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qu'un paysagiste improvisant dans son atelier, sans études préalables d'après nature, des points de vue, des perspectives, vallons ou cours d'eau n'existant que dans son imagination, mais qu'il affirmerait être la reproduction de sites qu'il désignerait au besoin. Il faut avant tout être sincère et vrai, mais pour cela il importe de posséder non seulement tous les procédés de Tart, mais aussi toutes les connaissances qui les rattachent, et certes l'étude de l'histoire, celle de l'humanité et la philosophie de l'art, sont tout à fait indispensables.
La vérité historique, la couleur locale, la physionomie des personnages mis en scène et du sujet traité, exigent donc, de la part du peintre, des recherches sérieuses et très minutieuses, si, artiste consciencieux et scrupuleux, il tient à donner à soû œuvre, dans Tensemble comme dans les accessoires archaïques, la sincérité d'une page d'histoire. Pour l'architecte qui réédifie un monument d'une époque déterminée, l'unité de style, le caractère de l'ornementation, Iharmonie d'ensemble, la forme traditionnelle, sont des éléments premiers de vérité suivant l'appropriation exclusive de la construction.
De nos jours, on attache une importance très grande à la vérité historique, à la physionomie réelle des faits; les écoles réalistes et spiritualistes diffèrent sur les moyens à employer pour
exprimer la pensée, Vidée, mais s'accordent sur le but visé, la recherche du vrai, du réel. Seulement, les idéalistes entendent le vrai et le beau différemment. Nos critiques d'art, si judicieux dans leurs analyses et leurs études sur les tendances diverses de nos écoles, ne manquent jamais d'anathématiser les artistes qui sacrifient la vérité à leurs caprices fantaisistes. L'imagination et le génie sont-ils enchaînés et perdent-ils leur essor en restant fidèles à la vérité ? Idéaliser un modèle n'est pas mentir à la vérité, mais l'embellir, l'ennoblir.
Les déclassés, victimes de l'aveugle fortune, qui s'improvisent artistes sans avoir l'instruction nécessaire pour enseigner, sont méritants et dignes d'intérêt, mais malheureusement pour leurs disciples, ce qu'ils recherchent avant tout, ce qu'ils demandent à la profession, ce sont des moyens d'existence. Pour ces nobles mendiants de l'intelligence, l'art devient un métier, lucratif, quelquefois, mais trop souvent mal pratiqué. Loin de nous la pensée d'exprimer un blâme pour les natures vaillantes qui demandent à un travail professionnel la possibilité de vivre honorablement et d'élever leur famille ;nous connaissons plusieurs de ces courageux amateurs, devenus artistes, et acceptant avec une grande fermeté d'âme la lutte de tous les jours contre 1 implacable mauvaise fortune; et pourquoi ne pas le dire hautement, plusieurs, par leur talent
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spécial, par leur instrucliuii et leur éLlucatiun, possèdent une réelle supériorité sur des artistes de profession. Mais ce n'est pas, à vrai dire, la loi générale, le plus grand nombre est au-dessous d un savoir moyen.
L'éducation professionnelle et un long noviciat dans l'enseignement nous paraissent les qualités indispensables pour transmettre l'instruction reçue. Il faut savoir expliquer une vérité artistique de plusieurs manières pour la faire comprendre; de longues années d'expérience sont nécessaires pour former un bon professeur, même élémentaire ; si les progrès rapides dépendent des premiers commencements, des bonnes habitudes prises, du mode de travail suivi, il est encore indispensable d'aimerl'artet la jeunesse, avoir foi dans sa mission pour embrasser la carrière du professorat. Il ne suffit pas d être habile dans son art; pour enseigner, il faut aussi posséder le don de persuasion.
Nous venons de le dire, Téducation professionnelle, si habilement conduite qu'elle soit, nous paraît insuffisante pour former de vrais artistes ayant un culte pour le vrai et le beau, aimant l'art pour les jouissances poétiques et idéales qu'il donne à ses élus visant la perfection; qu'il ssoient virtuoses, professeurs ou compositeurs, pour tous ceux qui aiment l'art et le servent avec la ferveur d'une religion, il im-
porte que l'éducation intellectuelle et morale, l'instruction et les connaissances variées, viennent s'ajouter à l'éducation professionnelle. Si l'artiste est supérieur au vulgaire par ses aptitudes et son savoir spécial, par son intelligence ouverte à tout ce qui est beau, par la générosité de ses sentiments, vibrant à tout ce qui est noble, élevé et grand, il importe aussi qu'il soit au moins l'égal en connaissances usuelles des gens du monde, trop souvent persuadés que Tartiste, en dehors de la sphère d'activité qui est sa profession, manque d'instruction, ignore les notions élémentaires des sciences et des lettres, de l'histoire et de la poésie.
Il n'est donné qu'à quelques artistes privilégiés d'être polyglottes, hellénistes comme Gevaert, lettrés, érudits comme Fétis, savants et philosophes comme Barbereau, universels dans les sciences et les arts comme Meyerbeer, écrivains charmants comme Mendelsshon, esprits délicats, souples et déhés comme Auber; mais, ce que nous désirons pour les jeunes et chers adeptes de l'art qui nous ouvre les sanctuaires del intelHgence, c'est qu'ils s'en montrent dignes, sinon en pratiquant les autres arts, du moins en les comprenant et en les admirant tous.