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DU BEAU MORAL

Le mot u beau » appliqué aux diverses affections de l'àme, aux divers actes de la vie, souvent aussi aux choses inanimées, prend des significations très différentes, dont la définition varie suivant l'idée, le sentiment, ou l'objet que cet adjectif qualifie, qu'il s'agisse de qualités ou de vertus : du juste, du bien, du vrai, ou d'objets dont l'utilité, la convenance et l'appropriation nous sont clairement démontrés. Une belle âme, un beau caractère, une belle action, n'offrent que des points de comparaison très éloignés, et encore, en procédant par images, avec la beauté d'une machine, d'une maison, d'un édifice public. Ce sont les résultats obtenus par un but défini, le degré d'utilité et de convenance, qui aident à faire apprécier et qualifier ainsi la machine, le meuble, la maison. Le vrai est la relation rigoureusement exacte, correspondant parfaitement à un sentiment, à un objet, le reproduisant sous une autre forme, mais avec l'expression véritable, réelle, d'une manière sensible, vivante, que ce soit en paroles, en sons, par le dessin, la couleur, en matières façonnées;

si le rapport est identique, s'il y a égalité parfaite entre l'objet exprimé et le rendu expressif, on peut dire qu'elle est vraie.

Le juste, le vrai, le bien, l'amour du progrès social, l'amour de la patrie, de la famille, de rhumanité, la charité, la générosité, le dévouement, le courage, l'héroïsme, sont des vertus qui participent à la beauté morale et qui, réunies, constituent la perfection idéale. Platon a qualifié le beau, la splendeur du vrai, la perfection absolue du principe de toute vérité. Plusieurs philosophes modernes ont défmi le beau moral: la manifestation, sous une forme sensible, active et vraie, des plus nobles facultés de l'âme : l'amour passionné du justey du vrai, du bien. Mais il existe un grand nombre de définitions qui varient suivant les écoles, selon que le beau se dégage de la matière ou de l'esprit, suivant que le beau soit le reflet de l'idéal, la splendeur du bieuQi du vrai^ ou qu'il soit l'expression sensible synthétisée des lois de la proportion, de V ordre et de la variété.

Tne belle àme- comprend la réunion de qualités et de vertus faisant de l'être humain qui les possède une exception, ou tout au moins un privilégié dans l'ordre moral. Celui de qui l'on peut dire qu'il a une belle àme, doit avoir la passion des sentiments généreux, doit être capable de grands dévouements, doit être charitable jusqu'au sacrifice, oublier absolument tout intérêt

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personnel, enfin s'enthousiasmer pour le beau moral, pour la vérité et pour le Lien.

Une belle action n'est pas seulement une bonne action, un devoir accompli, mais exige de son auteur une force de volonté, d'énergie morale, de sacrifice du moi que les cœurs généreux sont seuls capables de comprendre et d'exécuter.

Avoir le sentiment du juste, de l'équitable, observer scrupuleusement les préceptes et les lois de la morale privée et de la morale publique, aimer le bien, haïr le mal, être tendre cà la famille, dévoué à la patrie, forment l'ensemble des qualités qui réalisent l'idéal pratique de l'honnête homme, mais ne répondent qu'à demi à l'idéal bien plus élevé du beau moral.

Le beau moral comprend un ensemble de qualités et de vertus fort au-dessus de la loi commune, et qui sont l'apanage des belles âmes. Ces g-énéreuses aspirations vers le bien, vers le juste et le vrai, sont des dons de nature que l'éducation, les bons exemples, les saines lectures forment et développent, mais dont nous portons certainement en nous les premiers germes. Le sentiment du juste, l'amour du bien et ..du vrai, une vive et profonde répulsion pour le vice et les passions mauvaises, une active charité pour le prochain, un entraînement irrésistible vers les idées généreuses et grandes, le dévoue-

ment à la patrie, ramour de rhiimanité, forment les éléments principaux, constitutifs de la beauté morale.

Avoir le sentiment du beau moral, c'est éprouver une vive sympathie, un attrait irrésistible, une satisfaction profonde au récit d'actions généreuses, nobles et charitables, ou s'exalter naturellement pour les grands dévouements.

Avoir le sentiment du beau dans les arts, s'entend d'une personne qui éprouve un plaisir réel, une admiration raisonnée pour les œuvres d'imagination ou plastiques qui offrent les qualités d'ensemble et de détails qui constituent le beau, l'harmonie, l'unité, la variété et surtout \^ vérité d'expression. Le joli, l'utile, l'agréable, etc., sont des adjectifs qui ont certes une importante valeur, mais qui ne sont nullement des équivalents du beau.

La conscience humaine, cette lumière interne qui nous éclaire et nous guide dans tous les actes de la vie, est tout aussi perfectible que l'mtelligence, et sa clarté dépend beaucoup du milieu dans lequel se produit son action. Son influence varie suivant les principes de morale et d'éducation reçus dans les familles, suivant le mode d'enseignement, la fermeté, la droiture et le degré d'éducation du précepteur.

Chez les natures perverties qui ont perdu le sentiment du bien et du mal, les instincts vicieux prédominent; la conscience est remplacée par

des sentiments de jalousie et de haine, par Fesprit de rapine et de vol, par toutes les passions basses et viles qui font une bète féroce de la créature humaine, émanation divine douée d'une âme immortelle. Pour ces malheureux, la conscience est atrophiée, le flambeau est éteint, les ténèbres sont faites. Si la société moderne se croit impuissante à supprimer le paupérisme, cette plaie hideuse que beaucoup de moralistes affirment être une loi divine . pour inciter la charité, l'amour du prochain, son devoir impérieux au point de vue humain et de conservation sociale est d'enlever les malheureux enfants à la contagion du vice, et de tendre une main secourable, intelligente, active, aux déshérités qu'il faut tirer de la misère, de l'abjection, par le travail.

DES QUALITÉS QUE DOIT POSSÉDER UiN CHANTEUR

La première qualité d'un chanteur de talent est de savoir diriger sa voix avec habileté, avec goût, avec art. Il importe qu'il sache ménager ses moyens ou les dépenser à propos. Le chant mezza voce est une qualité que peu de virtuoses possèdent, et dans les passages brillants, peu de chanteurs résistent à la satisfaction de faire montre de force, et presque toujours ils dépassent le but. Un chanteur de talent doit connaître les styles des maîtres itahens, allemands, français, et pouvoir interpréter dans le sentiment et le caractère voulu les œuvres de ces différentes écoles. Pour être à la hauteur de toute éventualité artistique, il ne peut non plus ignorer les compositions des maîtres anciens, et tout particulièrement celles des grands maîtres italiens : Bach, Ilaendel, Durante, Marcello, Porpora, Cimarosa, Piccini, Mozart, Gluck, Cherubini, Spontini, Grétry,Mehul,Xicolo,Boïeldieu^ et les modernes illustres Weber, Herold, Donizetti, Auber, Ilalévy, Rossini, Meyerbeer, Verdi, Gounod, A. Thomas, Massé, etc., etc., doivent.

non seulement lui être familiers, mais être sa bibliothèque vivante.

Chanter plus spécialement un répertoire n'exclut pas la connaissance des autres. Sans être un compositeur émérite comme l'étaient la plupart des maîtres de chant italiens, il est utile qu'un chanteur sache lui-même régler ses points d'orgue, ornementer les phrases de chant qui s'y prêtent, et soit assez bon musicien, respectueux de la vérité scénique, du texte qu'il interprète, pour ne pas altérer hors propos la mesure, sous prétexte de filer un son, modifier le caractère et les ponctuations de la phrase musicale pour se ménager des effets particuliers, et faire valoir des notes qu'il croit sympathiques à ses auditeurs (1).

Ces qualités essentielles et multiples sont le complément obligé d'une belle voix, d'un organe vocal sonore, agile, étendu, homogène, d'un 'imbre agréable et sympathique. Toutes ces dispositions si rares à trouver réunies, ne suffisent pas encore pour être excellent chanteur lyrique : il faut aussi avoir la voix: dramatique, chaude, émue, il importe que cet instrument vocal, si sensible aux influences atmosphériques, soit assez résistant pour ne pas s'altérer aux fatigues

(I) MM. Th. Lemaire et Lavoix, ont publié une importante et très instructive liisLoire de l'art du chant et des différentes écoles anciennes et modernes, que tout musicien désireux de savoir doit lire et commenter.

du travail qu'exige la tenue du répertoire. Un interprète de talent, créateur d'un rôle important, doit porter sans faiblir la responsabilité qui incombe à un chef d'emploi.

Des critiques dont nous ne partageons pas l'opinion, pensent sans doute, par horreur de la routine et de la. traditio7i, qu'il suffit au chanteur d'une simple intuition du sentiment scénique, de posséder Tesprit et le caractère d'un rôle pour avoir un jeu vrai, naturel et touchant. Tel n'est pas notre avis. L'étude du geste, des mouvements de physionomie, du regard, doivent être étudiés, réglés, coordonnés pour s'harmoniser, s'unir à l'action dramatique sans nuire à l'effet vocal. Rien ne doit être abandonné aux hasards de 1 inspiration du moment; exceptons, outefois, les interprètes de génie, mais ils sont bien rares, et leur exemple ne peut annihiler le principe. Les artistes inexpérimentés, qui n'ont d'autres maîtres que leur âme et la nature, qui ignorent tous les principes, toutes les règles et conventions de leur art, dépassent souvent le but, exagèrent l'expression et la placent à côté du vrai . Tout n'est pas convention dansl'art, et le sentiment individuel de l'artiste a une grande valeur; mais, pour changer la tradition, il faut des artistes de grande expérience, dont les études approfondies fassent autorité. Nourrit, Levasseur, Obin, Faure et Roger, étudiaient et composaient leurs rôles avec un soin minutieux.

Malibran, Grizi et Falcuii, ue se fièrent pas à l'inspiration du moment pour déclamer, accentuer et jouer leurs rôles tragiques. Les chanteurs dramatiques qui sont en même temps des acteurs au jeu pathétique et vrai, s'inspirant de la vérité historique et du caractère des personnages, sont des artistes rares et des interprètes précieux, car par eux Tœuvre musicale est mise en relief dans son véritable jour, et le public dilettante a la conscience du vrai beau.

Une belle voix, du style, le sentiment juste de rinterprélation, ne sont pas les seules qualités nécessaires à un chanteur dramatique. L'artiste de théâtre, à qui Ton confie un rôle à créer, doit se transfigurer, cesser d'être lui pour vivre de la vie du personnage. Il doit, en le reproduisant, devenir le type parfait, l'exemplaire idéal rêvé par le poète. Il doit, en étudiant ses récits, méditer les paroles, en chercher l'expression vraie, la déclamation la plus naturelle. La pensée, la réflexion, l'esprit, doivent guider le goût du chanteur qui, pour un instant, oublie la phrase mélodique pour ne se préoccuper que de la vérité déclamatoire.

Chanteur et acteur, il doit donner au rôle créé toutes les conditions de la réalité vivante, être pour le compositeur dramatique dont il est linterprète, l'émule du virtuose inspiré, qui met toute son âme dans l'exécution du morceau qui doit affirmer sa réputation. Que

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l'artiste dramatique soit Xouriit ou la Malibrau, Talma ou Rachel, il doit étudier avec un soin extrême le caractère du personnage qu'il représente, il doit le comprendre, se l'approprier, s'y incarner.

Rien ne doit être abandonné à Fiuspiralion du moment : la voix, l'accent, le sentiment, tout doit être étudié, mais aussi, les jeux de physionomie^ le geste, la démarche, l'harmonie des mouvements : et pourtant toutes ces qualités réunies dont l'ensemble est indispensable pour donner la mesure juste, le caractère du rôle, sont insuffisantes et lettre morte, si elles ne sont animées, illuminées par l'àme de l'artiste, par ce foyer chaleureux qui transmet aux auditeurs l'étincelle électrique, qui communique l'enthousiasme, et fait que les auditeurs s'unissent de cœur aux sentiments, aux émotions, aux élans inspirés de l'interprète, qui vraiment alors possède le génie de son art.

DE L'ÉbUCATION SPECIALE PROFES- SIONNELLE

Le développement bien ordontié des qualités physiques, inlellcctuelles et morales de l'enfant, de l'adolescent, et les soins attentifs qui lui sont consacrés dans ce triple but, représentent la grande œuvre de l'éducation. Tout y prend une importance extrême ; rien ne doit être abandonné à la fantaisie, au caprice ou à l'esprit de routine. Mais, toutes les natures ne sont pas également douées, les dispositions innées ne sont pas départies dans la même mesure, les niveaux d intelligence sont très dilférents, et le maître consciencieux à qui est dévolue la noble tâche d'instruire et de guider la jeunesse, doit sérieusement tenir compte de ces dilTérences de tempérament, plus sensibles chez les artistes que dans toute autre classe d'élèves.

S'il est vrai de dire, dans une certaine mesure, que l'enfant sans éducation est un corps sans âme, cet axiome est d'une exaclitude absolue pour l'enfant voué à une carrière artistique et privé de l'éducation professionnelle, indispensable pour développer ses facultés natives. Le

désir ardent d'apprendre, le sentiment juste dn beau, rimagination éveillée, sont des indices certains d'aptitude. Mais une bonne or^ianisation, tout exceptionnelle qu'elle puisse être, a besoin d'être façonnée par un maître qui, en respectant les qualités individuelles, dirige l'intelligence vers l'admiration et Timitation des beaux modèles, forme le goût par l'analyse raisonnée des chefs-d'œuvre, et donne en premier lieu à l'élève qu'il enseigne, les principes élémentaires, l'éducation technique et tous les procédés et moyens usités pour en faire un habile praticien possédant à fond le mécanisme de l'art, mais visant aussi le côté idéal et poétique, suivant l'instruction acquise et les moyens d'exécution à son avoir.

La recherche du vrai et du beau est le champ de l'exploration artistique ; vers ce but suprême doit être dirigée l'éducation des enfants que leurs facultés spéciales,, leurs dons naturels, leur vocation, incitent à suivre la belle carrière des arts. On affirme assez généralement qu'il n'y a pas de principes absolus pour le goût et l'imagination, tel n'est pas notre avis ; il n'y a pas de lois immuables pour commander aux forces mystérieuses qui inspirent et dirigent la création de l'artiste, mais nous croyons qu'une longue expérience, l'habUude de l'analyse, la recherche constante du juste, de l'expression vraie, du beau idéal, doivent guider dans la

bonne voie, développer et former le goût, empêcher les écarts dimagination. Il est indispensable, quels que soient Fart étudié et Técole suivie, de poser les bases d'une éducation professionnelle méthodique, progressive, passant alternativement de la théorie aux procédés d'exécution, par l'analyse des œuvres des maîtres. Nous avons entendu affirmer sérieusement, par des critiques de bonne foi, que la dégénérescence des œuvres d'art, leur manque d'originalité, étaient dus à l'enseignement routinier, réglementaire des écoles. «Les maîtres, disent-ils, transmettent à leurs disciples les principes traditionnels, les errements précédemment suivis par eux; l'art qui doit vivre, s'élever, grandir par les efforts individuels, s'immobilise, se momifie, perd toute originalité. » Mais, répondrons-nous à ces critiques sincères, pourquoi poser comme règle absolue que des maîtres intelligents et de haute valeur, amoureux, eux aussi, des progrès réalisables, imposent à leurs élèves le renoncement à leur individualité pour ne voir, ne sentir et nexprimer que des idées qui sont le reflet des sentiments de leurs maîtres ?

Cette appréciation nous paraît, sinon contraire à la vérité absolue, du moins considérablement exagérée. L'enseignement de Chérubini a-t-il détruit Tindividualité d'Auber et d'Halévy. Le sage Le Sueur a-t-il éteint les romantiques

ardeurs de Berlioz. Gounod, F. David, Saint- Saens, Massenet, Réber, ont -ils été atrophiés par renseignement scoiastique? Pour bien expliquer notre sentiment sur cette thèse si souvent controversée, disons qu'il est une heure d'éclosion dans la création des œuvres d'imagination où l'artiste, sûr de lui, possédant h fond tous les procédés qui lui ont été enseignés, rompt avec les traditions étroites, exprime ses idées d'après les principes admis du beau et du vrai, mais en obéissant, avant tout, h son sentiment personnel.

Les écrivains et les artistes les plus renommés, ceux dont l'individualité géniale s'est le plus affirmée, ont toujours à leurs débuts procédé du style de leurs maîtres. Cette filiation indéniable est facile à établir en comparant la facture, la forme et la nature même des idées des maîtres; mais les disciples deviennent plus tard maîtres originaux cà leur tour. Les noms illustres des littérateurs, des peintres et des musiciens qui ont fait école, soit par l'enseignement, soit par la production d'œuvres d'art servant de types, de modèles aux jeunes maîtres désireux de suivre la voie tracée et de continuer la tradition en observant le même style, est consigné soit dans X'Jnstoire des peintres soit dans la biographie universelle des musiciens. Des critiques ingénieux ont mainte fois établi cette généalogie curieuse.

Il est facile de formuler en lois primordiales, absolues, s'appliquant indislinctemeiit à tous les arts, les principes qui constituent le beau idéal, cette étoile lumineuse qui est le phare de Fartiste cherchant fiévreusement la réalisation poétique, expressive et vraie de sa pensée. Pour tout homme qui veut devenir artiste, qu'il s'agisse de poésie, de peinture, de musique, de statuaire ou d'architecture, il importe d'abord de posséder parfaitement et très méthodiquement toutes les connaissances, procédés et moyens qui sont l'outillage de l'art et servent à exprimer exactement ridée voulue, classée dans l'imagination de l'artiste créateur. Si nous nous arrêtons un instant aux principes particuliers à la musique moderne, telle qu'elle est enseignée, pratiquée, étant de nos jours un art indépendant, automone, pouvant vivre de ses seuls éléments, sachant intéresser, charmer, émouvoir, sans être obligé d'emprunter ses effets aux autres arts dont il était le tributaire à ses origines, on peut rigoureusement affirmer que le but vers lequel doit tendre une éducation spéciale, ayant la musique pour idéal, est de concentrer dans la main et dans la pensée de l'artiste tous les moyens usités pour la transmission écrite, vocale ou instrumentale des pensées musicales, que renferme une œuvre. Il importe donc, avant de penser à renseignement supérieur, à l'expression, au style, à une brillante exécution, aux études

d'harmonie et de composition idéale, qu'un musicien dont l'éducation professionnelle a été Lien dirigée, puisse lire et écrire la langue des sons avec une grande facilité, et aussi avec la certitude de traduire littéralement la pensée musicale et expressive du compositeur qu'il interprète, ou encore son inspiration personnelle, s'il est assez bien doué, assez éduqué, pour produire et créer par lui-même.

L'éducation professionnelle de l'artiste, si grande que soit l'habileté acquise est, à notre avis, insuffisante, s'il ne possède en même temips que le savoir technique et spécial, des connaissances générales sur l'histoire, la philosophie, l'esthétique, s'il n'est guidé parles grands principes de saine morale, de haute raison qui élèvent le cœur et l'esprit. Il est, malheureusement, deux excuses trop réelles au manque de culture intellectuelle chez quelques artistes dont le nombre va chaque jour diminuant : c'est, en premier lieu, le temps considérable réclamé parles études spéciales, puis, souvent, l'obligation impérieuse de consacrer à un travail rémunéré le temps qui, sans cela, serait indubitablement réservé à l'étude de l'histoire ou aux belles lettres. Constatons, à l'honneur de la génération artistique présente, qu'elle compte parmi ses virtuoses les plus éminents, des musiciens vaillants se servant de la plume aussi habilement que de l'archet, des écrivains de style, des lettrés, des

érudits. Nominous nos collègues Sausay, Del; devez, Dancla, Armingaud. C'est un honneur, pour les compositeurs français, d'avoir compté F. Halévy au nombre des secrétaires perpétuels des beaux-arts à llnstitut.

Berlioz était, lui aussi, un lettré, un écrivain de race ; Eug. Gauthier, ce regretté professeur d'harmonie, quia précédé Bourgault-Ducoudray dans la chaire d'histoire de la musique au conservatoire, était un conteur d'un esprit charmant. Ses études fantaisistes sur l'art ancien avaient un grand charme et étaient surtout très originales. J'ai nommé quelques musiciens en omettant à dessin les érudits historiens de Fart musical, dont j'ai eu plusieurs fois à citer les splendides travaux rétrospectifs, mais je ne puis oublier deux maîtres illustres, le peintre de l'Algérie, Fromentin, dont l'ouvagesurles grands maîtres flamands est un chef-d'œuvre , et l'architecte Garnier, qui, lui aussi, a disserté sur son art avec toute la fermeté de style que donne la conviction guidée, éclairée par une grande science.

Un peintre d'histoire ne possédant aucun docu» ment authentique relatif aux faits qui rentrent dans le cadre de sa composition , ignorant la date précise, le lieu où les événements se sont passés, n'ayant pas de notions exactes sur l'âge, le caractère, la physionomie morale des personnages représentés par lui dans des costumes de fantaisie, serait un artiste aussi peu sérieux

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