‹ Éléments d'esthétique musicale et considérations sur le beau dans les artsChapitre 30 sur 36 · NATIONALITÉ ML'SIGALE ANGLAISE · texte numérisé non relu

NATIONALITÉ ML'SIGALE ANGLAISE

Un préjugé assez fortement enraciné fait ^généralement considérer la race anglo-saxonne, mglo-normande, comme réfractaire aux beauxirts et particulièrement à la musique.

Lanation anglaise compte pourtant au nombre le ses illustrations, des poètes immortels comme Shakespeare, Milton, Byron; des savants, des listoriens, des romanciers, des peintres, des îhilosophes comme Bacon, Darwin, de grands )olitiques, des financiers et des hommes de guerre. Ce petit peuple, enserré dans ses îles, i une puissance d'expansion telle, qu'il affirme ;on énergie vitale, sa vigoureuse individualité ;ur Tunivers entier. Au xxi" et au xvn^ siècle, 'Angleterre peut revendiquer plusieurs habiles héoriciens et compositeurs de musique religieuse. Parmi les célébrités de cette période, lommons Byrd William, né à Londres vers I008, m des plus grands musiciens du xxf siècle, ^'étis, dans la remarquable étude qu'il lui a coniacrée, n'hésite pas à le classer au même rang [ue les plus grands maîtres allemands et italiens : e Palestrina et l'Orlando Lasso de TAngleterre. rrès habile organiste, maître de chapelle et

compositeur de musique sacrée et profane, le style de Byrd se distingue non seulement par la nature originale des idées, mais encore par une grande pureté d'harmonie, par une grande habileté dans Tart d'écrire. Mentionnons trois messes à quatre voix, des madrigaux à trois, quatre et cinq voix, plusieurs recueils de chansons graves et joyeuses à trois, quatre, cinq et six parties, des psaumes, chansons et sonnets pour diverses voix, des préludes et quatrevingts pièces, composées pour la virginale et l'orgue.

TaUis (Thomas), comme son illustre professeur Byrd, fut un des musiciens les plus célèbres et les plus savants du xvi' siècle. Attaché à la chapelle des rois Henri YIII, Edouard YI, et des reines Marie et Ehsabeth, il remplit, conjointement avec son maître Byrd, les fonctions d'organiste. Il obtint de la faveur royale le privilège exclusif d'imprimer la musique nationale et étrangère. Les antiquairesmusiciens indiquent d'assez nombreuses compositions reUgieuses de Tallis; la plus extraordinaire de toutes serait un chant à quarante voix. Le manuscrit de cette œuvre phénoménale existe, parail-il, à la bibhothèque de l'éghse du Christ à Oxford; huit soprani, huit mezzo-soprani, huit contreténors, huit ténors, huit basses. Comme sainH Thomas, je suis incrédule, et je demande èl toucher cette prodigieuse création harmonique '

N'oublions pas Henri Purcell, né à Londres en 1658, mort dans cette ville en 169o, et sans contredit la plus grande personnalité musicale anglaise ; ses compositions religieuses et instrumentales affirment une individualité puissante et originale, si Ton tient compte du degré d'avancement de la science harmonique et instrumentale de l'époque. H. Purcell doit prendre rang parmi les plus hautes illustrations musicales de son temps. Haendel avait en grande estime les œuvres lyriques, les oratorios et aussi les pièces instrumentales pour orgue, clavecin, que ce maître a laissées à la postérité.

La Société des Antiquaires anglais et Louis Farrenc, dans son premier volume du Trésor des Piœidstes, donnent plusieurs pièces de clavecin comme spécimens du style de ce grand maître, que Ton a pu comparer, pour sa merveilleuse fécondité, à A. Scarlatti. Le style vocal de Purcell procédait de celui de Carissimi, mais on ne peut lui dénier un cachet individuel très caractérisé.

Le célèbre Porpora, dont Haendel avait encouragé les débuts dramatiques pendant son séjour à Rome, en 1710, a, lui aussi, résidé à Londres. Rival heureux et favorisé par une fraction de l'aristocratie anglaise hostile k Haendel, il devînt Tirréconciliable ennemi de ce grand maître, qu'il était loin d'égaler comme puissance créatrice. Il faut pourtant reconnaître

Porpora pour un des grands maîtres de l'Italie. Sa production, dans les deux styles religieux et dramatique, est considérable : plus de cinquante opéras, des messes, des oratorios, des antiennes, des motets, de nombreuses cantates, prouvent l'étonnante fécondité, la souplesse et l'habileté de ce compositeur, qui fut le plus habile maître de chant du xvnf siècle. Avant d^ètre engagé à Londres pour être opposé à Haendelj qui s'était aliéné ses protecteurs par les violences de son caractère, Porpora, dont l'immense réputation rayonnait souverainement en Italie, avait fait représenter plusieurs ouvrages originaux à Vienne et à Dresde. Son activité de production égalait celle de son émule en génie, A. Scarlatli, dont il fut, paraîtil, jaloux comme compositeur et professeur. Le célèbre Hasse fut Télève de ces deux grands musiciens, et l'une des causes de l'hostilité violente qui se produisit entre eux. Porpora, commeHaendel, composa àLondres des ouvrages italiens où, maître incomparable dans l'art vocal, il s'étudiait à faire briller la virtuosité de ses interprètes. Le célèbre chanteur FarineUi, aussi désigné sous le nom de Porporino, fut un des chanteurs les plus renommés formés à l'école de Porpora.

Il faut encore mentionner parmi les maîtres du xvni' siècle, Arne Thomas, musicien anglais né à Londres en 1710. Ce compositeur a eu le

rare mérite d'avoir un style personnel et d'être assez lui, pour ne pas imiter Haendel. Les* chants de Arne sont élégants, naturels, ses harmonies très correctes et ses accompagnements fort intéressants. L'œuvre dramatique de ce maître comprend vingt-trois opéras, des cantates, des odes lyriques et neuf volumes de chansons anglaises. Les compositions de Arne offrent un mélange heureux du style italien et des airs nationaux. Mais, à vrai dire, ces procédés d'agencement ne donnent pas le sentiment d'une musique d'un caractère bien déterminé.

L'Angleterre, mais plus particulièrement l'Irlande et l'Ecosse, comptent de nombreux airs populaires, de tonahté et de rhythmes très caractérisés ; mais ces chants originaux, dont la saveur de terroir est très accusée, ne constituent pas un art musical national. Nous émettons la même opinion pour les mélodies Scandinaves, les mélodies norvégiennes, suédoises et danoises , qui sont en parfait accord avec le sentiment expressif et rêveur de ces contrées, oii la vie patriarcale se conserve encore malgré les progrès incessants de notre civiHsation positiviste. Ces chants du Nord aux rhythmes vagues, indéterminés, ont un suave parfum poétique. Mais là encore, les conditions essentielles à un art lyrique national font défaut, et les compositeurs itahens, français et allemands, restent souverains.

C'est moins à l'originalité artistique qu'à la protection éclairée et à la haute hospitalité anglaise, qu'il convient de rendre hommage. Haydn, Weber, Mendelssohn, ont été chaleureusement accueillis par ce libre peuple, toujours prêt à se passionner pour ce qui est beau et grand. Mais depuis plus d'un siècle l'art musical anglais semble stérilisé, la production d'œuvres lyriques est presque nulle, les quelques essais de retour à un art national, n'ont rien affirmé d'original et de caractéristique. Les opéras de Balfe ne peuvent modifier notre sentiment à cet égard. Ajoutons même que les Anglais préfèrent entendre les opéras allemands et français, traduits en italien, interprétés par des chanteurs parlant cette langue. Enfin, pour tout dire, les crises politiques, sociales, industrielles, les agitations de la vie publique, les guerres fréquentes, ont tourné les forces vives et intellectuelles du peuple britannique vers d'autres préoccupations que les questions d'art. Et pourtant, hâtons-nous d'ajouter que tous les compositeurs et virtuoses étrangers qui sont venus produire leurs œuvres^ faire apprécier leur talent, ont toujours reçu l'accueil le plus sympathique d'un public empressé à reconnaître le vrai mérite. Les grands maîtres de la symphonie, du drame sacré et lyrique, ont vu leurs œuvres acclamées. Haendel, Porpora, Haydn, Weber,

Mendelssohn, ont reçu en Angleterre l'hospitalité la plus généreuse, et ont été fêtés comme les princes de Tart.

Clementi, Cramer, Kalkbrenner, Herz, List, Thalberg, la Malibran, la Grisi, la Patti, Lablache, Mario, etc. etc., ont non seulement obtenu d'immenses et légitimes succès, mais aussi compté les plus nobles amitiés, les dévouements les plus chaleureux. La libre Angleterre tient à honneur de rester la terre la plus hospitalière du monde.

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