‹ Éléments d'épigraphie assyrienneChapitre 48 sur 58 · A LS · texte numérisé non relu

A LS

iS Te > Moderne. Moderne.

Des transcriptions rigoureuses ont donné la certitude de l'identité de toutes ces formes, qui désignent toujours le monogramme royal. Il en est de même de tous les autres signes. Quelques-uns ont passé dans l’écriture avec leur valeur monogrammatique seulement ; d’autres , au contraire, se présentent avec une valeur monogrammatique et une valeur phonétique distinctes ; d’autres enfin n’ont plus qu'une valeur phonétique : le monogramme est oublié ; il ne reste plus que l’articulation.

Ces articulations ont été d’abord déterminées par la transcription des noms propres. Le texte perse a fourni, en effet, quatrevingt-dix noms propres qui ont servi de base au déchiffrement. Ces noms propres comprennent les noms des rois achéménides, des pays qui formaient l'empire des Perses et des rois vaincus qui figurent dans leurs récits. Ces quatre-vingt-dix noms sont reproduits dans le texte assyrien. En examinant les différentes places qu’un signe occupe , on arrive à déterminer la valeur des caractères qui en donnent l'articulation assyrienne. Ainsi , le signe qui

représente l'articulation da sera le premier dans le nom de Darius,

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mais il sera le second dans le nom de la Médie, Mada ; il sera le dernier dans le nom de Urimisda (Ormusd ), et ainsi de suite. On comprend aisément que ces valeurs se contrôlent les unes par les autres.

L'idiome des Perses ne renferme pas toutes les articulations sémitiques; les langues ariennes ne fournissent pas d’articulations correspondantes aux lettres 5, x, », 0; pour les déterminer, on a eu recours à des procédés philologiques de la nature de ceux qui avaient guidé les premiers explorateurs du texte arien dans leurs premières découvertes, et l’on a eu la preuve de la rectitude des procédés en rencontrant les mêmes lettres dans la transcription des noms propres sémitiques , ainsi que dans des mots dont le sémitisme garantissait l'exactitude et dont le texte perse donnait la traduction.

Nous avons vu que le D° Hincks reconnut que l'écriture assyrienne était syllabique. Maïs la succession syllabique des signes qui doivent former les mots ne peut pas être arbitraire ; l’orthographe n’est pas livrée au hasard : M. Oppert en a formulé la loi, et la rigueur ne saurait en être contestée. Il a démontré que l'écriture assyrienne offrait des caractères pour représenter les voyelles, mais aucun pour les consonnes isolées , tandis qu’il y en a pour représenter d’abord des articulations simples , telles que ma, da, ta, formées de la consonne unie à la voyelle désinente ; et des articulations simples , telles que am, ad, ar, formées de la voyelle unie à la consonne désinente. Malgré cette inhérence de la voyelle au signe, les Assyriens n’admettent jamais d’hiatus. Ainsi , lorsque les signes ma, mi, mu, se joignent aux voyelles, on aura Mma-a, Mmii, Mu-u; ON n'aura Jamais MA-i, Mi-A , MA-U. Il en est de même pour les liaisons formées entre les valeurs sylla-

biques aux voyelles désinentes et les valeurs syllabiques aux con-

sonnes désinentes , qui s'unissent ainsi : Mma-ar, mi-ir, mu-ur, et non pas ma-ir , MI—-Ar OÙ MA-Ur.

Mais ce n’est pas tout: l'écriture assyrienne présente des syllabes composées, dont le déchiffrement de noms propres perses a donné la certitude en indiquant la manière dont ces syllabes étaient formées ; ainsi le nom de Cyrus est écrit Æu-ra-as avec trois signes, et Au-ras avec deux. Il est aisé de voir que le signe qui représente la syllabe ras est une syllabe composée, dont les deux syllabes simples ra et as sont les éléments naturels. Aussi, quand on a rencontré le nom de Cambyse écrit Æam-bu-zi-ia, on n'a pas hésité à lire le premier signe Xam. Le preuve de l’exactitude de cette lecture n'existait pas cependant dans les textes trilingues ; mais quand les documents ont été plus nombreux, on n’a pas tardé à rencontrer les éléments simples de cette syllabe {Ka am) dans les textes ninivites. Il en est de même pour toutes les syllabes complexes.

On peut voir, par ces décompositions, une preuve de plus de l’inhérence de la voyelle au signe syllabique simple; car le rapprochement des consonnes ne se fait pas indifféremment par l’un ou l’autre signe simple, mais seulement par celui qui offre une voyelle commune. Aïnsi mar se décompose toujours en ma-ar, mir en mi-ir ; mais Jamais mi et ar ou ma et ir ne se présenteront comme les éléments d’une syllabe composée, qui serait mar ou mir. Des transcriptions cent fois répétées ont démontré la justesse de ces faits, qui prouvent que l'orthographe assyrienne n’avait rien d'arbitraire; il suffit désormais de les énoncer: ils ne sont plus contestés par personne.

En érigeant ces faits en principe, on a compris la raison de ces nombreux caractères que l’on croyait homophones, et les 642 si-

ones trouvés par M. Botta n'ont plus paru trop nombreux, puisqu'il

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en faudrait 683 pour représenter toutes les combinaisons possibles de deux et trois lettres que l’on voudrait former avec l’alphabet sémitique, en supposant que toutes les syllabes simples et toutes les syllabes complexes d’un tel syllabaire soient nécessaires à la langue. Mais en assyrien, comme dans toutes les langues, il y a des articulations possibles qui n’entrent jamais dans le discours.

Cette démonstration de la loi du syllabisme a donc permis à M. Oppert d'affirmer qu'il n'existe pas d’homophones. Où ses prédécesseurs avaient vu, par exemple, six caractères différents pour représenter un R, il a constaté six articulations différentes : ra, ri, ru, ar, ir, ur. Si l’on joint à cela qu'il peut y avoir encore des caractères pour représenter la syllabe simple unie à la voyelle, on pourra supposer une nouvelle série de signes qui contiendront encore la même consonne ; puis on aura encore un R dans toutes les syllabes composées qui la reproduiront, soit au commencement, soit à la fin, telles que mar ou ram, etc. Enfin, si l’on songe que le même signe, procédant du même hiéroglyphe, a pu être différemment traduit suivant l’âge ou le lieu du monument, affectant des formes différentes à Ninive et à Babylone, on comprendra les nombreuses réductions que l’on pourra former dans tous ces signes, qu'on considérait comme distincts au premier abord , pour les ramener aux articulations usuelles des Assyriens.

En suivant, du reste, les différentes valeurs qui ont été données aux signes depuis les premières recherches de MM. Lüwenstern et Botta, on arrive facilement à se convaincre que tous les signes qu’ils avaient considérés comme homophones ne représentent que des variétés graphiques, ou des variétés syllabiques provenant de l'influence de la voyelle motrice. Ce n’est point un principe

a priori, c'est le corollaire des travaux accomplis, dont la com-

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paraison des différents alphabets peut donner les éléments, et dont la transcription des passages qui renferment les caractères à étudier peut donner le contrôle.

Les expressions idéographiques offrirent une difficulté de plus. Pour la transcription des syllabes composées, il suffisait de rencontrer les mêmes mots écrits avec l’un ou l’autre de ces éléments ; pour les idéogrammes, il fallut trouver la décomposition d'un même mot dans des formules dont on avait déjà la traduction.

Les idéogrammes se présentent, en effet, dans le texte assyrien comme nos chiffres, qui sont de véritables idéogrammes exprimant la même idée pour les Français , les Allemands, les Anglais, etc., et ayant des valeurs phonétiques différentes, suivant les peuples qui les lisent. Le chiffre qui s'écrit 4 se prononce quatre, vier,

four ; en assyrien, il s'écrit >> cfse prononce TA er , Arba ;

le chiffre assyrien permute, dans les mêmes formules, avec la transcription syllabique.

Les inscriptions trilingues ont donné quelquefois non-seulement la signification des idéogrammes qu’elles renferment, mais encore leur articulation. En effet, on a rencontré , dans des passages parallèles, l’idéogramme et le groupe phonétique traduits par le même mot perse. Ainsi, l’idéogramme royal est un de ceux qui ont été les premiers remarqués. Sir H. Rawlinson l'avait d’abord articulé Melek, à cause du sémitisme de la langue assyrienne qu'il soupçonnait, tandis que M. Luzzatto le prononçait Nara, à cause du sanscritisme qu'il supposait à cette langue, Quelle était la véritable articulation? Était-elle sémitique ou indo-germanique ? — L'inscription des fenêtres de Persépolis a résolu la question en donnant la décomposition du signe; nous

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avons , en effet, pour traduire le mot perse Æchayatiya , les deux formes :

>». He

S'ARRU S'AR —+ RE

S'ar-ru ou plutôt s'a-ar-ru , par suite de la décomposition du premier signe à l’aide des éléments simples, est done l'articulation phonétique assyrienne de l’idéogramme royal.

L'idéogramme royal ne paraît pas entrer dans la composition des mots comme signe syllabique ; il n’en est pas ainsi des autres signes.

Le signe qui représente idéographiquement la Divinité se rencontre dans la composition des mots, mais alors il a une valeur syllabique , et la transcription de cinq noms propres a permis de l’articuler : il se prononce an ; en effet, nous lisons ainsi les noms

suivants dans le texte assyrien des inscriptions trilingues :

Achéménes. — A—-ha—ma-an—ni—si.

Siranchtame. — Si—it—ra—an—tak—ma.

Zazan. — Za—za—aN—nu.

Zarangie. — La—ra—an—ga.

Dans tous ces mots, l'articulation an est attachée au même signe; il en est de même dans le texte de la seconde colonne; la valeur de an est donc la valeur syllabique que ce signe a en assyrien et en médo-scythique. Quand il est employé comme l'expression de l’idée générale de la Divinité, il correspond au perse Baga, et

alors son expression idéographique est la même en médo-sey-

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thique et en assyrien ; mais son articulation est différente dans les

deux langues. Nous avons , en effet :

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