PREMIÈRE DIVISION
Droits résultant de la nature physique de l'homme.
Nos principaux besoins physiques sont, en première ligne : celui de notre conservation immédiate, d'où résultent pour nous le droit et le devoir de veiller à notre sûreté, de rendre notre domicile impénétrable à nos ennemis , de nous vêtir selon l'exigence des saisons , de nous nourrir confortablement, c'est-à-dire d'une manière qui puisse donner à nos organes toute l'énergie vitale nécessaire pour exercer activement leurs fonctions , pour résister en même temps aux causes nombreuses d'altération et de destruction qui agissent incessamment sur eux inlrà et extra.
i° D'exercer hygiéniquementou selon la mesure que notre instinct indique, notre système respiratoire, sensorial, musculaire. D'où pour nous le droit et le devoir de posséder autour de nous un air pur, et de faire éloigner tout cequi pourraitle vicier ou lui ôterles qualités qui le rendent vital, de ne jamais être enfermé dans des habitations infectes , humides et privées de lumière, l'un des premiers excitants de la vie, etc.
De là pour nous le droit et le devoir de rechercher les sen" sations qui sont en harmonie avec notre sensibilité , qui conviennent essentiellement à notre système nerveux , et de repousser toutes celles qui le blessent et l'incommodent notoirement; de là pour nous encore le droit d'exiger, d'exercer notre système musculaire, de changer déplace à volonté, d'aller, de revenir d'un lieu à un autre , selon , au reste, leâ diverses nécessités de notre triple nature. C'est ce qui constitue la liberté de locomotion et celle du travail,
3° Du sentiment de notre faiblesse et du besoin de la protéger est venu primitivement le droit de se réunir et de s'associer. L'exercice de ce droit devient indispensable chaque fois qu'il s'agit de lutter contre de grands obstacles , ou de combattre , ou de repousser les puissances ennemies de notre espèce. Le droit d'association est encore annexé à l'exercice de beaucoup de travaux industriels, agricoles et manufacturiers , etc.
4° De la nécessité de pourvoir quotidiennement à notre alimentation et à d'autres exigences physiques , résultent également pour nous le droit et le devoir de travailler , de nous choisir volontairement un état ou métier , ou d'exercer libre- • ment une industrie quelconque. De tous ces divers besoins naissent comme conséquences le droit de posséder et d'user des choses et des instruments qui doivent servir directement ou indirectement à les satisfaire^ de là le droit de propriété. Ce droit peut-il être limité? Nul doute , pourvu que ce soit d'une manière qui puisse concilier l'intérêt collectif avec l'intérêt individuel. Ce droit de propriété peut-il être porté pour quelques individus jusqu'à la possession exclusive d'une contrée, d'un pays où se trouvent un grand nombre d'habitants vivant dans la misère? Quand tant de personnes se trouvent orcément privées du nécessaire , est-il juste que quelques aufres vivent dans les excès de l'abondance et du superflu? L'humanité et l'esprit du christianisme , qui en est la plus noble expression, répondent d'une manière fort intelligible pour tous ceux que la richesse et l'orgueil n'ont point endurcis et corrompus. On l'a déjà dit : la chose indispensable à tous appartient à tous, quand elle peut pacifiquement et convenablement être partagée à chacun , ou plutôt elle doit devenir ou rester propriété inaliénable pour l'usage commun. Une fontaine , dans beaucoup de circonstances, est réservée pour la jouissance de tous-, pourquoi une terre, qui serait aussi nécessaire pour fournir des aliments à ceux qui en manquent , qu'une source pour fournir de la boisson à ceux qui sont altérés, ne deviendrait-elle pas à son tour propriété collective ?