‹ Éléments d'histologie humaine [electronic resource]Chapitre 143 sur 247 · DE L'IVOIRE · texte numérisé non relu

DE L'IVOIRE

deOmm,0015 à 0mm,002 de largeur, pouvant atteindre jusqu'à 0mm,00.5 dans la racine; ils commencent par un orifice ouvert sur la paroi de la cavité

dentaire et traversent toute l'épaisseur de l'ivoire , jusqu'à l'émail et au cément. Chaque canalicule possède une paroi propre, dont l'épaisseur est en rapport avec le diamètre du canalicule. Sur des coupes transversales , les seules qui permettent de la reconnaître, cette paroi se montre sous la forme d'un anneau étroit de couleur jaunâtre , circonscrivant la lumière du canalicule ; sur des coupes longitudinales , elle se dérobe presque complètement à la vue. Pendant la vie , les canalicules contiennent une substance transparente , vraisemblablement fluide , qui les rend plus difficiles à apercevoir sur des pièces fraîches. Sur des tranches sèches, au contraire , les canalicules sont remplis d'air, et se montrent à la lumière transmise comme des lignes noires ; à la lumière directe , sous la forme de filaments brillants. Le nombre des canalicules est si considérable, qu'en beaucoup d'endroits leurs parois arrivent presque au contact : c'est ce qui fait que les tranches sèches d'une dent sont d'une couleur blanc de lait, et ne peuvent servir aux observations microscopiques qu'autant qu'elles sont excessivement minces, à moins cependant

F ig. 186. — Section transversale des canalicules dentaires, tels qu'on les voit habituellement. Grossissement de 450 diamètres, a, canalicules très serrés ; 6, canalicules plus clair-semés.

Fig. 187. — Canalicules dentaires de la racine, vus à un grossissement de 350 diamètres, a, surface interne de l'ivoire , avec peu de canalicules ; b, bifurcation de canalicules ; c, termiuaisons en anse; d, couche granuleuse consistant en petits globules d'ivoire sur les limites de l'ivoire ; e , cavités osseuses du cément, dont l'une s'anastomose avec des canalicules dentaires. Chez l'homme.

Fig. 187.

qu'on n'ait expulsé l'air des canalicules au moyen d'un liquide convenable et peu visqueux.

Le trajet des canalicules dentaires présente certaines particularités constantes, dont on prendra une bonne idée dans les figures 18jf et 18$; ils sont plutôt onduleux que rectilignes, et offrent de nombreuses ramifications et anastomoses. Chaque canalicule décrit, en général, deux ou trois grandes courbes, et un nombre très considérable (jusqu'à 200 sur une ligne, Retzius ) de courbes plus petites , plus ou moins prononcées ; quelquefois même on observe de véritables coudes ou une disposition en spirale. Les ramifications des canalicules (fig. 187, 188) sont tantôt des bifurcations ai tantôt des ramifications proprement dites. Les bifurcations sont très nombreuses à l'origine des canalicules, près de la cavité dentaire; un canalicule se divise FIG> i88i le plus souvent en deux autres dont la lumière est, à peu de chose près , la même que la sienne propre. Les bifurcations peuvent se répéter deux à cinq fois , ou même plus souvent encore, de sorte que d'un seul canalicule naissent 4, 8, 16 canalicules ou plus. Les canalicules qui succèdent à ces bifurcations, déjà un peu plus étroits , marchent parallèlement entre eux vers la superficie de l'ivoire , et ce n'est que dans la moitié ou le tiers externe de cette substance qu'ils se ramifient de nouveau. Dans la racine, ces nouvelles ramifications ressemblent à des branches qui partiraient du tronc principal ; dans la couronne, ce sont des bifurcations terminales. Ces dernières sont toujours très rares , tandis que dans la racine les branches sont ordinairement très nombreuses et très serrées, et forment, avec le canal principal, un angle droit ou aigu, ce qui donne à l'ensemble la forme d'une plume ou d'un pinceau ; ce dernier aspect se présente lorsque les canalicules ont une certaine longueur et se ramifient encore à leur tour. Les extrémités des canalicules dentaires sont plus ou moins fines, suivant le nombre de dichotomisations qu'ils ont subies ; il en est de si ténues, qu'elles ne sont comparables qu'aux fibrilles du tissu conjonctif, et finissent enfin par se dérober à la vue. Quand on peut poursuivre les canalicules jusqu'à leur extrémité, on les voit tantôt se terminer à la surface de l'ivoire, souvent dans une couche grenue que nous décrirons plus tard , et tantôt s'avancer dans les portions les plus internes de l'émail et du cément ; tantôt enfin ils se réunissent deux à deux dans l'épaisseur de l'ivoire, pour former des anses (anses terminales des canalicules dentaires). Les branches des canalicules principaux sont presque toujours très fines ; elles sont ordinairement simples, quelquefois cependant ramifiées , et paraissent servir à établir des communications entre des canalicules voisins ou même assez éloignés; cet usage est évident dans la racine, où les branches sont excessivement nombreuses. Ces anas-

Fig. 188. — Section transversale des canalicules dentaires de la racine, ricstinëc h montrer leurs nombreuses anastomoses. Grossissement de 350 diamètres. Chez l'homme.

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tomoses forment de simples ponts transversaux ou bien des anses. Les ramifications ultimes se comportent comme les extrémités simples ou bif arquées des canalicules principaux, et se terminent soit par des extrémités libres, soit par des anses, dans l'ivoire, qu'elles dépassent aussi quelquefois. La composition chimique de l'ivoire sec est la suivante, d'après Bibra :

Molsire d'une femme

j\Ioluirc

de vingt-cinq ans.

d'un adulte.

Phosphate de chaux et traces

de fluorure de calcium. . .

Phosphate de magnésie . . .

Substances organiques. . . .

Substances inorganiques. . .

Pepys a trouvé, dans les dents fraîches, 28 parties de substance cartilagineuse, 62 de matières inorganiques, et 10 parties d'eau, en y comprenant les pertes. D'après Tomes, les dents, débarrassées de la pulpe dentaire, perdent \ à jj de leur poids par la dessiccation. La substance organique des dents est facile à extraire par le moyen de l'acide chlorhydrique ; elle est en tout semblable à celle des os, et se transforme en gélatine par l'ébullition. Suivant Hoppe (loc. cit.), la portion interne de l'ivoire du cochon fournirait très peu de gélatine par l'ébullition, les corpuscules de l'ivoire (voy. plus .bas) restant insolubles. Le cartilage dentaire, comme on l'appelle, conserve exactement la forme comme aussi la structure de l'ivoire, si ce n'est que les canalicules y sont difficiles à démontrer. Lorsqu'il est ramolli par la macération dans un acide ou un alcali, on trouve la substance fondamentale en voie de dissolution, tandis que les parois des canalicules dentaires sont demeurées intactes et devenues très faciles à isoler (voy. mon Anal. micr. , II, 2, p. 61 , fig. 189). Si la macération dure plus longtemps, tout finit par se dissoudre. Un autre moyen, non moins expéditif, d'isoler les canalicules dentaires, consiste à faire bouillir un temps suffisant le cartilage dentaire dans l'eau (Hoppe). Quand on brûle les dents, il ne reste que la partie inorganique, qui conserve également la forme de la dent intacte; il en est de même quand on les traite parles alcalis caustiques. Ainsi, les dents résultent d'une combinaison intime de substances organiques et inorganiques, de même que les os, dont elles se rapprochent beaucoup par la composition chimique.

Les anneaux qu'on observe habituellement , sur des coupes transversales, autour des canalicules dentaires (fig. 186), ne constituent pas leur véritable paroi ; ils résultent de ce que, môme sur une tranche très tine, on voit toujours une certaine étendue des canalicules; or, comme les canalicules affectent un trajet curviligne, leurs parois paraissent plus épaisses qu elles ne sont véritablement. L'ouverture du

canalicule étant placée exactement au foyer, on n'aperçoit, au lieu de cet anneau foncé, qu'un liséré jaunâtre très étroit, qui nie paraît être la vraie paroi. Ce qui démontre qu'il en est ainsi, c'est l'observation de coupes transversales ou obliques dont

les canalicules sont remplis par un liquide ; sur ces préparations on reconnaît évidemment de petits canalicules jaunâtres et de petits anneaux d'un diamètre presque égal à celui de la lumière des canalicules.

Il n'est pas rare de trouver dans l'ivoire une sorte de stratification, marquée surtout dans la couronne, et indiquée, sur des coupes longitudinales, par des lignes courbes plus ou moins paralleles aux contours de la couronne / et plus ou moins rapprochées les unes des autres (fig. 189), sur des coupes transverï sales, par des anneaux. Ces lignes, appelées I par Owen lignes de contour, résultent de ce 1 que l'ivoire s'est déposé couche par couche ; I elles sont très distinctes de ces lignes cha- I toyantes, découvertes par Schreger , qui sont 1 exactement parallèles à la cavité dentaire, et I dépendent des inflexions principales des cana- 1 lieu les. Les lignes de contour sont remar- \ (juablement distinctes chez les animaux, nor tamment chez les cétacés et les pachydermes (zeuglodon, dugong, éléphant), ainsi que chez le morse. Sur des dents fossiles, on voit quel- .■4 quefois l'ivoire se diviser en lamelles (Owen), et chez l'homme on observe quelque chose 189. . d'analogue sur les dents fraîches et sur le car-

Assez souvent les canalicules dentaires de la couronne s'avancent un peu dans l'émail, où ils s'élargissent quelquefois pour constituer des cavités plus ou moins

spacieuses (fig. '193) qu'on doit considérer comme des productions pathologiques. Une autre disposition qui paraît s'éloigner du type normal , ce sont les l/fffWfTI'l espaces interglobulaires de l'i-

ri Hi voire iui même ,|9°)- s°us

ce nom , Czermak désigne cer-

limitées par des prolongements sphériques de l'ivoire, et qui ne manquent complètement, pour ainsi dire , dans aucune dent.

Dans la couronne, les espaces interglobulaires sont le plus où ils forment souvent une couche mince et

Fig. 190.

nombreux au voisinage de l'émail,

Fig. 189.— Partie supérieure d'une incisive coupée suivant son axe longitudinal. Grossissement de 7 diamètres, a, cavité dentaire; b, ivoire; c, lignes de contour areiformes et espaces interglobulaires; d, cément; e, émail, dans lequel on reconnaît le trajet des fibres dans diverses directions; ff, lignes colorées de l'émail. Chez l'homme.

Fig. 190. — Fragment d'ivoire, avec des globules de l'ivoire entre lesquels sont des espaces remplis d'air (espaces interglobulaires). Grossissement de 350 diamètres.

de l'émail.

recourbée qui s'étend au-dessous de toute la face interne de l'émail; mais examinée de plus près, elle se trouve composée d'un grand nombre de couches fines, occupant la terminaison des lignes de contour ( fig. 189). On les rencontre aussi plus profondément, mais toujours, sur des tranches longitudinales, en séries qui répondent aux lignes de contour. Tantôt les espaces eux-mêmes sont très considérables et traversent ou interrompent dans leur trajet un grand nombre de canalicules dentaires ; tantôt, au contraire, ils sont fort petits, de sorte qu'ils n'ont de rapports qu'avec un nombre limité de canalicules. Dans le premier cas, leurs parois se montrent sous la forme de proéminences sphériques qui ont 0mm,005 à 0mm,027 et plus en hauteur, dont l'aspect est complètement celui de l'ivoire et que traversent également les canalicules dentaires : ils font évidemment partie de l'ivoire ; dans le second cas, au contraire, ces globules d'ivoire, comme je les appellerai, ne sont pas toujours distincts. Cela s'applique particulièrement aux espaces très petits qui, vu leur forme dentelée et leurs relations avec les canalicules dentaires , pourraient être considérés comme des corpuscules osseux dans l'ivoire, et en effet quelques auteurs les ont envisagés de cette manière. Mais on réussit presque toujours, dans la couronne du moins, à constater la ressemblance de ces espaces avec ceux dont nous avons parlé en premier lieu. La chose est plus épineuse à la racine , où les petits espaces interglobulaires et les globules forment une couche granuleuse (granulär layer, Tomes) qui ressemble souvent à une couche de petites cavités osseuses ou de noyaux simples. Je n'ai rencontré que très rarement de véritables cavités osseuses dans l'ivoire normal , et toujours c'était au voisinage du cément (fig. 187): les espaces interglobulaires et les globules d'ivoire, au contraire, se montrent aussi dans l'intérieur de l'ivoire de la racine et sur la paroi de la cavité dentaire, où ils sont remarquablement développés, au point que souvent il est possible de les reconnaître à l'œil nu dans certaines inégalités qu'ils déterminent. Les espaces interglobulaires, qui sont normaux dans la dent en voie de développement, ne contiennent point de liquide pendant la vie, comme on pourrait le croire au premier abord, mais bien une substance molle, analogue au cartilage dentaire et d'une structure identique avec celle de l'ivoire. Chose remarquable, cette substance, qui présente également des tubes, résiste beaucoup mieux à l'acide chlorhydrique que la substance fondamentale de la dent ossifiée; aussi peut-on l'isoler complètement, exactement comme les canalicules dentaires. Sur des tranches, la substance interglobulaire se dessèche ordinairement si bien, qu'il en résulte une excavation dans laquelle l'air pénètre, de sorte qu'alors il ne peut être question que d' espaces interglobulaires. Il est des dents qui, il est vrai, ne présentent point de substance interglobulaire; mais on y retrouve encore les contours partiels des globules de l'ivoire, sous la forme de lignes courbes r très fines (dentinal ce Ils, Owen).

Très rarement on rencontre, chez l'homme, de l'ivoire traversé par des canalicules de Hävers (vasodentine , Owen) , tel qu'il existe chez beaucoup d'animaux. Jene connais , sous ce rapport, que le cas observé par Tomes (/oc. cit., p. 225), dans lequel les canaux vasculaires étaient très nombreux. Mais il est assez fréquent de voir dans l'ivoire qui comble la cavité dentaire oblitérée, à côté de canalicules dentaires plus ou moins irréguliers, quelques canalicules de Hävers, et des cavités arrondies [osteodentine, Owen), qui figurent des corpuscules osseux.

§ H3. BSe rémaii. — V émail forme une couche continue à la surface externe de la couronne, couche dont la plus grande épaisseur répond à la surface triturante de la dent, et qui diminue de plus en plus vers la racine, pour se terminer enfin par un bord droit ou dentelé , un peu plus tôt sur les faces latérales que sur les faces antérieure et postérieure de la dent. La surface externe de l'émail parait complètement lisse; mais en réalité elle est couverte de très petites saillies linéaires, disposées transversalement

et très rapprochées les unes des autres ; quelquefois on y voit aussi des rugosités circulaires plus prononcées. L'émail est revêtu d'une membrane délicate, découverte par Nasmyth, et que j'appellerai cuticule de l'émail; cette membrane adhère si intimement à l'émail, qu'elle n'en peut être séparée que par le moyen de l'acide chlorhydrique. S'il faut en croire Berzclius et Retzius , une membrane analogue existerait à la face interne de l'émail, qu'elle séparerait de l'ivoire: il m'a toujours été impossible jusqu'ici de la découvrir. L'émail a une couleur bleuâtre; en couche mince il est translucide. L'émail est beaucoup plus rigide et plus dur que les autres tissus dentaires; il est à peine entamé par les instruments tranchants et fait feu avec le briquet (Nasmyth). Au point de vue chimique, l'émail pourrait être comparé à une substance osseuse renfermant très peu de matériaux organiques ; mais il ne donne point de gélatine par la coction, et ne diffère en rien, d'après Hoppe, de la substance des épithéliums. Il contient, d'après Bibra :

Molaire d'une femme

Molaire d'un homme

île vingt-cinq ans.

adulte.

Phosphate de chaux avec traces

Carbonate de chaux

Phosphate de magnésie

Sels solubles

Substance organique

des traces

Substance organique

Ainsi que l'indique déjà sa cassure fibreuse, l'émail tout entier est composé de fibres, appelées fibres ou prismes de V émail (fig. 191). Ce sont le plus souvent des prismes à cinq ou six pans, un peu irréguliers, allongés, de 0mm,0()35 à 0m,n,0050 de largeur, et qui parcourent en général toute l'épaisseur de l'émail, depuis l'ivoire jusqu'à la membrane d'enveloppe. Sur des dents d'adultes ces éléments sont très faciles à voir de face ou de profil ; mais il est difficile de les isoler dans une certaine étendue. Il en est tout autrement sur des dents très jeunes ou en voie de développement, où l'émail a beaucoup moins de dureté et se laisse facilement couper avec le scalpel. Les prismes obtenus de cette manière ont souvent des extrémités terminées accidentellement en pointe, ce qui leur a fait donner le nom (T 'aiguilles de V émail. On distingue très bien sur eux les pans et les angles ; souvent on y remarque en outre , surtout quand on y a ajouté un peu d'acide chlorhydrique étendu , des stries transversales , plus ou moins marquées et distantes de 0mm,0032 à 0n"n,005 les uns des autres. Ces stries, qui dépendent de légères varicosités que présentent les fibres, donnent à ces dernières une certaine analogie avec les fibres musculaires, ou plutôt avec d'énormes fibrilles musculaires ; elles ne sont nullement l'indice de

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