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les résultats. Cette vérilication a-t-elle renversé l'hypothèse première? Non. — En a-t-elle démontré la fausseté? Non. Il a été prouvé , constaté et reconnu que les inscriptions de Persépolis émanent bien de Darius, de Xerxès et des rois Achéménides. — A-t-elle amené à la découverte d'une langue sans précédent dans ces contrées? Non. — La langue qui résulte des lectures du texte arien est une langue qui a laissé ses traces sur le sol de la Perse. Malgré la fluidité des langues indo-germaniques à laquelle elle appartient , on y reconnaît à la fois l’origine du persan moderne et son affinité avec l'antique idiome de l'Avesta, dont elle ôtait déjà un dérivé. — Est-on arrivé à la connaissance d'événements inconnus à l'histoire? Non. On sait que les révolutions politiques et religieuses ont fait disparaître une grande page de l’histoire de l’antique Iran dans les traditions locales : la trace de ces faits nous est affirmée par les Grecs ; or, nous retrouvons sur les marbres et sur les rochers de la Perse des fragments de l’histoire de cette période, indiquée par des historiens désintéressés qui n’ont pas subi l'influence des persécutions dont l’Iran a été pendant long-temps le théâtre.
Les données générales de la philologie et de rhistoire ont donc confirmé des faits qui n’étaient avancés qu’à titre d’hypothèse.
Examinons maintenant quelques détails : si je lis Darius avec cette écriture, le signe qui me donne l’articulation dentale devra sc retrouver dans le nom de la Midie? — 11 y est. Tous les signes se contrôlent ainsi les uns par les autres. L’hypothèse de Grotefend n’était donc pas une erreur ; c’était le résultat d’une intuition hardie; il a fallu les efforts de plus d’un demi-siècle de dévouement et d'études pour la changer en réalité ; mais aujourd'hui cette réalité est démontrée , et elle nous donne une hase certaine pour nous porter en avant cl pour pénétrer, au-delà de la
J IG ÉCMTCHK ARIENNE.
civilisation iranienne, dans cette aitLii|ue civilisation quelle avait renversée et dont elle nous a conservé récriture et la langue, h côté de l’écriture et de la langue qui devait nous révéler une des pages les plus glorieuses de sa propre histoire.
Les savants qui ont accepté les données de Grotefend l'ont-ils fait sans en contrôler la valeur? Évidemment non. Saint-Martin , Lassen et Burnouf les ont d'abord contrôlés, et ceux-ci ont été contrôlés à leur tour. Nous avons vu, en effet, que toutes les inscriptions n’étaient pas connues au moment des études de Lassen et de Burnouf. Le travail auquel ces savants se sont livrés a eu pour résultat de déterminer un alphabet , applicable non-seulement aux documents qu’ils avaient sous les yeux, mais encore à ceux qui ont été découverts par la suite. Cette épreuve était importante et convaincante; car il aurait pu se faire, comme le supposait Burnouf, qui prévoyait cette objection (1) , qu’un esprit ingénieux, servi par un heureux hasard , eût découvert un système applicable à des documents restreints , et qu’il fût demeuré insuffisant en présence de documents plus étendus. Mais il n’en a pas été ainsi: on a pu appliquer l’alphabet de Lassen et de Burnouf à la longue inscription de Bisitoun , et se convaincre de la justesse do leurs observations , quand même elles n’auraient pas eu d’autre moyen de contrôle.
La preuve de la connaissance d’un alphabet et d’une langue se trouve dans leur application : c’est en marchant qu’on démontre le mouvement ; c’est en lisant qu’on peut voir si les signes qu’on vous présente comme des lettres permettent d’articuler des sons , des mots , des phrases , et si ces mots , ces phrases ont un sens suivi, clair et précis. Enfin l’épreuve n’a pas besoin d’être poussée plus loin, si l’on rencontre la traduction des mots que l’on pro-
(I) Mémoire sur deux inscriptions, p. J 27#
ÉCAITI'RE ARIESNE.
nonce dans une langue déjà connue. Les valeurs attribuées aux signes que nous avons analysés permettent de lire ainsi, sur le roc deBisitoun, le nom des aïeux de Darius : Histaspa, Arsama, Ariaramna, Tchispis, Ifakhamanis ; nous trouvons dans Hérodote (1) les noms de ces mêmes aïeux : 'rMrm;, 'Aptipn , ’Afiapàum . Ttitmç, Aza'fOïut, et nous les traduisons par ceux de Hyslaspe , Arsamès , Ariaramnès , Teispès, Achéménès. — Le nom du prédécesseur de Darius se lit, dans cette antique écriture , A'ombouzis; celui do son père, Kourous ; Hérodote nous fait connaître encore ces deux personnages : et ko*»!, et nous les
appelons Cambyse et Cyrus. — En faut-il davantage? Nous lisons dans les inscriptions en caractères cunéiformes l’énumération des satrapies de Darius: Parsa , Mada, Arabaya, Bactris, etc., etc.; Hérodote nous a également conservé les noms de ces satrapies dans leur forme grecque , et nous les traduisons aujourd’hui , comme nous traduirions les mots qui les représentent dans toutes les langues du monde , par ceux-ci : la Perse , la Médie , l 'Arabie , la Bactriane , etc. , etc. 11 faut donc bien croire que nous lisons , dans la langue des Achéménides, les noms des provinces dont la possession ou la conquête faisait leur grandeur ou leur gloire.
Je terminerai par deux faits qui ne laissent prise à aucune équivoque. On possède de rares inscriptions quadrilingucs gravées sur des vases de porphyre, de granit ou d’albàtre, et qui présentent non-seulement les trois genres d’écriture cunéiforme que nous avons signalés , mais encore un cartouche égyptien dont on a pu lire le contenu. Les procédés qui ont servi à déterminer la lecture des hiéroglyphes sont entièrement indépendants de ceux qui ont servi à déterminer la lecture des caractères eu-
(t) Polymnie, VII, xi.
ÉCRITURE ARIK.NNK.
néiformes; et pourtant les valeurs attribuées aux uns et aux autres, par des moyens différents, ont permis de lire le même nom sur le môme monument , qui le répète en quatre langues différentes. Ainsi , sur un vase dont les légendes ont été depuis long-temps publiées par le comte de Caylus (1), on voit un mot que nous connaissons déjà :
«THf-Tïï îïï
K II SH ï A H SU A ,
à côté d’un cartouche hiéroglyphique qui a été lu par Chanipollion le jeune (2) :
K Cil HA R CH A.
Que ce nom soit écrit en perse fChscharscha , en égyptien Kchharcha, avec des hiéroglyphes ou des pointes de flèche, c'est bien le môme nom que le grec Sitfr.t , et le copte jtyujHpjy
(1) Recueil il' antiquités du comte de Caylus, t. V. — Saint-Martin, dans le Journal asiatique, fév. 1825, et dans les Mémoires de CAcad . des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XII. — Groldend , dans Ueercn , Ideen uber die politik, etc, — Scillart , Alphab. ffrnuin. Ægypt» Leipsig, 1840 ; — Pauthier, Sinico-Ægyptiaca, etc,
(2) Grammaire égyptienne , en principes généraux de l'écriture sacrée égyptienne appliquée à la représentation de la langue parlée , ch. x , p. 142.