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DU RYTHME

Le rythme est un des éléments primordiaux r de la musique. Son caractère essentiel est de . donner le mouvement, la vie à l'élément sonore, , à la mélodie et à l'harmonie, qui, privées de i^ son concours, n'auraient ni le même charme, ' , ni le même intérêt.

En tant que forme sonore régalièremeut cadencée, le rythme appartient non seulement à l'art musical mais encore à la poésie, à la danse, à la mimique, à toute action coordonnée, régulière, périodique.

Il ne faut pas confondre la mesure, — division des sons en temps égaux , addition des moments en sommes égales, — |avec le rythme, succession symétrique de groupes sonores de durées variées, mais représentant régulièrement les mêmes dessins, les mêmes accents, si le rythme est uniforme et persistant.

La musique (la plus primitive comme la plus raffinée) tire des effets puissants de l'emploi ' bien ordonné et de 1 heureux choix de certains rythmes. Les instruments rythmiques de percussion ont, en dehors de tout but musical, une valeur incitatrice extraordinaire. Des peu-

pies qui ont un sentiment très imparfait de la musique, subissent inconsciemment l'action du rythme. C'est pour eux un phénomène physique agissant sur Forganisme, l'impressionnant, l'exaltant, sans qu'ils comprennent leur propre entraînement.

Dans 4'antiquité, le rythme musical s'identifiait étroitement avec la phrase déclamée , s'unissait à la mélopée, accentuait la prosodie en scandant d'une manière sensible, chantante et musicale, les longues et les brèves, les césures et les cadences de la poésie récitée.

Les documents légués par les historiens de l'antiquité sur les connaissances musicales, mélodiques et instrumentales des grands ancêtres de notre art. sont très rares et plus qu'incomplets. L'art grec est celui qui nous renseigne le mieux sur les effets prodigieux attribués à la musique, sur la puissance de ces rythmes si variés, énergiques ou tendres, majestueux ou légers, passionnés ou langoureux, héroïques ou bachiques, lyriques, épiques, religieux, exaltant tour à tour les plus nobles sentiments, les plus ardentes passions, et cela non seulement par l'éclat des images, mais aussi par l'irrésistible entraînement de la cadence. La poésie grecque si euphonique et si riche, a été pour le rythme musical une source féconde se prêtant aux ^.nombreuses combinaisons des sons de durées variables, offrant aussi des cadences

régulières, des retours périodiques, des terminaisons alternatives. Ces mélopées, par leur tonalité réglementée, par leur peu d'étendue vocale, par leur allure déclamatoire, différaient absolument de la forme des mélodies modernes et même des chansons des trouvères : cependant elles ont inspiré et soutenu nos chants religieux pendant de longs siècles.

Le rapport de la durée des sons entre eux, leur succession lente ou rapide , le mélange alternatif des différentes valeurs exprimées, leur retour symétrique et périodique, constituent les différentes variétés du rythme musical. Plus un rythme est persistant, plus son action devient intense.

Le rythme, dont Torigine est dans le mouvement, a aussi une existence indépendante de la musique ; car un bruit cadencé, la marche régulière des soldats, le galop du cheval, le frappement des marteaux, les batteries du tambour, le bruissement des castagnettes et des cymbales marquent le rythme et ne constituent pas un élément musical.

La génération du rythme musical est l'expression directe de Tordre dans le temps, par l'intonation, raccent, par la voix articulée ou par la sonorité des instruments musicaux, ou simplement par des instruments de percussion, appuyant les temps forts de la mesure. Le rythme a pour principe élémentaire le mouve-

ment symétrique régulier ou varié, mais toujours périodique de valeurs musicales affectant des dessins identiques, partageant exactement les durées, fractionnant les mesures en temps forts et en temps faibles. Il assujettit toutes les combinaisons rythmiques à l'unité de mesure qui est la loi primordiale à laquelle toute idée musicale exprimée doit se soumettre, pour que le discours musical conserve une cadence dont Foreille puisse apprécier la régularité. C'est par la symétrie et la périodicité régulière des dessins rythmiques que se forment les différentes espèces de mesures.

Les éléments du rythme musical sont les valeurs des notes exprimant la durée des temps et leurs divisions et subdivisions binaires ou ternaires, ces combinaisons variées, simples ou complexes, mélangées de silences ; mais offrant toujours des retours périodiques symétriques , posant régulièrement sur les temps forts ou faibles de la mesure, suivant le dessin choisi comme type de mélodie forment autant de types rythmiques. La cause déterminante des succès de popularité qu'obtiennent certains airs de danses et de chants rudimentaires est bien certainement la simplicité et la régularité des rythmes, comme aussi le contour naturel et la facilité d'intonation du motif vocal. Le sens auditif retient tout de suite une idée musicale qui s'accentue par un

rythme franc, par des césures et des cadences que l'on pressent à Favance. C'est par les airs nationaux, parles refrains improvisés du laboureur, du soldat ou de Tartisan, par les chants de guerre oudamour, parles chansons de table ou de gestes, satiriques, bachiques, héroïques, etc., que la musique s'est affranchie des formes hiératiques de Fart primitif, du rythme solennel, imposant, mais monotone et lourd du plainchant. Au xv" et auxvi^ siècle, les chansons populaires avaient même envahi les sanctuaires, et les conciles durent à plusieurs reprises proscrire les chants profanes qui avaient follement et très irrévérencieusement remplacé les chants liturgiques.

Bannie, fort justement, de l'église, la chanson, sous toutes les formes, avec toutes les allures, a créé d'innombrables mélodies aux rythmes accusés, qui sont le caractère de ce genre, particulièrement français. Répétons cependant que, plus le rythme musical s'unira étroitement à la mesure et à la prosodie du vers, plus Foreille retiendra facilement l'intonation et Faccent mélodique. La musique unie à la parole doit toujours s'assujettir à la vérité d'expression et de diction que commandent le sens des paroles, la c^ésure et la ponctuation.

Les rythmes simples des chants populaires s'imposent irrésistiblement aux oreilles les plus rebelles. Il en est de même des airs de danse

qui possèdent les qualités appréciées des chorégraphes : la mesure, le mouvement, la carrure des phrases, la symétrie des dessins mélodiques, la régularité et la persistance des dessins rythmiques et par-dessus tout la variété, la souplesse et le charme des idées musicales. La musique de danse d'une accentuation molle et indécise, d'une mesure mal assurée, est tout à fait impuissante à soutenir les danseurs.

L'origine du rythme dansant est le pas, l'action, le mouvement partant du repos pour revenir au repos. Les pas qui se succèdent à intervalles égaux constituent la marche. L'oreille est le juge qui règle et dirige la similitude des mouvements et des temps. Dans les marches de caractère déterminé, religieuses, funèbres, héroïques, triomphales, ou marches orientales, turques, indiennes, etc., le rythme donne une allure saisissante aux mélodies, dont la couleur expressive doit justifier le titre de la marche. L'emploi judicieux d'un rythme original donnera toujours un grand relief à l'idée musicale si le compositeur possède une réelle science orchestrale.

Tous les grands maîtres de l'art dramatique et symphonique ont admirablement compris qiielle puissance et quelle variété d'effet on peut obtenir par l'emploi de rythmes bien déterminés confiés à des masses chorales, à des ensembles dont l'accentuation énergique accuse

avec fermeté la division des temps et les dessins mélodiques.\Tes rythmes variés, complexes, marchant en même temps, sont d'une exécution plus minutieuse et se retiennent moins facilement, mais réservent aux compositeurs des effets musicaux du plus vif intérêt. J.-S. Bach et son fils Emmanuel, Haendel, Rameau, Gluck, Haydn, Mozart, Beethoven, Mendelssohn, Schubert, Schumann, Cherubini, Rossini^ Hérold, Halévy et nos illustres modernes, ont eu tous recours aux effets rythmiques.

L'action du rhythme se fait sentir surtout dans les effets de puissante sonorité confiés aux masses chorales et instrumentales ; mais dans les compositions concertantes, on peut plus particulièrement apprécier l'ingéniosité des combla naisons rythmiques complexes. Les nombreux thèmes variés par les maîtres offrent d'innombrables types différents de variations rhythmiques de 1 idée mère, admirables modèles trop souvent défigurés par de maladroits copistes.

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