‹ Éléments d'épigraphie assyrienneChapitre 50 sur 58 · DIN TIR KI · texte numérisé non relu

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s’il était phonétique ; mais ce groupe est l'expression idéographique du nom de Babylone. Or, il se retrouve sur les monuments unilingues de Babylone , où il est remplacé par un groupe

qui se lit, en assyrien moderne :

== E Pr] » % " BA — BI — LU je

et qui donne l'articulation phonétique très-reconnaissable du

nom de Babylone, le Babyrus des Perses. Nous avons donc, d’une

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part, par la traduction perse, la signification de lidéogramme ; d’autre part, par la comparaison des textes, la décomposition syllabique de l’idéogramme, et dès lors la double certitude de la valeur idéographique et de la valeur phonétique du nom de Babylone.

Il existe plusieurs autres combinaisons de caractères qui représentent également le nom de la capitale de la Chaldée , mais qu'il est inutile de citer ici. Ces différentes manières d'exprimer le nom de la même ville n’impliquent pas nécessairement l'identification des signes qui composent ces groupes ; c’est ainsi que Rome est désignée, dans les auteurs latins, par URBS et par ROMA, sans qu'on ait songé à identifier la valeur phonétique des quatre caractères qui composent ces deux groupes et qui désignent la ville de Romulus. Il en est de même en assyrien : aussi les identifications, auxquelles on est conduit par la comparaison des textes, doivent être accueillies avec la réserve que le progrès du déchiffrement comporte.

Il a été sans doute très-commode d’avoir, à l’origine, la traduction perse pour reconnaître le groupe où l’on devait chercher, dans l’assyrien trilingue , les noms propres qui ont servi de base au déchiffrement. Mais on n’a pas tardé à s’apercevoir que l’on pouvait arriver au même résultat par la comparaison des textes. Si la traduction perse nous eût fait défaut, le nom de Babylone ne nous serait pas resté inexplicable en présence des textes de Nabuchodonosor , puisqu'ils nous donnent également toutes les formes de ce nom. On l’eût expliqué comme on a expliqué le nom de Ninive, qui ne se trouve pas dans les inscriptions trilingues. On

rencontre, en effet, dans les inscriptions de Khorsabad, un groupe >PTT tir.

précédé du signe indicatif des noms de ville. Il serait resté inex-

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plicable , comme tous les idéogrammes , si sa décomposition phonétique eût fait défaut; mais il permute avec un autre groupe

dont la valeur des signes se laisse traduire ainsi :

ere

NI=NUERA.:

Il était donc impossible de ne pas reconnaître, dans le groupe phonétique et dans le groupe idéographique, le nom de la première capitale de l’Assyrie. Il en est de même de tout l’ensemble du système graphique : les documents sont assez nombreux pour qu'il soit permis d’espérer qu’on rencontrera, un Jour ou un autre, la transcription phonétique de tous les groupes idéographiques qui embarrassent encore la lecture des textes assyriens.

La grande difficulté est de distinguer les groupes idéographiques des groupes qui doivent être lus syllabiquement. Voici quelques observations qui permettent dans certains cas de les reconnaître. Nous avons vu que l'orthographe assyrienne suivait des règles précises dont la rigueur ne peut être contestée. M. Oppert ajoute encore que l’enchaînement syllabique n'était pas indifférent dans la composition des groupes. Ainsi, les Assyriens avaient adopté pour règle générale d'écrire les syllabes qui forment le milieu des mots avec des signes commençant par des consonnes, et non avec des caractères qui se terminent par une consonne. Donc, toutes les fois que l’on rencontre une suite de signes syllabiques simples aux consonnes désinentes, on peut être sûr que l’on est en présence d’un groupe idéographique (1).

Ces suites de signes sont quelquefois très-considérables , ainsi

que nous l'avons vu par le nom de Nabuchodonosor dont les

(1) Expédition scientifique en Mésopotamie, t. T1, p. 105.

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monuments unilingues nous donnent la transcription, depuis l’ensemble idéographique jusqu’à sa décomposition phonétique en syllabes simples. Les idéogrammes peuvent en effet se présenter sous différentes formes et entrer en combinaison pour former un nom propre composé de deux ou trois éléments , et alors il peut arriver que, chaque élément étant indépendant des autres, un même nom puisse renfermer une partie phonétique et une partie idéographique. Le nom de MWidintabel, babylonien insurgé, mentionné dans les inscriptions trilingues , en a fourni l'exemple. En étendant le principe qu'il révèle aux autres noms propres assyriens , nous avons pu donner une théorie de la composition des noms propres qui montre dans quelles circonstances on peut avoir la certitude de la lecture de ces noms (1).

Cependant les expressions idéographiques que l’on rencontre dans les textes assyriens ne sont pas toutes de la même nature. J'en ai signalé deux catégories distinctes (2):— les unes forment des groupes que je considère comme des idéogrammes d’origine, si je puis m’exprimer ainsi, parce qu'ils ont été créés tels par les inventeurs de l'écriture anarienne. Ce sont des combinaisons d'images dont les formes altérées rappellent encore pour l’œil les objets qu’ils désignent ; ils ont été ainsi acceptés par tous les peuples qui se sont servis du même système graphique, quelle qu’ait été leur langue , et on les comprend aussi facilement dans les inscriptions arméniaques et susiennes, dont on ne peut encore lire la partie phonétique, que dans les inseriptions assyriennes les mieux interprétées. On les reconnaît toujours , dans les textes assyriens ,

à leur indépendance des règles de l'orthographe ordinaire; ils

(4) Les noms propres assyriens. Recherches sur les expressions idéographiques

janvier 1864.

(2) Inscriptions de Hammourabi, roi de Babylone, p, 29.

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sont invariables et ne se prêtent à aucune des flexions qui pourraient en dénaturer les signes.—Les autres proviennent de groupes originairement phonétiques, qui exprimaient phonétiquement, dans la langue des inventeurs de l'écriture anarienne, une idée qui déjà n'était plus rendue par une image. Ces groupes subissaient nécessairement les modifications vocales de la langue primitive ; mais ils ont été acceptés, avec l’ensemble du système graphique anarien, pour exprimer la même idée, par des peuples qui ne parlaient plus la langue dans laquelle leur articulation était comprise. Il s'en est suivi que ces groupes ont été considérés , à leur tour ; comme de véritables images qui ne s’adressaient plus qu'à l'œil dans les textes assyriens, et les scribes de Babylone et de Ninive en ont reproduit les formes graphiques sans se préoccuper de leur articulation ni de leurs flexions , pour s’en servir comme de véritables idéogrammes. À

Ces faits sont constants ; on en trouve de nombreux exemples dans les textes. On avait cru ainsi que les Assyriens avaient reçu dans leur langue un grand nombre d’expressions étrangères, lorsqu’ils n'avaient admis, en réalité , dans leurs inscriptions, que des formes graphiques. Il nous a semblé dès lors qu’on pouvait dire que les Assyriens écrivaient véritablement des signes phonétiques, mais qu'il les prononçaient autrement (1). J'ai désigné ces groupes , pour les distinguer des idéogrammes d'origine , sous le nom de groupes allophones. Ils comprennent en général toutes ces expressions scythiques ou touraniennes dont M. Oppert a signalé des exemples dans son Expédition en Mésopotamie (t. 4, p. 95 et suiv.)et dont on ne peut plus aujourd’hui contester la

nature.

(4) Comme nous écrivons, en français, les deux lettres v. g., qui veulent dire verbi

gralia, et que nous prononçons par exemple.

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Il est facile de comprendre maintenant que les complications qui naissent du pouvoir idéographique des signes sont les plus sérieuses, et qu’elles laissent loin derrière elles les embarras qui peuvent naître de l’incertitude des valeurs, lorsqu'on se trouve en présence d’un signe polyphone dont il s’agit de déterminer l’articulation. Cependant, comme en fait, les groupes idéographiques ou allophones doivent toujours être ramenés à une transcription phonétique, la lectûre des inscriptions assyriennes repose véritablement sur la détermination des valeurs phonétiques. Or, comme le plus grand embarras qu’elle présente provient du phénomène de la polyphonie, je vais essayer d’en déterminer la portée et indiquer les moyens qui me paraissent les plus propres à aplanir cette difficulté.

Rappelons-nous comment on a procédé pour obtenir la lecture du

nom de Darius, que nous avons déjà cité plusieurs fois ; il s’écrit :

D— Y 44 \ B— | { IT as Y {« MSN EUE DA — RI — YA — VUS.

Le signe >—Ÿ{ , dont la valeur a été long-temps indécise, n’a été définitivement lu vus que lorsqu'on a eu la preuve qu’il « : A D—Y .

permutait avec les signes La Le ou et ] us; MAIS,

d’un autre côté, on s’aperçut que le même signe terminait également le nom de l'Egypte, qui s'écrit :

D (( ne et se lit : NI — SIR,

Le dernier caractère est remplacé dans ce mot par les deux signes

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si et ir. Ce signe a donc deux valeurs dis- =) ' æYY 8

tinctes : il est polyphone, et cette polyphonie n'est pas spéciale à ces deux mots, dont l’un présenterait un fait isolé; car d’autres mots renferment le même signe et présentent également la même décomposition , tantôt en vu us, tantôt en si ir; cependant, la

lecture, une fois déterminée, est constante ; elle persiste pour le même mot. Ainsi, par exemple, jamais le signe < ET ne

présente une décomposition qui permettrait de lire le nom de Darius Da-ri-ya-si-ir, ou le nom de l'Égypte Mi-vu-us. Le fait annoncé par le colonel Rawlinson est donc exact, et malheureusement de trop nombreux exemples viennent le confirmer.

Un mot dans l'écriture assyrienne, dont le texte perse nous donne la transcription et le contrôle, rend surtout sensible ce fait par la juxta-position du même caractère employé avec deux valeurs syl-

labiques différentes. C’est le nom du fondateur de la dynastie des Achéménides , dans lequel le double crochet ( € est pris tantôt

avec la valeur de man, tantôt avec celle de nis, et quelquefois, dans le même mot, avec ces deux valeurs. Ce fait est d'autant plus remarquable que le même signe, outre ces deux valeurs syllabiques, a la valeur idéographique de roi, qu'il faudrait prononcer s'arru. Get exemple est tellement connu qu'il nous suffit de le rappeler ici.

La difficulté existe donc et pourtant elle n’a pas arrêté les progrès sérieux qui se sont accomplis; car on ne peut nier que l’on ait lu pendant long-temps les textes assyriens avec cette difficulté, et malgré cette difficulté. Le colonel Rawlinson, qui le premier l’a signalée, n’en a pas moins traduit les passages où précisément il

la rencontrait si inopinément.

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M. Brandis a essayé de la limiter aux noms propres; selon lui, ces noms seuls en auraient été affectés (1) ; malheureusement on a constaté que ce phénomène se reproduisait, non-seulement dans les noms communs, mais encore dans les adjectifs et dans les verbes ; en un mot, que ce phénomène envahissait toutes les parties du discours.

M. Oppert, sans toutefois résoudre complètement la difficulté, en a d’abord singulièrement restreint l'étendue, en découvrant un fait que sa fréquente répétition a permis d'élever à la hauteur d’un principe de lecture, et auquel il a donné le nom de complément phonétique. Ce fait résulte du mélange des caractères idéographiques et des caractères phonétiques dans un même mot: il existe dans l’éeriture hiéroglyphique des Égyptiens, suivant tous les égyptologues; M. de Rosny en a reconnu l'existence dans l'écriture japonaise ; il devait se trouver dans l'écriture assyrienne , comme on peut légitimement le supposer dans toutes les écritures hiéroglyphiques. Voici en quoi il consiste : un signe idéographique est susceptible d’éveiller plusieurs idées ; pour les distinguer, les Assvriens écrivaient d’abord l’idéogramme et lui donnaient la terminaison phonétique que le mot aurait eue, s’il eût été écrit phonétiquement.

Le nom de Nabuchodonosor présente souvent les deux premiers

signes idéographiques NET AN AK (Nabu), avec la

terminaison phonétique cuduriusur { supra, p. 187). Lorsque le groupe est moins fréquent, lorsque les signes sont moins nombreux , il est quelquefois plus difficile de distinguer la valeur idéo-

graphique du premier signe. Aïnsi le signe SI a la valeur idéo-

(A) Ueber den historisehen Gewinn aus der Entzifferung der assyrischen Inschriften. Berlin, 4856.

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graphique de soleil, par suite celle de soleil levant, puis celle de jour. Ces différents mots sont rendus par des signes qui répondent à des prononciations syllabiques différentes, suivant le rôle qu’ils jouent dans la composition du mot. Nous avons ainsi deux ex-

pressions pour lire le même mot :

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