‹ Éléments d'esthétique musicale et considérations sur le beau dans les artsChapitre 16 sur 36 · ART POETIQUE · texte numérisé non relu

ART POETIQUE

Les origines de la poésie datent des temps les plus reculés, remontent à l'époque où l'humanité formait lentement et successivement les mots dont elle avait besoin pour rendre ses impressions et formuler ses pensées. La linguistique a clairement établi que, dans ce long travail d'enfantement des langues, les vocables étaient imitatifs, donnaient le rendement et, en quelque sorte, la forme tangible, palpable de Faction accomplie. Les expressions accompagnant le symbole phonétique étaient imagées ou allégoriques; il est donc permis de dire que la poésie a été la première langue de l'humanité.

La Bible, le livre de Job, sont restés les monuments les plus authentiques et les plus admirables du sentiment poétique du peuple Hébreu. Rien ne dépasse, dans les littératures des civilisations avancées, les lamentations de Job, les élans passionnés du roi David. Quant à la Bible, prise dans son ensemble, elle est la plus pure expression de la. poésie, elle est la poésie même avec son langage articulé, harmonieux, cadencé, imagé.

Le principe de la poésie est de parler à l'ima-

gination et à la raison. Elle exprime des pensées nobles et des sentiments élevés, mais elle sait aussi, suivant les circonstances, modifier son style, replier ses ailes, nous offrir de riantes et gracieuses chimères, passer du simple au sublime, en nous intéressant toujours par l'agréable mélange de la fantaisie et de la réalité. La poésie et la musique, la parole déclamée et chantée ont exercé sur les Grecs de l'antiquité une influence civilisatrice indéniable, que les auteurs, amis du merveilleux, ont transformée en légendes fabuleuses, où la musique s'identifie aux effets prodigieux obtenus par les poètes.

La poésie avarié dans ses formes, ses images préférées, ses épithètes, suivant ses origines et les aptitudes diverses des races. Elle a suivi, ainsi que les autres arts, les développements et subi les vicissitudes de la civilisation. Les premières manifestations poétiques chez tous les peuples sans distinction de croyances et de dogmes, ont toutes été un élan d'adoration pour le Créateur, pour l'Etre infini, pour la Divinité. Egyptiens, Hébreux, Persans, Indiens, Grecs, Romains ou Gaulois, etc., tous ont eu des recueils d'hymnes, chants poétiques consacrés aux cérémonies religieuses, conservés précieusement par les prêtres et transmis aux .générations suivantes pour conserver les croyances et honorer la mémoire des héros et des demi-dieux, poésie sacrée ou mythologique suivant les époques.

Chaque peuple a donné à ses manifestations une couleur spéciale correspondant à sa religion, à ses mœurs , à sa langue , à son climat. La poésie chez les Egyptiens est restée purement religieuse, réservée aux chants sacrés, aux hymnes. Pourtant, il existait des chants de travailleurs destinés à régler les mouvement par le

rvthme.

Dans l'extrême Orient, l'Inde a été le seul pays où la poésie ait suivi la voie de progression, ait acquis son développement logique. Les anciens vedas sont des recueils d'hymnes, chants conservés dans les sanctuaires. Mais l'Inde a eu aussi ses poèmes théologiques et sacerdotaux. Le sentiment éminemment poétique des littérateurs hindous s'est particulièrement affirmé dans leurs vastes épopées, conceptions philosophiques d'une étonnante grandeur; il se dégage de ces créations, où l'idée religieuse s'unit à de puissantes imaginations pour exposer avec une grande magnificence de langage, sous des formes abondantes et colorées, la science de la nature, les efforts de l'homme pour conquérir son indépendance et s'affranchir des forces fatales qui le pressent de toutes parts.

La poésie hindoue a aussi trouvé un modèle du drame dans Sacountala, poème dérivé de l'épopée, d'où s'exhalent un suave et doux parfum de simplicité un vif sentiment de l'antique. Les Persans et les Arabes ont eux aussi un

instinct poétique, ils affectionnent le langage imagé, le style allégorique. Mais, rêveurs et indolents, ils pensent en négligeant de noter leurs inspirations. L'Islam a eu pourtant ses historiens, ses livres sacrés; la vie de Mahomet a été plusieurs fois écrite par ses lieutenants.

Il importe peu d'établir une hiérarchie une sorte de prééminence d'un art sur un autre. Pourtant, si on lient compte de l'action moralisatrice et tout particulièrement de l'inflacnce sur la sensibilité intellectuelle de l'homme, la poésie doit être classée le premier des arts. C'est par elle que les peuples de l'antiquité ont honoré leurs dieux, inspiré l'amour de la patrie, le respect des lois, et raconté l'histoire.

C'est parla poésie, qu'ils ont célébréles exploits des héros, les vertus civiques et les séductions de la vie. La poésie a des liens très étroits, une réelle affinité avec la musique par l'euphonie du langage et par ses éléments physiques : le rythme, le mouvement, la cadence, la symétrie. Dans le principe, ces deux arts étaient inséparables, se complétaient l'un l'autre, et leur intime union était la manifestation de la similitude de leurs origines. Le poète ne parle pas, il chante. La musique qui n'éveille pas de sentiments poétiques , n'est guère qu'un bruit agréable,

La littérature grecque et tout particulièrement l'art poétique ont laissé à l'histoire des lettres de

nombreux chefs-d'œuvre, clans tous les genres, dans tous les styles, des hymnes sacrés pour les actes importants de la vie, d'admirables tragédies et comédies, des poèmes épiques, des satires, des odes, des chansons d'amour ou de guerre, des dithyrambes, des épithalames, etc., qui restent après deux mille ans d'impérissables modèles, des types de beauté par la noblesse et la pureté du style, par la richesse d'expression de la langue, enfin par le choix poétique des images.

La chaîne littéraire n"a pas tardé à se constituer et la littérature romaine est issue de la poésie grecque. Homère, Sophocle, Euripide, Aristophane, Anacréon, Eschyle, Esope, ont été les grands inspirateurs de Plaute, d'Horace, de Virgile, de Tércncc, d'Ovide, de Tacite, de Cicéron, de Catulle, de Tibulle, etc. Et à leur tour, c'est à cette source vivifiante et féconde, que Corneille, Molière, Racine, Lafontaine, ont puisé leurs plus nobles pensées, leurs plus beaux élans. C'est en étudiant ces maîtres, si grands et si vrais dans leur admirable simplicité, que nos poètes lyriques, tragiques et même nos fabulistes, ont dû l'honneur et la gloire de les avoir continués.

L'épopée souveraine, la Divine Comédie de Dante, est le monument poétique le plus colossal que nous ait légué l'Italie. La grande et sombre figure du poète philosophe et théolo-

gieii illumine son siècle. Sa prodi.uieuse imagiuation a su mettre en jeu tous les sentiments et toutes les passions, en nous faisant traverser les cercles infernaux où se lamentent, souffrent et crient les malheureux que leur crimes ont condamnés à d'éternels supplices, en nous intéressant aux pieuses tristesses, aux espérances des âmes en peine, qui attendent l'heure de la rémission. Ce poète a su trouver des accents émus, attendris, qui consolent des visions terribles racontées dans une langue concise, nerveuse, où souvent il résume d'un mot puissant les tableaux les plus effrayants, Enfm dans son style puissant, mais flexible, il a su trouver les nuances les plus délicates, les plus admirables transitions, les plus riches couleurs, les plus ravissants aspects pour l'apothéose de l'existence humaine, remontant à Dieu, son but suprême. Le Paradis Perdu, de Milton est, après la Divine Comédie lépopée la plus saisissante, la plus grandiose de Fart poétique. C'est toujours la question du bien et du mal dans leurs rapports avec les destinées humaines, et le dogme de la déchéance. Milton, esprit énergique et austère, protestant convaincu, mais doctrinaire, fatahste, a été, lui aussi, grand poète. Il a trouvé des accents sublimes, parfois navrants dans leur désespérance, que viennent adoucir des notes plus tendres, riantes et fraîches. La Lusiade du Camoëns est aussi une œuvre épique, mais n'at-

LcinL pas k'S haulcs cimes poétiques delà Divine Comédie et du Paradis Perd?/.

La poésie héroïque, l'épopée, racontant la vie des héros en idéalisant l'histoire, en ajoutant à la réalité les inventions créées par Fimagination des poètes (suivant les époques du développement de la poésie chez les différentes nations), marque une seconde évolution de l'art. Mais la poésie individuelle à chaque peuple, a suivi les phases particulières de cette importante modification, en se modelant sur les mœurs et le génie spécial à la nationalité. L'épopée des Scandinaves et des Germains, poèmes somhres et terribles, empreints de leurs superstitions, de leurs habitudes féroces, diffère essentiellement des légendes du moyen âge, mélange des croyances rehgieuses, de Tesprit de chevalerie et des mystères populaires.

Les évolutions de l'art poétique se sont produites à des époques très différentes dans notre vieille Europe et la poésie, comme tous les arts et même le langage usuel, a ressenti le contrecoup des cataclysmes sociaux. Cependant, en des temps encore troublés, bien avant la renaissance de la tragédie et du drame, notre poésie nationale a eu ses trouvères , ses ménestrels , ses romanciers , ses auteurs pour le théâtre, ses poètes. La grande épopée de Charlemagne, de Roland, des Chevaliers de la Table Ronde, du Roman de la

rose, a laissé une trace brillante dans Thistoire de l'art; les recueils de légendes bretonnes et provençales et les nombreux mystères, drames religieux où s'affirmait la foi naïve de nos ancêtres, nous prouvent aussi que l'idée chrétienne, flattant en cela le goût populaire, avait recours au théâtre pour donner la vie réelle aux personnages représentés, frapper l'imagination des spectateurs.

Ces mystères où figuraient Dieu et le diable, la Yierge et Proserpine, les saintes femmes et les apôtres, seraient pour nous un spectacle grotesque. Il faut y voir pourtant un acheminement vers le drame et la comédie. L'épopée chrétienne ainsi dramatisée a servi de prélude à l'épanouissement de la littérature dramatique avec Corneille, Molière, Racine et Voltaire. Magnifique évolution, où la poésie s'est affirmée en animant les principaux faits de l'histoire, en faisant vivre les héros, en apphquant à la traduction de toutes les pensées l'expression la plus vraie, la mieux choisie, les images les plus justes.

Les éciivains dont la prose harmonieuse emprunte à la poésie ses images et ses rythmes, ont tous un charme et un coloris de style très appréciables surtout pour des oreilles musicales. La prose de Fénelon, Bossuet, Bernardin de Saint-Pierre, Rousseau, Lamennais n'est-elle pas inspirée des grands poêles! Par contre,

héJas î que de nombreux volumes écrits eu vers ne sont que de mauvaise prose rimée. Les embellissements qui ornent une idée simple n'excluent pas le sentiment du vrai, et de nobles pensées poétiquement exprimées, peuvent acquérir assez de force pour paraître admirables, grâce aux sentiments de simplicité, de vérité, de naturel qui les auront caractérisées. Le maniérisme en poésie sonne aussi faux qu'en musique et en peinture ; et Molière, avec toute la souplesse de son génie satirique, Fa rudement châtié dans les Précieuses ridicules. Le genre prétentieux a pourtant eu ses adeptes, mais sans faire école; les poètes qui ont sacrifié à cette mode sont tous oubliés.

Les procédés et le mécanisme de la versification doivent certainement être très familiers aux littérateurs qui ambitionnent la gloire poétique ; mais cet outillage élémentaire n'est qu'un alphabet ou un dictionnaire dont il faut savoir tirer parti. Le code de l'art poétique n'est plus à formuler, et le nom des littérateurs d'expérience et de goût qui l'ont édicté est connu de tous. Il est admis que la poésie est une langue spéciale, qui affecte les expressions les plus nobles, les mieux choisies, les images les plus brillantes, les plus colorées, parlant à l'imagination et au cœur, donnant un sentiment juste de l'idée exprimée, mais ajoutant à la force d'expression tout en restant dausle vrai.

Le don poétique consiste à posséder une riche imagination, à pouvoir évoquer à volonté les plus riants tableaux, les plus riches images. Il faut être doué d'une exquise sensibilité, s'exalter aux douleurs de l'humanité, s'attendrir sur les malheurs d'êtres fictifs créés par l'imagination, mais qui vivent dans le cerveau du poète. Il faut être historien, philosophe, peintre, moraliste, savoir raconter , décrire , émouvoir , charmer, convaincre, et cela dans une langue toute divine, qui réalise toutes les séductions, qui parle à la raison, aux sens, à l'esprit, au cœur: qui flatte harmonieusement Toreille pour s'insinuer dans les profondeurs de Tàme.

Les différentes cadences qui résultent de la disposition et du choix des pieds ou syllabes composant le vers poétique, constituent autant de variétés rythmiques. Les Grecs et les Romains dont la langue euphonique et harmonieuse, imagée et cadencée se prêtait si merveilleusement au style poétique, nous ont laissé d'admirables et nombreux modèles dans l'emploi des rythmes variés dont l'harmonie imitative cadencée était une musique qui charmait les sens auditifs tout en parlant à la raison et à l'imagination.

A la loi première du nombre s'ajoute le principe des rimes qui, par leurs accents consonants, leur retour régulier, symétrique, donnent à la versification française une richesse eupho-

nique, une cadence musicale d'un grand charme, lorsque les mots assonants sont choisis avec habileté. C'est une des principales difficultés de la poésie française que l'emploi heureux de rimes riches^, offrant identité parfaite de consonance et d'articulation. Les rimes sont masculines ou féminines suivant la terminaison finale des vers sur un rang alternatif.

Les vers sont mélodieux, harmonieux, chantants, si l'agencement et le choix des mots offrent une certaine euphonie imitative qui sonne agréablement, ffatte l'oreille comme une musique bien ordonnée. Il sont bien rythmés, mesurés, cadencés, si la succession des longues et des brèves offre les mêmes cadences. La poésie est musicale lorsque le vers est sonore, euphonique, d'une mesure parfaite. Des vers bien ciselés sont ceux où l'idée exprimée en termes choisis, et discrètement ornée, embellie par des images d'un coloris fm, déhcat, se meut librement avec un sentiment juste et vrai, sans jamais heurter ou froisser le goût le plus exercé, et aussi, s'ils répondent rigoureusement aux préceptes et aux lois de l'art poétique.

On dit que les vers sont bien forgés, lorsque la pensée concise, serrée, précise se trouve condensée en termes énergiques frappant Timagination.

Les poètes contemporains, sans briser les moules anciens, ont appliqué au drame moderne

la vie réelle avec ses passions, ses vices, ses vertus. Si la poésie n'est plus la langue des dieux et des héros, elle est toujours resiée, malgré le courant démocratique, socialiste, humanitaire, la langue par excellence des écrivains de génie, à l'imagination rêveuse ou ardente, dont la pensée généreuse et l'inspiration s'élèvent au-dessus du prosaïsme et de l'égoïsme de la vie terre à terre. La poésie moderne, si riche en styles différents, comprenant toutes les variétés de formes et de rythmes, toutes les nuances, tous les sentiments, a trouvé une expression nouvelle: la poésie de genre. Gœthe, Schiller, Byron, Hugo, Lamartine, Musset, Gautier, en prêtant à leurs héros leurs idées personelles, leurs sentiments intimes, en s'incarnant dans leur existence, ont créé une école expressive, où l'étude du cœur humain est la pensée dominante, le hut idéal. Dans ce nouveau mode poétique, plus la vérité d'expression est forte, imagée, mieux elle va à l'àme. C'est par l'étude consciente, réelle, mais dramatisée du moi humain, que Gœthe a créé son Faust. C'est sa propre nature, l'idée de doute, de scepticisme et de révolte qui a envahi le siècle, que le poète a voulu personnifier dans son splendide mais décevant poème ; c'est toujours la grande question du bien et du mal, l'homme tourmenté d'aspirations infinies, luttant avec angoisse contre ses invincibles désirs et sa faiblesse irrémédiable.

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Malgré ces gloires modernes d'une si magnifique envergure, les plus hautes places de l'art appartiennent à des figures plus complètes et plus puissantes. Nommons d'abord Shakespeare et Pétrarque . deux poètes de tempérament très dissemblable. Le premier, génie audacieux, merveilleux créateur, ne procédant que de liii, à laissé dans le genre tragique et aussi dans la comédie de nombreux chefs-d'œuvre, où sa puissante individualité s'est affirmée de la manière la plus éclatante, la plus originale. Le second, poète élégiaque et sentimental, a légué à la postérité son nom comme symbole des chastes amours, dans d'innombrables sonnets, odes, poèmes, adorables rêveries empreintes de mysticisme, pages d'une suavité incomparable toutes inspirées par les plus nobles passions. Souvent imité, Pétrarque n'a jamais été égalé.

Quant à la France, elle peut revendiquer les œuvres immortelles de Corneille, Molière, La Fontaine et Racine. Le premier, par l'expression vraie, juste et forte, parla conception de ses drames, par l'intérêt soutenu conservé à l'action, par la fermeté du langage, tantôt d'une exquise déhcaiesse, tantôt d'une mâle énergie, a créé de nombreux chefs-d'œuvre, qui ont fait atteindre à l'art tragique français la perfection du drame antique. Le souffle puissant de notre grand poète a su réunir l'ensemble des qualités qui constituent le beau idéal. La pensée toujours exprimée par

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une parole concise, est nerveuse, et aussi d'une touchante simplicité.

En succédant à Corneille, Racine sut, ainsi que lui, atteindre laperfectionpar d'autres voies, sous d'autres formes. Son style d'une exquise pureté, d'un fini et d'une grâce ravissants, excelle surtout dans l'expression des sentiments tendres, d'une passion contenue ; ses accents n'ont pas la soudaineté ni les sublimes élans de Corneille, mais son àme s'épanche en rêveries qui jettent l'esprit et le cœur dans un doux ravissement. Peintre brillant, mais sobre, il a toutes les délicatesses du sentiment, sans jamais sacrifier à la violence. Racine est le Raphaël du drame, dont Corneille est le Michel-Ange. Molière et La Fontaine ont eux aussi reculé les limites de l'art en scrutant les replis les plus obscurs où se cachent les ressorts de toutes nos actions. Esprit souple et hardi, Mohère, a su peindre les passions et les travers de son siècle avec une verve et une liberté d'allures qui sont la nature même, la réalité vivante.

La Fontaine s'est élevé à la même perfection par sa merveilleuse connaissance du cœur humain; par l'esprit, par la pensée, par son gracieux enjouement, il a su charmer et intéresser; mais son àme juste et bonne a aussi des accents de tendresse naïve et pathétique; philosophe profond dans ses fables et ses allégories, il connaît les misères', les mœurs, les mauvais

instincts : l'injustice le révolte et il défend le faible contre Tabus de la force. Français et Gaulois, il a la franchise et la vivacité d'esprit de sa race et toutes les qualités des grands poètes, 11 a su peindre tous les genres avec une égale perfection et reste un maître incomparable.

lES EFFETS lE EA MESI^EE SUR L'iRGANISME

Sans accepter comme authentiques les récits merveilleux de l'antiquité, il faut reconnaître Faction sensible de la musique sur notre organisme : « Les effets physiques delà musique sont en raison directe de l'excitation maladive ou de la nature impressionnable des personnes sur lesquelles ils ont prise. »

Cette influence a été souvent utilisée par la médecine pour le traitement des afl'ections nerveuses ou morales , mais les « douches musicales sudorifiques »,sans l'adjonction obligée de la danse, me semblent rentrer dans le domaine de la féerie.

[ L'impression produite par l'audition d'œuvres musicales est d'autant plus vive et plus profonde que le système nerveux est plus délicat, plus irritable, et aussi que l'imagination, la sensibilité, l'esprit vibrent plus facilement.^ Si la musique instrumentale est impuissante, sans l'addition de la parole et aussi sans un programme défini, à donner des idées exactes, à exprimer des sentiment absolus, les passions et les tempêtes du cœur humain, son action expressive

est d'autant plus pénétrante, plus émue, par cela même que les elTets produits sont plus vagues et plus indéterminés. Les imaginations impressionables, les natures sensibles, tendres ou ardentes, iront plus loin que la parole écrite, en s'abandonnant presque à leur insu aux émotions de plaisir ou de douleur, aux rêveries ou à l'enthousiasme que Faction mystérieuse et magique des sons aura su exciter en leur âme. "" Si la musique ne renferme pas en elle-même l'expression de sentiments déterminés, si elle manque de précision pour traduire en idées musicales les affections variées de l'âme, si elle est impuissante à spécialiser l'amour, la tendresse, la haine, la colère, il n'en est pas moins vrai que nous lui devons nos plus douces et nos plus vives émotions, qu'elle à le merveilleux privilège d'éveiller en nous, par les sensations produites, le plaisir ou la douleur, la tristesse ou la joie.

A part de très rares exceptions, il est reconnu par tous les observateurs, tous les analystes psychologiques de bonne foi que, de tous les arts, celui dont l'action sur le système nerveux, sur les sens, sur les sentiments, est lapins immédiate, la plus intense, va le plus directement à Tàme, est la musique, l'art d'impressionner par les combinaisons sonores-FLes émotions provoquées par la musique sont tout à la fois vivaces et profondes, mais varient à l'inlini suivant le

caractère des compositions, la nuance expressive des mélodies, suivant l'emploi des sonorités, la nature des harmonies et des rhythmesTl Nous avons précédemment démontré dans notre étude sur le son, que c'est Tébranlement de l'air, le mouvement des ondes sonores qui portent au sens auditif la perception du son, transmise ensuite au cerveau. Ce merveilleux organe, point central de toutes nos facultés pensantes et sensibles, de nos sentiments et de nos affections, est aussi le réseau oii se trouvent groupés ces imperceptibles linéaments qui enveloppent tout notre organisme de mailles fmes, délicats intermédiaires entre le corps et Tâme.

C'est, croyons-nous, par l'assimilation mystérieuse des nerfs avec certains effets de résonnance, que la musique agit sur notre organisme. Nos sensations agréables ou douloureuses, nos émotions douces ou pénibles correspondent aux excitations ou à l'accalmie du système nerveux. Mais cette explication, toute plausible qu'elle nous semble, est une hypothèse, car tout en constatant comme un fait indéniable la puissance extraordinaire de la musique sur les nerfs, la science, malgré ses études sur les phénomènes de la vie, de la pensée, des sensations, n'a pu définir clairement, de manière à satisfaire la raison, par quelle puissance magnétique, la musique nous pénètre, nous envahit et s'empare tout à la fois de notre corps

et de notre àme en nous donnant les émotions les plus vives, les plus variées, en tenant l'imagination en éveil et en nous transportant dans un monde idéal.

La musique, comme toute autre cause passionnelle, agissant fortement sur nos sens, sur le cerveau et le système nerveux, peut impressionner très diversement un auditoire de mélomanes et de dilettantes ayant un goût spécial pour notre art, s'intéressant directement à ses manifestations/ L'impression produite varie non seulement en raison du style des compositeurs, mais aussi suivant le degré d'éducation musicale des auditeurs plus ou moins aptes à comprendre, à juger les beautés d'une œuvre./ Enfin l'action physique et morale et les effets produits seront différents en raison des dispositions d'àme des auditeurs qui s'abandonneront à la rêverie, à la tristesse, à l'extase.

La gamme des sensations et des sentiments peut répondre tout entière aux sensations perçues, sans pour cela parler directement au raisonnement, à l'intelligence. La musique, dans ses effets les plus intenses, ne quitte pas le domaine du vague, de l'indéterminé. C'est tout à la fois sa puissance et sa faiblesse, d'éveiller en nous tout un ordre de sentiments ou plutôt les sentiments de tout ordre, sans en spécialiser aucun.

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