COMPOSITION DE LA MATIÈRE SÉBACÉE
dies ou ovalaires , dont la graisse s'est séparée en petites gouttelettes de différents volumes ou en petites masses irrégulières, sous l'influence du réactif qui a pénétré dans la cellule ; pendant qu'a lieu cette division de la graisse en petites particules , donnant à la matière sébacée une couleur blanche, on voit se former de nombreuses gouttes de graisse, dues probablement à la dissolution d'un grand nombre de membranes de cellule. En outre, la matière sébacée contient plus ou moins de graisse libre interposée entre les cellules, peut-être aussi, dans certains cas, une quantité très minime d'un liquide limpide.
D'après ce qui précède, la matière sébacée est donc un produit de sécrétion qui consiste uniquement en éléments organisés, soit en cellules graisseuses toutes seules, soit en ces cellules mêlées à des gouttes de graisse. Ces éléments constitutifs résultent d'une production incessante de cellules dans les petits culs-de-sac glandulaires, production qui dépend des cellules déjà existantes, comme dans toutes les formations épidermiques, et qui a lieu sans qu'il y ait formation libre de cellules, car il ne s'en montre ici aucune trace. Ainsi , dans le fond des vésicules , il se fait constamment un développement de cellules, soit par formation endogène, soit par scission des cellules existantes. Les cellules de nouvelle formation sont pales et renferment peu de granulations dans le principe, de même que les cellules épidermiques auxquelles elles doivent leur origine ; mais à mesure qu'elles sont poussées vers l'intérieur par les nouvelles cellules développées ultérieurement, il s'y montre des granulations graisseuses assez volumineuses, sphériques , foncées, qui finissent par les remplir entièrement. C'est dans cet état qu'elles s'acheminent vers les conduits excréteurs, tandis que les gouttelettes graisseuses se réunissent de plus en plus et que leurs membranes s'épaississent un peu ; elles constituent enfin les cellules sébacées que nous avons décrites. La graisse libre provient de la dissolution d'une partie des membranes qui , dans certains cas, commence déjà dans les culs-de-sac glandulaires ; dans beaucoup de glandes, en effet, les vésicules terminales contiennent déjà des gouttelettes plus ou moins grandes de graisse libre, souvent même de grosses gouttes (fig. 88, 2). Mais elle pourrait aussi résulter d'une transsudation de la graisse à travers la membrane des cellules, hypothèse qui s'accorde assez bien avec ce fait que, dans la matière sébacée excrétée, les cellules sont rarement bien distendues par la graisse , qu'elles sont au contraire plus ou moins aplaties, ou comme ridées et très peu pourvues de graisse. Envisagée de cette manière, la sécrétion de la matière sébacée rappelle, sous certains rapports , la formation del'épiderme. Les cellules jeunes, faciles à dissoudre, qu'on trouve dans le fond des culs-de-sac glandulaires, peuvent être comparées aux cellules de Malpighi de l'épiderme, et celles de la matière sébacée elle-même, qui sont moins solubles et remplies de graisse, aux lamelles de la couche cornée. Cette manière de voir paraît encore plus plausible, quand on songe : 1° que la couche épidermique profonde du follicule pileux ^e continue sans interruption dans les canaux excréteurs et avec les cellules les plus externes
des vésicules glandulaires; 2° qu'en certains endroits l'accumulation de l'épiderme exfolié donne lieu à des produits très analogues, même au point de vue chimique, à la matière sébacée: je veux parler du smegma prœputii du pénis et du clitoris. D'après une analyse faite par Esenbeck (Gmelin's Bandbuch der Chemie, t. II), la matière sébacée se compose, sur 100 parties, de: graisse 24,2; albumine et caséine, 24,2 ; matières extractives, 24, et phosphate calcaire, 20. Or, les mêmes substances se retrouvent en partie dans le smegma (voy. Mikr. Anat., § 20).
Je n'ai point observé de nerfs dans les glandes sébacées ; je n'ai pas vu non plus de vaisseaux se distribuant sur les lobules de ces glandes ou dans leurs intervalles ; mais autour des glandes volumineuses existent de petits vaisseaux et un grand nombre de capillaires : c'est ce qu'on peut voir très facilement au pénis et au scrotum, ou bien à l'oreille. Je rappellerai de nouveau les petits muscles lisses qui existent au voisinage des glandes sébacées, et dont la contraction ne doit pas être sans influence sur l'excrétion des produits sécrétés.
§ 79. Développement des glandes sébacées. — Les glandes sébacées
commencent à se montrer vers la fin du quatrième et du cinquième mois, et leur développement est intimement lié à celui des follicules pileux, dont elles semblent n'être d'abord que des excroissances nées en même temps que les poils ou peu de temps après; aussi n'apparaissent-elles pas dans toutes les régions à la fois, et les voit-on d'abord aux sourcils, au front, etc., tandis que celles des extrémités se développent en dernier lieu. Quelques détails à ce sujet.
Quand les follicules pileux sont déjà passablement développés , et qu'il s'y montre les premiers indices des poils (fig. 77, A, B), on voit s'élever à leur surface extérieure de petites excroissances n n vaguement délimitées, composées d'une masse celluleuse solide en continuité directe avec la gaîne externe de la racine, et d'une enveloppe mince qui se continue avec celle du follicule pileux. Ces excroissances de la gaîne externe de la racine des follicules pileux, nom qui leur convient parfaitement, ont d'abord 0mm,05 à 0mm,07 de diamètre et 0mm,02 à 0""n,036 d'épaisseur ; mais elles grossissent en même temps que les follicules pileux, prennent une forme sphérique, puis piriforme ou en bouteille, car elles s'étendent encore davantage et s'inclinent obliquement vers le fond des follicules. Dès lors , la graisse commence à se former dans les cellules internes (fig. 90, A), d'abord dans celles du fond de l'excroissance , puis aussi dans celles du pédicule et de la gaîne externe de la racine, jusqu'à ce qu'enfin les cellules graisseuses aient atteint la cavité du follicule pileux (fig. 90, B). On a alors sous les yeux une glande avec son contenu, et il suffira dorénavant d'une multiplication des cellules du fond de la glande ou de la vésicule glandulaire, pour que les cellules sébacées que renferme le conduit glandulaire soient poussées dans le follicule pileux, et pour que la sécrétion entre en pleine activité. Ainsi , les glandes sébacées, de même que les
DÉVELOPPEMENT DES GLANDES SÉBACÉES. 19l
glandes sudoripares, commencent par être des excroissances de la couche muqueuse de la peau, excroissances pleines qui ne s'ouvrent à l'extérieur qu'au bout d'un certain temps. La matière sébacée est d'abord le résultat d'une métamorphose des cellules internes de la glande rudimentaire, dont
Fig. 90.
la cavité est l'espace occupé primitivement par ces cellules ; cet espace n'est jamais vide, puisque de nouvelles cellules développées par derrière y poussent sans cesse celles qui existaient antérieurement.
Ce développement des glandes sébacées marche assez rapidement; on peut admettre, en général , que tant que les poils n'ont pas percé au dehors, les glandes rudimentaires conservent la forme verruqueuse , un diamètre dépassant à peine 0mn,,07, et des cellules encore très pâles, pour la plupart. Une fois que les poils ont paru à l'extérieur, on trouve des glandes piri formes , plus volumineuses , dont le fond mesure déjà 0mm,05^ à Omm,ll, et qui contiennent, au milieu des cellules pâles, d'autres pleines de graisse; ces dernières ne tarderont pas à perforer la paroi du follicule : c'est ainsi qu'au cinquième mois la sécrétion a déjà commencé en beaucoup d'endroits, et qu'au sixième mois elle est partout en pleine activité. Mais nous devons faire observer qu'à côté de ces premières glandes, dont il existe une ou deux pour chaque follicule, il s'en développe d'autres dans le courant du sixième mois ; ces dernières sont généralement situées plus profondément ,
Fig. 90. — Pour servir à l'étude du développement des glandes sébacées, chez le fœtus de six mois. Grossissement d'environ 250 diamètres, a, poil ; b, gaine interne de la racine, ressemblant ici davantage à la couche cornée de l'épiderme ; c, gaîne interne de la racine; d> rudimeuts des glandes sébacées.
A. Glande rudimentaire en forme de bouteille , avec production de graisse dans les cellules centrales.
B. Glande un peu plus développée; la graisse s'est formée également dans le goulot, et les cellules graisseuses sont expulsées dans le follicule pileux ; il y a donc une cavité glandulaire et un produit de sécrétion.
et parcourent d'ailleurs les mêmes phases que les premières. Les cellules graisseuses des glandes récemment développées contiennent toujours beaucoup de granulations graisseuses , jamais une goutte unique de graisse ; souvent aussi elles sont munies d'un noyau.
Le développement ultérieur des glandes sébacées a lieu de la manière suivante. Par suite d'une hypertrophie de la couche cellulaire externe des utricules glandulaires primitives, il se développe à la surface de ces dernières des espèces de bourgeons d'abord solides, mais qui subissent peu à peu des modifications analogues à celles que nous avons décrites pour les premiers rudiments de la glande, et se transforment de cette manière en vésicules glandulaires; celles-ci, à leur tour, donnent naissance, par le même mécanisme, à des vésicules secondaires, et c'est ainsi que se forment des grappes, simples d'abord, ensuite de plus en plus composées. Ce qu'on a appelé les couronnes glandulaires dérive souvent d'un même germe qui, poussant des rameaux de tous côtés, a fini par entourer complètement le follicule pileux ; d'autres fois, ces couronnes proviennent de deux ou plus de deux prolongements primordiaux de la gaîne externe de la racine du poil. Chez le fœtus de sept mois , la plupart des glandes sont encore à l'état d 'utricules simples, deOn"",09 à U""",14 de longueur sur G"1"1, 05 à 0""",07 de largeur, et il n'en existe qu'une ou deux pour chaque follicule pileux ; ce n'est qu'à l'oreille qu'on trouve, autour de quelques follicules , jusqu'à cinq glandes simples formant une couronne dont le diamètre ne dépasse pas ü""",H ; et sur le nez se rencontrent de petites grappes simples qui mesurent tout au plus 0""",22. Chez l'enfant nouveau-né, tous les utricules simples des régions dont il vient d'être question sont remplacés par de petites grappes longues de 0""",22 à 0""",27, larges de 0""",09 seulement, et dont chaque follicule possède une, plus rarement deux ; à la poitrine, cependant, les petites grappes forment des couronnes, de même qu'à l'oreille, aux tempes, au nez, au mamelon, aux petites lèvres et au scrotum, et atteignent jusqu'à ü""",9 et plus, principalement celles des quatre dernières régions mentionnées. De l'exposé de ces faits il ressort que, même après la naissance, les glandes continuent à prendre du développement, et cela en suivant la même marche que pendant la vie fœtale. Ces propositions sont encore corroborées par le fait suivant : il n'est pas rare de rencontrer, même chez l'adulte , des glandes dont quelques lobules sont pâles, encore tout à fait pleins, et qu'on ne peut s'empêcher de regarder comme développés depuis fort peu de temps. Il est certaines glandes qui ne se montrent qu'après la naissance : telles sont celles des petites lèvres.
On rencontre quelquefois des glandes sébacées dans des régions anormales : c'est ainsi que Kohlrausch en a trouvé dans un kyste de l'ovaire, et de Bärensprung dans une loupe du front. Dans les deux cas, elles se rattachaient à des follicules pileux, d'où l'on peut conclure qu'elles doivent être fréquentes dans les kystes pileux. Effectivement, les parois du kyste pileux du poumon dont j'ai parlé plus haut en renfermaient qui étaient très évidentes et remplies de matière sébacée. De Bärensprung prétend avoir vu, dans quelques cas très rares, de nouvelles glandes sébacées se