‹ Eléments d'hygièneChapitre 10 sur 156 · LIVRE IV, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE

Sens du goût , faculté de juger les corps stipules.

.Le sens du goût a pour siège principal la face supérieure et la pointe de la langue \ il est pour ainsi dire sous la dépendance immédiate des organes digestifs. A l'état sain , comme à l'état maladif, il se trouve constamment en sympathie avec eux , il devient le régulateur de leurs besoins. Ces organes sont-ils malades, ou simplement saturés d'aliments, ce sens alors est affecté désagréablement par le contact de toute substance alimentaire; l'idée seule, ou la proposition de manger, produit le même effet : il avertit par là de s'abstenir. La raison doit ici respecter l'instinct, sous peine d'aggraver la maladie si elle existe, ou de la faire naitre si elle n'existe pas. Quelquefois la faim subsiste, bien qu'il y ait nécessité de ne pas manger-, c'est une faim trompeuse qu'il ne faut pas satisfaire, elle est due à un état d'irritation \ on doit lui opposer non des aliments , mais des boissons gommeuses. Le gourmand est le seul être dans la nature assez bête pour manger quand il n'a pas faim , et boire quand il n'a pas soif.

à son plus grand exercice. Le P. Charlevoix, qui accorde une grande perfection de sens aux habitants de l'Amérique septentrionale, dit que, malgré la neige qui les tourmente pendant six mois de l'année, leur vue ne s'affaiblit pas; ils ont l'ouïe subtile et l'odorat si fin , qu'ils sentent le feu avant de le découvrir : de là, sans doute , leur aversion pour les odeurs fortes, comme le musc , etc. Ce sens , chez eux , paraîtrait ne se rapporter qu'à l'odeur des aliments. Les nerfs olfactifs, selon 31. Magendie, ne sont pas doués de la sensibilité générale; on peut les piquer, les dilacérer, sans que l'animal en témoigne de la douleur; ils n'ont que la sensibilité relative aux odeurs; il y a plus, c'est qu'on peut en faire la section sans que l'olfaction soit abolie ; qu'au contraire, si l'on fait la section des nerfs de la cinquième paire, on détruit la sensibilité générale de la membrane pituilaire et sa faculté de percevoir les odeurs. Rousseau appelle ce sens le sens excitant de Virnagination. S'il est faible et presque nul dans l'enfance , c'est moins à son peu de développement qu'on doit attribuer cet effet qu'au défaut de sympathies qu'il rencontre dans l'organisme, sympathies qui, réagissant sur lui dans l'adulte , le mêleront à la sensibilité , à l'imagination. Qui n'a éprouvé, au milieu d'un bosquet , ce bien-être général qui s'empare du promeneur? C'est une douce excitation qui le parcourt; ses idées prennent quelque chose du parfum des fleurs , elles sont douces et riantes ; l'avenir parait s'em,* bellir, M,

1G ÉLÉMENTS DHYfilÈNE ,

Les substances que ce sens trouve fades, douces, d'un goût peu relevé, insipides , quoique la faim se fasse sentir, sont peu nourrissantes ; elles conviennent aux personnes dont l'estomac est irrité. Celles au contraire qui possèdent des principes gras, excitants, de haut goût, qui sont enfin très-sapides, sont stimulantes •, elles augmentent l'énergie de l'estomac à l'état sain-, elles conviennent à ceux qui travaillent ou exercent beaucoup, aux tempéraments lymphatiques; elles nuisent aux individus qui sont disposés aux inflammations, aux pléthoriques. Le sens de la gustation se pervertit par l'abus des liqueurs alcoholiques , des mets trop excitants-, il se développe , comme celui de l'olfaction , par un exercice gradué et varié (i).

(1) Si l'on étudie le sens du goût dans les divers âges de la vie , on le trouve peu développé dans l'enfance et dans la jeunesse. Les enfants , en général, aiment les aliments doux et sucrés. Dans la jeunesse, il est en rapport avec d'autres sens dont l'activité prédominante limite singulièrement son action. Mais si les autres organes affaiblissent ses sensations, le temps les affaiblit eux-mêmes; au contraire , les modifications qu'il apporte au goût augmentent sa perfection : son règne commence quand celui des autres finit. La nature, prévoyante, en le donnant à l'homme pour présider à la vie de nutrition , n'a pas voulu qu'il mourût avant lui. Si le vieillard , dans sa sensualité, ne semble vivre que par cet organe, il est peut- être un peu excusable , puisque c'est le seul qui lui reste.

Acquérant de l'extension par le jugement et l'habitude , il est convenable de le diriger dans l'enfance. Piousseau ne blâme pas la gourmandise ; il pense qu'on peut conduire par la bouche les enfants : il est certain qu'elle est souvent l'expression d'un grand besoin ; qu'elle nuit plus à l'activité des fonctions digestives qu'au goût. Dans ce cas, il y aurait peut-être des inconvénients à vouloir l'étouffer. Les enfants se contentent assez facilement des mets qu'on leur donne , si l'on n'a pas eu la faiblesse de satisfaire à toutes leurs fantaisies : l'appétit, dans cet âge, est le meilleur assaisonnement. Il ne faut donc pas les écouter quand ils disent : Je rHaime pas cela , si c'est un mets sain et nourrissant qui fasse partie de l'alimentation usuelle. Il faut les obliger, par la privation de ce qui flatte leur goût , à en manger. On ne voit guère cette prédilection pour quelques substances, cette exclusion pour quelques autres, que chez les enfants du riche , dont la table est surchargée de mets , mais l'enfant du pauvre trouve tout excellent ; il suit la nature. Nous exceptons ces aversions prononcées qu'on remarque dans certaines idiosyncrasies , et qui iraient jusqu'à déterminer le vomissement. Mais encore l'enfant nous paraît tellement modifiable, qu'avec du temps et des pré-

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