NERFS
lorsqü'efi n'a employé aucun réactif, se montre tout à t'ait comme je l'ai représentée dans la figure 4 de mon Anatomie microscopique. La potasse caustique étendue d'eau est a peu près le seul réactif dont je me sois servi dans mes recherches sur la distribution des nerfs dans les papilles; or, dans bien des cas, elle ne fait nullement ressortir cette portion centrale des papilles, qui, par là môme, attira peu mon attention. L'acide acétique, au contraire, lui donne, sinon toujours, du moins dans lopins grand nombre des cas, l'apparence d'un corpuscule ovalaire ou cylindrique, nettement limité, auquel de nombreuses stries transversales prêtent une certaine analogie avec un cône de sapin (fig. 54). Quant à leur véritable structure, les corpuscules de Meissner ne consistent pas en couches ou lames superposées, comme le présumait Wagner : ils sont formés simplement d'un cordon central de tissu conjonctif homogène, qu'on voit très bien sur des coupes transversales, et d'une couche externe, ordinairement simple, de tissu élastique peu développé; celle-ci est constituée par des cellules fusiformes plus ou moins tirées en fibres, unies sans doute les unes aux autres et munies de noyaux courts ou allongés , qui n'ont pas échappé à Wagner ; elle enlace étroitement le cordon central qui semble contenir ça et là, dans son épaisseur, des cellules tout à fait analogues. Meissner reconnaît avec moi que les corpuscules sont constitués par une substance interne pâle et homogène ; mais où il s'éloigne de moi, c'est quand il donne à cette substance une nature granuleuse , et lorsqu'il admet comme enveloppe externe des corpuscules une membrane fine et homogène, tandis qu'il considère les stries transversales comme des fibres nerveuses cheminant à la face interne de cette membrane. Pour ce qui est des granules, j'en trouve bien un certain nombre disséminés dans la substance conjonctive centrale: mais je ne vois pas de raison en faveur de l'exis-tence d'une membrane particulière servant d'enveloppe aux corpuscules de Meissner, membrane que d'ailleurs cet auteur n'a nullement démontrée. Il m'est également impossible d'admettre avec lui que les stries transversales représentent des fibres nerveuses ; je ne nie pas que les nerfs des papilles, quand ils se dirigent en travers, ne produisent quelquefois l'aspect de stries transversales ; mais il est certain que la raison principale de cet aspect est dans Vexistence de noyaux transversaux, dont chacun est probablement contenu dans une cellule. Je ne saurais comprendre comment Meissner a pu nier ces noyaux, qui ont été figurés également par Ecker, à moins d'admettre qu'il n'a examiné que des papilles traitées par la potasse. Ainsi, au point de vue morphologique , les corpuscules de Meissner sont loin d'avoir une structure spéciale, et ressemblent à la partie centrale de quelques autres papilles (plante des pieds), entourées de véritables fibres élastiques ou au sommet, souvent peu développé, de ces papilles, et aux faisceaux de tissu conjonctif enveloppés de fibres élastiques, qu'on rencontre dans le derme. Ce qui les distingue surtout, c'est qu'ils sont plus nettement limités, et qu'ils contiennent plus de tissu élastique peu développé, fait qui se conçoit facilement dans les papilles, composées généralement d'un tissu plus voisin de l'état embryonnaire, comparativement au derme lui-même.
Quant à leur distribution, les corpuscules de Meissner, constitués ainsi que nous venons de le dire, ne se trouvent que dans certaines papilles déterminées qui, en tant (pic mes recherches permettent de l'affirmer, se réduisent à celles de la main , du bord rouge des lèvres, de la pointe de la langue et du pied ; ils manquent complètement au tronc, à la tète et sur les premières sections des extrémités. A la main, ils se rencontrent presque exclusivement sur la face palmaire de cet organe , et sont très abondants aux doigts, principalement à la troisième phalange ; Au pied, la plupart des corpuscules siègent également à la pulpe de la troisième phalange des orteils; mais il en existe aussi quelques-uns à la partie moyenne de la plante du pied et môme au talon. On trouve parfois sur le dos delà main et du pied quelques rares corpuscules, qui, d'autres fois, font complètement défaut dans ces régions. Relativement à leur nombre , Meissner a compté sur une ligne carrée de la troisième phalange du doigt indicateur d'un homme 400 papilles, dont l 08 avec des corpuscules ; il y aurait donc 1 corpuscule pour 4 papilles. Sur une même étendue de la seconde phalange, il y
avait 40 corpuscules; sur la première phalange, 15; sur la peau du métacarpien du pouce, 8 ; à la face plantaire de la phalange unguéale du gros orteil, 34 ; à la partie moyenne de la plante du pied, 7 ou 8. Pour ce qui est de leur volume, Meissner leur a trouvé une longueur de 0mm,12 à 0mm,4 5 ou 0,nnyl8 et une largeur de 0mm,045 à 0mmf 050 dans la paume de la main : ceux de la face dorsale des doigts avaient om,,,,038 à 0mm,032 dans les deux dimensions ; ceux du talon, 0mm,075 à 0n,m, I 12. Dans la paume de la main, les corpuscules de Meissner se rencontrent principalement dans les papilles composées ; ils y occupent certaines éminences particulières, plus ou moins proéminentes, le plus souvent peu élevées, quelquefois allongées ; ils y sont seuls ou réunis deux à deux; on les trouve rarement clans des papilles simples et isolées. Très souvent, surtout après l'addition d'acide acétique, les corpuscules paraissent étranglés par place, et même contournés en spirale ; et cette circonstance leur donne quelquefois une certaine analogie avec les faisceaux de tissu conjonctif entourés de fibres élastiques et qui auraient subi le même traitement , ou encore avec un conduit sudorifère roulé en spirale. Je ne saurais m'expliquer comment Meissner a pu nier l'existence des corpuscules dans les lèvres et dans la langue, organes dans lesquels je les ai rencontrés et figurés. De ce qu'il n'a pu les y trouver, on pourrait conclure tout au plus que dans ces régions les corpuscules ne sont pas constants, conclusion à laquelle j'ai été amené moi-même. Sur deux individus j'ai trouvé, dans les lèvres, des corpuscules analogues à ceux de la main: il n'y en avait pas chez un troisième. Ces corpuscules n'existaient que dans la portion du bord rouge des lèvres qui se voit lorsque la bouche est fermée ; ils étaient excessivement petits et avaient pour siège certaines petites saillies des grosses papilles ou les intervalles profonds existant entre les éminences des papilles. ( Voy. mon mémoire dans Zeitschr. f. wiss. Zool. IV, fig. 14, 12, 13.) Deux fois je n'ai pu découvrir de corpuscules dans la langue, mais sur un troisième sujet j'en ai vu très distinctement dans les papilles fongiformes de la pointe de cet organe (je ne sais si l'on en trouve aussi dans celles de la partie postérieure), tandis qu'ils manquaient dans les papilles filiformes etcalieiformes ( loc. cit., fig. 18). Dans les papilles fongiformes, ils étaient isolés ou réunis par deux ou plus; ils occupaient le voisinage du sommet de la papille principale, sans s'étendre dans les petites branches de cette papille, et étaient placés comme au fond d'une petite cavité circonscrite par les papilles simples. En dehors de ces régions, j'ai rencontré récemment des corpuscules de Meissner, peu développés, il est vrai, dans le mamelon, sur le gland du pénis et du clitoris ; Meissner en a trouvé sur la main du singe, Corti dans les papilles linguales de l'éléphant, et Berlin dans le pharynx des oiseaux , où. ils sont privés de nerfs.
Relativement au trajet des nerfs dans la peau, Wagner et Meissner ont confirmé le fait de la division des tubes primitifs dans les plexus terminaux , division que j'ai observée le premier chez l'homme , que j'ai trouvée récemment dans la main, dans les lèvres et dans la langue ; les recherches que ces auteurs ont faites sur la paume delà main, les ont conduits à penser que les papilles pourvues de corpuscules de Meissner sont les seules qui reçoivent des nerfs, et que ces papilles manquent de vaisseaux. Dans le but de vérifier ce point intéressant, j'ai examiné un grand nombre de fois la peau de la face palmaire de Ja main ; j'ai toujours trouvé que les diverses sommités d'une papille ou les papilles indépendantes pourvues de corpuscules de Meissner présentent aussi, à l'état frais, des fibres nerveuses très évidentes, à contours opaques ; mais il m'est impossible d'accorder que les papilles privées de corpuscules ne co tuiennentque des vaisseaux et ne reçoivent jamais de nerfs, comme Meissner l'a prétendu dernièrement. Dans la paume de la main j'ai rencontré, rarement il est vrai, des papilles nerveuses sans corpuscules de Meissner ; ce fait est déjà plus fréquent à la plante des pieds (/. cit., fig. 16) ; mais il devient très commun aux lèvres. Il est donc certain que l'existence des nerfs dans les papilles n'est pas liée d une manière indissoluble à celle des corpuscules du tact. Quoi qu'il en soit, je suis d'accord avec Meissner et Wagner quand ils disent que dans la paume de la main et à la plante du pied les papilles à corpuscules sont presque les