‹ Éléments d'histologie humaine [electronic resource]Chapitre 82 sur 247 · STRUCTURE DES FIBHES MUSCULAIRES · texte numérisé non relu

STRUCTURE DES FIBHES MUSCULAIRES

Comme, sous tous les autres rapports, les muscles des insectes sont complètement les analogues de ceux des animaux supérieurs , ce fait me paraît péremptoire; aussi suis-je convaincu que les fibrilles existent pendant la vie, et que, s'il est quelquefois moins facile de les isoler, comme cela arrive chez l'homme et chez beaucoup d'animaux, c'est qu'elles sont unies entre elles par une substance intermédiaire homogène, visqueuse, albumineuse, qu'on voit parfaitement sur des coupes transversales ; cette union est tellement solide que, dans certaines circonstances, les faisceaux se rompent en travers, c'est-à-dire aux endroits où les fibrilles ont le moins d'épaisseur. Le même fait a lieu pour d'autres éléments, tels que les fibres élastiques, les muscles lisses, et môme les cellules converties en corne (gaîne interne de la racine et écorce des poils). Je ne voudrais pas cependant affirmer qu'il existe, chez les animaux, des fibrilles dans tous les muscles striés et leurs analogues ; l'histoire du développement et l'anatomie comparée nous apprennent, au contraire , que la conformation des muscles peut être très diverse , et que très souvent ils renferment une substance homogène, non fibrillaire, qu'ils présentent ou non des stries transversales. Mais ce n'est pas là une raison qui doive faire admettre une semblable structure chez l'homme et chez les animaux supérieurs, car si les fibres musculaires de quelques animaux se rompent facilement au niveau des stries transversales (Leydig), cela ne démontre nullement que, chez ceux qui sont placés au sommet de l'échelle, il faille regarder comme naturelle une semblable division , comme artificielle , au contraire , la division en fibrilles.

Quant à la nature des fibres primitives , il reste encore bien des points à élucider. On admet généralement qu'elles sont pleines, et, dans le fait, rien n'autoriserait à les regarder comme creuses. Il est parfaitement certain que c'est à elles qu'est due l'existence des stries; mais de quelle manière les produisent- elles? Est-ce parce qu'elles sont contournées en tire-bouchon (Arnold, Reichert)? parce qu'elles sont plissées en zigzag (Will), ou parce qu'elles sont variqueuses ? C'est une question qui n'est pas encore résolue. Tout ce quejïai pu voir me conduit à admettre la dernière explication, la plus généralement accréditée. Je ne nie pas que, lorsqu'on examine un grand nombre de fibrilles, il n'arrive de temps en temps de rencontrer des aspects qui plaident en faveur des deux autres opinions , surtout celle de Will ; mais il est incomparablement plus fréquent de voir de simples renflements en forme de chapelet. Les muscles qui conviennent le mieux pour cette étude sont ceux des pérennibranches (fig. 91) ; sur des pièces conservées dans l'alcool , rien de plus aisé que d'isoler les fibrilles et de les examiner sous toutes leurs faces. Il en est de même des muscles thoraciques des insectes. Tout récemment Barry (Joe. cit.) a émis l'opinion que chaque fibrille musculaire est formée de deux fils parallèles, contournés en spirale, et d'une substance homogène, hyaline, circonscrite par eux, ou les renfermant. Je n'ai jamais rien vu de semblable, et mes convictions, sous ce rapport, sont telles que toute la théorie de Barry me fait l'effet d'un mythe, et ses figures, de dessins de pure imagination. S'il est vrai que les varicosilés , c'est-à-dire des renflements placés à des intervalles égaux , sont la véritable cause de l'apparence striée des faisceaux , on ne sera pas éloigné d'admettre que les fibrilles élémentaires sont elles-mêmes composées de particules plus petites, de ce que Bowman a appelé sarcous éléments. Dobie distingue même des particules transparentes et d'autres opaques, et Donders considère les sarcous éléments comme des vésicules , ainsi que l'avait déjà fait Erasmus Wilson , qui admettait , il est vrai , une vésicule pour chaque région claire et une autre pour chaque région foncée. Cependant, de ce que la macération ou l'influence des réactifs décomposent les fibrilles en ces derniers éléments , il ne me semble pas démontré pour cela, d'une manière tout à fait concluante, qu'elles soient réellement formées, à l'état frais, de séries de particules rectangulaires ou quadrangulaires , accolées les unes aux autres; car les muscles frais ne fournissent qu'un très petit nombre de sarcous cléments, ou même n'en fournissent pas du tout, circonstance qui me paraît constituer une énorme différence entre ces éléments et les fibrilles, si faciles à isoler dans certains cas; d'autant plus que, comme nous l'avons

dit, on no voit aucune apparence de disques sur des coupes longitudinales. Toutefois, en émettant cette opinion , je n'entends nullement la donner comme parfaitement certaine , ni affirmer que les sarcous éléments sont purement artificiels, et résultent simplement de ce que les fibrilles se rompent de préférence aux endroits où elles sont plus minces, Quant à la nature de ces particules, je m'abstiens d'émettre un avis quelconque, attendu que les microscopes dont nous nous servons me paraissent encore trop imparfaits pour permettre un jugement de quelque valeur sur des éléments d'une telle ténuité.

§82. Union des fibres musculaires entre elles. — Ail tronc et SU11 les

membres, les fibres musculaires s'étendent parallèlement les unes aux autres, sans se diviser ni s'anastomoser, et ne se terminent jamais par une

extrémité libre au sein du muscle, dont elles mesurent toute la longueur ; elles forment ainsi des faisceaux prismatiques , faisceaux secondaires , dont chacun reçoit une enveloppe de tissu coujonctif. Ceux-ci , à leur tour, sont réunis, en nombre variable, par une gaine plus Fig. 96. forte pour constituer les fais-

ceaux tertiaires dont se composent les muscles. Les faisceaux sont-ils étendus en surface, il en résulte des muscles membraneux. Sont-ils au contraire groupés en cylindres , ils forment des muscles fascicules. Ainsi les muscles résultent de l'agrégation d'un grand nombre de faisceaux secondaires et tertiaires , dont les gaines forment un système continu dans lequel on distingue l'enveloppe commune du muscle , ou le périmysium externe , vagina muscularis, ou gaine musculaire proprement dite , et les enveloppes spéciales des divers faisceaux et des fibres musculaires , ou le périmysium interne. Le diamètre des faisceaux secondaires varie entre ()""", 5 et l"'m,0. Les faisceaux tertiaires et ceux d'un ordre plus élevé se voient bien surtout sur les muscles à gros faisceaux, tels que le grand fessier, le deltoïde ; mais ces faisceaux sont tellement variables au gré de celui qui les examine, qu'il est impossible de donner des mesures de leur volume.

Les gaines musculaires ou enveloppes de tissu conjonctif des muscles (périmysium), destinées à la fois à soutenir les vaisseaux et nerfs des muscles, à réunir les fibres musculaires et à favoriser leur action, varient en épaisseur suivant le volume des faisceaux qu'elles renferment ; mais elles sont toujours minces, d'un blanc mat, et formées de tissu conjonctif ordinaire et de fibres élastiques fines, simples ou anastomosées, ayant tout au plus 0mn',003 d'épaisseur. Ces dernières se rencontrent surtout dans le périmysium externe, qu'on peut considérer à bon droit, pour ce motif, comme une gaine semi-

Fig. 96. — Section transversale du sterno-cléido-mastoïdien , grossie 50 fois, a, périmysium exLerue; b, périmysium interne; c, faisceaux primitifs et secondaires.

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