‹ Éléments d'esthétique musicale et considérations sur le beau dans les artsChapitre 17 sur 36 · DC ROLE DE L'AUDITEUR · texte numérisé non relu

DC ROLE DE L'AUDITEUR

Avoir le sentiment juste des beautés dune œuvre musicale que l'on entend pour la première fois, demande de la part de l'auditeur une certaine activité d'esprit, une éducation spéciale de l'oreille qui permette un échange rapide d'idées et d'impressions. Ecouter de la sorte est un grand plaisir intellectuel, une véritable jouissance artistique. Mais combien peu de dilettantes, ou réputés tels, sont en état de s'identifier avec la pensée du compositeur, de suivre l'idée première dans ses développements et ses transformations, en un mot, d'avoir la compréhension exacte de l'œuvre dans son ensemble et ses détails.

Ecouter attentivement en analysant ses sensations, en suivant par l'imagination la création du maître, demande une volonté persistante, parfois un certain effort intellectuel, mais la satisfaction vivace et la jouissance esthétique qu'une audition ainsi comprise, donne toujours à ceux qui savent y recourir, leur fait vite oublier la fatigue légère causée par ce travail de concentration d'esprit.

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S'abandonner passivement au plaisir d'écouter, à l'action physique de la musique, c'est percevoir une sensation, recevoir une impression ; mais le cùlé artistique, le sentiment raisonné, Tesprit d'analyse échappent à l'auditeur passif; il s'impirègnc des ondes sonores comme du parfum des tleurs, sans prendre la peine ou mieux le plaisir de remonter à la source créatrice, à l'inspiration de l'artiste ; il ne fait aucun appel à l'esprit, au sentiment d'appréciation; pour lui c'est une jouissance toute matérielle, à laquelle l'esprit et l'intelligence n'ont aucune part. Pour ces auditeurs inconscients, incapables de se rendre compte des beautés d'une œuvre, la noblesse des inspirations, l'ingéniosité des combinaisons, la belle ordonnance d'une conception grandiose ou passionnée, l'efTet produit, se réduisent à une sensation plus ou moins vive : cette audition passive procurera aux uns une vague et délicieuse rêverie, une sorte d'allanguissement magnétique, aux autres la douce ivresse des sonorités, un plaisir éthérisé, impressions plus pures et plus suaves que les sensations grossières ou malsaines des passions, mais qui certes sont bien éloignées de la satisfaction vive et profonde que donne à l'artiste l'admiration raisonnée et consciente d'un chef-d'œuvre. L'enthousiasme tout sensuel d'un dilettante ne peut être comparé à cette noble satisfaction de l'esprit et de l'àme.

L'audition attentive analytique, d'une ornivre musicale de haut style procure au mélomane intelligent qui peut suivre en appréciateur délicat toutes les évolutions de la pensée du compositeur, des jouissances nobles et fortes, juste récompense de sa manière d'écouter. Pour la généralité des amateurs de musique, l'audition donne le plaisir matériel de sensations perçues: mais, pour l'artiste intelligent, entendre c'est comprendre.

La condition essentielle du plaisir esthétique est de pouvoir écouter une œuvre d'art pour elle-même. « Dès que la musique n'est pas le but, mais un moyen pour nous amener à un état moral déterminé, elle devient accessoire et cesse d'agir en art p'ir, libre, indépendant. »

En revanche, il n'est pas de plaisir plus vif que d'admirer en connaisseur les inventions créatrices du musicien inspiré qui ouvre devant nous des horizons nouveaux et régit en souverain tous les éléments de son art. Lcouter et analvseravec intelligence, sentir et comprendre, sont des qualités de perception et d'appréciation que possèdent seulement les natures privilégiées. A de rares exceptions près, le plaisir esthétique que procure l'audition d'une œuvre musicale est en raison de sa valeur artistique.

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