ÉTAT ACTUEL DE LA SCIENCE
loppement, de l'accroissement, celles enfin des fonctions de ces nouvelles parties élémentaires, une nouvelle ère s'ouvrirait pour l'histologie. Alors le nouveau fondateur de la loi de formation des cellules ou d'une théorie moléculaire organique , serait célébré autant, ou même plus, que le créateur de la doctrine d'après laquelle la composition de tous les tissus animaux procède de la cellule.
§ 2. État actuel de la science. — Si nous voulons indiquer d'une manière plus précise le point auquel est actuellement parvenue l'histologie et ce qu'elle est, nous ne devons pas perdre de vue, avant tout, qu'elle n'envisage, à proprement parler, que l'un des trois côtés sous lesquels peuvent être considérées les parties élémentaires du corps aussi bien que celles des organes eux-mêmes : la l'orme est particulièrement son objet. Le domaine de l'anatomie microscopique est, d'après cela, renfermé dans la connaissance de la forme microscopique des éléments, dans les lois de leur structure, et dans celles de leur formation ; mais il ne comprend pas l'étude complète des parties élémentaires. Les notions de composition et de fonction des parties élémentaires n'interviennent , à proprement parler, que lorsqu'il s'agit de fixer leurs rapports avec le développement et la variété des formes. Toutes les considérations sur les fonctions et la constitution chimique des éléments arrivés à leur complet développement, qui trouvent leur place dans l'histologie , sont, au point de vue pratique, des appréciations des rapports morphologiques ou un complément de ceux-ci : ou bien encore, ces notions sont destinées , tout en se renfermant dans les limites les plus étroites , à combler le vide qui existe dans la physiologie des parties élémentaires.
Si l'histologie veut s'élever au rang d'une véritable science , son premier soin doit être de s'assurer une base objective aussi large et aussi certaine que possible. A cette fin , elle doit pénétrer à fond dans la structure intime des tissus de l'organisme animal et les envisager sows toutes leurs faces; et cela , non seulement chez l'individu développé , mais encore dans toutes les périodes les plus reculées du développement. Les éléments étant complètement connus sous le rapport morphologique, son autre but doit être de poursuivre la recherche des lois suivant lesquelles les parties élémentaires prennent naissance , comment elles croissent , comment elles parviennent à leur forme permanente : étude qu'il est impossible d'aborder sans envisager en même temps leur composition chimique et leurs fonctions. Pour trouver ces lois , il faut , comme d'ailleurs dans toute recherche scientifique , à l'aide de l'observation patiente des phénomènes et des faits particuliers , distinguer ce qui est accidentel de ce qui est constant , ce qui est sans importance de ce qui est essentiel , constituer ainsi peu à peu une série de résultats expérimentaux de plus en plus généraux ; les résumer d'une manière mathématique en un petit nombre de conclusions ou de formules, et en faire enfin sortir ces lois elles-mêmes.
Si l'on demande comment l'histologie a rempli ce programme, et quelles
h INTRODUCTION.
sont aujourd'hui ses perspectives d'avenir, la réponse ne peut qu'être très modeste. Non seulement, en effet, l'histologie ne possède pas aujourd'hui une .mile loi, mais encore les matériaux d'où elle les pourrait déduire sont trop pauvres pour qu'on en puisse même tirer avec certitude un nombre suffisant de principes généraux. Il est évident que nous n'avons pas une connaissance complète de la composition approfondie des animaux. Nous ne connaissons seulement pas avec exactitude la structure d'un seul animal, pas même celle de l'homme, sujet si fréquent de l'observation. Il n'a donc pas été possible jusqu'à présent de porter la science au but vers lequel elle tend.
Il serait injuste , cependant , de méconnaître ou d'amoindrir ce que nous possédons , et il faut le dire , nous avons acquis déjà un riche trésor de faits, et aussi quelques principes généraux d'une grande valeur. Pour rappeler seulement les faits les plus importants, disons que la connaissance des parties élémentaires des animaux supérieurs parvenus à leur état de développement complet offre un degré de certitude très satisfaisant. Si nous exceptons le tissu élastique et les éléments des dents, nous sommes renseignés aussi , d'une manière tout à fait suffisante , sur le développement de ces parties. L'observation est moins avancée relativement au mode suivant lequel les parties élémentaires se réunissent pour former les organes ; cependant là science a beaucoup progressé sous ce rapport dans ces derniers temps : la texture des organes de l'homme en particulier, à l'exception du système nerveux, des organes des sens et de quelques glandes (foie, glandes vasculaires sanguines), a été scrutée en effet et arrêtée d'une manière à peu près définitive. Si les efforts tentés dans cette voie se continuent , dans peu d'années , grâce aux moyens d'investigation dont nous disposons, la structure du corps humain sera clairement connue, et sauf peut-être le système nerveux , il ne restera rien d'essentiel à accomplir dans cette direction. Il n'en est pas de même pour l'histologie comparée : on commence à peine à s'en occuper, et si nous envisageons le champ immense de ses investigations, ce ne sont pas des années, mais des dizaines d'années qui sont nécessaires pour la constituer. Pour accomplir ici quelque chose de fructueux, il faudra rechercher les formes types, et en dresser des monographies, en embrassant la structure complète, depuis les premières phases du développement ; composer ainsi un aperçu sur toutes les divisions du règne animal, et chercher alors ci en faire sortir les lois à l'aide de la méthode signalée plus haut.
En ce qui concerne les principes généraux de l'histologie , la science n'a donc pas fait depuis Schwann de progrès bien marqués ; mais elle a toujours gagné ceci , savoir, que la doctrine de Schwann a été consolidée sur ses bases. L'opinion, que tous les animaux supérieurs procèdent originairement et absolument de cellules, et que les parties élémentaires plus élevées se développent de celles-ci, cette opinion se trouve solidement établie, quand même il serait démontré par des recherches ultérieures que les cellules et leurs dérivés ne sont pas, absolument parlant, les seuls éléments possibles.
moyens d'étude. 5 La doctrine de Schwann touchant la genèse des cellules, quoique notablement modifiée et étendue, n'a pas été toutefois essentiellement altérée : le noyau des cell nies reste toujours le principal l'acteur de la formation et de la multiplication des cellules. Quant aux lois qui président à la formation des cellules et des éléments plus élevés, nos connaissances actuelles sont encore très imparfaites; il en est de même relativement aux phénomènes primordiaux et élémentaires de la formation des organes. Cependant la science a marché dans sa véritable direction , et certains points ont été éclaircis. Les recherches de Domlers, Dubois, Ludwig et autres, ont ouvert une voie féconde à l'exploration des rapports chimiques des parties élémentaires et de leurs forces moléculaires. L'analyse microscopique , devenue de plus en plus profonde et rigoureuse , a fourni sur les tubes nerveux et les fibres musculaires des documents précieux ; Reichert, Vogt, Remak et moi, avons tenté de rassembler les matériaux de l'histologie embryogéniquë. Chaque jour un coin du voile se soulève; et lors même qu'il ne nous serait pas donné d'atteindre jamais le but, nous nous en rapprochons de plus en plus.
§ 3. moyens d'étude. — Nous ne pouvons signaler ici que très brièvement les moyens d'étude en histologie.
Pour ce qui regarde la bibliographie , les monographies les plus importantes seront citées dans les chapitres spéciaux ; nous énumérerons seulement ici les principaux ouvrages sur l'ensemble de la science. Il est juste de placer au seuil de l'histologie , et comme la plus féconde des introductions, les Recherches microscopiques de Schwann, sur l'analogie de structure et de développement des animaux et des plantes (1). Nous signalerons ensuite V Anatomie générale de X. Bichat, Paris, 1801; les Eléments d'anatomic générale de P. -A. Béclard , Paris, 18215, 3e édition, avec additions de .(. Béclard, 1853; V Anatomie générale de E.-H. Weber, comprise dans le tome Ier du Manuel d'anatomie de l'homme de Hildebrandt (2), ouvrage remarquable pour le temps, précieux encore aujourd'hui, et pour le fond, et pour les renseignements bibliographiques qu'il renfermée ; le Traité d\inntomie générale de l'homme de Bruns (3), ouvrage bien fait, clair et méthodique; Y Anatomie générale de Henle (4), exposition classique de l'état de la science en l'année 18^0 , contenant en outre les travaux propres de l'auteur et de nombreuses remarques physiologiques , pathologiques et historiques; l'article Tissus de Valentin, dans le Dictionnaire de physiologie de
(I) Mikroskopische Untersuchungen über die Übereinstimmung in der Structur und dem Wachsthum der Thiere und Pflanzen. Berlin, 1839. — En extrait dans Froriep's Notizen,
(•2) Handbuch der Anatomie des Menschen. Bd. 1. Allgemeine Anatomie. Braunschweig,
(3) Lehrbuch der allgemeinen Anatomie des Menschen. Braunschweig, 1841. (4ï Allgemeine Anatomie. Leipzig, 1 8 il , traduit en français par Jourdan. Paris,
R. Wagner (1) ; Y Anatomie physiologique et la physiologie de l'homme de R.-B. Todd et W. Bowman (2), ouvrage basé en grande partie sur des recherches personnelles, livre très étendu et bien fait; le Manuel d'anatomie générale de Bendz (3), riche en considérations historiques; Y Anatomie microscopique , ou Histologie de V homme, de A. Kblliker (k) , avec la représentation aussi complète que possible de la structure intime des organes et des systèmes anatomiques de l'homme ; le Manuel d'histologie de Gerlach (5). Consultez encore les Relations annuelles de Henle dans les Annales de Canstatt, et celles de Reichert dans les Archives de Müller (6).
L' histologie pathologique , dont la connaissance est absolument indispensable à celui qui veut envisager dans sa généralité l'histologie normale , offre peu de travaux d'ensemble. Je signalerai : De la structure intime et des diverses formes de tumeurs, de J. Müller (7); Atlas d'histologie pathologique de J. Vogel (8); Y Histologie pathologique de Günsburg (9) ; la Physiologie pathologique de Lebert, 2 vol. et atlas, Paris, 1845 ; les Principes d'histologie pathologique de Wedl (10). En dehors de ces ouvrages, nous signalerons encore les mémoires si importants de R. Virchow , qui de tous les anatomo-pathologistes vivants est le plus versé dans l'histologie , mémoires consignés dans les Archives qui portent son nom , ou dans les Actes de la Société physico-médicale de Würzburg (11).
Des planches utiles se trouvent dans les divers ouvrages cités plus haut, à l'exception toutefois de ceux de Bichat, de Weber et de Bruns. Les planches représentant les injections de Berres (12) sont pour la plupart excellentes. La seconde édition de l'Atlas physiologique de R. Wagner (13) sur les tissus et les organes renferme également de très bonnes ligures. Nous citerons encore les planches de Langenbeck (14); le Cours de microscopie avec atlas, de Donné, Paris, 1844; les planches de l'ouvrage de A. -H. Hassall (15); celles de Y Anatomie microscopique de Mandl; le catalogue de Queckett, Catalogue of thc histological séries in the Royal College of surgeons of England, London, 1850 ; les très bonnes planches de
(1) Handwörterbuch der Physiologie. Braunschweig, 1842. Artikel « Gewebe », t. Ier.
(2) The Physiological Anatomy and Physiology of Man. London, 1845-53.
(3) Haandbog i den almindelige Anatomie. Kiöbenhavn, 1846-47.
(4) Mikroskopische Anatomie oder Gewebelehre des Menschen. 2 Band, specielle Gewebelehre in zwei Hälften. Leipzig, 1850-54.
(5) Handbuch der Gewebelehre. 2 Aull , 1853-54, Heft 1-2.
(6) Canstatt's Jahresbericht. — Müllcr's Archiv.
(7) lieber den feineren Bau und die Formen der krankhaften Geschwülste. Berlin,
(8) Icônes histologiae pathologicae. Leipzig, 1842.
(9) Die pathologische Gewebelehre. 2 Bde. Leipzig, 1845-48.
(10) Grundzüge der pathol. Histologie. Wien, 1853.
(11) Archiv für pathol. Anatomie und Physiologie , und für klin. Médecin, von Virchow. Berlin. — Verhandlungen der physicalisch-mcdicinischcn Gesellschaft in YYürtzburg.
(12) Anatomie der mikroskopischen Gebilde des menschlichen Körpers. Heft 1-2. Wien, .1836-42.
(13) Icônes physiologicae , Zweite Ausgabe. Besorgt von A. Ecker.
14) Mikroskopisch-anatomische Abbildungen. Lief. 1-1. Güttingen, 1846-51. £15) The Microscopie Anatomy of the human Body. London, 1846-49.
moyens d'étude. 7 Funke , annexées à la dernière édition de la Chimie physiologique de Lehmann (1) ; enfin l'atlas du Traité de chimie anatomique et physiologique de Ch. Robin et F. Verdeil (Paris, 1853).
Quant à ce qui concerne le microscope, mon opinion est que, parmi ceux qui sont le plus facilement accessibles, les microscopes dePlössl, d'Oberliäuser, de Schiek, de Nachet et de Kellner, occupent le premier rang. En Italie Amici, et en Angleterre Ross, Powell et autres, construisent des instruments qui justifient pleinement leur réputation ; mais il n'en peut pas être question en Allemagne. Parmi les microscopes de petites dimensions et d'un prix modéré, tout en étant parfaitement suffisants cependant pour l'usage des étudiants et des médecins, le microscope de Georges Oberhäuser (rue Dauphine, 19, à Paris), du prix de 115 à 150 francs, est le meilleur. Les petits microscopes de Schiek, du prix de 150 francs, et ceux de Plössl, du prix de 150 à 220 francs, seraient aussi d'un très bon service, si ces deux opticiens développaient leur production à l'exemple d'Oberhäuser. Les nouveaux microscopes de Kellner, de Wetzlar, qui commencent à être de mode, sont excellents quant à leurs lentilles, mais leur monture est passablement incommode.
Relativement à l'emploi du microscope, on pourra consulter Y Instruction sur l'emploi dumicroscope, de J. Vogel (2); la Micrographie de H. deMolh(3); Du microscope et de son emploi, etc., par Harting (4); l'article Microscope de Purkynë, dans le Dictionnaire de physiologie de R. Wagner. Dans cet article, comme dans le Traité pratique sur l'usage du microscope de Queckett (5), comme aussi dans le livre de Robin, Du microscope et des injections dans leurs applications à Vanatomie et à, la pathologie (Paris, 1868), la préparation préliminaire de l'objet microscopique est indiquée avec beaucoup de soin, en partie du moins. Enfin, un petit écrit, bien digne d'être recommandé, est celui de Hannover ; il est intitulé : Du microscope, de sa construction et de son emploi; il a été traduit du danois en allemand et enrichi de notespar 0. Funke (6).
Pour étudier d'une manière complète l'histologie, il est absolument nécessaire de se composer une collection de préparations microscopiques : avant tout, des lamelles préparées d'os ou de dents, et des injections. Chacun peut, sans trop de peine, se constituer lui-même une collection sur une petite échelle. On trouvera, à cet égard, dans la partie spéciale de cet ouvrage, des instructions annexées à la fin de chaque chapitre, et l'on peut recourir aussi aux ouvrages précédemment cités. En outre, on trouvera des préparations microscopiques à échanger ou à acheter auprès de Hyrtl, à Vienne ; chez le docteur Oschatz, k Rerlin; à l'Institut microscopique, à Wabern,
(1) Lehrbuch der physiologischen Chemie. Leipzig, 1853. 2 Aufl.
(2) Anleitung zum Gebrauche des Mikroskopes. Leipzig, 1841.
(3) Mikrographie. Tübingen, 1846.
(4) Het Mikroskoop dcszelfs gebruik , geschiedenis en tegenwoordige toestand. Utrecht, 1848-54. 4. Thie.
(5) A Practical Treatise on the Use of the Microscope. London, 1848.
(6) Das Mikroskop, seine Construction und sein Gebrauch. Leipzig, 1854.
près de Berne; chez Schöffer et Gie, à Magdeburg; chez Topping, Smith et Back, Hett et autres , à Londres ; chez Bourgoigne et Poteau, à Paris. Les collections privées ou publiques de préparations microscopiques les plus complètes se trouvent : à Vienne, chez Hyrtl (injections) ; à Utrecht, chez Harting et Schröder van der Kolk (injections, préparations d'os, démuselés, de nerfs) ; à Londres, au Collège des chirurgiens (tissus animaux et végétaux de toutes sortes), chez Tomes (préparations d'os et de dents), chez Carpenter (préparations sèches d'animaux inférieurs). Thierscli, de Munich, et Gerlach, d'Erlangen , possèdent aussi de nombreuses et remarquables injections.