VAISSEAUX FT NERFS DU FOIE
face des ilôts hépatiques, ces rameaux, dis-je, ne m'ont pas offert d'anastomoses. Si les rameaux dont nous parlons existent véritablement, il est certain qu'ils sont peu nombreux , car on peut les isoler dans une certaine étendue et constater qu'ils ne fournissent ni ne reçoivent d'autres ramuscules. La distribution des rameaux lobulaires dans le foie n'est rien moins qu'abondante : aussi la lenteur de la sécrétion biliaire peut-elle dépendre non-seulement de la structure spéciale du parenchyme hépatique, mais encore du nombre peu considérable des canaux excréteurs.
La bile normale est tout à fait liquide ; ce n'est, qu'accidentellement qu'elle contient des cellules d'épithélium, provenant des grands canaux biliaires. Je n ai jamais trouvé dans labile de cellules hépatiques. Les quelques observateurs qui ont cru voir des cellules de ce genre se sont fait illusion, ou bien ils les ont confondues avec les cellules épithéliales polygonales des conduits interlobulaires. Parmi les éléments qui apparaissent d'une manière anormale, bien que très fréquemment, dans la bile, nous signalerons les gouttelettes de graisse et la matière colorante de la bile sous forme de granulations ou de masses grenues ; ces substances, dont nous avons déjà signalé la présence anormale dans les cellules hépatiques, sont, dans certaines conditions, sécrétées avec la bile et en assez grande abondance. Nous devons encore ranger ici , mais comme apparaissant plus rarement, les cristaux de cholestérine et les cristaux rouges (cristaux en aiguille) de bilifulvine, observés dans ces derniers temps par Yirchow [Miltheil. cl. Würzb. plujs. med. Ges., I, p. 311).
§ 166. Vaisseaux et nerfs du foie. — Le foie offre un mode de circulation tout à fait spécial; car, indépendamment d'une artère afférente et d'une veine efférente , il reçoit encore du sang', par la veine porte. Tandis que ce dernier vaisseau fournit spécialement au parenchyme sécréteur et se continue directement avec les veines du foie, par l'intermédiaire d'un réseau capillaire placé dans l'épaisseur même du parenchyme , l'artère hépatique est plus particulièrement destinée aux parois des conduits biliaires, à ceux de la veine porte, à la capsule de Glisson, à l'enveloppe séreuse du foie, et ne concourt que d'une manière subordonnée à la formation des réseaux capillaires des ilôts hépatiques.
Les ramifications de la veine porte, ainsi que de quelques petites veines de la vésicule biliaire et de l'estomac qui entrent isolément dans le foie (voy. Weber, Ann. Acad., II, 18/iô), ont lieu généralement suivant le mode dichotomique ; indépendamment des branches principales en lesquelles ces vaisseaux se divisent , on voit encore une masse de petits ramuscules se détacher à angle droit, même des grosses branches, mais surtout des branches plus petites. Ces ramuscules se portent tantôt immédiatement, tantôt après un court trajet, vers les îlots hépatiques qui entourent les gros canaux vasculaires, tandis que les grosses branches de la veine porte se ramifient déplus en plus en diminuant de calibre, et, après un trajet plus ou moins considérable dans le parenchyme hépatique, et toujours revêtues de la capsule de Glisson, arrivent enfin aux îlots ou lobules du foie; chacun des îlots reçoit de la veine porte, ou plutôt des branches de cette veine, au moins trois, plus souvent quatre ou cinq petits rameaux (de 0mm,018 à 0mm,036 de diamètre) que Kiernan désigne sous le nom de veines interlobulaires : il faut remarquer toutefois qu'une semblable veine, prise isolément, ne se distribue jamais à un seul îlot hépatique, mais à deux ou
même trois îlots. Les derniers rameaux des veines interlobulaires , ou rameaux lohulaires de Kiernan, pénètrent à angle droit dans les îlots hépatiques voisins, au nombre de dix, quinze et même vingt, et constituent immédiatement le réseau capillaire de ces îlots. Les rameaux lohulaires ne présentent point entre eux d'anastomoses, pas plus d'ailleurs que les autres branches de la veine porte ; les ramifications de cette veine ne se trouvent donc en communication que par le réseau vasculaire le plus fin (celui qui se trouve dans l'épaisseur des îlots).
Le réseau capillaire des îlots hépatiques (voy. fig. 226) remplit complètement les espaces ou mailles du réseau des cellules hépatiques ; aussi est-il vrai de dire que le parenchyme sécréteur du foie n'est formé véritablement que de deux éléments : les cellules hépatiques et les capillaires sanguins. Nous avons vu que le réseau des cellules hépatiques forme dans l'ensemble
du foie un tout continu, mais divisé en un certain nombre de petits départements par les vaisseaux sanguins qui arrivent au foie et par les canaux biliaires qui en partent ; il en est de même du réseau capillaire sanguin, qui va également d'un îlot hépatique à un autre, mais présente aussi en certains points des solutions de continuité. Le diamètre des vaisseaux capillaires, assez considérable relativement, est généralement un peu moindre que celui des réseaux de cellules hépatiques; chez l'homme ce diamètre est en moyenne de 0mm,009 à 0n"",011 (de 0mn,,004 au minimum et de 0mm,02 au maximum).
Les capillaires les plus larges sont partout placés dans le voisinage des veines qui entrent dans les îlots ou qui en sortent; les capillaires les plus fins sont intermédiaires aux précédents et situés dans la partie moyenne des îlots. Les mailles du réseau vasculaire correspondent naturellement à la forme des réseaux de cellules hépatiques, elles sont par conséquent très allongées dans les parties centrales des îlots et plus arrondies à leur périphérie ; quant à la largeur de ces mailles, elle est égale à celle que laissent entre elles les trabécules de cellules hépatiques, elle est de 0,nm,013 à 0m,,,,0i.
Les veines sus-hépatiques ressemblent aux branches de la veine porte, quant aux points essentiels; en effet, elles sont dépourvues de valvules, leurs branches arborescentes se détachent du tronc à angle aigu et ne s'anastomosent point entre elles ; on voit également un grand nombre de très
Fig. 226. — Réseau des cellules hépatiques et vaisseaux capillaires de ce réseau chez le cochon. Grossissement de 350 diamètres. En quelques points on aperçoit des espaces vides entre les cellules et les capillaires; ces espaces sont un artifice de préparation pour rendre les objets plus distincts, ils n'existent point en réalité.
Fig. 226.
VAISSEAUX ET NEUFS DU FUIE. /|8o
petits rameaux se jeter sur des branches qui ont déjà un certain volume. Les veines sus-hépatiques ont ceci de particulier qu'elles sont placées dans des canaux spéciaux creusés dans la substance du foie, et qu'elles sont infiniment adhérentes à cette substance : c'est ce qui fait que coupées en travers, elles restent béantes ; elles manquent, du moins dans leurs plus fines ramifications, d'une tunique extérieure de tissu conjonctif, et cette tunique, qui existe dans les grosses branches, y est incomplètement développée. Mats cette disposition commune entre les veines sus-hépatiques et le système de la veine porte ne s'observe plus quand on envisage les dernières ramifications sus-hépatiques, que Kiernan appelle veines intralobulaires, et Krüllenberg veines centrales des lobules. Ces veines centrales, qui, chez l'homme, ont de 0mm,027 à 0mm,07 de diamètre, devront être étudiées d'abord sur un animal dont le foie est lobulé, sur le cochon, par exemple, dont la structure a été représentée en partie par Kiernan dans ses figures un peu schématiques. Quand, sur le foie de cet animal, on ouvre une petite branche des veines sus-hépatiques, on voit très distinctement, à travers les parois transparentes du vaisseau, des surfaces polygonales qui ne sont autre chose que les faces des lobules tournées vers la veine (fig. 222). Du centre de chacun de ces polygones, que Kiernan appelle bases des lobules , part une veinule qui s'abouche directement dans la veine qui a été ouverte ; poursuivie du côté du lobule , cette veinule conduit dans la partie centrale de ce dernier, où elle naît du réseau capillaire qu'il renferme , sans jamais communiquer avec un lobule voisin. Ainsi, de chaque lobule il ne part jamais qu'une seule veine, qu'on peut appeler pour ce motif veine intralobulaire . Les vaisseaux qui reçoivent directement le sang des veines intralobulaires sont appelés par Kiernan veines sublobulaires, parce qu'elles rampent à la base des lobules. Les veines sublobulaires sont tantôt d'un certain calibre (chez le cochon elles ont jusqu'à 2 ou 5 millimètres de largeur) et occupent des espaces limités de toutes parts par les bases d'un certain nombre de lobules ; tantôt elles sont plus étroites et même très fines (jusqu'à 1/15 de millimètre), et alors elles cheminent simplement dans les interstices des lobules. Les veines sublobulaires se réunissent pour former des veines plus considérables, dans lesquelles
Fig. 227. — Segment d'une injection parfaitement réussie des veines hépatiques du lapin. Grossissement de 35 diamètres. Une des veines intralobulaires est visible dans tout son trajet; des autres on ne voit que les racines. Les capillaires des lobules sont eu partie confluents; il en est de même, sur un point, de deux radicules veineuses. D'après une pièce de Harting.
[YSU HISTOLOGIE SPÉCIALE.
on voit rarement s'ouvrir directement des veines intralobulaires, et qui, pour cette raison, ne sont point en contact avec la base des lobules, mais seulement avec une de leurs faces ou un de leurs angles (faces capsulaires de Kiernan). Celles qui ne sont pas très considérables, reçoivent encore des veines sublobulaires provenant des groupes de lobules les plus voisins, ou seulement de grosses veines disposées comme elles le sont elles-mêmes.
La disposition des veines intralobulaires est extrêmement simple : chacune de ces veines marche en droite ligne dans l'axe d'un îlot ou lobule hépatique , et se divise, vers la partie moyenne de ce dernier, en deux ou trois branches principales qui souvent se subdivisent elles-mêmes. Les capillaires des lobules communiquent non-seulement avec les extrémités de ces divisions vasculaires, mais encore avec les troncs, dans toute l'étendue du lobule; Theile prétend même que des capillaires s'ouvrent encore dans les premières portions des veines sublobulaires. Dans tous les lobules ou ilôts dont des angles sont tournés soit vers la surface du foie, soit vers la paroi d'un gros tronc vasculaire, la veine intralobulaire s'étend jusqu'au voisinage de la surface, tandis que dans les autres elle n'arrive que jusqu'au centre du lobule, de façon qu'elle est toujours distante de la veine intralobulaire la plus voisine d'un demi-diamètre de lobule.
V artère hépatique accompagne, en général, la veine porte et les canaux biliaires, et se trouve renfermée comme eux dans la capsule de Glisson ; elle se ramifie exactement comme la veine porte, et se termine sur les vaisseaux et les canaux biliaires, dans la capsule de Glisson, dans l'enveloppe fibro-séreuse du foie et dans les îlots hépatiques ; ses rameaux se distinguent, d'après cela, en rameaux vasculaires, capsulaires et lobulaires.
1° Rameaux vasculaires. Outre les branches principales qui cheminent avec celles de la veine porte, l'artère hépatique fournit une foule de petits rameaux qui s'en détachent généralement à angle droit, et qui forment un réseau dans le tissu conjonctif de la capsule de Glisson. De ce réseau partent encore quelques rameaux lobulaires pour les lobules éloignés des troncs artériels ; d'autres rameaux sont destinés aux parois de la veine porte, des grosses branches artérielles, des veines sus-hépatiques, à la capsule de Glisson et aux canaux biliaires. Ces derniers canaux reçoivent un nombre si considérable de vaisseaux, qu'après une bonne injection ils sont presque aussi rouges que les artères. Du réseau capillaire à mailles assez larges qui entoure toutes ces parties de l'organe hépatique, et même les glandes des canaux excréteurs, naissent les veines vasculaires, lesquelles ne se continuent point avec les veines sus-hépatiques, mais bien avec de petits rameaux de la veine porte ; c'est un fait que Ferrein a découvert et qui a été confirmé depuis par Kiernan. Les veines vasculaires sont, comme les rameaux de la veine porte, placées dans la capsule de Glisson et s'abouchent à des troncs plus volumineux ; on peut donc les considérer comme des racines internes ou hépatiques de la veine porte. C'est ce qui explique pourquoi une injection, poussée par l'artère hépatique, pénètre dans la veine porte, et réciproquement ; et pourquoi les réseaux vasculaires en question