COMPOSITION ET STRUCTURE
L'étude de V organe de V audition ne présente de difficultés que pour ce qui est du labyrinthe; mais là les difficultés sont très grandes. Cette étude exige des pièces très fraîches : celles qui proviennent d'animaux récemment tués sont les meilleures ; pour voir les parties dans leur état normal, il est indispensable de ne se servir, pour les humecter, que de sérum ou d'une solution de sucre. Il faut une certaine adresse pour découvrir et détacher les parties molles dont il est question; il faut de plus beaucoup de patience, attendu que c'est souvent par hasard que telles ou telles parties deviennent visibles. Pour examiner les plexus nerveux de la zone osseuse du limaçon, il faut débarrasser cette zone de ses sels calcaires, au moyen de l'acide ehlorhydrique étendu ; quand il s'agit, au contraire, d'étudier les cellules ganglionnaires de cette région, il importe, pour atteindre le but qu'on se propose, de se borner à une simple dilacération de la zone osseuse dans un milieu qui n'altère point les cellules.
Bibliographie.— E. Huschke, dans Fror. Not., 1832, n° 707. Iris, 1 833, n° '18, 34. — K. Steifensand, Untersuchungen über die Ampullen des Gehörorgans, dans Müll. Arch., 1 835. — S. Pappenheim, Die specielle Gewebelehre des Gehörorgans, Breslau, 1 840, et Fror. Not., 1 839, n° 131 , 194 et 1 95. — G. Breschet, Recherches sur l' organe de l'ouïe dans l'homme et les animaux vertébrés, 2cédit., Paris, I 840. — E. Krieger, De ololilhis, Berol. 1 8 40. — Wharton Jones, The Organ of Hearing, dans Todd's Cgclopœdia, vol. II, 329. — J. Hyrtl, lieber das innere Gehörorgan des Menschen und der Säugethiere, Prag, 1 845. — A. Corti, Recherches sur ï organe de l'ouïe des mammifères, dans Zeitschr. fur iviss. Zool.. III, p. 109. — Reissner, De auris inlernœ formatione, Dorp., 1851. — E. Harless, art. Hören, dans Wagn. Handw. d. Physiol. , IV, p. 311 etMünchn. Gel. Anzeiger, 1851, nos 31 et 37. — Stannius, lieber die ganglöse Natur des Nervus acuslicus, dans Gött. Nachr., 1 850, n° 16. Ibid. , 1851, n° 17. — Kölliker, Ueber die letzten Endigungen des Nervus cochleœ und die Funktion der Schnecke, Gratulat. an F. Tiedemann, Würzb., 1854. Reissner, Zur Kenntniss der Schnecke, dans Midi. Arch., 1 854, p. 420. — Claudius, Bemerk, ü. d. Bau der häutigen Spiralhisle der Schnecke, dans Zeitschr. f. iviss. Zool., VII, 154. — Voyez en outre les traités généraux de Krause, Huschke, Arnold, Todd-Bowman, Remak [Enlwickelungsgeschichte) le mien et les Icônes or g. sensuum d'Arnold.
SECTION IV
DE l'organe de l'odorat,
§ 2ft0. Composition et structure. — L'organe de l'odorat comprend : 4° les deux fosses nasales, formées par deux os et plusieurs cartilages, et tapissées par une membrane muqueuse, et 2° un certain nombre de cavités accessoires, qui sont les sinus frontaux, sphénoïdaux, etlimoïdaux et maxillaires. Mais de toutes ces cavités, il n'y a que la partie supérieure des fosses nasales, où se distribue le nerf olfactif, qui soit affectée spécialement à l'odorat; les autres sont de simples canaux de conduite, servant en même temps dans la respiration; du moins peut-on dire qu'elles n'ont aucun rapport direct avec la fonction de l'organe de l'olfaction.
Les parties solides qui viennent d'être mentionnées, présentent peu de particularités ; pour ce qui est des os, nous ferons remarquer que les parties
11h HISTOLOGIE SPÉCIALE .
les plus minces de l'ethmoïde sont formées uniquement de substance fon damentale et de libres osseuses, sans canalicules de Hävers. Les cartilages du nez sont des cartilages vrais, qui ressemblent beaucoup à ceux du larynx, avec cette différence, cependant, que le contenu des cellules de cartilage est généralement pâle et privé de graisse, les parois des cellules, peu épaisses et la substance fondamentale, finement granulée. Là aussi on trouve, au-dessous du périchondre, une couche de cellules aplaties qui, sur la cloison, atteint jusqu'à 0,nm,05 d'épaisseur; dans la profondeur, au contraire, les cellules sont arrondies, plus grosses et disposées en séries dans le sens de l'épaisseur.
La peau du nez se distingue par son épidémie très mince (de 0mm,05 à 0mm,07 d'épaisseur), par son derme de 0mm,5 d'épaisseur, supportant des papilles peu développées, de ()mm,05 à 0mm,03 de hauteur, et des poils très fins, enfin par un tissu graisseux sous-cutané de 2 millimètres d'épaisseur, intimement uni avec les cartilages, et renfermant de gros follicules sébacés et de petites glandules sudoripares, de 0mm,2 à 0mm,16 de diamètre. La peau tapisse également une partie des fosses nasales, et présente à ce niveau des follicules sébacés et des poils très forts, appelés vibrisses ; elle se continue ensuite d'une manière insensible avec la muqueuse olfactive, qui revêt toutes les cavités de l'organe, mais qui ne présente pas la même structure dans tous ses points. Todd et Bowman ont trouvé, en effet, et mes observations concordent parfaitement avec les leurs, que cette muqueuse se divise, chez les animaux, en une portion vibratile et une portion non vibratilc. Cette dernière, qui est limitée aux parties supérieures des fosses nasales proprement dites, et qui reçoit les expansions du nerf olfactif, pourrait être appelée la muqueuse olfactive, tandis que l'autre conserverait son ancien nom de membrane de Schneider.
Si nous examinons d'abord cette dernière, nous trouvons qu'elle présente des différences de structure dans les diverses régions, bien qu'elle ait partout un épithélium vibratile : on peut très bien distinguer une portion épaisse, riche en glandules, qui tapisse les fosses nasales proprement dites, et une portion amincie, qui revêt les parois des cavités accessoires et la face interne des cornets. Sur l'une et sur l'autre, X épithélium est vibratile et stratifié, comme celui du larynx (fig. 32&, 2); il a une épaisseur de 0mm,0/i à 0"m,,0i2 sur la dernière, de 0""",09 parfois sur la première ; chez l'homme, il est formé de cellules pâles, finement granulées, dont les plus superficielles, qui portent des cils, ont jusqu'à 0"im,07 de longueur; chez les animaux, ces cellules produisent un courant dirigé d'avant en arrière. Au-dessous de l'épithélium, se trouve la muqueuse proprement dite, complètement privée de fibres élastiques, ou du moins très pauvre en éléments de cette espèce, et composée principalement de tissu conjonctif ordinaire, avec des noyaux. Cette muqueuse, dans sa portion qui tapisse les fosses nasales, contient une multitude de glandes muqueuses en grappe, deforme ordinaire et de diverses grosseurs, dont les vésicules ont de 0mm, 05 à 0mm,09 de diamètre ; il résulte de cette circonstance, qu'en certains points, notam-
COMPOSITION ET STRUCTURE. 715 mont au voisinage du cartilage de la cloi-on et sur los cornot.s inférieurs, la muqueuse a une épaisseur de 2 à 5 millimètres Du reste, cette épaisseur de la muqueuse, dans ces régions, ne dépend pas uniquement des glande- . elle provient on partie des réseaux veineux (rès riches et connu': caverneux qu'elle y présente, notamment an bord libre et a l'extrémité postérieure du cornet intérieur. Les glandes font presque complètement défaut dans les cavités accessoire.-: jusqu'ici je n'en ai rencontré quelques-unes que dan- le sinus maxillaire, ou leurs vésicules et leur- conduits excréteur- se dilatent quelquefois enkystes muqueux de I centimètre de diamètre. Sauf ces régions, la muqueuse des cavités accessoires de l'organe olfactif est extrêmement mince, et ne peut se séparer du périoste en couche distincte ; séparation qui est possible dans les fosses nasa'es, surtout dan- les régions riches on «landes, malgré l'union intime des deux membranes. Lu l'ait qui m'a paru très singulier, a été le suivant. Chez un jeune homme de quinze ans qui, d'après la communication de Virchow, présentait des ossifications dans le poumon), j'ai trouvé dans toutes ces cavités accessoires, ainsi que sur la muqueuse de la face concave des cornets, immédiatement au-dessous de l'épithélium, la muqueuse incrustée a un si haut degré de sels calcaire.-, formant des canalicules plus ou moins larges, que sa couche supérieure était transformée en une -orte de membrane calcaire, mais néanmoins flexible, dans laquelle on rencontrait parfois des ouvertures plus ou moins grosses, souvent disposées très régulièrement, mais qui ne présentait point déstructure véritable. Là où elle était très développée, cette couche était de couleur blanche, comme serait une membrane remplie de bulles d'air, pour laquelle je la pris d'abord ; au-dessous d'elle se trouvait toujours encore du tissu conjonctif lâche avec des vaisseaux, parmi lesquels un certain nombre étaient ('gaiement incrustés de sels calcaires. Dans les couches profondes de l'épithélium lui-même, se voyaient de petites concrétions, simples ou agrégées, analogues en quelque sorte aux concrétions cérébrales.
La membrane olfactive proprement dite n'occupe que la portion supérieure de la cloison et des parois externes des fosses nasales, au niveau des cornets supérieurs, dans une étendue d'environ 28 à 35 millimètres a partir de la lame criblée de l'ethmoïde. Elle se distingue, même à l'œil nu, de la muqueuse vibratile qui lui succède, pär son épaisseur plus grande et par sa couleur tantôt jaunâtre, comme chez l 'homme, chez le mouton, le veau, et tantôt jaune brunâtre ou brune, comme chez le lapin, le chien. A l'inspection microscopique, on la trouve limitée par un bord dentelé ou ondulé assez net. Les différences de structure de cette muqueuse reposent sur la conformation de l'épithélium, sur la présence de nombreuses glandes spéci des, que je propose de nommer glandes de Bowman, et sur le mode de distribution des nerfs. L'épithélium riest '/joint vibratile chez les animaux; chez l'homme, au contraire, il semble porter également dos cils vibratiles, ainsi que nous l'avons observé récemment sur un supplicié. Il est plus épais que dans la région olfactive : c'est ainsi que chez le mouton, où l'épithélium vibratile a 0mm,07 d'épaisseur, l'épithélium non vibratile mesure O""",!, et
71fi HISTOLOGIE SPÉCIALE.
que chez le lapin cette épaisseur est de 0mm,09 d'une part et de 0mm,15 de l'autre. Malgré son épaisseur considérable, 1 epithélium de la région olfactive est très délicat et très mou ; eu outre, presque tous les réactifs l'altèrent si promptement, qu'il est très difficile de l'étudier. D'après ce que j'ai vu, il est cylindrique et stratifié; du moins ai-je trouvé, contrairement à
Todd et Bowman, extérieurement une ou deux séries de cellules étroites, verticales, de 0,n,",01 à 0""", 015 de hauteur, tandis que profondément ne semblaient exister que des cellules arrondies, de 0n,ni,007 à
0 ,009 de diamètre. Toutes ces cellules
sunt pourvues d'un petit noyau sphérique, et contiennent une substance finement granulée, généralement pâle , colorée en IHl mm H - *~- • brun cl )<•/, le chien seulement, dans la : '.; ' couche de cellules la plus profonde; leur j membrane est si délicate , qu'elle crève s»ag^^E^Ti=s^ instantanément dans l'eau. Si les cellules o vibratiles des fosses nasales sont beau-
||pws coup plus altérables que celles des autres
■Hl parties du corps, cette altérabilité est bien
^HBissÄf autrement grande encore dans les cellules
FlG 333 de la région olfactive : on comprendra par
là , d'une part , l'influence perturbatrice exercée par l'eau ou d'autres liquides sur la fonction olfactive (E. H. Weber), d'autre part, le passage facile des substances volatiles à travers la couche épitheliale. Afin que ces cellules soient convenablement humectées et protégées, toute la muqueuse de cette région est pourvue d'un grand nombre de glandes de Bowman, fait d'autant plus frappant que les régions avoisinantes en possèdent très peu ou en sont privées totalement. Les glandes de Bowman sont constituées soit par des cylindres simples, rectil ignés ou légèrement contournés en spirale à leur extrémité inférieure, et mesurant Qmm,l8 à 0mm,2 de longueur, soit par des utricules piriformeset allongées ; on les trouve spécialement entre les gros faisceaux du nerf olfactif, en séries compactes, ou bien à l'état d'isolement, comme vers la limite inférieure de la région olfactive; leur forme rappelle celle de certaines glandes sudoripares embryonnaires. Je n'ai jamais vu les utricules se bifurquer; il se pourrait cependant que ce fait m'eût échappé, attendu que ces organes sont également très délicats et très altérables. Les glandes de Bowman ont 0n",,,03 à 0""",05 de largeur, et sont tapissées intérieurement d'une simple couche
Fig. 333. — Fragmentée la muqueuse nasale du veau. Grossissement de 150 diamètres.
1 . Région olfactive; section verticale de la muqueuse, a, épithélium non vibratile; b, nerfs olfactifs avec un faisceau pAle qui contient des noyaux et qui se subdivise; e, glande de Bowman ; cl, orifice de cette glande.