VAISSEAUX ET NERFS DE LA RATE
démontrer qu'il existe des cellules et des globules sanguins. Remak doit savoir aujourd'hui que Virchow aussi s'est convaincu de l'existence des cellules à globules sanguins. Virchow, il est vrai, interprète autrement leur mode de développement; il pense que les globules du sang s'introduisent dans des cellules préexistantes, proposition à laquelle je ne puis souscrire jusqu'à plus ample informé.
Une question importante est celle-ci : les transformations des globules du sang doivent-elles être considérées comme un phénomène physiologique ou comme un phénomène pathologique? Des arguments d'un grand poids semblent militer en faveur d'une action physiologique. D'abord ces transformations s'observent, pour ainsi dire constamment, sur un grand nombre d'animaux vivants, et notamment sur des animaux vivant dans l'état de nature, tels que les amphibies et les poissons; en second lieu, on trouve dans des vaisseaux sanguins dont le sang circule régulièrement des cellules contenant des globules sanguins (ainsi qu'on peut l'observer chez les amphibies) ; en troisième lieu, enfin, de semblables métamorphoses, constantes, se répétant à de courts intervalles , n'ont jamais été rencontrées dans d'autres organes chez les animaux vertébrés supérieurs; on pourrait apporter d'autres preuves à l'appui de cette opinion. En opposition avec ces faits, il en est quelques autres qu'une observation attentive a pu mettre en évidence, et qui conduisent presque involontairement à admettre que les modifications des globules du sang dans la rate ne sont peut-être que des phénomènes anormaux : c'est ce qui résulte surtout de mes recherches sur les poissons. 1° Chez les poissons, les transformations des globules du sang de la rate s'accomplissent souvent, non dans l'intérieur des vaisseaux sanguins, mais dans des vésicules placées sur les artères et simulant une sorte d'anévrysme faux. (Voyez mon article Rate, dans Todcl's Cyclop. of Anat., IV, et Mikroskop. Jnat., II, 2. — Voyez aussi Ecker, Icon. physiol., c'est-à-dire la deuxième édition des Icon. phys. de Wagner, tab. VI, fig. ! 5, <16). 2° Chez les poissons, on trouve des extravasations sanguines, ainsi que les métamorphoses consécutives à ces extravasations, non-seulement dans la rate, mais encore dans d'autres organes ; elles sont constantes dans les reins, et fréquentes dans le foie et dans !e péritoine. Si l'on ajoute maintenant à ces faits que chez certains animaux (par exemple chez le chat, le mouton, etc.), les transformations des globules du sang se rencontrent rarement dans la rate, et que ces transformations ne sont pas, dans leur évolution, dans des relations toujours les mêmes avec les phénomènes digestifs , on ne peut guère s'empêcher de regarder ces phénomènes comme anormaux, surtout si l'on considère que des épanchements analogues, accompagnés de modifications tout à fait semblables dans le sang épanché, et qui certainement ne sont pas de l'ordre physiologique, se présentent avec une grande fréquence. Tels sont les petits épanchements de sang dans les poumons, dans les ganglions bronchiques, et dans le corps thyroïde de l'homme; tels sont également les épanchements des ganglions lymphatiques du mésentère du cochon et du lapin. Plus j'envisage le phénomène dans sa généralité, plus je suis porté à penser que la série des transformations des globules du sang dans le parenchyme splénique n'appartient pas à l'état normal, et que si la rate est un organe dans lequel les globules du sang se détruisent normalement, ce phénomène ne peut s'accomplir que dans l'intérieur des vaisseaux. Que cette destruction ait lieu réellement dans la rate, bien plutôt que dans le foie, je le crois encore aujourd'hui, mais j'abandonne dößnitivement Vidée d'appuyer cette doctrine sur les faits qui en avaient d'abord éveillé en moi la pensée (c'est-à-dire sur l'apparition fréquente de globules sanguins en voie de décomposition dans la pulpe splénique).
§ 173. Vaisseaux et nerfs de la rate. — A leur entrée dans la rate, l'artère splénique, relativement assez volumineuse, et la veine splénique plus volumineuse encore, sont entourées par les prolongements de la membrane fibreuse déjà décrits sous le nom de gaines vasculaires. Ces
gaines forment chez l'homme, autour des vaisseaux et des nerfs, des enveloppes complètes à peu près analogues à celles de la capsule de Glisson dans le foie. Il s'ensuit que les artères et les nerfs peuvent être isolés facilement; les veines sont moins facilement isolables, elles sont solidement unies à la gaîne, du côté opposé à l'artère. A leur entrée dans la rate, les gaines ont sensiblement une épaisseur égale à celle de la membrane fibreuse, et elles conservent cette épaisseur autour des branches principales des vaisseaux. Les plus fines ramifications des vaisseaux, ainsi que les petites branches qui se détachent des gros troncs, ont des gaines de plus en plus minces, qui se perdent enfin dans la pulpe splénique sous forme de petites Tnembranes délicates, lorsque les vaisseaux sont devenus très fins. L'épaisseur d'une gaîne est toujours moindre que celle de la paroi artérielle correspondante, et plus considérable quecelle de la paroi veineuse ; les gaines sont d'ailleurs relativement plus épaisses dans les ramifications vasculaires que dans les
troncs. Nous avons déjà vu précédemment qu'une foule de trabécules s'insèrent à la surface des gaines vasculaires, qui concourent ainsi, avec les vaisseaux qu'elles enveloppent, à former l'ensemble réticulé qui occupe l'intérieur de la rate. — Chez les mammifères tels que le cheval , l'âne , le bœuf, le cochon, la brebis, etc., les gaines se comportent autrement : sur les petites veines on n'en trouve point vestige , et sur les veines plus grosses elles p1Gs 235. n'existent, à proprement
parler, que du côté correspondant aux artères et aux nerfs ; les deux branches principales de la veine splénique sont seules pourvues de gaines complètes. Les artères, au contraire, possèdent des gaines complètes, depuis leurs troncs jusqu'aux ramifications les plus fines. Les gaines vasculaires ont exactement la même structure que les trabécules ; cependant elles ne présentent pas des fibres musculaires dans tous les cas où les trabécules en possèdent. Tel est le cas chez le bœuf; chez le cochon, les fibres vasculaires sont très distinctes aussi dans les gaines vasculaires.
Fig. 235. — Artère de la rate du cochon, terminée par une touffe de ramuscules. Grossissement de '^5 diamètres. D'après une injection de Gerlach.