ACCROISSEMENT DES OS SECONDAIRES DU CRANE
point de vue morphologique, je ferai remarquer que la doctrine du crâne primordial et des os secondaires est tout à fait indépendante de la question de savoir si les derniers procèdent du cartilage ou du tissu eonjonctif. La doctrine que nous avons développée s'appuie sur ce fait, qu'une partie des os se développe directement aux dépens du crâne primordial cartilagineux, et que les autres se développent en dehors de ceux-ci, et ne sont point préformés. Pour plus de détails, je renvoie le lecteur à mon Anatomie microscopique (IIe partie, I, p. 374, 375), ainsi qu'aux remarques que j'ai consignées dans les Archives de zoologie scientifique (Zeitschrift fur wissensdut fil. Zoolog. deSiebold et Kölliker, t. Il, p. 28 I ), car je suis plus que jamais disposé à les défendre. Je renvoie aussi au travail de Bruch 'Joe. cit.), ainsi qu à la dissertation de Reichert (Mullers Arch., 1849, p. 442, et 1852, p. 528), dissertation dans laquelle se trouvent développées des opinions contraires aux miennes.
§ I l i. Accroissement des os secondaires du crâne. — Les OS du cràlie,
qui ne se développent point d'un cartilage préformé, apparaissent sous forme de noyaux osseux limités, arrondis ou allongés, constitués par une petite proportion de substance fondamentale et par quelques cavités osseuses. Ces noyaux osseux sont entourés par une petite quantité de blastème moins consistant. On n'a pas encore observé comment le noyau osseux prend naissance; cependant, d'après la manière dont il se développe, on peut admettre avec certitude que, peu de temps avant son apparition, il se forme aux dépens du blastème mou, et à la place qu'occupera le noyau osseux, une petite lamelle qui s'ossifie à partir d'un point de son étendue, par réception de matériaux salins et par métamorphose de ses cellules. Lorsqu'un premier point osseux est ainsi apparu (sur l'os pariétal, par exemple), il s'accroît , tandis que le blastème luimême s'étend aussi sous forme membraneuse ; il résulte bientôt de là une tendre lamelle résultant de cloisons osseuses réunies sous forme de réseau, et qui se prolongent à la manière de rayons dans la partie du blastème non encore ossifiée (fig. 1 37), Lorsqu'on examine la chose attentivement , on trouve que les petites cloisons osseuses se sont formées dans le blastème membraneux par l'ossification de ses éléments , et que, là où on les rencontre, elles ont en quelque sorte consommé tout le blastème : les restes du blastème peuvent être aperçus dans les vides que ces cloisons laissent entre elles. On trouve , enfin , que la formation des éléments de
os
Fig. 137,
se comporte absolument comme dans les dépôts du périoste, A mesure, en Pariétal d'un fœtus âgé de quatorze semaine!. Grossissement de 18 dia-
Fig. 13 mètres.
effet, qu'on s'éloigne des points osseux , les rayons qu'ils envoient dans le blastème deviennent plus mous , plus pâles , plus pauvres en matériaux salins , et leurs cellules sont de plus en plus semblables aux cellules formatrices; enfin leurs limites deviennent de moins en moins marquées, et ils finissent par se perdre complètement dans le blastème.
Dans le principe, les os dont nous parlons croissent d'abord dans le sens de la surface; les rayons osseux se prolongeant et se réunissant entre eux par des rameaux transversaux , forment un premier réseau qui s'accroît sans
cesse. Bientôt, la lamelle osseuse originaire augmente aussi en épaisseur, du côté de sa lace interne et du côté de sa face externe, par apposition de couches blastématiques qui , appliquées sur la portion osseuse ancienne , deviennent elles-mêmes promptement compactes. Les couches nouvelles doivent être mises sur le compte du périoste qu'on trouve aux surfaces des os secondaires peu de temps après leur apparition, ou bien elles se forment soit aux dépens du blastème originaire , soit aux dépens des parties voisines (périchondre du crâne primordial , gaines musculaires et tendineuses), et elles se comportent absolument de la même manière que les dépôts du périoste dans les os qui procèdent de cartilages préformés. Ainsi il se dépose d'abord à la surface interne du périoste un blastème mou , lequel s'ossifie successivement à partir de l'os déjà formé , et sans passer par l'état cartilagineux (fig. 138). De cette manière, il se forme successivement de nouvelles lamelles aussi bien a la surface interne qu à la surface externe de la tablette osseuse primitive , et l'os en voie de formation devient de plus en plus épais. Dans le principe , toutes ces nouvelles lamelles se présentent comme les premières, sous forme de réseau, et les espaces du réseau osseux tantôt arrondis , tantôt allongés et de grandeurs diverses, communiquent avec les espaces des lamelles précédentes et communiqueront avec ceux des lamelles suivantes : de cette manière, les noyaux osseux secondaires , tout comme ceux des dépôts du périoste, sont dès le moment de
Fig. 138.
Fig. 138. — A, portion d'os prise sur la surface interne du pariétal d'un nouveau-né. (irossissemenl de 300 diamètres, a, substance osseuse avec ses cavités osseuses, encore pâle et tendre; b, limite de cette partie de Toa; c, blastème d'ossification avec ses fibres et ses cellules.
B. Trois cellules du blastème d'ossification vues à un grossissement de 350 diamètres.