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DU CRISTALLIN

que les éléments du cristallin sont disposés avec plus de régularité encore dans le sens de l'épaisseur de l'organe ; de telle sorte que partout ils se recouvrent exactement, et qu'on pourrait se représenter le cristallin comme formé d'une infinité de segments perpendiculaires à sa surface et de la largeur d'une fibre du cristallin.

Les tubes qui composent chaque lame sont disposés de manière à partir tous du centre de la lame, pour se rendre à son bord en suivant la direction du rayon ; arrivés au bord, ils se recourbent en anse pour gagner la face opposée. Aucune fibre, cependant, ne fait un demi-tour complet autour du cristallin, en allant, par exemple, du milieu de la face antérieure à celui de la face postérieure. En d'autres termes, les fibres du cristallin n'arrivent point jusqu'au centre des deux faces; elles se terminent à la périphérie d'une sorte d'étoile qui s'y voit. Chez le fœtus et le nouveau -né, chaque étoile du cristallin, facile à voir à l'œil nu, présente trois rayons qui convergent régulièrement sous des angles de 120 degrés. Sur l'étoile antérieure, deux rayons sont tournés en bas, et le troisième en haut : c'est îe contraire pour l'étoile postérieure, qui semble, par conséquent, avoir subi une rotation de 60° autour de son axe. Or, les tubes qui partent du centre de l'étoile antérieure n'atteignent, sur la face postérieure, que les extrémités des trois rayons de l'étoile ; et réciproquement, les fibres qui naissent du pôle postérieur, s'arrêtent avant de toucher le pôle antérieur. 11 en est de môme des fibres situées entre celles que nous venons d'examiner : d'où il suit qu'aucune d'elles ne mesure deux fois le rayon, et que toutes les fibres d'une même couche présentent exactement la même longueur. Ce qui pré-

Fig. 325.

cède s'applique parfaitement au noyau du cristallin, chez l'adulte ; dans les couches superficielles, au contraire, les étoiles y paraissent plus compliquées et pourvues de 9 à 16 rayons de diverses longueurs, rarement réguliers, parmi lesquels on peut distinguer cependant des rayons principaux. Natu-

Kig. 325. — Cristallin de l'adulte, d'après Arnold, montrant les étoiles. I, face antérieure; 2, face postérieure.

Tellement e trajet des fibres devient par là plus compliqué, d'autant plus que, sur ces étoiles, les fibres qui viennent s'insérer sur les côtés des rayons, se recourbent en arc de cercle les unes vers les autres, de sorte que ces rayons sont comme pennés ou représentent des tourbillons (vortices lentis). Mais le trajet général des fibres est exactement le même que chez l'enfant, c'est-à-dire que là encore les deux étoiles ne se correspondent point et qu'aucune libre ne va d'un pôle à l'autre. La substance des étoiles n'est point composée de tubes; elle est finement granulée, et en partie homogène; et comme les étoiles traversent toutes les couches, on voit qu'il existe dans chaque moitié du cristallin trois lames ou plus, perpendiculaires aux faces, et qui ne sont pas fibreuses (central planes, Bowman). Les tubes s'élargissent au voisinage des étoiles, mais ne se confondent point les uns avec les autres; ils se terminent par des renflements enmassueou fusiformesqui, vus deface, représentent souvent des polygones très élégants(vov. mon Anat. micr., II, 2, fig. M6).

Les tubes du cristallin sont quelquefois finement striés dans le sens de la longueur, parfois aussi en travers ; mais ces stries ne se rapportent ni à des fibres, ni à des cellules. Les fibres superficielles du cristallin présentent chacune, au voisinage du bord de la lentille, un beau noyau, qui devient de plus en plus petit à mesure qu'on examine des fibres plus profondément situées, et qui finit par disparaître complètement. Sur des tranches de cristallins desséchés, Thomas a observé deux ou trois systèmes de lignes concentriques, qui , d'après Czermak , peuvent être expliquées par l'arrangement régulier des fibres du cristallin.

§ 233. Corps vitre. — Le corps vitré [corpus vitreum) remplit complètement l'espace qui sépare le cristallin de la rétine. A l'exception du point d'entrée du nerf optique, où ils sont unis ensemble d'une manière assez intime, le corps vitré et la rétine sont simplement juxtaposés; les adhérences sont, au contraire, très solides entre le corps vitré, d'une part, la couronne ciliaire et le cristallin de l'autre. La membrane d'enveloppe du corps vitré, ou membrane hyaloïde, très mince, délicate, transparente et à peine reconnaissable au microscope dans toute sa portion qui est en arrière de Yora serrala, devient un peu plus épaisse dans sa partie antérieure (fig. 306, I), qui, sous le nom de portion ciliaire de V hyaloïde ^ ou zone de Zinn, s'étend jusqu'au bord du cristallin et se confond avec la capsule de cette lentille. Dans cette portion de son trajet, elle se divise en deux lames, l'une postérieure (v), qui s'unit à la capsule cristalline un peu en arrière du bord du cristallin, où elle cesse de former une membrane distincte, de sorte que la paroi postérieure de la capsule cristalline touche immédiatement au corps vitré ; l'autre, antérieure (m), adhérente aux procès ciliaires, qui forme la zone de Zinn proprement dite et se fixe sur la capsule cristalline un peu en avant de la circonférence du cristallin. Ces deux lames et le bord du cristallin circonscrivent un espace circulaire, de forme prismatique triangulaire, connu sous le nom de canal de Petit. Ce canal, qui contient un peu de sérosité transparente, est très étroit pendant la vie, attendu que sa paroi anté-

ci m ps vitré. 691 Fieure ou la zone de Zinn, en tant qu'elle est unie aux. procès ciliaires, présente un nombre considérable de plis correspondant à celui des procès, qui viennent presque au contact de la paroi postérieure. Ces plis sont encore visibles là où la zone, abandonnant les procès ciliaires, passe sur le bord du cristallin, pour contribuer à former la paroi postérieure de la chambre postérieure de l'œil; aussi la zone de Zinn s'insère-t-elle sur la capsule cristalline, non suivant une ligne droite, mais suivant une ligne un peu onduleuse.

Les efforts que l'on a faits dans ces derniers temps pour déterminer la véritable structure du corps vitré nous font espérer qu'on a enfin approché de la vérité. Brücke avait admis que le corps vitré est composé de lames concentriques , analogues à celles d'un oignon , et séparées par un liquide gélatineux. Cette opinion a été réfutée par Bowman , qui a montré qu'une solution d'acétate de plomb, mise en usage par Brücke pour la démonstration de ces lames, donne l'apparence de couches superposées, non- seulement à partir de la surface du corps vitré, mais à partir d'une surface de section quelconque, et que par conséquent l'existence de ces lames n'est nullement prouvée. Nous nous rangerions plus volontiers à l'opinion de Hannover, qui admet qu'il existe dans le corps vitré de l'homme , traité par l'acide chromique , une multitude de cloisons étendues de la surface vers l'axe du corps vitré ; de sorte que, sur une coupe transversale, on verra une foule de lignes qui rayonnent autour du centre , et que le tout présente une certaine analogie avec une orange (chez les mammifères, Hannover a vu des lames concentriques comme celles d'un oignon, fîg. 326, B); du moins, d'après Bowman [Lectures, p. 97, fig. 5), le corps vitré du nouveau-né, traité par l'acide chromique, présente-t-il exactement cet aspect alvéolaire. Mais il est à remarquer que, suivant le même auteur, la disposition est notablement différente dans l'œil de l'adulte, lequel, traité par l'acide chromique, pré-

Fig. 326. — Segments du corps vitré durcis dans l'acide chromique. A. Section transversale de l'œil humain, faite perpendiculairement à son axe; on y voit les stries radiées du corps vitré.

B. Section d'un œil de cheval parallèle à l'axe et dans un plan horizontal, destinée à montrer les couches concentriques du corps vitré. D'après Hannover.

senterait extérieurement quelques lames concentriques, plus en dedans des cloisons rayonnantes irrégulières, et enfin au centre une cavité irrégulière. Si l'on ajoute que les lames produites par l'acide cliromique ne peuvent pas non plus être démontrées comme des membranes véritables, et que le corps vitré à l'état frais n'en présente aucune trace , on sera tenté de ne pas donner une grande valeur aux aspects produits par ce nouveau réactif.

Une idée plus exacte de la structure du corps vitré paraît découler de l'histoire du développement de cet organe. On sait depuis longtemps que, chez le fœtus, le corps vitré reçoit des vaisseaux à sa surface et dans son intérieur, et l'on aurait pu conclure de là qu'il devait exister un tissu servant de support à ces vaisseaux ; mais, avant ces dernières années, personne n'avait cherché à vérifier cette supposition au moyen du microscope. Bowman, le premier [Lectures, p. 97, fig. 7 et p. 100), a montré que le corps vitré du nouveau-né a une structure fibreuse spéciale et très distincte, qu'il se compose d'un réseau très serré de fibres qui, à leurs points de jonction, sont munies de corpuscules opaques en forme de noyaux, d'où résulte une grande analogie d'aspect avec l'organe adamantin (c'est-à-dire le tissu conjonctif gélatineux de celui-ci) du sac dentaire embryonnaire. Les résultats des recherches récentes de Virchow concordent assez bien avec ces données; d'après cet auteur, le corps vitré d'un embryon de cochon long de k pouces est formé d'une substance muqueuse homogène, légèrement striée par places, dans laquelle sont disséminées, à intervalles égaux, des cellules à noyau granulées et sphériques. A la périphérie du corps vitré, se trouve une membrane délicate, couverte de réseaux vasculaires très élégants, et traversée par un lacis aréolaire de fibres, avec des noyaux aux points de jonction et des mailles remplies d'un mucus gélatineux, dans lequel sont disséminées des cellules arrondies. Cette disposition et la présence du même mucus dans le corps vitré de l'adulte ont déterminé Virchow à ranger le tissu du corps vitré de l'embryon dans la classe des tissus muqueux, auxquels j'ai donné le nom de tissus conjonctifs gélatineux (§ 25), et à admettre que dans le cours du développement, sa structure se modifie de telle sorte que les cellules disparaissent, et que la substance intercellulaire seule persiste. Quant à moi, je trouve simplement dans le corps vitré de l'embryon, chez l'homme et chez les animaux, ainsi que dans celui des jeunes sujets, une substance fondamentale homogène et muqueuse, et dans cette substance, des cellules à noyau arrondies ou oblongues, granulées, de 0mm,009 à 0mm,02 de diamètre et placées assez régulièrement à des intervalles de 0nam,02, 0mm,05 et même 0mn,,07. J'ai rencontré aussi dans cet organe des cellules étoilées anastomosées, mais seulement à la face externe de la membrane hyaloïde ; lorsque les vaisseaux sanguins de la face externe de l'hyaloïde avaient commencé à charrier du sang, ces cellules avaient avec eux des connexions évidentes, et paraissaient être des capillaires en voie de formation. Quant aux membranes décrites par Hannover, le microscope ne m'en a jamais montré aucune trace certaine ;

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