‹ Éléments d'histologie humaine [electronic resource]Chapitre 64 sur 247 · SUBSTANCE MÉDULLAIRE · texte numérisé non relu

SUBSTANCE MÉDULLAIRE

rouge et le brun . Le pigment diffus manque tout à fait dans les cheveux blancs; il est très rare dans les cheveux blond clair, très abondant, au contraire, dans lescheveux châtains ou roux, ainsi que dans les cheveux noirs ; il suffit à lui seul pour produire une couleur rouge intense ou brune. Ce sont principalement ces deux espèces de pigment qui déterminent la couleur del'écorce, l'une ou l'autre l'emportant en quantité ; ce n'est que dans les cheveux très foncés ou noirs qu'elles sont presque également développées.

Jusqu'à une époque assez rapprochée, Reichert a donné de la substance corticale une description complètement différente de la mienne (voy. dans Müll., Arch., année 1852); il rejetait les fibres cellules, qui, selon moi, contiennent très souvent de l'air ou du pigment; il n'avait pu en découvrir les noyaux , et regardait, lecorce comme composée de lamelles homogènes, avec des cavités. Mais dans un travail récent d'un de ses élèves, de Reissner, on accorde que l'écorce peut se diviser en longues cellules aplaties, contenant de l'air ou du pigment. L'opinion de Reichert ne diffère donc plus de la mienne qu'en ce qu'elle donne plus d'importance à la réunion des fibres-cellules en lamelles.

§ 61 . Substance médullaire. — Elle consiste en une traînée ou un cordon occupant le centre du poil, depuis la région qui est au-dessus du bulbe, jusqu'au voisinage de la pointe (fig. 67, 70) ; elle manque trèssouvent dans les poils follets et dans les cheveux colorés, très rarement dans les poils courts et gros et dans les poils longs, ainsi que dans les cheveux blancs. Si l'on (ait bouillir des cheveux blancs dans de la soude caustique jusqu'à ce qu'ils se gonflent et se crispent, il arrive souventquela simple compression d'un poil, devenu mou et transparent, suffit pour faire reconnaître la composition celluleuse de la substance médullaire (fig. 67 a). Si l'on déchire délicatement un poil traité de cette manière, on réussit très facilement à isoler des séries de cellules medulläres ou même des cellules simples (fig. 71). Elles sont rectangulaires ou carrées, plus rarement arrondies ou fusiformes; elles ont un diamètre de 0mm,016 à 0mm,022 et renferment çà et là des granulations foncées analogues aux granulations graisseuses, et, dans beaucoup de cas, une tache claire très évidente, lorsque l'action de l'alcali n'a pas été trop énergique; cette tache a 0",m,0036 à O""",00£5 de diamètre, et représente évidemdemment un rudiment de noyau ; elle semble se gonfler un peu elle-même sous l'influence de la soude. Sur des poils frais, la moelle de la tige paraît blanc d'argent ou noire, ce qui dépend des nombreuses granulations contenues dans ses cellules ; or, suivant l'éclairage, ces granulations paraissent noires (opaques) ou d'un blanc brillant ; elles ont des angles mousses, et un diamètre assez uniforme, mais qui, suivant les cheveux, peut varier entre 0mm,000/4- et 0uin,,00/i. Les granulations ne sont pas formées de graisse ou de pigment, comme on l'a cru jusqu'alors; ce sont de petites bulles d'ai?\ ainsi qu'on peut s'en assurer très facilement en faisant bouillir un cheveu blanc dans l'eau ou l'éther, ou en le traitant par l'essence de térébenthine; dans les deux cas, la moelle devient tout à fait blanche et transparente. Si l'on fait sécher entre deux doigts un poil ainsi traité par l'eau, on le voit reprendre très rapidement , souvent même subitement , sa couleur

blanche primitive; et >i . aussitôt après l'avoir desséché, on le place sous le microscope sans y ajouter de liquide, ou en ne plongeant qu'une de ses extrémités dans l'eau, rien de plus facile que de voir Fair rentrer dans

la moelle et lui /, 6 r/ f •/ rendre sa couleur

foi i cée . Mais ce n c; (gpT/ S01lt l)as suulep 71 ment les cheveux blancs qui contiennent de l'air à l'étal Irais ; les cheveux foncés en renferment également; seulement il n'y présente pas une couleur blanc d'argent pure, mais plutôt une teinte blonde , rouge ou brune ; ces colorations ne dépendent pas d'un pigment spécial , car on n'en trouve qu'en certains points des cheveux foncés , mais bien de la coloration de la substance corticale , vue par transparence. Un examen plus approfondi des cellules de la moelle montre qu'à l'état frais leur contenu visqueux renferme une foule de petites vacuoles arrondies , servant à loger les bulles d'air qui donnent aux cellules cet aspect granuleux. Quand on examine la manière dont l'air expulsé remplit de nouveau la moelle d'un cheveu desséché , il semble que toutes les vacuoles d'une même cellule communiquent entre elles; du moins l'air passe-t-il souvent d'une cavité dans l'autre sous forme d'un petit courant tortueux , non interrompu. A voir la prodir gieuse rapidité avec laquelle il se meut dans ces vacuoles , on serait tenté de croire que celles d'un grand nombre de cellules voisines sont en relation directe les unes avec les autres ; c'est aussi ce qui parait exister véritablement dans certains cas. Mais supposé que les cavités en question soient complètement closes, et séparées par des cloisons fort minces, on con cevrait encore aisément que l'air pût les remplir avec la même rapidité et en produisant les mêmes phénomènes. Du reste, closes ou non, ces vacuoles des cellules de la moelle ont un diamètre variable, car elles donnent à la

Fig. 70. — Portion de la racine d'un cheveu foncé, traitée légèrement par la soude. Grossissement de 250 diamètres, a, moelle, contenant encore de l'air, et présentant des cellules assez évidentes; b, écorce, munie de taches pigmentaires; c, couche interne de répiderme ; d, sa couche externe; e, couche interne de la gaîne interne de la racine (conchc de Huxley); f, couche externe de cette gaîne, percée d'ouvertures (couche de Henle).

Fig. 71. — Huit cellules médullaires à noyau pâle, et à granulations graisseuses ; prises sur un cheveu qui avait été traité par la soude, et grossies 350 fois.

fl

Fig. 70.

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moelle un aspect granulé plus ou moins finement. J'ai rencontré des cas où il était évident que chaque cellule ne contenait qu'une seule bulle d'air, ce qui leur donnait l'apparence de cellules graisseuses. Très souvent on trouve sur la moelle des espaces plus ou moins grands, privés d'air, et par là même très pales ; c'est ce qui a lieu constamment dans la portion intérieure de la moelle, immédiatement au-dessus du bulbe.

La moelle et l'écorce, comparées dans leurs portions extrêmes, offrent donc des éléments très distincts : dans l'une, ce sont des lamelles allongées, rigides, homogènes, presque sans contenu; dansl'autre, des vésicules arrondies, pleines de liquide ou d'air. Mais quand on envisage à la fois toutes les circonstances de ces deux tissus, on s'aperçoit que leurs éléments ne sont séparés que par des limites peu précises, quelquefois même extrêmement vagues. C'est ainsi, par exemple, que très souvent les cellules médullaires ont la forme d'un fuseau court ou allongé, tandis que les lamelles de l'écorce sont parfois pourvues de cavitésqui renferment une quantité notablede pigment. Supposons, ce qui arrive quelquefois, qu'au lieu de pigment ou de petites bulles d'air, ces lamelles contiennent de grandes cavités remplies de ce fluide, il sera déjà plus difficile de distinguer l'une de l'autre les deux espèces d'éléments ; et la difficulté sera encore plus grande , si certaines régions ou si des étendues considérables du poil n'offrent aucune différence appréciable entre l'écorce et la moelle, comme cela a lieu dans les cheveux roux ; car alors les cellules de la surface de la moelle sont disséminées et passent par des nuances insensibles aux lamelles corticales, qui contiennent beaucoup d'air et sont accumulées en très grand nombre. Je ne veux pas dire par-là qu'il y a identité complète entre la moelle et l'écorce; j'ai voulu prouver seulement qu'entre ces deux substances il y a des transitions nombreuses, et des différences moins tranchées qu'on n'est tenté de l'admettre au premier abord .

Le diamètre de la moelle est, en général, à celui du poil entier comme 1 : 3 ou 5 ; d'une manière relative, comme sous le rapport absolu, il est le plus considérable dans les poils courts et gros, le plus faible dans les poils follets et dans les cheveux. Sur une section transversale, la moelle présente la forme d'un cercle ou d'un ovale; les cellules dont elle se compose, sont disposées suivant une à cinq séries longitudinales, ou même davantage.

Steinlein, Eylandt et Reichert prétendent que la substance médullaire n'est pas une partie du poil lui-même, mais bien de sa papille, dont elle formerait, dans l'origine, un prolongement s'avançant dans la partie libre du poil, pour se dessécher plus tard. Tout cela est inexact. La papille ou le germe du poil est une partie constituante du derme , et sa structure est analogue à celle des papilles ; la moelle, au contraire, se compose de cellules distinctes qui , en raison de leur inaltérabilité par les alcalis, peuvent être rangées parfaitement dans la classe des cellules épidermiques. Chez les animaux, il est vrai, il n'est pas rare de voir la papille se prolonger dans l'intérieur et même jusqu'au voisinage de la pointe des poils, soies ou piquants, et s'y dessécher ultérieurement, comme on le savait depuis longtemps, et comme l'a démontré surtout Bröcker, tout récemment. Mais jamais, dans ces cas, la papille ne présente une texture celluleuse, même après l'action de la soude, tandis que cette texture est toujours très

évidente dans la substance médullaire, qui existe quelquefois d'une manière concomitante. Dernièrement Reichert a modifié ses opinions relativement à ce point d'anatomie [Jahresb. de 1 852, et Reissner, l. i. c.) ; il convient maintenant que la moelle se compose en grande partie de cellules appartenant au poil lui-même ; mais il soutient toujours que, même chez l'homme, il y a, au milieu des cellules, un cordon très fin, prolongement de la papille qui serait l'analogue de l'âme de la plume, et qui s'étendrait depuis le bulbe jusqu'à la pointe du poil ; la moelle, d'après cela, serait donc composée de deux éléments distincts. — Ce sont les cheveux blancs de l'homme qui présentent la moelle la plus évidente : c'est donc sur eux que j'ai cherché ce prétendu prolongement de la papille, mais toujours , je dois le dire, sans le moindre succès. Quelque préparation que je leur fisse subir, j'ai toujours vu leur moelle composée de cellules évidentes, même dans le bulbe, et sans trace d'une seconde substance placée au centre. Je ne puis regarder comme démonstrative la figure donnée par Evlandf ( fig. IV ) ; car, ne connaissant pas encore les cellules de la moelle, il représente sim- })lement comme un prolongement de la papille la 7noelle tout entière , supposition que Reichert lui-même tient aujourd'hui pour inexacte. Les mêmes motifs me font regarder comme très hypothétiques les nouvelles idées de Reissner sur les cheveux de l'homme (p. 68) ; je ne puis donc accorder, pour le moment, que la moelle contienne autre chose que des cellules , qu'elle renferme, un prolongement de la papille. Je ne voudrais pas cependant nier que la chose fût possible dans aucune circonstance, surtout sachant que Henle a trouvé quelquefois les papilles terminées en pointe, et ayant vu moi-même très souvent les cellules de la moelle descendre jusqu'au sommet de la papille; mais le fait ne me paraît pas encore suffisamment établi. Pour ce qui est du siège qu'occupe l'air dans la moelle, Reissner le place, chez l'homme, entre les cellules , et non dans leur intérieur ; c'est à tort , selon moi, car généralement l'air occupe le cordon médullaire tout entier, de manière qu'il est difficile de dire où seraient les cellules, s'il était vrai que l'air ne se trouve que dans leurs intervalles.

§ 6*2. Épidémie du poil. — Lepiderme des poils (cuticula) est une membrane transparente, excessivement fine, qui leur forme une enveloppe complète , intimement adhérente à la substance corticale. A l'état normal et sur un poil qui n'a subi aucune altération, l'épiderme ne se manifeste que par de nombreuses lignes foncées, anastomosées en réseau, irrégulières et

même dentelées, qui sont éloignées de 0mm,005 à 0mm,01/i l'une de l'autre, et qui entourent le poil circulairement ; quelquefois aussi il apparaît sur les bords du poil sous forme de dents analogues à

celles d'une scie (fig. 72 A) ; Fig. 72. mais sur un poil traité par un

alcali , il se sépare de la substance fibreuse en plaques plus ou moins larges, et se divise même en ses éléments constituants. Ce sont de petites lamelles plates , généralement transparentes et à bords clairs, quadrilatères ou rectangulaires, dépourvues

Fig. 72. — A. Surface de la tige d'un cheveu blanc., grossi 160 fois. Les ligues oudu- Icuses marquent les bords des lamellesépidermiques.

13. Lamelles épidermiques isolées à l'aide de la soude; grossies 350 fois. Elles présentent un ou deux de leurs bords plusou moins renversés, ce qui les fait paraître foncés.

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