STRUCTURE GÉNÉRALE DES VAISSEAUX
allongées, ou même arrondies; l'une et l'autre forme doivent être considérées comme appartenant à des degrés intérieurs de développement.
On trouve dans la tunique interne des vaisseaux un peu volumineux un tissu fibroïde spécial, que l'on considère depuis Henle comme un épithélium transformé. Ce tissu se compose de lamelles pâles, en général striées, quelquefois aussi homogènes, avec des noyaux allongés, ovalaires, parallèles à l'axe du vaisseau ; très souvent ces lamelles peuvent se décomposer en fibres fusiformes étroites, munies chacune d'un noyau et analogues à certaines cellules épithéliales, ou du moins en fibres distinctes; d'autres fois elles paraissent amorphes et sans noyaux, ou semblent se transformer en membranes fibreuses très fines, semblables aux réseaux élastiques les plus serrés et les plus fins. Je donnerai à ces lamelles le nom de lames striées de la tunique interne; leur analogie, ou plutôt celle des fibres-cellules qui en forment la partie principale, avec les cellules de l'épithélium vasculaire n'est pas un motif suffisant pour autoriser à les faire dériver de ces dernières, attendu que rien ne démontre entre les cellules epitheliales et les lames striées cette communauté d'origine, en ce sens que ces dernières auraient constitué à une certaine époque la couche interne ou épithéliale du vaisseau, laquelle aurait été poussée successivement de dedans en dehors, tandis que ses éléments se confondaient ; mais il me parait probable que les cellules épithéliales et les cellules formatrices des lames striées sont identiques au début, bien que subissant plus tard, dans le cours du développement, des transformations diverses qui en font, en definitive, des tissus de nature plus ou moins distincte.
L'épithélium des vaisseaux (fig. 11, p 51) se montre sous deux formes : tantôt, dans les grosses veines surtout, c'est un épit hélium pavimenteux, composé de cellules polygonales, en général un peu allongées, et tantôt, comme dans la plupart des artères, il est composé de cellules coniques, étroites, terminées en pointe, et mesurant 0™m,02 à 0mm,05 en longueur. A l'état normal, l'épithélium existe dans tous les vaisseaux ; les éléments qui le composent sont assez faciles à dissocier, et, de même que tous les épithéliums en couche simple, ne sont point soumis aune élimination et reproduction incessantes. On pourrait, avec Remak, débigner l'épithélium sous le nom de tunique celluleuse des vaisseaux, attendu que, dans les gros vaisseaux, contrairement à ce qui se voit pour les autres épithéliums, il se continue souvent sans limite distincte avec les feuillets striés, de sorte qu'il est souvent impossible dédire où finit l'un et où commencent les autres; mais quant à moi, je préfère encore le nom ancien, puisque la couche de cellules qui tapisse l'intérieur des vaisseaux, a tous les caractères d'un épitbélium simple, et qu'en beaucoup de points (cœur, petits vaisseaux) elle se distingue très nettement des tissus placés au-dessous d'elle. Le motif mis en avant par Flemak, à savoir que l'épithélium des vaisseaux ne procède pas de la membrane epitheliale de l'embryon, ne saurait me déterminer a le séparer des autres, attendu que ce fait se retrouve également pour le revêtement interne des bourses séreuses et des capsules synoviales, que personne
n'a songé à séparer des épithéliums, bien qu'il se développe d'une manière tout indépendante.
Tous les vaisseaux d'un certain volume, jusqu'à 1 millimètre et même au dessous, sont pourvus de vaisseaux nourriciers ou vosa vasorum; fournis par de petits troncs artériels voisins, les vasa vasorum se distribuent principalement dans la tunique externe et y forment un riche réseau capillaire à mailles plus ou moins arrondies; de ce réseau naissent des ramuscules veineux qui cheminent à côté des artérioles, pour se jeter dans les veines mêmes qu'ils servent à nourrir La tunique moyenne reçoit également des vaisseaux, beaucoup moins cependant que la tunique externe, et seulement dans ses couches superficielles ; tous les auteurs sont d'accord sur ce point. La tunique interne, au contraire, m'a paru complètement privée de vaisseaux, bien qu'un observateur prétende y en avoir rencontré (chez le bœuf, les, parois de la veine cave inférieure sont pourvues de nombreux vaisseaux sanguins, jusqu'à la membrane interne) Des filets nerveux émanés du grand sympathique et des paires spinales se rencontrent en une foule de points sur les vaisseaux; mais ils paraissent le plus souvent les accompagner tout simplement. Q tand ils pénètrent dans leurs parois, ils cheminent en dedans delà tunique externe; dans certains cas ils présentent, chez les animaux, des divisions de tubes nerveux et des extrémités libres (voy. mon Anat. rnicrose., p. 532 et 533). Un grand nombre d'artères sont dépourvues de nerfs: telles sont la plupart des artères du cerveau et de la moelle, celles de la choroïde, du placenta, beaucoup d'artères des muscles, des glandes et des membranes; cela prouve que les nerfs ne sont pas aussi indispensables aux artères qu'on est porté à le croire communément. La même chose peut se dire, et avec plus de raison encore, des veines, dont les plus volumineuses présentent seules quelques rares filets nerveux. Ainsi, on a trouvé des nerfs sur les sinus de la dure-mère, sur les veines du canal rachidien, les veines caves, jugulaires internes, iliaques, crurales, sur les veines sushépatiques : ces filets proviennent également du grand sympathique et des nerfs spinaux ; leur mode de terminaison n'a pas encore été étudié. D'après Luschka, ils s'étendraient jusque dans la tunique interne, fait que je n'ai pu constater jusqu'à ce jour.
§ 219. Artères. — Afin de faciliter les descriptions, on peut diviser les artères en petites, moyennes et grosses, suivant que leur tunique moyenne est formée de fibres musculaires exclusivement, défibres musculaires et de fibres élastiques, ou de tissu élastique principalement. Cette division est d'autant plus fondée qu'avec les modifications de structure de la tunique moyenne marchent parallèlement, pour ainsi dire, celles des autres tuniques.
Un caractère général des artères est tiré de la grande épaisseur de leur tunique moyenne, composée de plusieurs couches dont les éléments offrent une direction transversale Dans les artères d'un fort calibre, la tunique moyenne est jaune, très élastique et très épaisse ; vers la périphérie de l'arbre artériel, elle s'amincit de plus en plus, devient plus rougeatre et plus contractile, jusqu'à ce qu'enfin elle disparaisse au voisinage des capillaires. La
ARTÈKES. Öl 1
tunique interne, de couleur blanchâtre, est toujours beaucoup plus mince que la tunique moyenne; son épaisseur, variable avec le volume des vaisseaux, oscille cependant entre des limites beaucoup plus restreintes. La tunique externe, au contraire, est notablement plus mince, même d'une manière absolue, dans les gros troncs que dans les artères de moyen calibre, où son épaisseur égale ou même surpasse celle de la tunique moyenne. — Dans la description spéciale, on commence de préférence par les petites artères, dont la structure est le plus simple, et auxquelles on rattache ensuite facilement les autres.
Au-dessous de lmm,5 ou 2 millimètres de diamètre jusqu'aux capillaires, les artères présentent, à peu d'exception près, la structure suivante (fig. 283): la tunique interne n'est formée que de deux couches, d'un epithHium et d'une membrane spéciale, brillante, peu transparente, que je désignerai sous le nom de membrane élastique interne. L'épithélium est composé de
Fig. 283.
cellules pâles, parfaitement coniques, à noyau ovalaire, et se détache facilement par larges lambeaux, voire même sous la forme de tubes complets. Mais les cellules peuvent aussi être isolées; elles ont une grande ana/ogie, d'une part avec les cellules filiformes des anatomo -patholugistes (ou avec les cellules formatrices des libres élastiques et du tissu coujonctif), d'autre part, avec les fibres-cellules contractiles. Elles se distinguent néanmoins
Fig. 283. — Artère a, deOnm,,13, et veine 6, de 0n,n\14 de diamètre, tirées du mésentère d'un enfant, et traitées i ar l'acide acétique. Grc^sissi ment de 350 diamètres, a, tunique externe, à noyaux un peu allonués ; ß, noyaux d< s libres-cellules contractées de la tunique moyenne, vus en partie de face, en partie comme sur une coupe transversale v, noyaux des cellules (Epitheliales; S", membrane à libres élastiques longitudinales.
des premières par leurs extrémités moins pointues et leur couleur pâle, des secondes, par leur rigidité, par leurs noyaux, qui ne sont jamais en bâtonnet, et par leurs réactions chimiques. La membrane élastique a en moyenne 0mm,002 d'épaisseur; pendant la vie, elle est tendue et présente une surface lisse au-dessous de l'épithélium ; mais dans les artères vides, elle forme presque toujours un nombre plus ou moins considérable de plis longitudinaux, en général très marqués, quelquefois même des plis transversaux, qui donnent à la membrane, complètement amorphe, un aspect spécial et strié. Du reste, cette membrane se montre presque toujours sous la forme de membrane fenêtrée, avec des fibres en réseau plus ou moins marquées, et des trous ou fentes de diverses grandeurs; plus rarement elle prend l'aspect d'un réseau très serré, composé de fibres élastiques, en général longitudinales, laissant entre elles des fentes allongées; dans tous les cas, ses caractères physiques, sa grande élasticité et ses propriétés chimiques sont les mêmes que ceux des lames élastiques qu'on trouve dans la tunique moyenne des grosses artères. — La tunique moyenne des petites artères est composée exclusivement de fibres musculaires, sans le moindre mélange de tissu conjonctif ni d'éléments élastiques; elle est plus ou moins épaisse, suivant le volume des artères, et peut atteindre jusqu'à 0,nm,07. Les fibres-cellules qui la constituent, réunies en feuillets, peuvent être isolées jusque sur des artères de 0mm,2 de diamètre par la simple dissection, et sur des artères plus petites au moyen de la coction et de la macération dans l'acide nitrique au cinquième; elles ont 0n,n,,05 à û"'n,,07 de longueur, et 0"'m,05 à 0",n\06 de largeur. — La tunique externe ou adventice est formée de tissu conjonctif et de fibres élastiques fines; elle est généralement aussi épaisse ou même plus épaisse que la tunique moyenne.
Ladescription qui précède, est applicable encore à des artères de 0mm,25;
mais en se rapprochant davantage des capillaires, on trouve une structure de plus en plus différente (fig. 28h). Déjà sur les artères de 0mm,20, la tunique externe ne renferme plus de tissu élastique; elle se compose uniquement de tissu conjonctif à noyaux allongés ; ce tissu est d'abord distinctement fibrillaire, plus loin il devient plus homogène , mais présente toujours des noyaux; il se réduit enfin, à une mince membrane complètement amorphe, qui, à son tour, disparaît entièrement sur des vaisseaux de 0mm,015. La tunique moyenne ou à fibres circulaires , vue sur des artères dont le diamètre est compris entre 0mm, 20 et 0mn,,08, présente encore trois ou deux couches de
p,G- 284. Artère a de 0ll,m,02, et veine b de 0m,u,03 de diamètre du mésentère d'un
enfant, grossies 350 fuis, et traitées par l'acide acétique. Les lettres comme dans la G". 283. s, tunique moyenne de la veine, composée de tissu conjonctif à noyaux.