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Fig. 139.
Fig. 139. — Fibres nerveuses vues à un grossissement de 350 diamètres.
1. Fibres du chien et du lapin à l'état naturel : a, tube mince; b, tube moyen ; c, tube large d'un nerf périphérique.
'2. Fibre nerveuse de la grenouille, après addition de sérum : a, goutte de moelle exprimée par la pression ; b, cylindre de l'axe au milieu de la goutte de moelle et se prolongeant dans le tube nerveux.
3. Fibres fraîches de la moelle de l'homme, après addition de sérum : a, enveloppe ; b, gaîne médullaire à double contour; c, cylindre de l'axe.
4. Fibre à double contour du quatrième ventricule de l'homme. Le cylindre de Faxe fait saillie au dehors, et se voit aussi dans l'intérieur de la fibre.
5. Deux cylindres de l'axe isolés, tirés de la moelle épinière : l'un est onduleux, l'autre présente une largeur inégale et un peu de moelle adhérente à sa surface.
dalla ire de Rosenthal et Purkynè, substance blanche de Schwann) (fig. 139, 3 b, fig. U î, 3, h b), qui forme un tube cylindrique enveloppant étroitement la fibre centrale. La moelie nerveuse, dans les fibres fraîches, est complètement homogène ; elle est visqueuse comme une huile épaisse, transparente et claire ou d'un blanc brillant, suivant le mode d'éclairage ; c'est elle évidemment qui donne aux nerfs leur brillant spécial. Sous l'influence du froid, de l'eau, de la plupart des acides et d'une foule d'autres réactifs, la moelle nerveuse se modifie promptement et toujours de la même manière. Cette modification consiste essentiellement dans une coagulation qui marche de la superficie vers la profondeur, et qui peut envahir toute l'épaisseur de la moelle ou se borner aux couches les plus externes. Dans ce dernier cas se produisent les tubes nerveux à doubles contours (fig. 139, 2, 3, h), c'est-àdire dont la gaine médullaire est coagulée dans ses couches superficielles,
tandis qu'elle est restée fluide à sa partie interne. Lorsque, au contraire, la coagulation a été complète, le contenu des tubes paraît grumeleux et | de couleur foncée (fig. l/iO). En effet, la moelle nerveuse coagulée présente rarement un aspect homogène; ordinairement elle est grumeleuse, granulée en apparence , composée de masses distinctes, plus ou moins volumineuses ; traitée par l'acide acétique , elle semble formée de petits bâtonnets isolés ou réunis en réseau.
D'un autre côté, il suffit de la moindre pression pour altérer la moelle des nerfs. On la voit alors s'échapper par l'extrémité du tube ou par des dilatations sacciformes de la gaine , qui se sont rompues , et se diviser en gouttes plus ou moins grosses, qui affectent toutes les formes possibles , celles de sphères régulières , de massues , de fuseaux , de cylindres , de filaments, voire même celle des corps les plus bizarres ; et comme ces gouttes peuvent également se coaguler à leur surface seulement ou dans toute leur épaisseur, elles présentent, de même que les fibres nerveuses, tantôt un double contour, tantôt un aspect plus ou moins grumeleux. Mais la forme de la gaine médullaire se modifie également dans l'intérieur du tube nerveux, car au lieu de conserver sa distribution égale et sa forme cylindrique, elle s'accumule bientôt en masses distinctes. De là résultent les tubes variqueux (fig. 1^0), qui ont si souvent occupé les anatomisles, et dans lesquels la moelle forme tantôt une série régulière de renflements en
Fig. 110. — Tubes nerveux de l'homme, grossis 350 fois, dont quatre tubes fins ( deux d'entre eux sont variqueux ) ; un tube moyen à simple eontour, et quatre gros : de res derniers, deux sont à double eontour et deux eontiennent une matière grumeleuse
Fig. 141
chapelet, tantôt des masses irrégulières d'un volume variable, et peut même présenter, par places, de véritables solutions de continuité. Ces diverses formes de la moelle s'impriment ou non à la gaine, mais ne modifient point celle de la fibre centrale ; elles sont tout artificielles et se montrent surtout dans les tubes minces et dans ceux qui ont une gaine fort délicate, comme les fibres des organes centraux.
La fibre centrale, ou fibre de l'axe des tubes nerveux [ruban -primitif ou tube '■■ primitif de Remak, cy linder axis de Purkynè) (fig. 139, 2, 4, 5; cfig. 141, 1), est une fibre cylindrique ou légèrement aplatie , qui , dans les tubes nerveux frais, n'est pas plus distincte que la gaine amorphe, attendu qu'elle est entourée de toutes parts par la moelle, et qu'elle réfracte la lumière absolument comme cette dernière. Mais on la découvre aisément en déchirant les tubes nerveux, ou en les traitant par divers réactifs. On reconnaît alors qu'elle constitue un élément constant des fibres nerveuses, qu'on peut toujours voir dans l'intérieur des tubes et quelquefois isoler complètement. Avant toute préparation, la fibre centrale est pâle, généralement homogène, quelquefois finement granulée ou striée, à contours pâles rectilignes, souvent irréguliers par places; ordinairement elle conserve partout le même diamètre. Ce qui la distingue surtout de la moelle nerveuse, c'est qu'elle n'est point fluide et visqueuse, bien que souple et flexible ; qu'elle est, au contraire, solide et élastique, à peu près comme l'albumine coagulée, substance dont elle paraît se rapprocher également par ses propriétés chimiques. Le cylindre de l'axe existe dans toutes fibres nerveuses pourvues de moelle, même dans les plus fines, et présente toujours le même caractère. Son épaisseur équivaut au tiers environ ou à près de la moitié du diamètre des fibres nerveuses.
Nous désignerons sous le nom de tubes nerveux contenant de la moelle, ou opaques, ceux dans lesquels se rencontrent les trois éléments que nous venons de décrire. Ces tubes forment la grande majorité des fibres nerveuses de notre corps. Mais il existe, en outre, quelques autres formes de tubes qui
Fig. 141. — Fibres nerveuses grossies 350 fois.
t. Fibres nerveuses de la grenouille, bouillies dans l'alcool et l'acide acétique : a, gaine; b, cylindre de l'axe; c, cristaux (graisse?).
2. Gaînc isolée d'un nerf de la grenouille, qu'on a fait bouillir dans la soude.
3. Fibre du plancher du quatrième ventricule de l'homme, traitée par la soude : a, gaîne; b, moelle s'écoulant par gouttelettes. On n'y voit point le cylindre de Faxe, qui sans doute s'est échappé pendant la préparation. L'espèce de cordon qui occupe la ligne médiane est formé par la moelle.
4. Fibre de la racine du nerf moteur oculaire externe de l'homme, traitée par la soude : a, gaîne; b, moelle. Le cylindre de l'axe n'est pas visible.
méritent une étude spéciale. Je veux parler des tubes qui ne présentent aucune trace de substance médullaire, et qui sont constitués par une gaine nerveuse et par un contenu transparent, identique ou très analogue à ja Obre centrale des autres nerfs. Ces tubes nerveux privés de moelle ou pâles se montrentsoitsousla forme de prolongements des tubes à moelle, là où ces derniers s'unissent à des cellules nerveuses, soit sous l'aspect de tubes indépendants, formant ce que les auteurs ont appelé les prolongements des cellules nerveuses, soit enfin comme terminaison des nerfs à contours foncés. Ils peuvent être sous-divisés, à leur tour, en plusieurs groupes qui diffèrent les uns des autres par la présence ou l'absence de noyaux, par le degré de transparence et de consistance de leur contenu. Ajoutons que les fibres opaques sont également très variables, tant sous le rapport de la résistance de leur gaine que sous celui de leur diamètre, qui peut osciller entre 0mm,0011 et 0""",02 ou plus; ces différences permettent de les distinguer en tubes minces et tubes larges, en fibres délicates et fibres résistantes. Il résulte de tous ces faits que les tubes nerveux, tout en conservant leur caractère général de tubes, offrent entre eux des différences très notables.
L'enveloppe ou la gaine des tubes nerveux, dont la découverte est due à Schwann, est assez difficile à voir dans la plupart des nerfs : rarement elle se distingue nettement de son contenu : c'est ce qui a lieu cependant dans les racines de quelques nerfs crâniens (nerfs moteurs oculaires, par exemple ) et des nerfs spinaux. Mais en employant certains réactifs, on réussit toujours et facilement à en démontrer l'existence. L'ébullition dans l'alcool absolu suffit déjà pour enlever une portion notable de la «raisse de la moelle, et pour rendre assez nette la gaine, qui se présente alors sous la formé de deux lignes foncées; mais si ensuite on fait bouillir un instant, les nerfs dans l'acide acétique, agent qui dissout ce qui restait du contenu, en ne laissant que la fibre centrale, la gaine devient on ne peut plus visible et évidente. En même temps, on voit se produire une multitude de cristaux (fig Iii, 1). On peut aussi étudier très bien les gaines sur des nerfs traités par l'alcool bouillant , puis par la soude caustique à froid : elles semblent y former les contours pâles , souvent onduleux, de la portion restante du contenu médullaire. En faisant ensuite bouillir un instant ces nerfs dans la soude, il devient très facile d'isoler des portions assez étendues de gaine, complètement vides et un peu gonflées; ces fragments de gaîne ressemblent en petit aux cylindres vides formés par la membrane propre des cànalicules urinaires (fig. 141, 2). Mais le meilleur mode de préparation consiste à traiter les tubes nerveux par l'acide nitrique fumant, et à y ajouter ensuite de la potasse caustique. Sous l'influence de ces réactifs, on voit la graisse s'écouler du tube en forme de petites gouttes, l'axe central se dissout, et il ne reste plus que la gaîne vide, colorée en jaune, élargie, et dont les parois gonflées mesurent 0mm,0009 à 0mm,00(M8 d'épaisseur. Des nerfs traités par le sublimé permettent aussi quelquefois de distinguer très bien les gaines, comme l'a annoncé Czermak [Zeilschr. füriviss. Zool.,\ 850) Cette o-aîne amorphe existe-t-elle dans les tubes nerveux les plus fins des organes centraux et des nerfs périphériques (au-dessous de 0mra,005)? La question est encore indécise. L'analogie semblerait devoir le faire admettre; mais, d'un autre côté , certains faits tendent à démontrer qu'il y a aussi des fibres nerveuses primitives privées d'enveloppe et contenant ou non de la moelle. Déjà dans mon And t. microsc. (II, 1, 396) , j'ai attiré l'attention sur cette circonstance que, d'après mes observations sur les têtards , plusieurs fibres opaques se développent dans une même gaine amorphe produite par l'a fusion d'un certain nombre de membranes de cellule, et que les planches de R. Wagner feraient croire à un phénomène analogue dans l'organe
électrique de la torpille. Or, dans ces cas , il serait difficile d'admettre une gaîne spéciale pour chaque tube. Plus récemment, Stannius (Gotting. Nacht"., 1 8 50) a trouvé sur le pétromyzon que les fibres nerveuses des organes centraux manquent à la fois de gaîne et de moelle, et ne sont, pour ainsi dire, que des cylindres de l'axe complètement libres. Tout en admettant que 1 impossibilité de démontrer la gaîne ne constitue pas une preuve certaine de sa non-existence, on ne saurait s'empêcher de prendre les faits précédents en considération, et de reconnaître que dans cette question une conclusion par voie d'analogie ne serait pas suffisamment fondée.
Pour voir la moelle nerveuse ou gaine médullaire dans ses rapports normaux , il faut porter rapidement sous le microscope un nerf pris sur un animal qu'on vient de tuer, en n'y ajoutant aucune substance étrangère. Dans ces conditions, on voit toujours des fibres nerveuses qui n'ont encore subi aucune altération ; mais bientôt la dessiccation vient mettre obstacle à l'observation. On peut aussi, dans le même but, examiner les nerfs de certaines parties transparentes d'un animal fraîchement tué ou vivant (membrane clignotante , muqueuse de la grenouille, queue du têtard), ou étudier les nerfs sur des plaques de verre chauffées (Stark), ou après les avoir traités par l'acide chromique, réactif qui conserve les fibres de l'encéphale, en particulier, d'une manière irréprochable. La moelle des nerfs est évidemment une substance visqueuse, filante, d'une consistance analogue à celle de la térébenthine épaisse ; sous l'influence d'une pression légère, elle revêt les formes les plus diverses, et apparaît sous l'aspect de sphères, de filaments ou de masses membraneuses, avec des limites pâles ou avec un double contour de couleur foncée ou transparente. La chimie nous apprend qu'elle est principalement formée de substances graisseuses particulières.
La fibre centrale des tubes nerveux, entrevue peut-être déjà par Fontana, mais dont nous devons une connaissance plus exacte à Remak , qui l'a appelée ruban primitif, et à Rosenfhal et Purkynè, qui l'ont désignée sous le nom de cylinder axis, est incontestablement, de tous les éléments des tubes nerveux, le plus difficile à étudier et lemoinsconnu. Avant ces dernières années un très petit nombre d'auteurs, comme Hannover et J. Müller, avaient adopté complètement la manière de voir de Remak et de Purkynè, qui regardent le cylindre de taxe comme un élément constant, même dans les nerfs frais. La plupart des anatomistes, au contraire, se rangeaient à l'opinion de Valentin (Report., \ 838, p. 76; 1 839, p. 79) et de Ueu\e(Atlg. Àiîa t. )\ qui croient que ce cylindre est loin d'exister dans toutes les fibres, et qui le considèrent comme une formation secondaire, développée seulement après la mort, et comme la partie centrale non coagulée du contenu des tubes nerveux. Ce contenu, pendant la vie, serait complètement homogène. Mais l'élude minutieuse à laquelle j 'ai soumis le cylindre de, l'axe dans ces derniers temps (Mikr. Anat , II, 1, p. 399-iOi ) m'a donné la conviction inébranlable que cet élément constitue une partie intégrante du tube nerveux à l'état de vie. Les principaux faits qui justifient cette proposition sont les suivants :
1 . Le cylindre de l'axe se rencontre constamment dans toutes les fibres nerveuses, tant centrales que périphériques, tant fines que grosses : souvent , quand on déchire la substance blanche , on en trouve des fragments plus ou moins longs , sortis des tubes nerveux , alors même qu'on n'a employé aucun réactif. Dans les nerfs de l'homme , dans l'encéphale et dans la moelle, tels qu'on les étudie ordinairement , un examen attentif fait toujours et sûrement découvrir le cylindre de l'axe, le plus facilement dans les parties centrales, où le manque de névrilème et la ténuité de la gaîne nerveuse rendent la dilacération des tubes nerveux plus aisée. On l'y trouve même suides tubes d'une finesse très grande. Il est en général rectiligne, à contours pâles et parallèles; quelquefois cependant il se rétrécit ou s'élargit d'espace en espace (fig. 139, 5), sans toutefois devenir variqueux comme les tubes eux-mêmes. D'autres fois il est recourbé ou même légèrement onduleux. Il n'est pas rare non plus de le rencontrer avec des bords irrégulièrement dentelés.
2. Lorsqu'on traite par des réactifs convenables des nerfs frais pris sur un animal qu'on vient de mettre à mort , le cylinder axis apparaît immédiatement. Sur un filet nerveux de la peau de la grenouille portez une goutte d'acide acétique glacial ou très
concentré, pondant que vous l'examinerez à un grossissement de 100 diamètres, vous verrez aussitôt le nerf se raccourcir, et, par ses deux extrémités, s'échapper de gros fragments delà substance médullaire devenue grumeleuse, ainsi qu'une foule de fibres claires; le même fait se reproduit quand on examine un tube isolé. Ces fibres claires sont bien certainement des cylindres de l'axe, car on peut les poursuivre facilement, et dans l'épaisseur de la moelle sortie du tube et dans le tube nerveux luimême Elles présentent d'ailleurs tous les caractères du cylindre, avec cette différence seulement qu'elles sont beaucoup plus pâles et plus larges ( elles ont jusqu'à 0""",009 de largeur dans les tubes les plus larges des nerfs périphériques), qu'elles sont évidemment gonflées, et qu'elles forment souvent des circonvolutions analogues à celles de l'intestin, ou sont roulées en spirale Toutes ces modifications sont dues simplement au raccourcissement du nerf entier déterminé par l'acide acétique. Quant à la moelle nerveuse, l'acide acétique la rend grumeleuse ; les grumeaux sont composés tantôt de granulations, tantôt de petits bâtonnets semblables à des cristaux d'acide margarique et que l'on trouve souvent groupés en étoile à la surface des tubes nerveux : Y alcool et Yèlher font découvrir le cylindre de l'axe avec la même netteté, soit qu'on les emploie à froid avec des nerfs frais , cas dans lequel leur effet n'est complet qu'au bout d'un certain temps, soit qu'on y fasse bouillir les nerfs. Je recommanderai spécialement la coction clans l'alcool absolu, qui met parfaitement en évidence la fibre centrale, au bout d'un temps très court Elle rend les nerfs plus denses , mais plus faciles à déchirer, ce qui permet de voir souvent de longues portions de cylindre de l'axe parfaitement isolées. L'acide acétique, au contraire, contracte la libre centrale (qui conserve tout au plus 0n,m,005 de largeur), la rend jaunâtre, compacte, et souvent la crispe ou la contourne en spirale. Telle est aussi l'action de 1 ether. Ces deux réactifs font pâlir et coagulent la moelle nerveuse, dont les grumeaux sont souvent unis entre eux sous l'apparence d'un magnifique réseau. Sur les nerfs qu'on a fait bouillir dans l'éther, puis dans l'alcool , la substance médullaire est devenue très pâle, mais la gaine et le cylinder avis sont parfaitement distincts : ce dernier présente les mêmes caractères qu'après l'emploi de l'alcool seulement. On pourrait conclure de là que le cylindre de Taxe ne contient aucune parcelle dégraisse. Toujours est-il que l'éther et l'alcool ne le modifient aucunement, si ce n'est qu'ils le crispent ; et, traité ensuite par l'acide acétique, il se gonfle de nouveau comme s'il n'avait pas été soumis à l'action de ces liquides. Outre les réactifs précités , Y acide chromique (Hannover), le sublime (Purkynè, Czermak) et l'acide gallique, peuvent servir avantageusement à isoler le cylindre de l'axe ; ces derniers cependant conviennent moins lorsqu'on se sert de nerfs frais, clans lesquels , il est vrai , la fibre centrale apparaît instantanément, mais ne s'isole qu'accidentellement et non d'une manière en rapport avec la durée de la réaction. Sous l'influence de ces réactifs, les tubes nerveux se rétractent, la moelle devient grumeleuse ; le cylindre de l'axe prend une teinte plus foncée et paraît un peu contracté, jaunâtre, si l'on a employé l'acide chromique ; il a du reste les caractères que nous avons indiqués plus haut. Dans le nerf acoustique de l'esturgeon. Czermak a pu voir, au moyen du sublimé, des fibres nerveuses qui se bifurquaient et dont le cylindre de l'axe se divisait de même. On tire aussi de bons résultats de l'emploi de l iode ou d'une solution iodée d'acide iodhydrique (Lehmann). Cette dernière, appliquée sur des nerfs frais , rend immédiatement la moelle grumeleuse, et permet de voir, non-seulement de grands fragments de cylindre de l'axe complètement isolés, mais encore un grand nombre de tubes nerveux dans lesquels ce cylindre, resté en place, est devenu très évident et le plus souvent un peu ondu- Jeux. Les acides chlorhydrique , sulfurique et nitrique fumant, mettent également , dans certains cas, le cylindre de l'axe à découvert (Lehmann).
3. Le cylindre de laxe est formé d'une combinaison prolëique solide, différente de la fibrine ordinaire , ainsi que de la fibrine musculaire. La nature chimique de cette substance est difficile à étudier, car on ne peut guère s'en procurer des quantités notables. Cependant les réactions chimiques qu'on produit sous le microscope peuvent fournir quelques données à cet égard , ainsi que Lehmann et moi l'avons dé-
montré. Dans l'acide acétique concentré le cylindre cle l'axe se gonfle notablement, mais se dissout difficilement, et môme après plusieurs minutes d'ébullition dans ce liquide il se retrouve encore intact , quoique très pâle. Si l'ébullition est prolongée plus longtemps, il finit par se dissoudre, absolument comme l'albumine coagulée; la gaîne , au contraire, et une portion de son contenu restent insolubles. Les alcalis (potasse, soude, ammoniaque) employés à froid n'attaquent le cylindre de l'axe que très lentement; la soude , cependant, le fait pâlir subitement et le gonfle au point de lui donner 0mm, 00 9, 0mm,01 1 , et même 0mm,0 I 4 de largeur. Un séjour prolongé dans la soude finit par le dissoudre; une ébullition très légère dans ce liquide amène le môme résultat. L'acide nitrique fumant le détruit complètement en moins d'une demi-minute; nous savons qu'il produit le même effet sur l'albumine coagulée. Traité par l'acide nitrique, puis par la potasse, le cylindre de l'axe jaunit (acide xanthoprotéique ) , se rétracte et se contourne en spirale : c'est sous cet aspect qu'on peut le voir dans les tubes nerveux, raccourcis également, mais à un moindre degré. Le sucre et l'acide sulfurique concentré , qui colorent en rouge l'albumine coagulée , n'agissent pas de même sur le cylindre de l'axe ; ils lui donnent tout au plus une légère teinte jaunâtre ou rougeâtre. L'eau, même bouillante, ne l'altère point ; mais elle le rend plus facile à isoler, et le ratatine un peu. Ce dernier effet est produit aussi par le sublimé, l'acide chromique, l'iode et le carbonate de potasse. Toutes ces réactions prouvent évidemment que le cylindre do l'axe est formé d'une substance protéique coagulée, qui diffère de la fibrine en ce qu'elle est insoluble dans l'acide acétique, et très lente à se dissoudre dans les alcalis caustiques. Cette substance ressemble à la matière des fibrilles musculaires par son élasticité et par son insolubilité dans le carbonate de potasse, mais s'en distingue parce qu'elle est insoluble dans l'acide chlorhydrique étendu , et qu elle se dissout difficilement dans l'acide acétique.
La conclusion qui découle naturellement de ces faits me semble être la suivante : Le cylindre de l'axe n'est point un produit artificiel et doit être considéré comme un élément constitutif des nerfs vivants. La seule objection plausible qu'on puisse faire à cette proposition , c'est qu'il est impossible de voir le cylindre de l'axe comme élément distinct dans l'intérieur des tubes, sur des nerfs frais ou vivants, et, d'une manière générale, sans recourir aux réactifs. Mais il est à remarquer qu'on peut te mettre à découvertsur des nerfs encore chauds. C'est ainsi que j'ai trouvé des cylindres de l'axe très évidents et faisant saillie hors des tubes nerveux, sur les racines des nerfs crâniens d'une grenouille que je venais de tuer, sur le nerf optique, le trijumeau, le nerf vague, et aussi sur les nerfs spinaux, la deuxième paire, par exemple ; et cependant j'examinais ces nerfs très rapidement, en n'y ajoutant qu'une solution de sucre. J'ai vu ces cylindres, dans les mêmes circonstances, sur des nerfs périphériques dilacérés, provenant d'une grenouille, et plusieurs fois j'ai pu les reconnaître avec certitude au milieu de grosses gouttes de moelle expulsées par la pression, et dans lesquelles il affectait la forme d'un filament enroulé sur lui-même (fig. 139, 2). Il ne reste donc, à l'appui d.e l'opinion qui voit dans le cylindre de l'axe un produit formé après la mort, que ce seul argument, qu'il est impossible de l'observer dans l'intérieur des tubes nerveux frais, sans recourir aux réactifs. Maiscefaitneprouveabsolumentrien, car il se présente également quand il s'agit de nerfs conservés depuis longtemps, lesquels renferment des cylindres de l'axe dans tous leurs tubes, comme le démontrent les nombreux exemples de cylindres isolés qu'on y rencontre. De ce que le cylindre de l'axe a le même pouvoir réfringent cme la partie encore liquide de la moelle, on n'est nullement en droit de conclure à l'absence de ce cylindre, dans un cas comme dans l'autre. Toutes ces considérations ont produit en moi la conviction inébranlable qu'il existe au centre des tubes nerveux un organe spécial, qui diffère des parties périphériques , c'est-à-dire de l'enveloppe médullaire , non-seulement par ses propriétés chimiques, ce qui pour moi ne fait l'objet d'aucun doute, mais encore par sa consistance , son élasticité et sa forme déterminée. L'état dans lequel nous trouvons le cylindre de l'axe après addition de sérum du sang , d'albumine, d'humeur vitrée^
me semble être son état naturel; tandis que l'alcool, l'éther, l'iode, le sublimé, l'acide gallique, l'acide chromique, lui donnent une consistance plus grande ; l'acide acétique, l'acide nitrique étendu, les alcalis , au contraire , le font paraître plus pale et plus gonflé qu'à l'état normal. La moelle nerveuse forme une écorce semi-fluide autour du cylindre de l'axe, auquel elle adhère intimement, sans pourtant se confondre avec lui. Aussi arrive-t-il quelquefois qu'une pression fait fluor la moelle toute seule par les extrémités du tube ou par des déchirures latérales. Ces gouttes de moelle, ordinairement, se coagulent à la surface, mais restent claires et transparentes à l'intérieur, de même que la partie centrale des tubes nerveux. Beaucoup d'auteurs ont décrit ces gouttes comme étant tout le contenu des tubes nerveux, et donnent, mais a tort , leur formation comme une preuve contre la préexistence du cylindre de l'axe ; mais ces gouttes sont uniquement constituées par la moelle, qui , sur tous les tubes nerveux à double contour, a conservé sa pâleur et sa transparence dans une étendue assez grande de sa partie centrale. Ainsi , dans un tube à double contour, le cylindre de taxe et la partie claire médiane ne sont nullement identiques, et il n'y a rien d'étrange, ni de contraire à l'existence du cylindre de l'axe, avoir sortir de ces tubes une foule de gouttes ayant un double contour et un centre clair. L'enveloppe médullaire peut aussi se coaguler dans toute son épaisseur, et alors le cylindre de l'axe devient quelquefois visible sous la forme d'un ruban clair, partout également large ; d'autres fois, lorsque les grumeaux sont plus nombreux, il est complètement caché, de sorte que la totalité du contenu nerveux paraît coagulée. Mais c'est là une simple apparence : toujours on trouve au centre de ces tubes nerveux la fibre transparente que je n'ai jamais vue coagulée et grumeleuse.
Relativement à la structure des cylindres de l'axe, Remak a prétendu, dans ces derniers temps, qu'ils constituent des tubes pendant la vie : aussi leur a- 1— il donné le nom de tubes de l'axe. Ces tubes auraient des parois très minces,. mais solides, et striées longitudinalement d'une manière très régulière, mais ne contiendraient pas de fibres dans leur intérieur. J'ai toujours échoué jusqu'ici dans mes tentatives pour distinguer dans le cylindre de l'axe une enveloppe spéciale et un contenu. Sous l'influence des traitements les plus variés, ces cylindres ne m'ont présenté ni un contenu constant, ni une gaine distincte ; toujours ils m'ont semblé être des cordons pleins. Les cylindres de l'axe ne sont jamais véritablement variqueux (Remak range à tort les fibres optiques de la rétine parmi les fibres centrales des tubes nerveux ); et s'ils présentent quelquefois des lignes très fines, comme je l'avais indiqué moimême, cela ne prouve nullement qu'ils soient tubulés.
Les fibres nerveuses sans moelle sont très répandues. Je range parmi elles : 1° les fibres pâles qu'on voit dans les corpuscules dePacini; 2" les fibres pâles et à noyaux qui terminent les nerfs olfactifs ; 3° les fibres nerveuses transparentes et sans noyaux qu'on trouve dans la cornée ; 4° les extrémités nerveuses pâles, ramifiées, et quelquefois anastomosées qui existent dans l'organe électrique de la torpille et de la raie (R. Wagner, Ecker); 5° de semblables extrémités nerveuses observées dans la peau de la souris (Voy. ma Mikr. Anat., § II) et de la musaraigne (Hessling); 6° les prolongements pâles des cellules nerveuses des organes centraux et des ganglions, même alors que quelques-uns de ces prolongements ne se continueraient pas avec des fibres à contours foncés ; 7° les fibres optiques de la rétine et les fibres de Müller de la même membrane, les extrémités des nerfs du limaçon; 8" les fibres nerveuses des animaux invertébrés et de quelques poissons. Parmi ces fibres, celles qui se trouvent à la terminaison des nerfs furent considérées comme des tubes nerveux dès la première fois qu'on les aperçut. Quant aux prolongements des cellules nerveuses, je leur ai assigné la même signification depuis 1 846 ; cette manière de voir, cependant, ne pouvait être justifiée complètement tant qu'on n'avait pas une connaissance parfaite des rapports qui unissent cette forme de fibres avec les fibres à contours foncés. Mais depuis que les travaux de Schwann, d'Ecker et de moi ont montré que les fibres nerveuses de l'embryon ont exactement la même conformation que celles dont il s'agit en ce moment, depuis que Wagner, Robin, Bidder-Reichert et moi avons