‹ Éléments d'histologie humaine [electronic resource]Chapitre 226 sur 247 · ORGANES ACCESSOIRES DE L'OEIL · texte numérisé non relu

ORGANES ACCESSOIRES DE L'OEIL

§ 23ft . Paupières. — Le squelette des paupières est formé par les cartilages palpébraux ou cartilages tarses, deux lames minces, semi-lunaires, flexibles, mais assez élastiques, fixées en dedans et en dehors par des ligaments fibreux appelés ligaments tarses, et dont la structure est celle du tissu conjonctif figuré, mais qui renferment çà et là un certain nombre de petites cellules de cartilage. Ces lames, dont les fibres affectent, en général, un trajet parallèle au bord des paupières, ont 0mm,7 à 0n,m,9 d'épaisseur, et sont recouvertes, en dehors, par le muscle orbiculaire des paupières et par la peau, en dedans, par la conjonctive. La peau des paupières est très mince (Qmm,h à ()""", 25 d'épaisseur), son tissu sous-cutané lâche et dépourvu de graisse, son épiderme délicat et de 0mm,12 à 0""",13 d'épaisseur; elle porte de courtes papilles (de G,mn,04 à 0""",05 de hauteur), et présente dans toute son étendue de petites glandes sudoripares (de 0mm,2 à 0mm,3), et presque toujours une foule de poils très fins (souvent, pour ne pas dire toujours, sans follicules sébacés adjacents). Au bord des paupières, les poils prennent un grand développement et forment les cils, qui sont entourés de petites glandes sébacées. Les glandes de Meibomius, au nombre de vingt à quarante, ressemblent parfaitement aux follicules sébacés, quant à la structure et au produit de sécrétion; elles en diffèrent cependant pour la forme;

PAUPIÈRES. 695 ce sont de petites grappes allongées, blanchâtres, étendues parallèlement les unes aux autres dans l'épaisseur des cartilages tarses, perpendiculairement à la direction de leur bord. Ces glandes se voient sans aucune préparation sur les paupières renversées : elles n'occupent pas toute la hauteur des cartilages. Chacune d'elles présente un conduit excréteur rectiligne, de 0mm,09 à 0mm,t de largeur ; à sa terminaison sur l'angle postérieur du bord libre des paupières, ce canal est encore tapissé d'un épiderme ordinaire, formé d'une couche cornée et d'une couche muqueuse; plus profondément, l'épithélium est le même que celui des glandes sébacées. Sur toute sa longueur, le canal est garni de vésicules glandulaires, sphériques ou piriformes, supportées par un court pédicule, isolées ou réunies en groupes. Dans les vésicules, qui ont 0mm,()9 à 0mm,15 et même 0mm,2 de diamètre, se fait une production incessante de grosses cellules adipeuses, sphériques, de 0mm,0t à 0mm,02 de diamètre, absolument comme dans les follicules sébacés dont nous avons parlé dans le paragraphe 76 ; les cellules des glandes de Meibomius présentent cependant cette particularité , que les molécules graisseuses y restent isolées et ne sont jamais réunies en une seule goutte. A mesure qu'elles cheminent vers le conduit excréteur, elles se détruisent peu à peu, en donnant naissance à une humeur blanchâtre , formée de gouttelettes graisseuses, et qui porte le nom de chassie (lema s. sébum palpebrale). — Le muscle orbiculaire des paupières, situé immédiatement au-dessous de la peau, est composé de fibres striées, mais qui sont plus pâles et plus fines que les fibres musculaires ordinaires ; sa portion profonde est séparée du cartilage tarse par une couche de tissu conjonctif lâche, contenant un peu de graisse, de sorte que le muscle est soulevé avec la peau, quand on saisit un pli de cette dernière. Ce n'est que vers le bord libre des paupières que le muscle adhère plus fortement aux cartilages : là aussi se rencontre un faisceau spécial, séparé du reste par les follicules des cils : c'est ce que Riolan avait appelé muscle ciliaire.

La conjonctive est une membrane muqueuse qui naît au bord libre des paupières, où elle se continue directement avec la peau; elle tapisse la face interne des paupières, se réfléchit ensuite sur le globe oculaire, pour couvrir la partie antérieure de la sclérotique, ainsi que toute la cornée. La conjonctive palpébrale est une pellicule rougeâtre, de 0mm,27 à 0"im,35 d'épaisseur, qui adhère intimement avec la face postérieure des cartilages tarses; elle est composée d'une couche serrée de tissu conjonctif de 0mm,18 à 0",m,25 d'épaisseur, qui correspond au derme, et d'un épithélium stratifié, dont l'épaisseur est de 0mm,09, et qui est formé de cellules allongées, dans la profondeur, de cellules à noyaux aplaties et polygonales, à la superficie; autant que j'ai pu voir, ces cellules ne sont point vibratiles chez l'homme. On trouve aussi, sur la conjonctive, des papilles , analogues à celles de la peau ; les unes sont petites et cylindriques, les autres plus grosses, en forme de verrue ou de champignon, et atteignant jusqu'à 0mm,2 de hauteur; ces dernières s'observent surtout vers le point où la membrane se réfléchit, en devenant plus épaisse,

d'une manière générale. C. Krause, Sappey et W. Krause ont décrit de petites glandes muqueuses en grappe qui existeraient dans le fond du cul-de-sac conjonctival ; d'après W. Krause, ces glandules seraient au nombre de quarante-deux environ à la paupière supérieure, de deux à six seulement à la paupière inférieure. La conjonctive scléroticale est blanche, moins serrée et moins épaisse que celle des paupières ; elle est assez riche en fibres élastiques, et se trouve unie à la sclérotique par un tissu sousmuqueux abondant et lâche, dans lequel sont déposées plus ou moins de cellules adipeuses , et qui lui permet des mouvements étendus. Aux points où elle se continue avec la conjonctive paîpébrale, on ne trouve ni papilles, ni glandules; mais l'épithélium y est très développé, ainsi que sur la conjonctive cornéeime. Au-dessous de l'épithélium, il n'est pas rare de rencontrer une couche complètement amorphe, formant la portion la plus superficielle du derme muqueux. Au bord de la cornée, la conjonctive scléroticale forme, chez les vieillards surtout, une légère saillie annulaire qui empiète un peu sur la cornée, particulièrement en haut et en bas : c'est ce qu'on appelle Vanneau de la conjonctive. Nous avons déjà parlé de la conjonctive cornéenne ; il ne nous reste plus qu'à dire un mot du pli semilunaire, ou de la troisième paupière qu'on rencontre à l'angle interne de l'œil : c'est un simple repli de la conjonctive scléroticale, qui présente en avant une petite proéminence, la caroncule lacrymale, renfermant environ une douzaine de petits follicules pileux avec autant de glandes sébacées de 0mm,â à Ümm,5 de diamètre, qui forment autour d'eux une sorte de couronne ; le tout est entouré de nombreuses cellules adipeuses.

L'appareil lacrymal comprend : 1° les glandes lacrymales, glandes en grappe composée , présentant différents volumes , et divisées en deux groupes, la glande lacrymale supérieure et la glande lacrymale inférieure ; leurs lobules de divers ordres, ainsi que leurs vésicules glandulaires, qui ont 0""",05 à 0""",09 de diamètre, ressemblent parfaitement à ceux des glandes salivaires (§§ 136, 137); leurs conduits excréteurs perforent, au nombre de six à douze, le cul-de-sac conjonctival supérieur dans sa portion externe : ce sont des canalicules extrêmement fins , formés de tissu conjonctif à noyaux et de fibrilles élastiques, et tapissés d'un épithélium cylindrique. Ces canaux sont très difficiles à démontrer chez l'homme ; chez les animaux, au contraire (chez le bœuf, par exemple), leur préparation est très facile. — La structure des canaux excréteurs des larmes n'est pas moins simple que celle des conduits excréteurs des glandes lacrymales ; ces canaux sont formés d'un tissu conjonctif très serré, parcouru par de nombreux réseaux de fibres élastiques, surtout dans les canaux lacrymaux. Ce tissu se continue avec la muqueuse nasale et la conjonctive ; il est recouvert par un épithélium, pavimenteux et stratifié dans les canaux lacrymaux, comme sur la conjonctive, vibratile dans le sac lacrymal et le canal nasal, comme dans les fosses nasales. Les] muscles moteurs de l'œil et des paupières , le muscle de Horner, sont tous formés de fibres musculaires striées ; ils ne diffèrent en rien, non plus que leurs tendon.- , de ceux du tronc et des membres. Uapo-

névrose oculaire ou de Ténon est une véritable membrane fibreuse. Quant à la poulie du grand oblique , elle est composée essentiellement d'un tissu conjonctif très serré, dans lequel on trouve peu de cellules cartilagineuses.

Les vaisseaux des organes décrits dans ce paragraphe présentent peu de particularités dignes d'attention. Abstraction faite de la peau et des muscles, les plus nombreux sont ceux de la conjonctive pal pébrale, destinés principalement aux papilles, et ceux des glandes lacrymales et de la caroncule lacrymale. La conjonctive scléroticale est également très vasculaire ; les glandes de Meibomius sont entourées d'un certain nombre de vaisseaux placés dans l'épaisseur des cartilages tarses. Arnold n'a trouvé de vaisseaux lymphatiques que dans la conjonctive scléroticale, où ils formentun réseau, serré au bord de la cornée, plus lâche en dehors, donnant naissance à plusieurs troncs efférents ; nous ne parlons point, bien entendu, des lymphatiques de la peau. Les nerfs des paupières, et de la conjonctive en général, sont assez nombreux ; ce n'est cependant que dans cette dernière membrane qu'on a étudié leur mode de terminaison. J'ai observé là, chez l'homme, des réseaux terminaux analogues à ceux qu'on trouve dans la peau ; ces réseaux, qui s'étendent jusqu'à la cornée, sont formés de tubes larges de O'nm,002 à 0n"",014, souvent bifurqués, et montrent fréquemment des anses et des extrémités libres. Dans un cas j'ai rencontré, en outre, près de la conjonctive palpébrale, des pelotons nerveux spéciaux, de ()""", 05 à 0m,",06 de diamètre, dans lesquels il y avait généralement un rameau afférent et deux à quatre rameaux efférents (voy. mon Anat. microsc. , II, 1, p. 31, fig. 13, A, 3). La disposition des nerfs dans l'appareil lacrymal est complètement inconnue.

§ 235. Considérations physiologiques. — Le globe oculaire ne procède pas d'un point unique et ne se développe pas comme ensemble; il résulte de la rencontre de plusieurs productions dont le point de départ est, d'une part, dans le système nerveux central, d'autre part, dans la peau, et en troisième lieu, dans les parties situées entre ces organes. Déjà au commencement du second jour, on voit naître sur la première vésicule cérébrale ou le cerveau antérieur, chez l'embryon du poulet, les vésicules oculaires primitives, deux culs-de-sac d'abord non pédiculés, plus tard supportés par un pédicule creux, qui est le premier rudiment du nerf optique. Au commencement du troisième jour, la peau de la face qui recouvre ces vésicules donne naissance au cristallin de la manière suivante : L'épiderme s'épaissit à sa face profonde et se déprime en cul -de-sac; d'où il résulte que la moitié antérieure de la vésicule oculaire se déprime également et s'applique contre sa moitié postérieure, et que la cavité de la vésicule disparait complètement. Au début, cette vésicule oculaire secondaire embrasse exactement le cristallin, qui s'est détaché de l'épiderme et se trouve maintenant au-dessous de lui; plus tard, il se développe entre la vésicule oculaire et le cristallin un espace considérable occupé par le corps vitré. La manière dont ce

dernier prend naissance n'est pas encore parfaitement connue ; il est très vraisemblable cependant, comme l'admet Schüler, qu'il a également son point de départ dans la peau, dans la région située au-desssous et en arrière du cristallin, et qu'il participe à la formation de la première dépression de la vésicule oculaire primitive. La moitié interne de la vésicule déprimée ou secondaire devient la rétine, suivant Remak ; sa moitié externe, plus mince, formera la choroïde, du bord antérieur de laquelle naîtra plus tard l'iris. La sclérotique et la cornée s'appliquent de dehors en dedans sur le globe oculaire ainsi formé ; la première est en partie une production cutanée.

Une particularité intéressante, c'est l'existence de vaisseaux dans les milieux réfringents de l'œil du fœtus. À la face externe du corps vitré, entre la membrane hyaloïde et la rétine, on trouve un réseau vasculaire à mailles assez larges, alimenté par des branches de l'artère centrale de la rétine qui se détachent du tronc au moment où ce dernier pénètre dans l'œil ; ce réseau forme en avant, au bord du cristallin, sur la zone de Zinn, un anneau vasculaire appelé cercle artériel de Mascagni, d'où partent des vaisseaux pour la membrane capsulo-pupillaire. En outre, une branche spéciale, l'artère hyaloïde, née également de l'artère centrale de la rétine, traverse le corps vitré directement d'arrière en avant, logée dans le canal hyaloïde, atteint le cristallin et se ramifie très élégamment, comme les branches d'un arbre, dans une membrane fort mince, appliquée exactement contre la capsule cristalline postérieure. Cette membrane n'est autre chose qu'une des moitiés de la capsule vasculaire qui, dans l'origine, enveloppe complètement le cristallin ; la moitié antérieure de cette capsule reçoit ses vaisseaux des branches de l'artère hyaloïde qui se sont réfléchies sur le bord du cristallin, du cercle artériel de Mascagni et du bord antérieur delà choroïde. Dans la suite, lorsque le cristallin s'éloigne de la cornée, contre laquelle il était d'abord appliqué, et que l'iris naît du bord antérieur de la choroïde, la paroi antérieure de la capsule vasculaire du cristallin se divise en deux parties : l'une centrale et antérieure, qui naît du bord de l'iris, uni avec elle par des vaisseaux, et qui ferme l'ouverture pupillaire : c'est la membrane pupillaire ; l'autre externe et postérieure, qui, du môme bord, se porte en arrière, vers celui du cristallin : c'est la membrane capsulo-pupillaire. A mesure que l'iris et les chambres de l'œil se développent, et que le cristallin se porte en arrière, la membrane capsulo-pupillaire devient plus distincte, jusqu'à ce qu'enfin elle représente une membrane délicate qui traverse la chambre postérieure. Le sang veineux des parties en question s'écoule par les veines de l'iris et de la surface externe du corps vitré, ainsi que par celles de la rétine, peut-être aussi par la veine hyaloïde, admise par quelques auteurs, mais que pour ma part je n'ai jamais vue, et qui suivrait le même trajet que l'artère de ce nom. On ignore complètement quel est le rôle génésique de la capsule vasculaire du cristallin. Comme elle est composée d'une substance homogène, dans laquelle sont disséminées quelques rares cellules , je la considère comme représentant le derme qui, pendant la formation du cristallin, se détache de la peau avec une

portion de l'épidémie et s'engage dans l'œil. Le corps vitré peut donc être envisagé comme du tissu conjonctif sous-cutané arrêté dans son développement, et cela avec d'autant plus de raison que j'ai montré (§ 28) que tout le tissu conjonctif sous-cutané de l'embryon est complètement gélatineux, et, de même que l'organe adamantin, ressemble parfaitement, pour l'aspect et la consistance, au tissu muqueux du corps vitré.

Le développement histologique de l'œil présente les particularités suivantes. Dans les premiers temps, les yeux ne sont composés dans toutes leurs parties que de cellules formatrices semblables, lesquelles se transforment dans la suite en tissus très divers. Dans la membrane fibreuse, les cellules se métamorphosent , au second et au troisième mois, en tissu conjonctif, ensuivant le mode décrit dans le paragraphe 28; en même temps la cornée et la sclérotique, t\m d'abord ne constituent qu'une seule et même membrane, revêtent des caractères distincts. Dans la choroïde, presque toutes Jes cellules servent à la formation des vaisseaux; une partie , cependant, donne naissance aux couches pigmentaires internes et externes, par suite du dépôt de pigment qui, au commencement du troisième mois , se fait dans leur intérieur ; d'autres , enfin , produisent les muscles, les nerfs, l'épithélium et le tissu conjonctif de ces membranes. Dans la rétine, il est facile de suivre la transformation des cellules formatrices en cellules nerveuses et en corpuscules des couches granuleuses. J'ai fait la même observation pour les cônes, et je crois devoir admettre que chez la grenouille les bâtonnets ne sont autre chose que ces mêmes cellules qui se sont allongées (voy. mon Ana t. microsc. , II, 2, p. 730); le développement des bâtonnets et des fibres nerveuses chez les mammifères n'a pas encore été étudié. Le cristallin, enfin, n'est d'abord

Fig. 327.

Fig. 327. — Fibres du cristallin d'un adulte, en voie de développement. Grossissement de 350 diamètres. 1. Fibre très jeune, vue de face, avec son noyau à son extrémité antérieure.

2. Fibre un peu plus longue, vue de profil. 3 a. Fibres encore plus longues, vues de face.

3 b. Fibres analogues, vues de profil. Toutes ces fibres n'ont pas atteint leur développement complet à leur partie antérieure.

Page 1