PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES DES DENTS
imperméable que l'émail lui-même; elle est, du reste, très difficilement attaquée parles acides; aussi ces deux parties constituent-elles d'excellents moyens de protection pour les dents.
Les nerfs du germe dentaire donnent aux dents une grande sensibilité non-seulement au toucher, mais encore à la chaleur, au froid et aux influences chimiques. Les impressions mécaniques faibles ne peuvent agir autrement qu'en déterminant dans la substance de la dent des oscillations qui sont transmises au germe; il est très singulier, d'après cela, que les dents puissent nous faire connaître l'endroit précis sur lequel a porté l'impression ; ainsi nous savons fort bien si la dent a été touchée à sa partie interne ou externe, supérieure ou inférieure, droite ou gauche. La sensibilité tactile des dents est assez délicate, notamment à leur surface triturante, où les corps étrangers du plus faible volume, tels que des cheveux, des grains de sable, sont parfaitement distingués pendant le frottement mutuel des deux surfaces triturantes correspondantes ; quant à la sensibilité générale des dents, elle est excessivement vive, du moins à l'état pathologique, ce qui se comprend aisément quand on considère le nombre considérable de filets nerveux que reçoit le germe, et la grande facilité avec laquelle ces nerfs sont comprimés dans l'intérieur de leur enveloppe solide.
Avec l'âge les dents gagnent en densité, la cavité dentaire se remplit d'une sorte d'ivoire imparfait et peut même s'oblitérer complètement : c'est là peut-être la cause qui provoque le chute des dents. Tomes affirme que chez quelques vieillards on trouve les racines des dents transparentes comme de la corne.
Au point de vue pathologique, nous ferons remarquer ce qui suit : dans quelques cas exceptionnels on a vu, après la chute des dents de la seconde dentition, de nouvelles dents les remplacer. Mais il ne faut pas oublier que quelquefois les dents de lait persistent au delà de l'époque normale de leur chute, et qu'alors, quand elles tombent, elles peuvent être prises à tort pour des dents de remplacement. Les dents qui ont été arrachées peuvent quelquefois reprendre racine (au bout de quinze mois une canine de la mâchoire supérieure qui avait été extraite fut retrouvée complètement consolidée). On a vu des dents développées dans l'ovaire, plus rarement dans d'autres organes.
Les fractures des dents, lorsqu'elles ont leur siège dans l'intérieur de l'alvéole , peuvent se consolider par des dépôts d'ivoire ou de cément imparfaits ; mais les parties de la dent usées par le frottement ne se régénèrent que chez les animaux (rongeurs, par exemple) dont les dents croissent d'une manière continue. L'hypertrophie du cément, donnant lieu aux prétendues exostoses, la formation de substance dentaire sur les parois de la cavité du germe, l'ossification du germe lui-même, sont des phénomènes extrêmement fréquents et dépendent le plus souvent d'une inflammation chronique du périoste et du germe dentaire. D'un autre côté, il n'est pas rare de voir la résorption partielle des racines. Les dents se nécrosent lorsque leur périoste a été détaché ou que le germe s'est mortifié : dans ce cas elles deviennent rugueuses et prennent une couleur de plus en plus foncée, jusqu'à ce qu'enfin elles tombent.
Quant à la carie dentaire et aux causes qui la provoquent, nous sommes encore dans l'ignorance à ce sujet. La carie attaque les dents vivantes et les fausses dents (Tomes), et commence toujours à F extérieur par la cuticule de l'émail (Ficinus), deux circonstances qui ont fait attribuer aux liquides buccaux une grande part dans
la production de la carie dentaire. Tout en admettant cette influence, on peut croire que parmi les dents vivantes il en est qui sont plus spécialement prédisposées à la carie en vertu de leur composition chimique ou de leur mode de nutrition qui les rend moins aptes à résister à cette cause de destruction. Quoi qu'il en soit, la carie n'est pas une simple dissolution des sels dentaires par les liquides buccaux ; elle s'accompagne constamment d'une sorte de décomposition putride des matières organiques de la dent, avec développement d'infusoires et de cryptogames ; ces êtres parasites sembleraient même, d'après les observations de Ficinus, jouer le principal rôle dans la maladie en question, attendu que la carie a toujours son point de départ dans des régions où ils trouvent les conditions nécessaires pour n'être point troublés dans leur développement, telles que les fissures ou dépressions de l'émail, les excavations des molaires, les intervalles des dents; jamais elle ne commence dans les autres localités où l'ivoire est mis à nu , comme à la surface triturante de la dent, sur des régions usées par la lime, etc. Voici donc quelle serait la marche de la carie : la cuticule de l'émail couverte d'êtres parasites [un infusoire analogue au vibrion , que Ficinus appelle denticola, et un cryptogame voisin de ceux de la langue [Leptothrix bu'ccalis, Robin), et que Ficinus confond à tort avec les denticolçe ; un cryptogame filamenteux (Erdl, Klenke, Tomes , moi)] devient noirâtre et perd ses sels calcaires; puis elle se divise en fragments anguleux, comme si elle avait été traitée par l'acide chlorhydrique. Le même travail morbide passe ensuite de l'émail à l'ivoire, ramollissant d'abord ce dernier au point qu'il ne laisse plus que -1 0 pour 4 00 de cendres ( Ficinus ), et le détruisant ensuite. Dans ce travail l'ivoire s'altère plus rapidement que l'émail ; ses canalicules se remplissent d'abord des liquides qui proviennent de la décomposition, et ces liquides, conduits sur le germe, y développent de la douleur, à moins que, comme l'a vu Tomes, les canalicules dentaires des parties voisines non encore attaquées ne soient oblitérés par des précipités , ou que le germe ne soit protégé par des dépôts d'ivoire de nouvelle formation dans la cavité de la dent (Ficinus, Tomes). Plus tard, il se fait dans les canalicules un dépôt brunâtre, puis la substance qui les sépare tombe en détritus. Ce travail de désorganisation fait des progrès continuels, jusqu'à ce qu'enfin la couronne se brise; la racine est alors attaquée à son tour, et finit par tomber également. — Dans l'ictère, les dents prennent assez souvent une teinte jaunâtre , qui quelquefois ne le cède pas en intensité à celle de la peau ; chez les asphyxiés on a dit qu'elles sont parfois colorées en rouge. Ces deux faits trouvent une explication facile dans le passage de la matière colorante de la bile ou du sang dans les canalicules dentaires. Dans le rachitisme les dents ne subissent aucune altération. Dans le mucus qui enduit les dents on voit toujours un grand nombre des cryptogames mentionnés précédemment pulluler dans une matière finement granulée qui entoure des corpuscules muqueux ou des cellules epitheliales; on y trouve en outre les infusoires des dents cariées et les dépôts terreux des liquides buccaux. Lorsque ce mucus s'accumule en quantité notable, il durcit et forme le tartre des dents, composé, d'après Berzelius, de phosphates terreux, 79,0; mucus, 12,5; ptyaline, 4,0: substance organique soluble dans l'acide chlorhydrique, 7,5.
Pour étudier les dents, on se sert de tranches très minces et de pièces ramollies dans l'acide chlorhydrique. Les tranches fines ne peuvent s'obtenir que sur des dents jeunes et fraîches; sur les autres l'émail tomberait en éclats. Au moyen d'une scie fine, on enlève un segment convenable, longitudinal ou transversal, qu'on amincit ensuite autant que possible en l'usant sur une pierre à repasser. Cette tranche est nettoyée, puis polie entre deux lames de verre, jusqu'à ce que sa surface soit très lisse et luisante; on la traite enfin par l'éther, pour la débarrasser des impuretés qui pourraient y adhérer. Quand une tranche est bien polie et desséchée, tous les canalicules dentaires, toutes les cavités osseuses y sont remplies d'air, et sans lui faire subir d'autre préparation on peut la conserver sous une lamelle de verre qu'on fixe au moyen d'un vernis épais et très siccatif. Les tranches polies de la sorte sont préférables à toutes les autres, car ces dernières, à cause de leur surface inégale , doivent être couvertes de divers liquides, tels que le baume du Canada , la térében-
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thinc, etc., pour pouvoir être examinées à de forts grossissements. En effet, presque toujours une portion do ees liquides pénètre dans les canalicules dentaires : il en résulte que ces canalicules deviennent très pâles et leurs branches les plus fines, peu distinctes ou invisibles. Les vernis ne peuvent servir qu'autant qu'ils, sont très épais. Pour amincir convenablement une lamelle d'une dent, on peut aussi la coller sur une plaque de verre au moyen du baume du Canada, l'user et la polir avec une lime d'abord sur une des faces, puis la détacher dans le baume chaud, la fixer par sa face polie et l'user sur lautre« Cette tranche, traitée ensuite par 1 ether, et desséchée, devient aussi belle que si l'on ne s'était servi que d'eau. Deux sections verticales par la partie moyenne de la dent, l'une d'avant en arrière, l'autre de droite à gauche, et plusieurs sections transversales à travers la racine et la couronne suffisent pour faire voir les particularités les plus importantes de la dent : il faudrait cependant avoir aussi des tranches montrant la surface de la cavité dentaire et du cément, ainsi que celle de l'émail, des sections obliques et des sections transversales à travers les origines des canalicules de la racine, pour voir les anastomoses entre les branches de ces canalicules. Le cartilage dentaire s'obtient facilement en faisant macérer la dent dans l'acide chlorhydrique : le temps nécessaire pour cela varie suivant que l'on emploie cet acide plus ou moins concentré et qu'on le renouvelle plus ou moins souvent : il faut trois à quatre jours avec un acide fort, cinq à huit jours avec un acide faible. Si l'on veut avoir une dent entière tellement ramollie que les canalicules s'y séparent aisément, il faut la laisser macérer environ huit jours dans l'acide chlorhydrique concentré ; s'il ne s'agit que de tranches minces, il suffit de douze à vingt-quatre heures de traitement par l'acide sulfurique ou chlorhydrique, ou de quelques heures de macération dans la soude ou la potasse caustiques. Une étude très instructive consiste à plonger dans un acide des tranches minces d'une dent, et à les examiner de temps en temps, en les plaçant sur une lame de verre, jusqu'à ce qu'elles se désagrègent complètement. Les prismes de l'émail s'isolent facilement lorsque cette substance est encore peu développée; pour rendre visibles leurs stries transversales, on se sert d'acide chlorhydrique; les sections transversales des prismes peuvent également S3 voir assez bien, dans certaines couches, sur des tranches longitudinales.
Les premières phases du développement ne peuvent être étudiées qu'avec la loupe ou le microscope simple, sur des embryons de deux, trois et quatre mois : on fera d'abord durcir les parties dans l'alcool, puis on pratiquera sur elles des coupes transversales. La structure du sac dentaire et la texture des dénis seront examinées sur des fœtus de quatre, cinq et six mois, et sur des enfants nouveau-nés : on peut se servir de préparations fraîches, ou bien, si l'on veut rechercher les connexions de l'organe adamantin, de pièces conservées dans l'alcool, liquide qui n'altère nullement les dents. Le germe des dents qui ont acquis tout leur développement s'obtient en les faisant éclater dans un étau ; les nerfs qui y pénètrent, sont mis en évidence par 1 addition de soude étendue.
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