques de Babylone ;

ar La à Khorsabad et à Persépolis ; & Pr à Khorsabad ;

« à Khorsabad et à Vân;

ÉCRITURES ANARIENNES, 217

enfin , par deux signes, 4 id (] , à Khorsabad et à Per- De —

sépolis.

Cette dernière forme, composée de deux caractères, correspond, à Persépolis, au même mot perse que l’idéogramme royal. Or, s’il est impossible de découvrir à priori, dans une langue idéographique, la prononciation d’un idéogramme, on comprend qu’on pourra en avoir la prononciation dès que l’on aura trouvé l’articulation des signes qui le remplacent ; mais c’est cette articulation qu'il s’agit de chercher.

Les essais de M. de Saulcy devaient bientôt porter leurs fruits. Il ne suffisait pas, en effet, de chercher à deviner ces inscriptions, il fallait d’abord les lire, et les inscriptions achéménides donnaient un point de départ certain pour arriver à déterminer divers caractères par la comparaison des noms propres perses que le texte assyrien avait reproduits. M. de Saulcy publia, le 14 septembre 1849, un mémoire autographié sur les inscriptions achéménides, dans lequel il entreprit non-seulement un essai de transcription, mais en outre un essai d'interprétation et d'analyse des textes assyriens (1). La première inscription qu'il prit pour sujet de ses études est celle de l’Elvend, qui était alors connue par les copies de Schulz, de MM. Coste et Flandin, et enfin par celle de M. Texier. Après avoir comparé ces trois textes, il parvint facilement à s'assurer des erreurs de transcription qui auraient pu égarer ses recherches sur la forme de quelques caractères , et il réussit promptement à séparer le texte assyrien en petites phrases correspondant mot pour mot au texte perse. Le résultat d’une

analyse aussi minutieuse fut la lecture et la traduction du premier

(4) Recherches sur l'écriture cunéiforme assyrienne, Paris, 44 sept. 1849. (Autog.)

218 ÉCRITURES ANARIENNFS,

texte assyrien qui ait été publié avec un commentaire à l'appui, pour justifier les valeurs attribuées à chaque signe, à chaque mot. Cette traduction est restée acquise. Aucun travail ultérieur n’a infirmé l'interprétation de M. de Sauley, et les recherches qui l'ont suivie ont pu la prendre comme une base solide, qui permettait de se porter en avant.

Les valeurs que M. de Sauley attribue aux caractères assyriens sont alphabétiques. Le sémitisme de la langue dont il donne la première traduction et qui lui paraît de plus en plus évident, à mesure qu'il avance dans ses recherches, semble lui imposer l'obligation de trouver dans l'écriture un alphabet en rapport avec le génie de la langue, et par conséquent en rapport avec cet alphabet de vingt-deux lettres qui paraissait être l’apanage exclusif des Sémites. Toutefois quand on lit, avec l’attention qu'il comporte, le mémoire de M. de Saulcy, on comprend la difficulté qu'il éprouve à donner aux signes qu'il transcrit des valeurs purement littérales. La

transcription du groupe que nous lisons aujourd’hui si facilement

TC EL lo

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