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MOELLE ÉPINIÈRE

au-devant des cordons postérieurs, et se continuent directement avec les faisceaux de la substance gélatineuse. Dans la commissure grise antérieure, j'ai pu voir également, sinon une continuité directe de ses fibres avec les racines sensitives, du moins le passage de ces libres dans les cornes postérieures. Du reste, les fibres des commissures ont des connexions intimes, non-seulement avec les racines sensitives, mais encore et très évidemment avec les cordons postérieurs. Leurs connexions sont moins nettes avec les cordons latéraux. Ceux-ci fournissent, à leur partie antérieure, au voisinage de la base des cornes postérieures, des faisceaux qui décrivent un arc de cercle pour se porter dans les commissures, où elles se mêlent avec les autres fibres de ces dernières (fig. 143, o et /). Il est probable que ces fibres se continuent, du côté opposé, avec les fibres des commissures qui proviennent des racines postérieures. S'il en était ainsi, il existerait un entrecroisement dans la commissure postérieure, tout comme dans la moitié antérieure de la moelle. D'après ce que nous venons de voir, les racines sensitives reçoivent leurs fibres principalement des cordons postérieurs et des cordons latéraux (moitié postérieure) du même coté, probablement aussi des mêmes cordons du côté opposé, par l'intermédiaire des commissures grises.

Les fibres des racines sensitives, de même que celles des racines motrices, éprouvent un amincissement notable pendant leur trajet à travers la substance grise des cornes postérieures. Dans les racines mêmes, on trouve encore des fibres qui ont 0""",018 de largeur; dans la substance gélatineuse, elles ne dépassent jamais 0mm,009; dans la substance grise, elles ont 0mm,002 à 0mM,O07, et dans les commissures grises, 0,nm,0018 à 0,n,1\0Û27 seulement. Dans les cordons postérieurs et latéraux, elles reviennent à 0""",()027 — 0mm,009 ; mais il est à remarquer que cette augmentation de diamètre des tubes borizontaux de ces cordons n'est appréciable qu'après un certain trajet, comme on peut s'en convaincre sur des coupes verticales faites suivant un plan transversal passant par les cornes postérieures. Les mêmes préparations permettront de voir directement les changements de diamètre qu'éprouvent un grand nombre de fibres au moment, par exemple, où les racines pénètrent dans la substance gélatineuse.

A côté des fibres qui se continuent soit avec les racines motrices, soit avec les racines sensitives , on trouve, dans la substance grise, un assez grand nombre de tubes nerveux qu'il n'est pas possible de rattacher à ces racines et qu'on doit considérer, jusqu'à plus ample informé, comme des fibres spéciales de la moelle.

Le canal central , que quelques auteurs modernes, et Stilling en particulier, regardent comme constant, est très souvent oblitéré chez l'adulte. Cette circonstance m'explique pourquoi je ne l'ai pas remarqué dans mes premières recherches. Maintenant je le trouve parfois très développé dans toute la longueur de la moelle, ou au moins dans la partie cervicale et lombaire de cet organe. Ce canal est de l'orme rubanée ou prismatique ; sa largeur varie entre 0,T1,,',02 et 0nim,2. Il occupe la partie moyenne du noyau griseen-

Fig. 146.

tirai , que je considérais autrefois comme formé de substance grise, mais qu'aujourd'hui je rattache, avec Virchow, à l'épendyme dont ce noyau parait être un épaississement analogue à celui qu'on trouve dans les ventricules cérébraux.

Le noyau central acquiert le plus de volume au niveau du renflement lombaire; vient ensuite la région cervicale. Coupé en travers, il présente la forme d'une poire , d'un bouclier ou d'un cœur. Les cellules dont il se compose ressemblent beaucoup, par leur forme étoilée et leurs prolongements ramifiés, aux cellules nerveuses. Mais, d'après Virchow, on rencontre également çà et là des cellules dans l'épendyme épaissi des cavités cérébrales ; comme, d'ailleurs, le noyau gris centrai de la moelle épinière se continue en haut avec l'épendyme du quatrième ventricule , il me sera permis, ce me semble , de le considérer comme n'étant pas de nature nerveuse. Les cellules étoilées de ce cordon ou tube épendymique, lesquelles renferment souvent jusqu'à 5 noyaux, devront être rapprochées, par conséquent, des cellules plasmatiques du tissu conjonctif, et l'oblitération du canal spinal devra être attribuée à un épaississement de l'épendyme , épaississement très fréquent, d'après Virchow, dans les cornes postérieures des ventricules cérébraux.

Je ferai remarquer encore que, sur des préparations conservées dans l'acide chromique, j'ai cru voir les cellules épithéliales cylindriques du canal spinal garnies de cils vibratiles. Ce point mérite d'être soumis à de nouvelles investigations.

Le ligament coccygien ou filet terminal , en tant que prolongement du cordon épendymique de la moelle, contient, partout où il est encore creux, une substance grise et molle, composée principalement de cellules à noyau arrondi, pâles, de 0""",011 à 0mm,0U de diamètre, et entourant, d'après Stilling, un canal central. En outre, on trouve, dans sa partie supérieure et entre les cellules, de véritables tubes nerveux à contours foncés, dont le diamètre, variable d'ailleurs, est généralement très faible; puis de nombreuses fibres fines et pâles dont jusqu'ici je n'ai pu déterminer la nature, ignorant si ce sont des prolongements de cellules ou des fibres nerveuses très fines. Remak (Observ., p. 18) présume que, chez les mammifères, les véritables fibres nerveuses du filet terminal se rendent toutes dans les rameaux qu'il a vus s'en détacher latéralement.

§ 117. Trajet probable des fibres de la moelle. — Nous avons VU que les

racines motrices et sensitives ne se terminent pas au niveau de leur inser-

Fig. 146. — Section transversale de la partie centrale de la moelle épinière de l'homme, an niveau de la région lombaire : a, faisceaux antérieurs; b, faisceaux postérieurs ; c, commissure blanche; d, partie antérieure de la commissure grise; e, partie postérieure de cette dernière ; f, cordon épendymique central et canal central g, tapissé d'un épithélium.

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tion sur la substance grise de la moelle, comme on pourrait le croire au premier abord, et qu'en général elles se recourbent de bas en haut pour se joindre aux fibres longitudinales de la substance blanche. Or, une question importante, c'est de savoir ce que deviennent ces fibres. Se terminent-elles dans la moelle après un certain trajet, ou bien s'élèvent-elles toutes jusqu'à l'encéphale? Avant ces dernières années, tous les auteurs s'accordaient encore pour admettre cette dernière hypothèse, lorsque Volkmann , dans son excellent article Physiologie des nerfs, ébranla profondément l'opinion générale, reposant sur des probabilités plutôt que suides observations directes, et entraîna la plupart des physiologistes à des idées complètement opposées. Moi-même je fus séduit par ses arguments, aussi longtemps que je n'eus pas examiné les choses de mes propres yeux. La théorie de Volkmann, en effet, paraissait établir un lien très naturel entre les données anatomiques et les phénomènes physiologiques connus à cette époque. Si néanmoins je déserte aujourd'hui cette théorie, d'après laquelle les nerfs spinaux se termineraient dans la moelle, c'est que des motifs graves m'ont porté à le faire. Il m'est vraiment pénible de combattre une manière de voir qui semblait devoir jeter une vive lumière sur les questions les plus difficiles de la physiologie des nerfs , et qui paraissait concorder si bien avec une foule d'autres faits anatomiques (ganglions, invertébrés)

Pour admettre que les fibres des racines nerveuses ont leur source dans la moelle, Volkmann (/. c, p. 482 et suiv.) se fonde sur les propositions suivantes : La moelle n'a pas la forme d'un cône à base dirigée en haut, comme cela devrait être si toutes les fibres remontaient jusqu'à l'encéphale. Bien plus, les régions de cet organe où se détachent des nerfs volumineux présentent des rentlements considérables produits, non-seulement par la substance grise, mais aussi en partie par la substance blanche. A l'appui de ces propositions, Volkmann donne des mesures prises sur quatre sections de la moelle épinière du cheval, et compare le diamètre de la moelle cervicale du Crotalus liorridus avec celui du tronc que l'on obtiendrait en réunissant toutes les racines nerveuses du même animal. Il trouve que ce dernier diamètre serait onze fois plus considérable que le premier . Volkmann rappelle en outre : 1 0 que les renflements de la moelle sont dans un rapport constant avec le volume des nerfs des membres, et que tantôt ils manquent complètement et tantôt acquièrent un développement énorme; 2° que la moelle, au lieu de présenter un étranglement brusque au niveau dos origines des nerfs les plus considérables, s'y renfle au contraire le plus souvent, et 3" que cette théorie fait comprendre les origines du nerf spinal , si singulières au premier abord. Mais si l'on

Fie. 147. — Cinq coupes transversales de la moelle épinière de l'homme , durcies par l'acide chromique, destinées à montrer les rapports de la substance grise et de la substance blanche. Grandeur naturelle. A. Section au niveau du cône terminal, la moelle mesurant 8 millimètres en diamètre. B. Section à travers le renflement lombaire, qui a 1 1 millimètres de largeur et 10 d'épaisseur. C, section de la partie dorsale de la moelle, offrant 10 millimètres de largeur et 8 d'épaisseur. D. Section intéressant le renflement Cervical , ayant 15 millimètres de largeur et 10 d'épaisseur. E. Section pratiquée au niveau de la' dernière paire cervicale, la moelle ayant 14 millimètres de largeur et 11 d'épaisseur.

cherche à vérifier ces faits sur la moelle de l'homme, on trouve précisément le contraire de ce que Volkmann a observé sur les animaux. D'abord on y voit la substance blanche augmenter de volume de bas en haut, les renflements étant produits surtout par des accumulations de substance grise. Pour se convaincre de la réalité de ce fait, il suffit do comparer entre elles, à la simple vue, des coupes de la moelle faites à diverses hauteurs, telles que celles que nous avons figurées ici (fig. 4 47) d'après nature. Des mesures prises sur ces coupes rendent la chose incontestable. (Voy. Mikr. Ana t., II, 1, p. 4 31.)

Cela posé, il s'agit de déterminer le rapport qui existe entre la substance blanche de la partie cervicale delà moelle et les nerfs périphériques. J'ai répété, en conséquence, sur l'homme, toutes les mensurations faites par Volkmann. Sur deux cadavres, l'un d'homme, l'autre de femme, j'ai mesuré toutes les racines spinales du côté gauche, et, d'après les diamètres obtenus , j'ai déterminé en lignes carrées la surface de section de tous les nerfs réunis, surface que j'ai comparée ensuite avec celle de la moelle au niveau de la deuxième paire cervicale, cette dernière mesurée aussi exactement que possible.

J'ai trouvé, il est vrai, une différence très considérable au préjudice de la moelle. Mais en tenant compte de Y amincissement notable qu éprouvent les fibres nerveuses à leur entrée et pendant leur trajet dans la moelle, fait négligé par Volkmann, j'ai vu les choses changer complètement de face, et je suis resté convaincu que, chez l'homme, la moelle contient assez de fibres nerveuses pour couvrir toutes celles des nerfs périphériques, et que chez la femme il y en a presque assez, pour ne pas dire davantage. Ce résultat paraîtra plus vraisemblable encore si l'on considère que les chiffres qui expriment les dimensions des racines nerveuses ont toujours été pris trop forts plutôt que trop faibles. [Voyez les chiffres dans ma Mikr. Anat., II, 4 , § 4 I 6.)

Il sera dès lors évident que l'hypothèse qui admet que les nerfs périphériques se terminent dans la moelle ne peut s'appuyer de ces mesures, prises d'après le procédé de Volkmann lui-même, et qu'au contraire ces mesures, même si l'on fait la part de ce qu'elles peuvent avoir d'inexact, démontrent au moins la possibilité que les nerfs de la moelle épinière remontent jusqu'à V encéphale. Mais c'est là tout ce qu'il est permis d'en conclure, et des faits d'un autre ordre devront intervenir pour décider si l'on doit admettre ou non cette source éloignée des fibres nerveuses. Il n'est pas impossible, en effet, que les nerfs périphériques se terminent dans la moelle, et que les fibres longitudinales de cet organe aient une tout autre origine. Comme naturellement on n'a pu, et que probablement on ne pourra jamais poursuivre les fibres nerveuses dans toute la longueur de la moelle, il est nécessaire de se guider d'après d'autres faits capables de nous éclairer : or, ces faits existent. Qu'on se rappelle le trajet des racines nerveuses dans la moelle. Nous avons vu que ces racines, après s'être mises en contact avec la substance grise, se réunissent en, grande majorité aux fibres longitudinales des cordons antérieurs, latéraux et postérieurs, dans lesquels V observation directe permet de les suivre. Cette donnée, jointe aux résultats de mes mensurations, rend très probable l'opinion d'après laquelle la plupart des tubes nerveux périphériques aboutissent à l'encéphale. Mais, pour ne rien omettre, je dois rappeler que les fibres des racines, devenues longitudinales dans la substance médullaire, pourraient se terminer dans cette dernière , ou bien y cheminer quelque temps et retourner ensuite dans la substance grise. La première supposition est peu vraisemblable, car : 4° personne n'a jamais vu des tubes nerveux se terminer dans la substance médullaire; 2° ce serait là quelque chose d'exceptionnel, attendu que nulle part on n'a trouvé jusqu'ici des tubes nerveux ayant leur origine dans la substance blanche. Quant à la seconde hypothèse, si les fibres nerveuses rétrogradaient vers la substance grise , il serait possible de les y suivre, de même qu'on voit les fibres des racines s'ajouter aux faisceaux de la moelle. Or mes observations, faites en l'absence de toute idée préconçue, ne m'ont jamais rien montré de semblable. On est donc réduit à admettre que le plus grand nombre des nerfs périphériques ont véritablement leur origine dans l'encéphale. Tous les nerfs ont-ils cette origine (que nous spécifie-

TRAJET PROBABLE DES FIBRES DE LA MOELLE

rons plus tard), ou quelques-uns d'entre eux, en petit nombre d'après mes recherches, naîtraient-ils de la moelle? C'est ce qu'il est impossible de décider. Nous ne savons pas davantage si la substance blanche de la moelle, outre les tubes qui proviennent des nerfs périphériques , en contient encore d'autres, établissant, par exemple, une communication entre l'encéphale et la moelle.

Les premiers travaux un peu complets sur la moelle épinière de l'homme et des mammifères sontdus àStilling et Wallach, et à Stilling seul [l. i. c), qui, de 1 842 à 1 8 46, cherchèrent à démêler la structure et le trajet des fibres de cet organe sur des pièces durcies dans l'alcool, en se servant pour cela d'un faible grossissement et du compresseur. Les résultats, trop superficiels d'ailleurs, auxquels aboutirent leurs efforts, ne furent pas toujours conformes à la vérité. Mais on aurait mauvaise grâce de leur en faire un reproche, puisqu'il s'agissait d'un sujet que personne n'avait osé affronter jusque-là. Plus tard Weber, Eigenbrodt (/. c), publièrent sur la même question des travaux moins étendus. En 1850 je fis connaître moi-même, dans ma Mikr. Anat., II, \, p. 41 0-446, les résultats ici reproduits d'une longue série de recherches sur la moelle épinière de l'homme ; ces résultats diffèrent notablement de ceux qu'avaient annoncés les auteurs précités. Comme mes prédécesseurs dans cette voie, j'examinais, dans mes recherches, des tranches très fines de moelle durcie, obtenues au moyen du rasoir; mais 1" je me servais avec beaucoup d'avantage, pour durcir la moelle, de l'acide chromique, comme Eigenbrodt l'avait fait avant moi ; 2" je ne recourais au compresseur qu'avec beaucoup de ménagements ; 3° j'employais non-seulement des grossissements faibles, mais encore les plus forts, ce qui me permit d'étudier les détails de structure les plus minutieux. Depuis cette époque la science a fait peu de progrès sous ce rapport, ce qu'explique parfaitement la difficulté du sujet. Cependant J.-L. Clarke, Schilling (sous la direction de Bidder), Stilling et R. Wagner, ont publié des mémoires plus ou moins étendus sur la structure de la moelle. Les uns (Clarke et Stilling) s'étaient servis, dans leurs recherches, de la méthode de Stilling, d'autres avaient eu recours à celle que j'avais recommandée (Schilling); R. Wagner enfin avait fait usage à la fois de l'une et de l'autre. Comme les conclusions de ces travaux diffèrent des miennes en quelques points, je vais les faire connaître d'une manière succincte :

1° En ce qui concerne la substance blanche de la moelle, Schilling confirme les faits que j'avais énoncés, c'est-à-dire que la substance blanche augmente de volume de bas en haut, d'une manière non interrompue, et que les différences que présente la moelle à diverses hauteurs dépendent d'amas plus ou moins considérables de substance grise. Seulement il appelle l'attention sur un point qui était sous-entendu, je veux dire la part que prennent à cette augmentation de volume les fibres horizontales provenant de racines nerveuses. Il résulte de là, par exemple, qu'au niveau des deux renflements il y a plus de substance blanche qu'immédiatement au-dessous.

2° Relativement à la distribution et à la forme des cellules de la substance grise, les recherches récentes ne nous ont rien appris de nouveau. R. Wragner a vu, comme moi, que toutes ces cellules sont pourvues de prolongements qui quelquefois émettent de nombreuses branches, et Schilling a constaté l'absence de cellules dans la commissure grise. Mais je dois signaler de grandes divergences touchant les rapports des cellules avec les fibres nerveuses. Tandis que je suis d'avis que l'immense majorité des tubes qui composent les racines nerveuses ne font que traverser la substance grise, pour pénétrer ensuite dans la substance blanche, Schilling prétend avoir vu les prolongements des cellules nerveuses se continuer directement avec les fibres, tant des racines motrices que de la moelle elle-même; et Bidder [Gott. Nachr., 1854, p. 3i) affirme que toutes les fibres des racines ont leur origine dans les cellules nerveuses, et que toutes les fibres longitudinales de la substance blanche se terminent dans ces mêmes cellules. D'un autre côté, Wagner admet, comme avait fait Schröder van der Kolk et comme vient de faire Remak, que tous les prolongements de cellule qui ne deviennent pas des fibres nerveuses, servent à former des anastomoses entre les diverses cellules , de sorte qu'il n'existerait point de

prolongements terminés librement, tels qu'on les avait admis généralement jusqu'ici. Mais quand on se demande où sont les faits qui servent de base à ces propositions, on ne trouve que quelques observations peu concluantes dans lesquelles Schilling prétend avoir vu des tubes nerveux naître d'une cellule. Au moins la figure où il a représenté cette origine (pl. II, fig. 5) laisse-t-elle dans le doute la question de savoir s'il avait sous les yeux un prolongement de cellule ou un tube nerveux. Une autre circonstance est loin de satisfaire l'esprit, c'est que le prolongement de la cellule serait resté indivis et, après un court trajet, se serait transformé en une cellule nerveuse, tandis qu'on sait aujourd'hui, par mes recherches et celles deWagner, que les prolongements se ramifient de plus en plus et atteignent une ténuité extrême. La qualification de interdum ramißcati, que leur donne Schilling(p. 39), tendrait à prouver qu'il ne les a pas suivis avec un grand zèle. Mais si les faits sont excessivement rares chez Schilling, il n'en est pas de même c]|ez Bidder, qui prétend avoir observé directement, sur un nombre énorme de pièces, la continuité des fibres primitives des racines spinales avec les cellules de la substance grise, et qui affirme que l'origine des fibres longitudinales de la substance blanche dans des cellules analogues n'est pas plus difficile à démontrer. Je ne puis croire que ces assertions de Bidder se rapportent aux mammifères et à l'homme. Une thèse qu'il vient de faire soutenir par Owsjannikow (D/sry. micr. de med. spin. text. inpr. inpiscîbus fact., Dorp., 1854) démontre le contraire; car fauteur y décrit, à la vérité, des fibres naissant de la moelle épinière chez les poissons, mais il ne donne aucune observation concluante touchant la moelle épinière de l'homme. J'ai étudié souvent et longtemps les cellules nerveuses de la moelle humaine, et je crois avoir le droit de donner, à ce sujet, mon avis sur ce qui est possible ou non. Or, j'affirme que si l'origine des fibres par des cellules et les anastomoses de ces dernières ne doivent pas être niées d'une manière absolue, on ne peut pas dire cependant qu'elles soient faciles à observer. Wagner lui-même ne parle que d'une manière générale des anastomoses entre les cellules de la moelle [Göll. Nachr., 1 854, p. 33), et quant aux fibres nerveuses qui proviendraient de ces cellules (p. 37), il dit bien (p. 38) qu'elles semblent exister, qu'elles sont probables ; mais il ne fournit aucune indication sur leur fréquence et leur siège, ce qui ferait penser que, de même que Bidder et Owsjannikow, il s'est fondé surtout sur l'analogie pour admettre ces connexions chez l'homme. Dans ses dernières communications, Wagner prétend que les prolongements des cellules nerveuses ne se terminent jamais librement; il admet que tous se continuent avec des fibres nerveuses, ou servent à relier les cellules nerveuses les unes aux autres, se fondant en cela sur ses propres observations et sur celles de quelques autres anatomistes. Je conviendrai volontiers que cette manière de voir n'est pas impossible, et même qu'elle a beaucoup de raisons en sa faveur. Mais, d'un autre côté, il me semble qu'on ne saurait s'empêcher de reconnaître que nous sommes fort loin d'avoir la preuve de l'universalité de ces rapports, et que nous n'avons aucun motif qui nous force à rejeter à priori l'opinion que j'ai proposée depuis longtemps, et d'après laquelle les prolongements des cellules constitueraient un genre spécial de tubes nerveux et se termineraient librement dans les organes nerveux centraux. Il me suffira ici de rappeler, d'un côté, le petit nombre d'observations dans lesquelles on a vu les origines nerveuses et les anastomoses entre les cellules centrales, d'un autre côté, les grosses cellules nerveuses de f écorce du cervelet, dont les prolongements extérieurs n'ont présenté jusqu'ici aucune trace d'anastomose ou d'origine de fibres nerveuses, et dont Wagner lui-même dit que chacune forme probablement un système séparé. Les motifs tirés de l'analogie sont pour moi d'une grande valeur, mais je ne saurais trop répéter qu'on ne doit en user qu'avec grande circonspection. Ainsi, par exemple, lorsque Owsjannikow a trouvé chez les poissons que chaque cellule nerveuse de la moelle épinière fournit quatre prolongements, un pour le cerveau, deux autres qui deviennent, l'un une fibre sensitive, l'autre une fibre motrice des racines nerveuses, et un quatrième enfin qui unit entre elles les cellules du côté droit et celles du côté gauche, et que, sans plus ample informé, il applique immédiatement

TRAJET PROBABLE DES FIBRES DE LÀ MOELLE

ces données à l'homme, il me paraît abuser beaucoup des lois de l'analogie. Si déjà, comme Owsjannikow nous le dit lui-même, la moelle des cyclostomes et celle des autres poissons nous montrent des différences très considérables, il me semble qu'on devrait s'abstenir de conclure des poissons aux animaux supérieurs, d'autant plus que les faits depuis longtemps connus nous montrent, dans la moelle des espèces supérieures, une foule de particularités qu'on ne retrouve pas dans celle des autres, telles que les commissures grises postérieures, une commissure antérieure formée de fibres à bords foncés, des cellules nerveuses pourvues de nombreuses ramifications qui se continuent avec des filaments d'une finesse extrême, et deux espèces de fibres conductrices (sensitives et motrices) allant au cerveau.

Une analogie à établir entre les poissons et les mammifères ne me semble possible que de la manière dont R. Wagner a essayé de le faire, lorsque Bidder lui eut fait part des recherches de l'école de Dorpat, c'est-à-dire en admettant que les cellules nerveuses, qui se distinguent peut-être en cellules sensitives et cellules motrices, sont unies d'une part, par leurs prolongements, avec des fibres sensitives ou motrices, d'autre part entre elles, et en dernier lieu enfin, avec le cerveau, par le moyen de fibres conductrices spéciales, sensitives ou motrices. Mais jusqu'à présent je ne connais point de faits qui confirment cette manière de voir, quelque simple et claire qu'elle puisse paraître. D'abord, je crois avoir vu nettement, dans des recherches nouvelles et souvent répétées sur la moelle, comme dans mes recherches précédentes, certaines fibres des racines nerveuses se continuer directement dans les faisceaux de la moelle ; d'un autre côté, j'ai fait de vains efforts pour distinguer autre chose que ce que j'avais déjà vu relativement aux cellules. Tous les prolongements de ces cellules, Isolés avec grand soin, aboutissent en définitive à des filaments excessivement fins, ayant à peine 0mm,0009 de largeur, lesquels seuls pourraient se continuer avec des tubes nerveux, sil était vrai que ces prolongements donnent naissance à des fibres nerveuses. Pour ma part, j'ai toujours tenté en vain de voir cette continuité, que je suis loin de nier pour cela. J'indiquerai plus loin avec quels éléments ces prolongements pourraient se continuer. Je n'ai pu constater non plus, jusqu'ici, des anastomoses évidentes entre les cellules.

Une question soulevée par Owsjannikow et qui a certainement beaucoup d'intérêt, c'est celle de savoir s'il existe dans la moelle épinière du tissu conjonctif et des cellules plasmatiques. D'après Owsjannikow, la substance grise des poissons ne renfermerait que très peu de cellules nerveuses, et les fibres à contours foncés y feraient absolument défaut, tandis que le tissu conjonctif constituerait la masse presque tout entière de la partie centrale de la moelle, peu considérable à la vérité. Mais chez les mammifères les choses se passent tout autrement, car la substance grise de ces animaux renferme beaucoup de fibres à contours foncés et encore plus de cellules nerveuses ; mais on ne saurait nier qu'elle contient également du tissu conjonctif. Non-seulement il faut ranger dans ce tissu le cordon central formé par l'épendyme, ainsi que Virchow l'a indiqué le premier (voy. p. 318); mais, d'après Owsjannikow, les cellules qui composent la substance gélatineuse des cornes postérieures ne seraient autre chose que des cellules plasmatiques. J'ai trouvé, quant à moi, dans toute l'épaisseur de la substance grise, surtout chez les enfants, de nombreuses petites cellules étoilées que je ne puis m'empêcher de regarder comme des cellules plasmatiques, depuis que Virchow nous a si bien fait connaître les éléments du tissu conjonctif. Les véritables cellules nerveuses se trouvent, à mon avis : \ 0 dans les cornes antérieures ; 2° à la partie antérieure et interne des cornes postérieures de la moelle dorsale, où elles forment un groupe spécial de grosses cellules qui a peu attiré l'attention jusqu'ici, et 3" enfin dans toute la moelle, même dans les cornes postérieures, sous la forme de cellules plus petites (Mikr. Anat., II, 1, p. 417, fig. '128) disséminées au sein de la substance nerveuse. Mais comme il est démontré maintenant que la moelle renferme également des cellules plasmatiques, et en l'absence de caractères certains qui distinguent ces dernières des cellules nerveuses, il est très difficile d'établir la véri table nature des petites cellules. Toutes les cellules plasmatiques se continuent avec

des filaments pâles, très fins, offrant la plus grande analogie avec les prolongements des cellules nerveuses véritables, et qui, anastomosés peut-être entre eux et unis avec une substance homogène ou finement granulée, représentent le stroma dans lequel sont déposés les vrais éléments nerveux.

3° Les racines antérieures des nerfs spinaux se terminent , d'après Schilling et R. Wagner, dans les cornes antérieures, en s'unissant avec des cellules nerveuses. Ces auteurs admettent que la commissure antérieure, que Schilling appelle la commissure grise, sert à unir entre elles les cornes grises, et que les fibres naissent également des cellules nerveuses. Ces cellules enfin seraient aussi l'origine des fibres longitudinales des cordons antérieurs et d'une partie des cordons latéraux. Je ne pourrais que répéter ici ce que j'ai déjà dit plus haut, c'est-à-dire que j'ai observé directement la continuité entre les fibres de la commissure antérieure, de couleur blanche, et les fibres des racines nerveuses, comme aussi celle des cordons antérieurs avec la commissure. Les résultats négatifs de Schilling me paraissent donc de peu de valeur, surtout quand il avoue lui-môme n'avoir point observé directement cette prétendue union des fibres de la commissure antérieure avec les cellules nerveuses. Une autre circonstance peu favorable, à mon avis, à l'hypothèse de Schilling, c'est que les fibres de cette commissure sont de véritables fibres à contours foncés, de 0mm,0027 à 0mn\007 de diamètre, fibres quon n'a encore retrouvées nulle part établissant simplement une commissure entre des cellules nerveuses. Je n'ai jamais prétendu que toutes les fibres des racines antérieures proviennent directement des cordons antérieurs ou latéraux; je n'ai pas non plus voulu dire que toutes les fibres de la commissure blanche passent dans les racines antérieures. Pas plus que les autres anatomistes qui se sont occupés de ce sujet, je n'ai pu suivre toutes les fibres.

4° Schilling regarde comme vraisemblable la continuité, telle que je l'ai indiquée, entre une partie des fibres des racines postérieures et les cordons postérieurs de la moelle; Wagner se prononce encore plus nettement dans le même sens. Quant au trajet des autres fibres de ces racines, les recherches de Schilling n'ont abouti à aucun résultat certain. Cet auteur a pu voir seulement, comme moi, que ces fibres ne pénètrent jamais dans les cornes antérieures; ii présume qu'elles vont dans la commissure grise. Wagner admet qu'un certain nombre de fibres des racines postérieures se soudent aux cellules ganglionnaires des cornes antérieures, et que les fibres restantes s'unissent avec les cellules ganglionnaires des cornes postérieures. De ces cellules partiraient, d'une part, des fibres qui remontent vers le cerveau, d'autre part, des fibres qui traversent la commissure grise pour aboutir aux cellules de la corne postérieure du côté opposé ; mais ces vues me semblent purement hypothétiques. J'ai déjà mentionné plus haut que le trajet des racines sensitives est très difficile à suivre. Un seul point me paraît certain sous ce rapport, c'est qu'un grand nombre de ces racines se recourbent pour se continuer dans la substance blanche du même côté, tandis que d'autres passent du côté opposé.

J'ai trouvé aussi, il y a peu de temps, que le groupe de grosses cellules nerveuses qu'on observe dans les cornes postérieures reçoit des faisceaux considérables de fibres provenant des racines postérieures, peut-être aussi des cordons postérieurs, et qu'il émet des faisceaux non moins forts qui se rendent dans les cordons latéraux ; de sorte qu'il serait possible qu'il y eût là une liaison entre les cellules et les fibres nerveuses.

5" Quant au trajet des fibres dans la moelle, Schilling a émis une opinion qui tient le milieu entre la mienne et celle de Volkmann. Il admet : I " que toutes les fibres des racines motrices naissent des cellules des cornes antérieures ; 2" que très probablement la plupart des fibres des racines sensitives se continuent directement avec les fibres longitudinales des cordons postérieurs; 3° que les autres fibres longitudinales de la substance blanche, c'est-à-dire celles des cordons antérieurs et latéraux, prennent leur source dans les cellules de la substance grise; 4° que la commissure antérieure représente un moyen d'union entre les deux cornes antérieures: 5" que la substance grise ne contient d'autres fibres que celles des commissures De son côté,

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