A» PA SA UC SIS
et se lisait , en appliquant h ce nom les valeurs fournies par les noms propres perses , AN PA SA DU SIS.
Et pourtant ce nom représentait bien le nom du texte perse ; c’était bien le môme nom que l’on avait voulu écrire , et , si les Perses l’écrivaient Nabuchudracara , c’est qu’ils entendaient des sons peu différents de ceux qu’ils reproduisaient et qui ne pouvaient provenir d’un nom , si travesti qu’il pût être , qui aurait été prononcé ANPASADUS/S. Aussi, sir II. Rawlinson n’hésita pas à considérer que la nature idéographique de l’écriture assyrienne ne se bornait pas à un seul signe , comme nous en avions la preuve par les autres inscriptions trilingues, mais qu’elle s’étendait h une suite de signes qui formaient ce que l’on a appelé plus tard des idéogrammes complexes , et que ces signes empruntaient à cette expression idéographique des prononciations différentes de celles qu'ils avaient dans d’autres circonstances. Nous verrons plus tard l’étendue de ce principe. Car le nom de Nabuchodonosor n’est pas le seul dans ce cas; d’autres noms propres présentent le même phénomène : ainsi le nom de laSuzianeest écrit NUM. VA . A l (?), celui de Babylone DIN.TIR.KI (?). Il y avait donc encore un principe nouveau il chercher, puisque les données que l’on appliquait h la transcription des noms propres perses faisaient défaut
Éciuirnw anamik.vnes.
dès qu'il s’agissait d’interpréter les noms assyriens, et ne suffisaient pas pour vaincre toutes les difficultés.
Quoi qu’il en soit, ces faits , avant même qu’on en eût vérifié la rigoureuse exactitude, frappèrent de discrédit les traductions du savant colonel et rejaillirent même sur l’étude des textes assyriens ; ils firent naître chez quelques-uns le découragement, chez le plus grand nombre le doute, et les découvertes les plus sérieusement établies ne furent plus accueillies que par l’indifférence ou l’incrédulité.
Cependant le D' Hincks n’en continuait pas moins scs travaux. Dans son Mémoire sur les caractères assyro-babyloniens , publié en 181)2 (1) , il s’attacha h justifier toutes les valeurs que l’on pouvait sûrement attribuer aux caractères assyriens ; le syllabisme de l’écriture ne fit plus question. II prouva qu’il y avait des signes qui représentaient ma, da, ta, mi, di, ti, de même que des signes pour représenter ad, am, ar, etc. , et enfin des signes pour représenter des syllabes , que nous pouvons appeler dès à présent syllabes complexes ou composées , c’est-à-dire dans lesquelles il entre deux consonnes, telles que ras, cam, dam, din, etc.
Vers la même époque , M. de Saulcv fit paraître une lettre sur l’état où se trouvaient les travaux relatifs à ces matières ; il jugea les siens avec une grande sévérité ; c’est tout au plus s’il se rendit justice pour les 68 valeurs qu’il avait déterminées le premier, et qui ont si puissamment aidé au déchiffrement ultérieur; mais le fait de la polyphonie est quelque chose qui lui parut si bizarre, si extraordinaire, si impossible, qu'il n'hésita pas à le signaler à la défiance des savants comme un phénomène qui ne
(1) On the tissyriv-litiltytonian phonetic char ne (ers , from the Transaction» of the. royal lrish Actulcn iy. Vol. XXII. Dublin, 1852.
ÉCHITLIIES ANAHIEMKES.
pouvait être accepté que sur les plus convaincantes démonstrations (t).
Grotefend ne s’était pas réduit au silence depuis sa fameuse découverte sur le premier système , et pourtant ses travaux laissaient à peu près entières les nouvelles difficultés que chaque découverte faisait surgir. On eût dit que son génie avait été frappé d’impuissance après ses premières recherches, comme si Dieu n’avait pas permis que toutes ces résurrections fussent l’œuvre d’un seul homme pour être celles de l’humanité. Mais les travaux continuaient en Angleterre et en Allemagne, et l’on étudiait avidement chaque détail qui pouvait amener de nouvelles découvertes (2). M. Layard venait, du reste, de publier les résultats de son deuxième voyage (3).
Cependant , depuis plus de deux ans , le texte de Behislun si impatiemment attendu était publié en Europe et n’avait provoqué aucun examen sérieux. En France, un seul homme pouvait le faire d'une manière utile : cette tûche revenait évidemment h M. de Saulcy. Il publia l’analyse de ce document dans le Journal de la Société asiatique de France (l).
Sa méthode est la même que celle qu’il a suivie dans l’analyse des textes précédents ; M. de Saulcy résiste encore au syllabisme de l’écriture assyrienne ; mais il est tellement pénétré du sémi-
(1) Déchiffrement des écritures cunéiformes (Extrait de la Revue orientale , juin 1852).
(2) Discoveries in the ru in* of Nineveh and Babyton irif/i travels in Arme nia , Kurdistan and the désert : being the resuit of a second expédition undertaken for the Trustées of British Muséum, b j A. L. Layard. London, 1858.
(5) A second sériés of monuments of N ineveh illustrating M . hagard' s. Second Expédition t o Assyria from drawing mode on the spot , chieffy relating to the mars and exploits of Sennacherib.
(4) Traduction de l’inscription assyrienne de Behistun (Extrait du Journal asiatique de 1854).
ÉCniTlItKS ANÀH1F.NXES.
tisrae de la langue , qu’il articule forcément la plupart des signes auxquels il donne la valeur de simples consonnes avec les voyelles dont on reconnaîtra plus tard l’inhérence : de sorte que l’alphabet qu’il a dressé comprend déjà, d’une manière à peu près certaine, presque toutes les valeurs des signes qui expriment des syllabes simples, c’est-à-dire ce qu’il y a d'essentiel pour la lecture des teites assyriens.
Le mémoire de M. de Saulcy est suivi d’un vocabulaire qui justifie toutes ses transcriptions et qui résume tous les mots renfermés dans les inscriptions trilingues dont il avait déjà donné des traductions. Ce mémoire termine ainsi la liste des travaux qu'on pouvait entreprendre sur ces textes : pour faire un pas de plus, il fallait enfin aborder les inscriptions unilingues de Ninive et de Babylone.
Le D' Hincks comprit , un des premiers , tout le parti que l’on pouvait tirer des articulations assyriennes bien déterminées pour fixer le caractère général de l’idiome qu’on devait interpréter; il paraissait déjà démontré que les inscriptions unilingues de Ninive et de Babylone reproduisaient la même langue que celle des inscriptions trilingues ; on voyait les mêmes formes reproduites dans des inscriptions dont le texte perse ne donnait pfus la traduction ; et l’on cherchait, puisque cette traduction manquait , comment faire pour aller plus loin. — Il fallait enfin quitter les textes dans lesquels on avait eu un guide qui nous avait ainsi conduits , pour ainsi dire par la main , en présence des difficultés nouvelles.
On peut se demander sans doute s’il eût été possible d’arriver à traduire l’assyrien sans le secours du perse? — Le problème eût été évidemment plus difficile à résoudre, mais je n’hésite pas à dire qu’on y serait parvenu. Quoi qu’il en soit, ce n'est pas la voie qui a été suivie, et, pour prouver qu’on eût pu réussir ainsi directement,
ItrltlTIHBS A>AHIKN>KS.
il faudrait faire abstraction d'une foule de découvertes sur lesquelles il est impossible aujourd’hui de fermer les yeux.
Cependant le IT Hincks semble s'être attaché particulièrement à bien déterminer la lecture des textes; il détermina les flexions pronominales (1) ; et , dans une série d’articles sur le verbe assyrien (2) , il caractérisa les voix et les temps. L’idiome était lixé : il ne s'agissait plus, pour interpréter les textes, que de bien saisir les racines et de les suivre dans leurs différentes acceptions , malgré les difficultés de lecture que le système graphique pouvait encore opposer.
Sir H. Rawlinson poursuivait également ses études, et sans négliger ses recherches sur le côté purement philologique que l'examen des formes de la langue pouvait lui offrir, il essayait déjà de montrer l’importance historique des textes qui s’ouvraient devant nous. C’est du moins ce qui paraît résulter des travaux qu'il publia , cette année , dans le Journal de la Société asiatique (3).
Malgré les difficultés que ces textes présentaient, ceux qui s’étaient engagés dans cette voie ne songeaient pas à reculer , et le déchiffrement faisait toujours des progrès rapides ; les méditations individuelles, éveillées sur plusieurs points à la fois, en France, en Angleterre, en Allemagne, se faisaient jour dans des brochures, dans des publications périodiques , où l’on attaquait par différents côtés ces obscurs problèmes qui se laissaient de plus en plus pénétrer. Tout faisait pressentir que l’on devait attendre quelque grand travail d’ensemble pour fixer l’opinion qui , parti-
(1) On the Personal pronoms of the Assyrian and other languages, from th e Transactions of the royal Irish Society, toJ. XXIII. Dublin, 1854.
(S) Onassyriun verbin the journal of sacred literature andbiUical record, Jnlj 1855.
(5) Note cm the early Uistory of Babylonia ; on lhe orthography of some of the late royal mîmes of Assyrian and Babylonian Uistory.
ftCRITl-IIKS AKAHIKNNES.
culièrement en Angleterre, se préoccupait de ces questions. Elles ne pouvaient , par leur nature , s’agiter que dans un cercle assez étroit ; mais , en dehors de ce cercle , on disait que les savants qui avaient le privilège de lire la langue des Assyriens avaient créé une langue factice , et qu’ils ne s’entendraient plus s’ils se trouvaient en présence (4).
Le phénomène de la polyphonie venait particulièrement à l'appui de cette opinion. Si les signes assyriens, disait-on, ont des valeurs multiples, comment, dans un trav’ail qui aurait pour base un môme texte encore incompris, les savants pourraient-ils, à l’insu les uns des autres , attribuer aux mômes signes les mômes
(4) Voi d, du reste, un passage de la traduction présentée par MM. Rawlinson, Talbot, Ilincks et Oppert, & la Société asiatique de Londres, telle qu'elle a été comprise par ces quatre traducteurs :
XUX (VIII. 17 J.
Rawlinson. Talbot.
Since a bol; place , a noble hall , I hâve thus consecraled for the use of tbe great Gods, my lords, Anu and Vul, and hâve laid down au adytum for their spécial worship, and hâve finished it succesfully, and hâve delighted the hearts of their noble Godships, ma) Anu and Vul préserve me in power. May they support tbe men of my Government. May tbey eslablish the authorily of my oflicers. May they bring tbe rain, the joy of the year, on tbe cultivated land and the desert during my lime. In war and in battle may they préservé me victorious. Many foreign countries , turbulent nations, and hostile kings 1 bave reduced undermy yoke; to my children and descendants may they keep them in firm allegiance. 1 will lead my sleps, firm as the tnountains, to the last days before Ashur and their noble Godships.
In like manner, thon, as I hâve made this splendid building and loAy temple, for the dwelling of Anu and Yem , the great Gods my lords, and bave made it great , and bave finished il completely , and bave construrted within it tbe thrones of their great divinities; so may Anu and Yem bc constanlly propi lion s unto me. May they exalt the works of my liands ! May Uiey hear the supplication of my prayersl Thnmgh many years (?).
May they grant Uicir bUsting (?) unto my son (?) And in war and battle may they support him in safety I Ali the nations who are my enemies, and the ciliés that are heretical, apd the kings who are my focs, may they subdne them ali under my yoke ! May they send me their blcssing againsl my aisailants , and my enemies. And my foot-steps in the book. ( or register ) of Ashur , and of their own great divinities , may they cstoblish finnly as a rock unto future limes.
ÉCB11TRES ANAHIKMSES.
valeurs , former ainsi des mots pour répondre aux mêmes racines et traduire les mômes idées? S’ils se rencontrent, il faudra bien que quelque préférence commune , plus ou moins comprise , leur indique Ira mômes lectures pour exprimer les mômes mots, et que cette préférence soit le résultat d’un principe dont on sera fondé à chercher la loi.
Sous l’empire de ces idées , la Société royale asiatique de Londres provoqua une expérience dont le résultat ne pouvait manquer de frapper les esprits (1).
Dans le mois de mars 1857, M. Fox Talbot, déjà connu par ses travaux sur les inscriptions assyriennes , devait à l’obligeance des
(1) Inscription of Tiglatk PUeser I, hing of Atsyria. B. G., 1150. As translntcd by sir H. KawUnson, Fox Talbot , esq., D r liincks and D f Oppcrt. — l*ubluhed by th « royal asiatic Society. London, 1857.