NATIONALITE MUSICALE ESPAGNOLE
La race espagnole, si riche en illustrations de tout genre : hommes de guerre, explorateurs, littérateurs, romanciers, poètes, artistes peintres, a produit quelques grands compositeurs de musique religieuse. Le plus célèbre de tous, le plus habile continuateur de Palestrina, fut Victoria, maître de chapelle à Rome à la fin du xYi*" siècle, puis directeur de la chapelle du roi d'Espagne. Les compositions religieuses de Victoria portent toutes le cachet de profond savoir, et le sentiment d'austérité qui caractérisent le style musical de cette époque.
Morales^ autre compositeur espagnol, dont il fut le disciple, avait précédé Palestrina dans la voie de réformation musicale, si admirablement accomplie par ce grand maître. Morales et Victoria ont écrit un nombre considérable demesses, antiennes, motets, qui font le plus grand honneur à l'école espagnole religieuse.
D'autre part, l'Espagne est riche en airs nationaux, chants caractéristiques, airs de danse auxrhythmes variés et pleins d'entrain. Mais ces petites pièces caractéristiques, de même que les charmantes habaneras, les sevillanes, boléros,
etc., n'offrent que des éléments musicaux de peu d'importance, intercalés dans un opéra ou un ballet.
On peut même affirmer que, s'ils n'étaient traités par une main habile, ces airs nationaux prendraient une teinte monotone, et le fait a pu être constaté dans les partitions d^un maître espagnol, Gomès, qui a fait représenter à Paris trois opéras comiques dénotant un compositeur de talent, mais manquant de qualités originales. Ces ouvrages, que je me souviens d'avoir entendu, avaient pour titres le Diable à Séville, un acte, le Portefaix^ trois actes, le Reveyiant, opéra fantastique en deux actes, enfin Roch le barbu, un acte. Ces œuvres dramatiques affirment l'entente parfaite de la scène et plusieurs morceaux, airs, duos, quatuors, sont dignes d'être cités pour leur belle facture. Les critiques musicaux de 1830 à 1840, reprochaient aux compositions de Gomès de fréquentes réminiscences, le défaut d'individualité. Gomès est mort en 1866, à l'âge de soixante-treize ans.
Citons un compositeur catalan : Parcinet, contemporain de Gomès, né en 1789 et mort en i86o. Ce valeureux musicien voulut, comme Glinka, doter l'Espagne d'un théâtre national lyrique. On doit à ce maître dix opéras^ plus italiens qu'espagnols, représentés à Madrid, Barcelone et Saragosse. Ciebra de José a, lui
aussi, voulu mettre en lumière les qualités originales et charmantes des mélodies espagnoles, en intercalant dans un drame lyrique en deux actes, Maravillaj de nombreux motifs nationaux disposés avec art et traités avec science. Mais le compositeur lyrique espagnol dont le nom est resté célèbre dans l'histoire de l'art dramatique et du chant, est Garcia (Manoel), né à Séville en 177o, et mort à Paris en 1832. Ce maître, chef aimé mais quelque peu redouté, d'une famille d'artistes illustres, M'^'^' Malibran, Yiardot, et Garcia fils, le célèbre professeur de chant, a composé un nombre considérable d'ouvrages dramatiques qu'il a fait exécuter à Mexico, à New-York, à Madrid, à Malaga, àNaples, à Londres et à Paris. La plupart de ces partitions, trente-quatre, appartiennent au style italien ; plusieurs sont écrites sur des livrets espagnols, enfin plusieurs ont été exécutés au Théâtre Feydeau (Opéra-Comique), au Théâtre italien, au Gymnase et à l'Opéra.
On voit par ce rapide exposé, de quelle activité féconde, de quelle fièvre de composition, Manuel Garcia était dévoré ; mais, malgré la grande habileté de ce maître au style souple, facileet brillant, son plus grand titre de gloire, celui qui illustrera son nom, est d'avoir formé, élevé à la vie musicale, les enfants de génie qui ont continué ses grandes traditions artistiques.
A l'heure présente, le niveau de l'art dramatique espagnol s'est abaissé aux opérettes, comédies à ariettes, aux zarzuelas, ne demandant à la musique qu'un amusement agréable et non des émotions : citons parmi les compositeurs de cette musique de genre, Soriano da Fuentes et Barbieri,, l'auteur de la gracieuse partition du Domino bleu.