OVIDUCTE ET MATRICE
jonctif embryonnaire, mêlé de noyaux et de fibres cellules, qu'on rencontre dans toutes les parties des organes génitaux de la femme ; Yépithélium se compose d'une simple couche de cellules vibratiles pâles, de 0mm,035 de longueur, et dont les cils délicats se meuvent de dehors en dedans. La muqueuse utérine présente d'ailleurs des différences clans le corps et le fond et dans le col. Dans le corps, elle est friable, rougeâtre, mince (1 à 2 millimètres); sa face interne est lisse et dépourvue de papilles, mais présente ça et là quelques plis assez marqués ; dans son épaisseur se trouvent une multitude de petites glandules, appelées glandes utriculaires de l'utérus ou glandes utérines, et qui ont la plus grande analogie avec les glandes de Lieberkühn de l'intestin ; ce sont, en effet, des utricules simples ou bifurquées, dont la longueur est mesurée par l'épaisseur de la muqueuse, qui ont 0mm,05 à 0mm,07 de largeur, et qui, vers leur extrémité, sont souvent contournés en tire-bouchon. Les glandes utérines sont très serrées les unes contre les autres, et sont formées d'une membrane amorphe très mince, tapissée intérieurement d'un épithélium cylindrique; elles s'ouvrent à la surface de la muqueuse, soit isolément, soit deux à deux ou trois à trois, par un orifice de ^ millimètre de largeur. Le contenu de ces glandules ne renferme aucun élément solide ; mais il n'est pas rare de voir l'épithélium des parois s'éliminer et remplir la cavité glandulaire sous la l'orme d'un produit grisâtre. Dans les maladies, ces glandules se détruisent avec une grande facilité; cependant H. Müller les a observées encore sur des femmes de soixante-dix à quatre-vingts ans, et d'un autre côté il les a trouvées déjà chez un enfant de deux ans.
Dans le col de l'utérus, la muqueuse est plus blanche, plus dense et plus épaisse (2 à 3 millimètres), surtout sur les parois antérieure et postérieure, où se trouvent les plis palmés. Entre ces plis on voit des excavations anfractueuses, ayant jusqu'à 2 millimètres de profondeur ou même davantage, et tapissées d'un épithélium cylindrique. Ces excavations, qui diffèrent notablement des glandes muqueuses ordinaires, doivent être considérées néanmoins comme des follicules muqueux, sécrétant le mucus visqueux et transparent du col utérin. Dans cette région se rencontrent aussi très fréquemment des vésicules closes, dont le diamètre varie entre 0""M,7, et 5 millimètres ou plus, et qui sont remplies de la même substance muqueuse ; ces vésicules, connues sous le nom (Yœufs de Naboth, sont formées d'une couche, de tissu conjonctif et de petites cellules cylindriques, et pourraient être considérées comme des follicules clos qui crèvent de temps en temps, comme les follicules de Graaf ; mais en réalité ce sont de simples follicules muqueux dilatés et oblitérés; elles doivent quelquefois leur existence à un travail pathologique, et se rencontrent aussi çà et là dans la muqueuse du corps de l'utérus.
Le tiers ou la moitié inférieure du canal cervical de l'utérus présente des papilles verruqueuses ou filiformes, de 0n,m,2 à 0""",7 de hauteur, revêtues de cylindres d'épithélium vibratile; chacune d'elles contient une ou plu-
sieurs anses vasculaires et mie quantité énorme de petits noyaux, quelquefois aussi des gouttelettes pâles de graisse.
La distribution vasculaire ne présente que peu de particularités dans l'utérus non gravide. Les grosses branches artérielles cheminent dans la substance musculaire et se ramifient de là dans la couche musculeuse et dans la membrane muqueuse. Celle-ci, comme celle de tous les organes, offre des vaisseaux d'un certain calibre à sa face profonde, et des vaisseaux plus fins dans ses couches superficielles; ces derniers fournissent un riche réseau capillaire qui entoure les glandes et donne naissance à un réseau superficiel excessivement serré, dont les mailles sont formées de vaisseaux un peu plus larges (0"m,,014 à 0mn,,02) ; de ces réseaux partent de larges veines dépourvues de valvules et à parois très minces, qui suivent le même trajet que les artères. Les lymphatiques de l'utérus, dont l'origine est probablement dans la muqueuse, sont excessivement nombreux ; ils forment sous le péritoine des réseaux plus ou moins serrés, d'où naissent des troncs nombreux et considérables qui cheminent avec les vaisseaux sanguins, pour se jeter soit dans les ganglions pelviens, soit, avec les lymphatiques de l'ovaire, dans les ganglions lombaires. Les nerfs de l'utérus proviennent du plexus hypogastrique et du plexus ovarique ; ils sont formés d'une foule de tubes minces joints à quelques tubes larges ; contenus d'abord dans le ligament large, où ils sont unis entre eux en forme de plexus, ils.suivent généralement, dans l'utérus, le trajet des vaisseaux sanguins, et se distribuent dans la substance musculeuse depuis le fond jusqu'au col de l'organe ; c'est dans la portion cervicale qu'ils sont le plus nombreux. Ces nerfs sont blancs, et ne présentent point de renflements ganglionnaires dans l'épaisseur de l'utérus. Leurs connexions dans la muqueuse et leur mode de terminaison sont encore inconnus.
Quant aux ligaments qui fixent l'utérus dans le bassin, le ligament large, les ligaments antérieur et postérieur sont de simples duplicatures du péritoine, entre les feuillets desquels se trouvent non-seulement les vaisseaux afférents et efférents de la matrice, mais encore une proportion notable de fibres musculaires lisses dont le point de départ est dans cet organe. Des fibres analogues, provenant également de l'utérus, se rencontrent en petite quantité dans le ligament de l'ovaire, en quantité très considérable, au contraire, clans le ligament rond, où elles forment des faisceaux longitudinaux entourés de tissu conjonctif; au niveau de l'orifice inguinal interne il s'y joint, en outre, un assez grand nombre de fibres striées, qui souvent remon~ tent jusqu'au voisinage de Vutérus.
§ 211. Modifications que subit l'utérus à l'époque de la menstruation
et pendant la grossesse. — A l'époque menstruelle, l'utérus tout entier augmente de volume et son tissu devient plus lâche, double phénomène qui dépend surtout de la dilation que subissent les vaisseaux, et de l'augmentation dans la quantité de plasma sanguin qui imprègne tout l'organe; du moins n'ai-je pu constater, outre une séparation plus facile des éléments
OVIUUCTE ET MATRICE. 583
musculaires, aucune modification de la tunique musculeuse. La muqueuse, au contraire, subit dans certains cas une véritable hypertrophie, et prend une épaisseur qui peut aller jusqu'à 2, 5 et 7 millimètres, voire même jusqu'à 10 et 1U millimètres au niveau des plis; elle devient plus molle et présente de magnifiques glandes utriculaires, faciles à isoler, mesurant de 2 à 7 millimètres en longueur et 0mm,075 à 0",ri,,09 en largeur; on voit, en outre, dans son tissu une foule de jeunes cellules sphériques ou fusiformes. Les vaisseaux sanguins de la muqueuse, qui fournissent spécialement le liquide menstruel, sont extraordinairement nombreux et dilatés dans toute l'étendue de l'utérus, mais particulièrement dans le corps et dans le fond ; cela s'applique surtout au réseau capillaire superficiel : d'où la couleur rouge vif de la muqueuse. En même temps que le sang est versé au dehors, par suite de la rupture des capillaires superficiels, l'épithélium est éliminé en grande partie, à l'exception de celui du col: aussi le rencontre-t-on constamment en grande abondance dans le sang, mêlé de mucus, qui remplit la cavité utérine. Mais on ne doit point considérer comme un phénomène normal l'élimination totale ou partielle de la muqueuse utérine qu'on observe quelquefois pendant ou après l'époque menstruelle. Cette époque passée, les parties reviennent promptement à leur premier état, et un nouvel épithélium se produit à la surface de la muqueuse.
Tout autres sont les modifications déterminées par la grossesse ; au point de vue microscopique, cependant, la seule qui présente de l'intérêt, c'est l'accroissement de volume de l'utérus ; une grande part en revient à l'énorme dilatation de la cavité interne; l'épaississement des parois coïncide avec cette dilatation pendant les premiers mois ; mais, à partir du cinquième mois, ces parois s'amincissent. En somme, la masse de l'utérus devient vingt-quatre fois plus considérable (J. T. Meckel, Anat. IV, p. 691). Le mécanisme de ces modifications , au point de vue histologique, est resté pour ainsi dire complètement inconnu jusqu'à ces derniers temps ; aujourd'hui il peut être assez bien expliqué, quant aux points principaux. Les plus grands changements ont lieu dans la tunique musculeuse : c'est elle qui subit l'augmentation de volume d'où dépend principalement l'accroisse^ FlG* 2/1
Fig. 271. — Éléments musculeux d'un utérus au cinquième mois de la grossesse, a, fibres-cellules formatrices des fibres musculaires; b, jeunes cellules; c, fibres-cellules développées. Grossissement de 350 diamètres.
nient de l'utérus. Deux phénomènes concourent à produire cette augmentation : Y accroissement de volume des éléments musculeux déjà existants et la formation d'éléments musculeux nouveaux. Le premier est si considérable que les fibres-cellules contractiles, au lieu de 0""",05 à 0mm,07 de longueur et 0",m, 005 de largeur qu'elles présentent habituellement , mesurent au cinquième mois 0""",l/4 à 0"'"\27 dans le sens de la longueur, et 0""",0055 à 0mm,014 et même 0",m,02 dans le sens de la largeur; dans la seconde moitié du sixième mois, 0""",2 à 0m,",52 en longueur, 0""",009 à 0""",OU en largeur, et 0,,im,005 à O""",006 en épaisseur ; de sorte qu'elles deviennent environ sept à onze fois plus longues et deux à sept fois plus larges. La production de nouvelles fibres musculaires s'observe surtout pendant la première moitié de la grossesse et dans les couches internes de la tunique musculeuse ; on trouve là une multitude de jeunes cellules de 0mm,02 à 0mni,04 de diamètre, présentant toutes les formes transitoires aux fibres - cellules de 0,mn,05 à ()""", 07 de longueur; rien de semblable ne se remarque dans les couches extérieures. Cette génération de fibres musculaires parait s'arrêter au sixième mois ; du moins n'ai-je trouvé dans l'utérus, pendant la vingtsixième semaine de la grossesse, que des libres -cellules énormes sans aucune trace des formes antécédentes.
A cet accroissement des libres musculaires correspond celui du tissu conjonctif qui les unit entre elles ; vers la fin de la grossesse, ce dernier présente par places des fibrilles parfaitement distinctes. En même temps la muqueuse a subi des modifications très nombreuses , et c'est même elle qui ouvre la marche des changements opérés par la grossesse. Déjà huit jours après la con- Fig. 273. ception, elle est devenue plus épaisse
- a fibres-cellules musculaires d'un utérus gravide au sixième mois; b, pord'une fibre traitée par l'acide acétique, et montrant une apparence d'enveîu des fibres cellules. Grossissement de 350 diamètres. -Glande utérine d'une primipare, huit jours après la conception.
OVIDÜCTE ET MATRICE. 585
(5 à 7 millimètres), plus molle, plus lâche et plus rouge; ses plis sont plus saillants, et la limite qui la sépare du tissu musculaire est plus distincte. A mesure qu'on s'éloigne du début de la grossesse, ces particularités deviennent plus marquées. Quand on étudie la muqueuse avec le secours du microscope, on reconnaît non-seulement que les vaisseaux de cette membrane se sont considérablement dilatés, mais encore que dans son épaisseur il s'est formé une masse considérable de tissu conjonctif nouveau, et que ses glandes utriculaires ont pris des proportions beaucoup plus considérables; car elles mesurent alors 5 à 7 millimètres en longueur et 0mm,09 à 0m,n,25 (moyenne 0"m,18) en largeur. Plus tard, la plus grande partie de cette muqueuse hypertrophiée constitue ce que l'on a nommé la vraie caduque (decidua vera), tandis que le reste, qui répond à l'insertion de l'œuf, se transforme en placenta utérin ; des bords de cette portion placentaire de la muqueuse naissent des bourgeons qui 11 1 s'étendent tout autour de l'œuf et constituent la caduque /) // réfléchie {decidua reflexo). Nous ne nous étendrons pas sur tous ces phénomènes ; nous ferons remarquer seulemenl que les glandes en tube de la caduque vraie se transforment peu à peu en des espèces de poches dont les ouvertures donnent à cette membrane et au bord de la caduque réfléchie l'aspect d'un 5 crible. A partir du deuxième mois, vu l'augmentation de surface de la face interne de l'utérus, les deux caduques perdent ' de leur épaisseur, sans cesser cependant d'augmenter eu masse. Quelle que soit l'époque à laquelle on les examine, on trouve leur tissu formé de cellules sphériques plus ou moins volumineuses, avec un beau noyau, souvent multiple ; de fibres-cellules offrant parfois des dimensions colossales, et renfermant un gros noyau très distinct, et enfin, dans la caduque véritable surtout, de nombreux vaisseaux sanguins; l'épithéliura, au contraire, abstraction faite des premiers mois de la grossesse, a complètement disparu de la surface des caduques. La muqueuse du col ne participe en rien à la formation des caduques, et conserve son épithélium (non vibratile) pendant toute la durée de la grossesse. Mais elle s'épaissit également ; ses follicules muqueux surtout se développent, et ce sont eux qui sécrètent le bouchon muqueux qui remplit tout le canal cervical.
La membrane séreuse , bien que ne croissant pas dans la même proportion que les autres tuniques , n'en subit pas moins une certaine hypertrophie ; l'augmentation de volume des ligaments utérins, des ligaments ronds, en particulier, est très évidente, elle dépend surtout d'une modification de leurs fibres musculaires lisses
FiG. 274.
Fig. 274. — Fibres cellules musculaire» d'un utérus au troisième mois après l'accouchement; les quatre cellules pâles ont été traitées par l'acide acétique, a, noyau des cellules; g, granulations graisseuses dans leur intérieur. Grossissement de 350 diamètres.
analogue à celle que nous avons décrite à propos de l'utérus, peut-être aussi de la multiplication des faisceaux de muscles striés. L'accroissement des vaisseaux sanguins et lymphatiques, en longueur et en calibre, n'est pas moins manifeste. Ici encore c'est l'élément musculaire qui joue le principal rôle ; les nouveaux éléments musculaires sont très faciles à démontrer suites veines, même dans la tunique adventice et dans la tunique interne. Quant aux nerfs, il est certain qu'ils grossissent également ; mais il n'est pas démontré qu'il s'y développe de nouveaux tubes nerveux. Il n'est nullement douteux, au contraire, que les tubes existants augmentent en largeur et en longueur, ni que leurs contours foncés s'étendent plus loin dans l'épaisseur de la substance de l'utérus.
Le retour de l'utérus, après l'accouchement, à un état voisin de celui qu'il avait avant la conception, ne s'opère pas de la même façon dans les diverses parties de l'organe. Dans la tunique musculeuse l'atrophie des éléments contractiles est évidemment le phénomène principal ; déjà trois semaines après la grossesse, ces éléments, dans lesquels sont déposées des granulations graisseuses, ont repris la longueur (0""",()7) qu'ils présentent dans l'utérus vierge (fig. 21k) ; peut-être, cependant, certaines libres cellules sont-elles complètement résorbées. Les phénomènes se passent différemment dans la muqueuse qui, sous forme de caduque et de placenta utérin, a été complètement éliminée pendant l'accouchement, et qui, par conséquent, doit être régénérée tout entière. Les divers actes qui composent cette régénération, unique dans son genre, n'ont pas encore été suivis exactement ; mais il est plus que probable que la réparation est complète deux ou trois mois après l'accouchement. Il est évident aussi que la membrane séreuse, les vaisseaux et les nerfs de l'utérus reviennent à leur premier état; le mécanisme de ce retour est peu connu.
On admet généralement, depuis Tiedemann, que les nerfs de l'utérus sont plus gros dans l'état de grossesse qu'à l'état de vacuité ; mais cette opinion a été combattue d'une manière absolue par Snow-Beck; d'un autre côté, Jobert, de Lamballe [Compte rendu, 1841, mai) veut que l'augmentation de volume porte seulement sur l'enveloppe fibreuse et non sur les nerfs eux-mêmes. Il est évident que le microscope seul pouvait fournir des renseignements certains à cet égard, mais on n'a encore fait que peu de recherches. Jusqu'ici on ne peut rien conclure des faits mis en avant par Remak c), qui prétend qu'à fépoque de la grossesse les nerfs deviennent plus gros et prennent une couleur grise, ce qui dépendrait d'une augmentation dans le nombre des fibres à noyaux; attendu que nous manquons de raisons suffisantes pour décider d'une manière certaine si les fibres à noyaux sont des tubes nerveux embryonnaires ou bien une des formes du tissu conjonctif. Mais nous devons à Kilian des recherches sur les animaux faites avec soin et qui démontrent que sur l'utérus gravide les nerfs de cet organe conservent plus avant dans la substance musculaire leurs contours obscurs ; tandis que sur l'utérus vide ils perdaient ces contours plus tôt, tantôt à leur entrée dans l'uiérus; tantôt avant de l'atteindre, et prenaient le caractère de tubes embryonnaires sans moelle. Cette circonstance a même permis à Kilian de poursuivre les nerfs beaucoup plus loin dans la substance de l'utérus. Quant à une production de nouvelles libres nerveuses, Kilian n'a rien vu qui la rende admissible; aussi la regarde-t-il comme peu probable, attendu qu'il faudrait admettre aussi, dit-il. une production nouvelle de substance ganglionnaire,